Bee Jazz/ Abeille Musique Distribution
Voilà un trio étranger qui sait très vite imposer son style étrange, à la lisière du rock et du jazz, dans les marges. Hypnotique, les boucles et autres effets, distorsions et sons trafiqués, feed backs, space echo, les chœurs lancinants et cristallins entraînent vite dans une transe bienvenue. Un piano lyrique mais aussi insidieusement répétitif ( le long et fascinant « Alice in the sky » bénéficie en outre de la guitare acérée du grand Fred Frith), une contrebasse excitante, une batterie nerveuse, souvent fracassante à la façon de « The Bad Plus », tout cela produit une matière très rock, plus que jazz (avouons-le), aux climats souvent planants, parfois sous tension, subtilement inquiétants. Prônant une esthétique de dandys décontractés et quelque peu irrévérencieux, le trio est en plus adepte de vidéos et d’art contemporain. Hélas le sampler proposé ne nous donne pas l’occasion de vérifier si leur vision de l’art « total » s’adapte aux ambiances décalées et insolites de leur musique. Mais le véritable album en propose des exemples. Intéressant donc de vérifier par vous même cette conception transversale de pratiques artistiques.
Au fait qui est Rusconi ? Un trio de Suisses trentenaires qui répondent aux noms de Stefan Rusconi ( piano, Space Echo....), Fabian Gisler (contrebasse), Claudio Strüby (batterie, glockenspiel) qui jouent ensemble depuis huit ans.
Leur cinquième album Revolution (pourquoi ce titre, d’ailleurs ?) comporte 9 titres dont « Tempelhof » est déjà un single qui passe à la radio suisse ou allemande, dans ces pays où le groupe joue tout naturellement. « Kaonashi » aux voix éthérées et le contrasté « False awakening » ne sont jamais âpres, rudes, mais intenses et persistants, leur musique fait son effet en dépit de tout, et l’on s’abandonne à cette ritournelle sous l’emprise des sons exacerbés.
Evidemment, les influences sont multiples, même si Sonic Youth est une référence favorite : les deux derniers titres en live, reprises de «Hits of sunshine » et « Theresa’s sound-world » font émerger un groove fiévreux, sauvage et stylé. Sans être la révolution musicale annoncée, le trio est assurément à suivre...
Sophie Chambon

