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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 08:53
Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel      The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel

The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller vibraphone

Misja Fitzgerald Michel guitare acoustique (6 et 12 cordes)

 

Label MCO/ Socadisc

MCO

Franck Tortiller | ONJ

Franck tortiller, vibraphoniste, auteur et compositeur de jazz

 

Ancien du Vienna Art Orchestra, chef d’orchestre remarqué de l’ONJ en 2005, le vibraphoniste Franck Tortiller aime franchir les ponts entre toutes les musiques, pop, rock, jazz, rhythm and blues. Cet éclectisme est tout à son honneur et on aime le suivre quand il se réapproprie les mélodies folk et pop des seventies qui ont jalonné aussi notre vie musicale. On se souvient de son Close to Heaven enregistré avec l’Orchestre National de Jazz, hommage au flamboyant Led Zep dont la musique était un alliage absolu de blues irrigué de sauvages envolées free sonnantes. A cause de « Stairway To Heaven » ou du son inouï de batterie de John Bonham, de son jeu de cymbales?

Cette fois Franck Tortiller s’est transporté sur les pentes du Laurel Canyon, ce paradis californien pour les hippies et "protest song" writers de la fin des sixties. Et il privilégie une échappée du côté des compositions ouvertes de David Crosby aux racines folk, bluegrass, country, rockabilly, aux inspirations indiennes puisées chez Ravi Shankar. Croz a écouté Coltrane, Miles, Charles Lloyd et juste retour des choses, Miles reprendra au moment de Bitches Brew le “Guinevere” de Crosby que l’on entend à Woodstock avec d’autres titres phare dont “Suite Judy’s Blue eyes”, “Wooden Ships”.

Le partenaire idéal pour ce genre d’exercice était le guitariste irrésistible et pourtant trop méconnu Misja Fitzgerald Michel. Ainsi après Les heures propices le vibraphoniste sort un nouveau disque en duo avec le guitariste sur le label MCO  The Open Chords of David Crosby. Les deux musiciens partagent le goût de ces mélodies finement troussées, une même virtuosité discrète, chacun assumant sa part dans une écoute mutuelle. 

On rappellera que le jazz n’est pas lié à un matériau spécifique, mais qu’il réside surtout dans la manière de jouer. Démonstration réussie cette fois encore avec un son travaillé, « simplement » naturel. Et pourtant quel défi de s’attaquer au groupe mythique Crosby Stills Nash qui a marié la pop mélodique des Beatles aux racines folk avec toutes les réussites : instinct mélodique, acrobaties vocales, harmonies sophistiquées, guitares virtuoses. “Our Home”, “Carry On”, “Long Time Gone”, “Chicago”, “Déjà Vu”, “Teach your Children” … les tubes sont nombreux et leur succès fut planétaire. Misja Fitzgerald Michel, expert lui aussi en décloisonnement, célèbre la guitare plurielle sur ses guitares folk à six et douze cordes. Ce n’est pas chose aisée quand on s’inspire de tels « guitar heroes » tous de style différent, l’audacieux folkeux David Crosby souvent incontrôlable,  l’ombrageux mais génial Stephen Stills, perfectionniste des guitares, Graham Nash le talentueux pop songwriter anglais auxquels se rajouta vite (dès le deuxième album Déjà Vu ) Neil Young the Loner assez indépendant pour ne tenir que par une éperluette au nom du groupe Crosby Stills Nash & Young

Comme dans tout travail d’adaptation, le duo en revient à l’original, non pas tant pour en mesurer les écarts mais pour en savourer les variations, qui, pour être fidèles à l’esprit initial, ont l’élégance des transformations propres au jazz.

Pourtant il est difficile de faire mieux que les harmonies si subtiles des thèmes d’origine : les chemins qui bifurquent du duo les emmènent parfois assez loin de « Tracks In The Dust » ou «  Déjà Vu ». L'incroyable « Guinnevere » du premier disque de CSN, respecte la douceur élégiaque du tube entonné à la nuit tombée à Woodstock en 1969 avant la suite fragmentée de Stills, « Judy Blue Eyes » que l’on ne reconnaît que dans la toute dernière partie, ritournelle ressassée mais inoubliable.

