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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:41

 

miconissim.jpgSortie le 17 mars 2011 / Concert le 22 mars au Sunside à Paris.

Label Cristal Records/ Harmoni Mundi

 

 

 

Le pianiste Mico Nissim qui a déjà publié huit enregistrements sous son nom, s’attaque cette fois à deux figures emblématiques d’un jazz qu’il estime « dyonisien », tant cette musique novatrice, fragile et immédiate, dérangeait. Il rend ainsi hommage à Eric Dolphy et Ornette Coleman mais envisage avec ce projet  préparé avec soin, les « conséquences » actuelles sur le jazz, réfléchit à l’avenir de cette musique entre écriture et improvisation. Il fallait donc aller plus loin que ce double tribut, au répertoire très connu, ( trois pièces de Dolphy et cinq de Coleman), enregistré live lors d’un concert unique, au Studio de l’Ermitage, à Paris, le 30 mars 2009.

L’objectif est atteint, la musique libre, authentique, sonne juste aujourd’hui encore, reste accessible : c’est un jazz vif, plaisant sans être facile, audacieux dans la forme. Le pianiste a « potassé » la question auprès de spécialistes et a vraiment réfléchi à quels thèmes choisir, comment les réinvestir sans oublier de rendre compte de leur histoire, de l’essence même de leur interprétation.

La reprise la plus frappante est celle du tube d’Ornette Coleman Lonely Woman que tous les Jazzmen tentent de s’approprier un jour ! Ce thème sublime, véritable passage obligé, est revisité avec habileté et audace, l’exposition du thème shuntée.

D’une façon plus générale, ces arrangements introduisent contrepoints, impros collectives ou solistes, harmoniques, modales, harmolodiques ou ouvertes. Mico Nissim, l’instigateur de ce projet sensible et légitime, a retravaillé les écritures de Dolphy et de Coleman, traduisant sans trahir pour soumettre le résultat à cinq individualités fougueuses.

Ainsi l’intensité de cette musique spontanée, généreuse se vit au sein d’une création continue, effervescente qui semble couler en dépit d’une structure rigoureuse.

Le choix des musiciens du sextet était essentiel : l’altiste Géraldine Laurent est superbe, Stéphane Guillaume, chaudement recommandé par  Laurent Cugny, depuis son big band Lumière, s’avère indispensable à la flûte et clarinette basse, les instruments de Dolphy. La rythmique est de rêve : Mourad Benhammou a un drive saisissant et Jean Luc Ponthieux assure en fidèle contrebassiste. Enfin Laurent Mignard à la trompette de poche, vibre à chaque intervention jusqu’au Jump street  final!

Les compositions de Dolphy, fringantes, subtiles, lyriques sont arrangées finement et on s’amuse à voir ce qu’en fait le sextet comme dans ce G.W, hommage au trompettiste chef d’orchestre et arrangeur Gérard Wilson, ou dans Serene époustouflant à chaque chorus  

Le lien est naturellement établi avec Ornette Coleman puisque Dolphy participa à l’enregistrement du mythique  Free jazz en 1960, improvisation collective historique.

La continuité est évidente, on sent que la musique non seulement crée de nouvelles atmosphères, mais se démultiplie, souffle et apaise, construit et déconstruit.

Voilà un disque formidable qui garde certaines résonances aujourd’hui, toujours porteur de sens et de vertus formelles. Inutile d’insister, vous aurez compris qu’il est vivement recommandé en live ! Programmateurs, à vos commandes !

 

Sophie Chambon

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