SCHWAB SORO
Label Neuklang / Distribution Abeille musique
Voilà un album que vous ne regretterez pas d’avoir glissé dans votre lecteur après l’avoir écouté. Ce Schwab Soro, sorti sur le label Neuklang, témoigne de l’échange lumineux entre deux musiciens qui ont trouvé à s’accorder. Si le contrebassiste Raphael Schwab et le saxophoniste Julien Soro se connaissent depuis quelques années, depuis le CNSM jusqu’au groupe du guitariste Fred Maurin, Ping Machine, ils ont décidé de travailler un projet plus personnel, dans ce duo atypique (encore que....), configuration parfaite qui sert une certaine idée de l’improvisation dans une aventure non dénuée d’humour et de poésie.
Les compositions, hormis le « Confirmation » de Charlie Parker dont ils se tirent fort bien, ma foi, sont de Raphael Schwab, courtes dans l’ensemble, d’une écriture bien dessinée, aux arêtes vives. Les lignes de basse indiquent la voie à suivre, comme sur le formidable «Marche vers l’avant» sur lequel Julien Soro s’envole, tout en finesse et en « approches », comme le titre du même nom où les deux complices racontent une histoire... de rencontre. Avec le charme de l’inattendu, des ruptures de rythme, de ton, des brusques emballements qui font place à des caresses. A moins que ce ne soit l’inverse.
Prétextes à duos ? Exercices de style ? Plutôt une approche sensible qui déploie l’étendue de leur talent et leur nécessaire complémentarité. Aucune autre contrainte ne semble les animer que celle d’avancer dans une dynamique commune, de se risquer dans le jeu et l’interprétation, dans la cohérence de leur parcours musical. Il en ressort un travail épuré, un son tranchant, vif et prenant. Sur le fil (des cordes) ou dans le souffle. Mais ça danse aussi dans la bien nommée «Sarabande» ou encore dans « La valse-farandole» qui s’éloigne vite des poncifs du genre pour tourner vers autre chose justement, avec même un soupçon inattendu de swing.
Incroyable subtilité de ce duo attentif à élaborer une musique fluide et accessible, où le chant mélodique est vainqueur. La contrebasse grave, charnue, puissante et le saxophone alto, envoûtant, incisif ou impétueux, conversent sans hiérarchie, dans une suite de déclarations limpides et complexes à la fois.
Un univers sonore complet, habité, dans lequel on entre avec délice à chaque nouvelle écoute. Avec ses pleins, ses déliés, ses aspérités, et suffisamment de surprises pour nous tenir en haleine. Assurément, un duo mémorable!
NB : On est également sensible au clin d’œil humoristique des illustrations de Quentin Schwab qui ornent la pochette, très « ligne claire » .....
Sophie Chambon