Misja Fitzgerald Michel est aussi d’une belle « versatilité » (au sens anglo-saxon) et pratique avec aisance un grand écart des formes. Tout réside souvent dans des changements d’accords, de tons, avec des phrases complexes, de longs développements quand il chorusse.

Avec Franck Tortiller, il connaissent et aiment les « chansons » du groupe et particulièrement celles de Crosby- même plus récentes comme "Somebody Other than You", et nous les font découvrir autrement. Il est plutôt osé de reprendre à deux les compositions d’un groupe qui joua la carte de la tendre harmonie vocale. Le vibraphoniste a fait un travail remarquablement affûté sur les arrangements et harmonisations. Il privilégie une recherche constante de dynamiques, adaptant les couleurs et timbres de la guitare et du vibraphone, un alliage inusité, fusion des cordes et du métal teintée d’un éclat particulier. Même sur CD, on devine le ballet fluide et époustouflant des mailloches sur les lames. A ses côtés, flegmatique, le guitariste joue rythmique avec le plus grand sérieux quand il faut soutenir les envolées rebondissantes de son partenaire mais sait aussi changer de rôle et mener la danse dans de longues échappées.

L’esprit de ses musiques est conservé mais transposé et le duo parvient à unifier l’ensemble (deux compositions de Tortiller « Look in the Spark » et le final « She Says » parfaitement intégrées ) et à le jazzifier. Un répertoire poétique redevenu original en quelque sorte, une forme de résistance à l’air du temps qui réveille une douce nostalgie. On en sort rasséréné.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 14:48
Vincent Bourgeyx       Life Letters

 

Vincent Bourgeyx Life Letters

Fresh Sound Records/ Socadisc 

Présentation - Vincent Bourgeyx

Sortie le 5 juin 

Concert de sortie de l'album au Festival de jazz de Malte le 7 juillet

 

Ce Life Letters est le septième album sous son nom de Vincent Bourgeyx sur le label Fresh Sound, composé de douze titres d’une durée sensiblement égale. Dix sont d'une plume lumineuse dans la forme royale du jazz, le trio piano-basse-batterie.

L’attaque est précise, affirmée dès le solo du batteur sur l’ouverture « Stuck in blues » qui annonce la couleur, impulsant une énergie collective qui ne se démentira pas. L’enregistrement impeccable souligne l’esprit d’un jazz de chambre, acoustique, plutôt vif, qui ne laisse guère place au silence. Mais la palette du pianiste sait nous réserver des surprises. On attend la ballade et elle vient vite, énonçée finement dans ces « Life Letters ». On le découvre aussi plus évasif, voire méditatif, dans « You Little Me ».

Il demeure dans le piano de Vincent Bourgeyx quelque chose de classique dans la connaissance des standards et des styles, comme c'était déjà le cas dans son premier opus Introduction qui me le fit connaître. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, le musicien bordelais est ensuite parti faire ses classes à la Berklee School puis a appris le métier à New York. Ce qui laisse des traces, des souvenirs et des amitiés certaines. Aussi ne sera-t-on pas surpris qu'il se soit souvent entouré d’une rythmique américaine. Et pour cet album, elle est superlative, le contrebassiste Daryll Hall, subtil et d’une solidité à toute épreuve et le batteur Gregory Hutchinson au soutien plus que rebondissant. L’interaction avec ses deux complices est particulièrement tonique dans ce « Flash Pocket » urbain et funky.

 Vincent Bourgeyx révèle un véritable talent d’accompagnateur aux capacités inventives, au lyrisme sans emphase qu’on aurait tendance à préférer à certaines échappées solitaires. Car plus mélodiste que percussif, le pianiste s’abandonne volontiers à des valeurs refuge, cherchant à développer une relation plus intime avec le public, romantique dans ce "Romance"  à  la contrebasse élégante et fluide, émouvant quand il se laisse emporter par une abondance de notes dans le bien nommé « Hopeless Romantic ».

