Circum disc 2010 / Anticraft
Produit par Circum et Muzzix
Concert de sortie de disque le 17 janvier 2010 au Sunset Sunside à Paris.
Stefan ORINS (p),Christophe HACHE (cb), Peter ORINS (dr)
Parfois, on aime suivre certains artistes, les voir évoluer avec le temps: s’il est une aventure qui vaut la peine d’être suivie, c’est celle de ces musiciens nordiques (si éloignés géographiquement en tous les cas de notre horizon immédiat) autour du collectif lillois et du label Circum.
Extrait de ce formidable potentiel à géométrie variable, un trio est né, composé du pianiste Stephan Orins composant toutes les musiques, à partir d’improvisations, entouré de son frère Peter à la batterie et de Christophe Hache à la contrebasse.
Ces trois là se sont trouvés, arpentent le même rivage, vers un horizon partagé depuis leur premier album Natt resa, en 2004, qui faisait déjà référence aux espaces nordiques (Stephans Orins est d’origine suédoise).
C’est sans aucun doute la signature d’un album Jazz que dessine ce STÖT aux couleurs fraîches et vives, tout en impulsions(c’est le sens du titre suédois)
Mélodie et rythme se combinent toujours admirablement dans ces compositions ciselées : crescendos entêtants comme dans le premier Trappaan (escalier) ou le second morceau «Tabea fylter sju».
Neuf compositions constituent un album d’une durée parfaite où les morceaux prennent le temps de s’étirer («Tristan»). Pourtant, les ballades s’emballent vite comme cet étonnacnt « Sergeï », allusion au maître Prokofiev ou au grand Rachmaninov? C’est que jamais le trio ne semble au repos, déployant un romantisme ébouriffé :art de l’oxymore ou maîtrise des contrastes ? Il en résulte une douceur intense, une farouche perception du temps et de l’espace : Une musique qui ne coule pas de source, mais d’évidence, possède une énergie fluide. On aime la vivacité de ce jazz actuel qui ne flirte pas vraiment avec le rock ou la pop, qui assume certaines influences (E.S.T, Bobo Svenson…) et propose groove persistant et désir ardent de mélodie. Une simplicité apparente? Efficace et sincère en tous les cas.
Sans aucun signe d’essouflement -ces trois là savent prendre leur temps- cette formation déjà ancienne et pourtant stable, fait entendre trois voix singulières qui s’ajustent parfaitement, en liberté, improvisant sur le fil et avec bonheur.
Le résultat est un album homogène et élégant, traversée initiatique d’un univers clairement exposé : pas étonnant que les Nordiques, toujours attirés par la crudité des cieux méditerranéens, aient cette intensité dans leurs veines. Mais sans le tragique azuréen, ils voyagent toujours plus près, cinglant vers le Nord et la Scandinavie! On les accompagnerait bien volontiers…
Sophie Chambon