Equilibré est le montage de l’album, variant les climats, tout en demeurant d’une cohérence sereine. Vincent Bourgeyx s’inscrit résolument dans une certaine lignée de jazz, d’un "beau" piano avec des partenaires qui le ramènent vers un groove plus affirmé. Et on se réjouit de l’entendre dans deux reprises de standards qui terminent l’album en beauté : après un swingant « Let’s Play One » du trompettiste Thad Jones, le pianiste poursuit, galvanisé par une basse étincelante avec une de ses compositions l'envoûtant  « Duke » qui annonce brillamment le thème nostalgique de Billy Strayhorn « A Flower Is A Lovesome Thing ». Voilà une authentique déclaration d’amour à une écriture si parfaite que son mystère, soulignait Bill Frisell, nous laisse toujours interdit.

Le charme discret de cet album intemporel et vibrant s’impose vite et persiste jusque dans les trois derniers morceaux que l’on écouterait volontiers en boucle. On aura(it) grand plaisir à aller écouter ce trio en live évidemment, en club, tant ils traduisent l’essence même d’un jazz insurpassable.

 

Sophie Chambon

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 13:50

Stéphane Belmondo (trompette, bugle),
Dado Moroni (piano).
Jazz en Tête Festival, Clermont-Ferrand, 23 octobre 2025.
Space Time Records / Socadisc.
Paru le 29 mai.


      Stéphane Belmondo affectionne le duo avec piano. Sans prétendre à l’exhaustivité, on se souvient en particulier d’un enregistrement il y a dix ans exactement avec Jacky Terrasson (Mother. Impulse/Universal). Le trompettiste et bugliste apprécie cette intimité qui tend à l’expression la plus pure, l’épure en quelque sorte, de la communion artistique.

     Dans la rencontre ici proposée, Il retrouve en Dado Moroni un partenaire méditerranéen comme lui (l’un de Hyères dans le Var, l’autre de Gênes), de sa génération (celle des années 60), et qui partage son penchant pour le duo avec trompette/bugle.


       Le pianiste italien s’était ainsi livré à cet exercice de haute volée avec Tom Harrell en 2007 (Humanity. Abeat). Il ne l’a pas oublié. Une composition du trompettiste américain, ‘’Sail Away’’ figure parmi les huit titres enregistrés à l’automne 2025 lors du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand.
 


       Inspirés, tutoyant les sommets de l’émotion, Stéphane Belmondo et Dado Moroni s’en donnent à cœur joie. Le répertoire s’y prête, offrant une diversité apte à séduire les amateurs de tous bords : des standards (‘How Deep is the Ocean’, d’Irving Berlin, ‘Here’s That Rainy Day’ de Jimmy Van Heusen), un titre de Monk (‘Let’s Cool One’), des compositions de trompettistes (‘Up Jumped Spring’ de Freddie Hubbard, Joey Smile de Stéphane Belmondo et bien sûr ‘Sail Away’ de Tom Harrell) et des chansons populaires françaises devenues des tubes internationaux ( ‘La Belle vie’ de Sacha Distel, ‘Et maintenant’ de Gilbert Bécaud).  

      L’espace d’une petite heure (59 minutes 58 secondes), nos deux complices nous offrent un exemple de ce que le jazz saisi en direct peut apporter d’enchantement, de spontanéité ... Un régal tout simplement.

 

Jean-Louis Lemarchand.
   

 

 

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 08:28

Fred Pasqua (batterie, voix), Nelson Veras (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Laurent Coq (piano), Marie-Hélène Beignet (voix)

Pompignan, 16-18 juillet 2024

Hanji HJLP003 (vinyle) & numérique / Inouïe Distribution

 

Un nouveau disque du batteur, avec de nouveaux partenaires, exceptés le guitariste et le bassiste. Avec ce trio d’orfèvres, et pour 5 plages, le pianiste Laurent Coq ; et pour deux titres la chanteuse lyrique Marie-Hélène Beignet. Des compositions du batteur, mais aussi un thème d’un comparse du disque précédent, le trompettiste Yoann Loustalot (extrait d’un disque du quartette ‘Aérophone’, dont Fred Pasqua est le batteur), un autre de Mark Turner, ou encore de Milton Nascimento, et un pas de côté (du côté de Ravel) avec Trois beaux oiseaux du paradis , précédé d’une intro très libre. Très belle unité esthétique, défendue par une belle brochette d’artistes qui sont toujours au plus près du cœur de la musique. Des thèmes sinueux, mais qui vont toujours quelque part (et même là où on ne les attend pas forcément). De plage en plage, une musique de haut vol jouée par des personnalités d’exception : autrement dit un régal pour mélomanes, toutes chapelles confondues !

Xavier Prévost

 

Le trio est en concert, le 14 mai à Paris au Jass Club & le 16 mai à Blanzaguet-Saint Cybard (Charente) au Jazz Club Blue Perry

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=27n9Lz542xc

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 05:55
OSCARPICUS                                           Cirque de Passage

OSCARPICUS Cirque de Passage

 

Alice Martinez: chant et compositions Ezequiel Celada: saxophones & clarinette Sylvain Avazeri: trompette & trombone Gabriel Manzaneque: guitare Olivier Lalauze: contrebasse Léo Achard: batterie

 

Label La Clique  la Clique / InOuïe Distribution.

Sortie de l’album le 15 mai

 

Le premier album de l’Oscarpicus ‣ Studio Escobette

 

 

Oscarpicus est un sextet né de la rencontre de musiciens chanteurs de la scène jazz traditionnelle. Formés au Conservatoire d'Aix-en-Provence, de Marseille et à l'IMFP de Salon-de-Provence, ils ont partagét plus de douze années au sein du Shoeshiners Band où ils ont acquis sens du rythme et esprit collectif, une joyeuse interaction que l’on perçoit immédiatement.

Si leur musique est héritée d’une tradition de jazz, de l’era swing au bop, elle se colore subtilement des parcours et influences de chacun. Au coeur d’une création originale, les textes plutôt insolites sont aussi précieux que les mélodies élaborées : chaque composition est prétexte à une chanson, petite histoire qui s’intègre dans le narratif de cet album conceptuel.

Le propos dans ce premier opus du groupe tourne autour d’un cirque de passage qui dresse son chapiteau dans une arène, scène parfaite pour ce 
retour à l’enfance. Perché quelque part entre les branches, un oiseau imaginaire à tête de bois observe cette drôle de ménagerie, passant en revue le personnel, du lion remplaçant aux enfants des coulisses, de l’acrobate au coeur et à la vie suspendues jusqu’à l’homme canon qui a trop fait ripaille et a peur de rester coincé dans le fût du canon... C’est le pivert qui anime ces fabulettes marrantes et bien rythmées, dans ces huit compositions co-signées d’ Ezéquiel Celada, Gabriel Manzaneque, Olivier Lalauz, mises en paroles par la voix fraîche et bien placée d’Alice Martinez, à la scansion précise et gourmande. A la fois conteuse et comédienne, elle a écouté Boris Vian et a su en faire son miel. Et l’on est heureusement surpris de voir combien le français tire son épingle du jeu dans cette interprétation ludique et sensible, adaptant cet esprit potache, onirique et parfois dramatique dans des paroles soulignées d'un accompagnement toujours approprié. Chacun y est allé de sa petite touche créative, humoristique voire métaphorique dans « Le roi des lapsus », « le P’tit Remplaçant », « Cœur suspendu ». Les soufflants font entendre leur bonne humeur cuivrée, endiablée et loufoque dans l’esprit des orchestres de la grande époque, leur modèle navigant entre Chick Webb, Jimmy Lunceford et même un Duke Ellington avec une trompette bouchée vaguement exotique et orientale dans « Le problème de Bernie ». Quelques accents de charleston décalé (« Papy Grognon »), une clarinette qui flirte avec le Dixieland et un trombone coulissant d’aise animent ces petits bibelots sonores .Tout n’est pas qu’allégresse cependant dans ce parcours de vies circassiennes comme le soulignent ces ballades fragiles, mélancoliques où un saxophone sensuel accompagne la voix de funambule dans « Mon Eurydice » ou «Ta vie bien rangée », finale de cet album attachant aux mélodies tendres, entraînantes.

N’oublions pas la rythmique essentielle à l’assise au groupe où guitare, contrebasse et batterie empruntent parfois des couleurs manouches « Cœur suspendu », des walking, un style « Le p'tit remplaçant ».

C'est ainsi que cette musique savoureuse  file allègrement et s’écoute d’un trait. On est même un peu chagrin que cela s’arrête, c’est dire le plaisir procuré par ce sextet qui sonne comme un big band et que l’on aimerait découvrir sur scène. Programmateurs, n’attendez plus pour choisir ce spectacle nostalgique et fantaisiste.

 

Sophie Chambon

OSCARPICUS                                           Cirque de Passage
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10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 10:44
   Edward Perraud  Pascal Schumacher Sebastian Studnitzky            SINGÜLAR

SINGÜLAR

 

Edward Perraud (batterie, FX), Pascal Schumacher (vibraphone, claviers électronique), Sebastian Studnitzky (claviers, FX)

 

Label: XJAZZ ! Music

Home

Pascal Schumacher - Musician & Composer | SINGÜLAR

3 minutes of Singülar

 

Voilà un album expérimental dans lequel il est possible de s’immerger très vite... ce Singülar  porte bien son nom avec ce « u tréma » qui accentue la singularité de ce voyage au long cours dans l’espace. Le son devient sensation tissant synthés, vibraphone, trompette, batterie et électronique dans un flux hypnotique.

Dans une salle de concert luxembourgeoise trois Européens, un Français, un Allemand et un Belge, à savoir Edward PerraudSebastian Studnitzky et Pascal Schumacher qui ne se connaissaient pas auparavant ont expérimenté un coup de foudre musical. On le sait le jazz et les musiques actuelles sont prétexte à ces happenings d’un drôle de type entre des personnalités marquées, tempéraments forts et leaders à leurs heures.

Le premier album de  ce nouveau groupe saisit leur partage immédiat en une énergie commune liée à la même pulsation intérieure intense. Une première rencontre-qui ne devrait pas être brève ou accidentelle, où se fondent dans des textures travaillées et sophistiquées, ambient, jazz, électronique. C'est une plongée au coeur du son comme "force cosmique" avec des instruments chanteurs, le jeu sensible, explosif autant que raffiné d’ Edward Perraud, batteur tout à la fois percussionniste et coloriste en harmonie avec  les boucles hypnotiques de la trompette libre de Sébastien Studnitzky. Le son prend peu à peu son envol porté par les improvisations délicates, irréelles au glockenspiel et vibra de Pascal Schumacher. Curieux équipage qui parfois nous leurre quand on croit entendre non pas un trio mais une seule source d’un hydre à trois têtes.

Une vision fugitive, une danse envoûtante du son, avec ces chuchotements imperceptibles, ces bruissements de rêve éveillé, ce éclats de free sons, voilà ce que nous propose ce trio si peu académique. Ces pièces hors norme, il n'est pas évident d’en rendre l’étrangeté et la saveur. Parler de travail sur les timbres et textures n'est pas vain mais banal. Une dynamique audacieuse captée en studio qui jamais ne se répétera ainsi. Autrement dit le trio ne rejouera pas le CD en concert et s’embarquera avec son public vers l’immensité intersidérale pour trouver à défaut de nouveau, un ailleurs du son. Suivant un mantra  que définit Sebastian Studnitzky : il ne s’agit pas seulement de jouer de la musique, mais de ressentir l’instant ensemble. La musique naît de cette expérience partagée : brute, sans fard, mais intensément vivante et habitée.

Dans Singülar, cinq compositions peu nombreuses mais intenses et très longues (18’ pour le titre éponyme) prennent largement le temps de se déployer, « Liaima » au mitan de l’album  est construit entre ordre et dissolution, le trio toujours en évolution naviguant sans relâche entre exactitude assumée et incertitude rêveuse. Sont-ils prêts à disparaître avec « La Fin d’un Monde » ballade méditative sur la transition, le passage vers le début d’une nouvelle ère comme le résume Edward Perraud ?

Nouveau trio, nouveau répertoire mais une constante que vivent les trois musiciens : la force d’un langage rythmique, une écriture contrastée et des intuitions harmoniques. L’improvisation engendre entropie, deséquilibre, ruptures des directions affirmées. 

Quant à la pochette fantaisiste de ce Singülar "vachement singulier",  est-elle dans l' imaginaire poétique et drôle du trio' un clin d’oeil au mythique Atom Heart Mother du Floyd?

 

Sophie Chambon

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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 15:51

 

Giovanni Mirabassi (piano solo)

Paris, 18-20 août 2025

Jazz Eleven J11018 / Baco distribution

 

25 ans après ‘Avanti !’ (enregistré en novembre 2000, publié en 2001 par Sketch, et disparu des bacs des disquaires au cours des années suivantes), Giovanni Mirabassi en reprend le répertoire de chants de résistance, dans des versions différentes, plus développées ou plus brèves selon les cas. Et My Revolution de la version princeps devient My Permanent Rebellion . On retrouve El Pueblo Unido…., Le Temps de cerises , La Butte rouge, Bellla Ciao , etc.… L’original avait connu une considérable diffusion, et en faire revivre les thèmes et l’esprit s’imposait.. Ici Le Chant des Partisans se limite à 14 secondes, quand à l’origine il était développé en 2 minutes et 44 secondes. Ces nouvelles versions sont musicalement et pianistiquement brillantes, sans ostentation mais avec une grande ferveur. Retrouver ce répertoire à la faveur de cette réinterprétation est un pur bonheur, à déguster comme il se doit : pour paraphrase librement un fameux slogan soixante-huitard : ce n’est qu’un combat, recommençons au début…. pour aller plus loin !

Xavier Prévost

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Giovanni Mirabassi jouera ce programme en concert , le 3 mai à 16h30 en l’Église Saint Martin au Tilleul d’Étretat, et le 11 juin à Paris, au Bal Blomet

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=12HixASEFs4&feature=youtu.be

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29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 16:23
GARDEN OF SILENCES    Clément JANINET

GARDEN OF SILENCES

 

Clément Janinet (violon, nyckelharpa, compositions ) Arve Henriksen (trompette, électronique), Ambre Vuillermoz (accordéon). Robert Lucaciu (contrebasse)

Garden of Silences | clementjaninet

www.bmcrecords.hu

 

Sortie le 1er Mai sous le label BMC

Concerts  12/05/ La Dynamo de Banlieues Bleues ( Pantin)

                  13/05/ Jazz sous les Pommiers

 

GARDEN of SILENCES - Teaser

 

Si on écoute seulement la musique de Garden of Silences sans rien lire des notes de pochette toujours très précises de Guillaume Malvoisin, on est en proie dans cette suite mystérieuse à un vertige sensoriel où les instruments mêlent leurs timbres, s’ajustent ou s’échappent dans des impros.

Allons-y-voir de plus près cependant ! On avait aimé Clément Janinet dans l’insolite trio chambriste de la Litanie des Cimes quand il prenait de la hauteur sur la canopée. On l’avait suivi dans O.U.R.S, cette autre formation qui annonçait quelque peu son goût des musiques répétitives (Ornette Under Repetitive Skies) et du free.

On continue à présent à explorer ses territoires musicaux de prédilection qui sont nombreux car le violoniste mandoliniste aime unir styles (musiques de chambre, répétitives, trad...) folklores et époques : il s’est choisi cette fois une nouvelle équipe européenne, des compagnons au solide background respectif pour lesquels il particularise certains thèmes ( les basses de l’accordéon, la précision de la contrebasse), les mettant ainsi en valeur. Sur dix compositions qui prennent le juste temps pour se déplier, huit sont de sa plume de compositeur et d’habile arrangeur.

Le quartet poétise de façon certaine, s’attachant à remonter le temps avec la musique baroque des origines à la suite d’extraits des Lamentations du compositeur italien Emilio de Cavalieri, musicien novateur de la cour de Ferdinand de Médicis à la fin du XVIème, introduisant  ces premières Leçons des Ténèbres baroques. C'est une écriture subtile sur un chemin balisé de références (s)électives en se permettant écarts et pas de côté vers ces musiciens au rayonnement européen du XVIIème par des « transmutations » audacieuses qui gardent souvent la mélancolie des originaux. L’amateur plus « classiquement » jazz découvre un envoûtant et orientalisant "Musette" d’après le gambiste Marin Marais ou une adaptation singulière d'une cantate de Dietrich Buxtehude( Garden Hosts Mystery").

La qualité évidente de la musique vient de ce travail collectif, spontané et complice qui exalte aussi les diverses textures d’un instrumentarium incongru : trompette troublante avec ses effets, accordéon, contrebasse, violon... Et en amoureux des cordes frottées, pincées, Clément Janinet délaisse parfois son violon pour la nyckelharpa suédoise, aimant s’amuser d’alliages nouveaux avec cette sorte de vielle.

S’il a montré par ailleurs son goût pour les rythmiques de musiques traditionnelles mandingues, peul aussi bien que bourguignonnes, ce sont les musiques trad du centre de la France redécouvertes avec le Malicorne folk des seventies, auxquelles il va faire subir des « Transformations » en exaltant le jeu en pizz ou à l’archet du contrebassiste Robert Lucaciu. Ou encore cette Lola inspirée du violoncelliste Mario Boisseau. On retrouve enfin sa fascination pour les minimalistes américains Steve Reich et John Adam qu’il branche sur des harmonies de Dietrich Buxtehude dans ce « Repetitive Cantum » au titre explicite.

Recyclant des thèmes plus ou moins obsessionnels, Clément Janinet y revient en organisant des variations, reprenant par exemple deux thèmes de ses divers O.U.R.S, « In the head » de 2017 arrangé cette fois pour le Norvégien Arve Henriksen et ce « Third meditation » apaisant qui clôt un album somme toute serein. Clin d’oeil très bref comparé à la première mouture dans l’album de 2020 Ornette Under Repetitive Skies qui soulignait la couleur de l’album sur près de 13’ à grands traits d’archet, jets continus introduisant des micro-variations, changements infimes de ces cellules redondantes, aux échos d’un saxophone coltranien de la dernière période.

En dépit de cet éclectisme singulier, ce Garden of Silences finit par révéler  quelques-uns de ses secrets dans ce modèle d'équilibre et de cohérence dans le montage des diverses compositions. Un concert spirituel, “aux tempos lents, aux contemplations harmoniques” sans rupture brutale, ni même dérèglement contrôlé, le free est métaphoriquement présent dans ces libres échappées stylistiques.

On ne peut que reprendre la formule si pertinente d’ «ancient melodies of the future” dans cette assimilation décomplexée de courants divers. Clément Janinet et son fécond imaginaire nomade musical méritent décidément d’être suivis de près.

 

Sophie Chambon

 

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 12:03

Mark Tuner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

Perne-les-Fontaines, avril 2024

ECM 2835 / Universal


 

Le titre invite à penser le saxophoniste comme maître de la forme et de l’harmonie, ce qu’il est indiscutablement, et brillamment. La forme, suscitée par le saxophoniste et compositeur (qui signe l’ensemble du répertoire) ; et l’agilité dans les méandres de l’harmonie, qui est assurément l’un des secrets de cette musique. Les thèmes et leur déroulement sont une suite de détours qui pourraient sembler mystérieux, mais qui procèdent en fait d’une logique tant musicale qu’esthétique. Nous suivons le groupe, et ses solistes, dans ce doux labyrinthe qui, loin de nous effrayer, excite notre curiosité, et procure aussi le bonheur immédiat lié à la perception de l’instant sonore. Une illustration peut-être de cette démarche, souvent revendiquée par les plus brillants artistes, qui consiste à poser des contraintes pour mieux exprimer leur liberté par leur franchissement. Le musicien se joue de sa propre mémoire (ses compositions antérieures, et ses admirations). Le genre de disque qui, même s’il procure un plaisir immédiat, n’en finira pas de livrer ses secrets, à chaque écoute : admirable !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://music.youtube.com/watch?v=qKAICcGm6kI&list=OLAK5uy_nU9Yu26-t87W_XryXpDV7gNVTy1mUM208

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 09:11
Conversation             Jan Harbeck Quartet

 

Conversation Jan Harbeck Quartet

 

Label Stunt Records

Sortie le 24 avril

 

Jan Harbeck – saxophonist/composer

 

 

Conversation, voilà un titre bien trouvé pour le cinquième album du quartet (exclusivement) danois de Jan Harbeck qui depuis 2008 est fidèle au label Stunt. Jan Harbeck rencontre le succès dans son pays, jouant régulièrement dans les clubs de Copenhagen et quand le quartet est en tournée, il reste plutôt en Europe. Il s’agit bien d’un échange intime, sensuel, plus soutenu à d’autres moments (« Out of the Blue ») dans ces sept compositions jamais trop longues qui composent un album au timing et montage parfaits.

Comment ne pas remarquer cette communion entre musiciens qui se pratiquent depuis vingt ans ? Ce quartet soudé  cultive en effet cette « Interaction », cette intuition du jeu quasiment télépathique. Comme dans le bon vieil âge d’or du jazz quand les musiciens toujours ensemble, passaient leur temps à jouer, en tournée, sur la route et improvisaient alors en live facilement.

On notera le dialogue fécond entre un ténor inouï et un pianiste Henrik Gunde allumé quand il le faut, plus qu’inspiré dans ses contrepoints sur « Passing Clouds » ( qui rapproche des vers de Baudelaire ),  son échappée dans « Odd One Out » ou le final « Arena ». Cette osmose, j‘avais déjà pu l’observer à Parfum de jazz en 2023 sur le programme de son Balanced tout à fait exceptionnel où le ténor, devant un public admiratif suspendu à ses lèvres, rendait hommage à ses aînés sur un Selmer Balanced Action de 1939 qui avait appartenu au « Sound » lui même, le grand Stan Getz du « ténor en or ». Car Jan Harbeck nous parle en effet, susurre à l’oreille,  enlace inévitablement dans son phrasé. Quel est l’instrument le plus proche de la voix humaine ? J’aurais opté pour le trombone mais après avoir entendu Jan Harbeck, je n’en suis plus aussi sûre.

Instrumentiste délicat, son interprétation transcenderait n’importe quel thème, solidement soutenue par les lignes de basse d’Eske Nørrelykke (« Interaction ») et le tempo toujours juste d’un batteur discret Anders Holm.  On croirait que le quartet rejoue des standards tant ce jazz nous est familier. Or aucun thème n’est revisité sur ce nouvel album : ce sont toutes des compositions de Jan Harbeck mais il a souvent puisé dans le Songbook américain et des références subliminales jaillissent comme dans ce « Sparkle Sight » qui titille notre mémoire en swinguant de la plus belle façon.

Facile d’écoute, cette musique? Oui, si cela signifie que l’on est dedans dès les premières notes, une balade voluptueuse et amoureuse, ouverte et légèrement mélancolique, feutrée comme le souffle de Ben Webster. Pas un hasard s’il a reçu le Ben Webster prize en 2018. Précisons une autre évidence son inscription dans l’héritage du swing avec une inclination particulière pour Paul Gonsalvès. Surtout qu’il a connu la pratique des big bands où l'on attend des ténors et autres solistes de chaque pupitre qu'ils se lèvent et délivrent un solo d’anthologie comme chez Duke Ellington !

Cette musique s’oriente t-elle vers de nouvelles directions ? Peut-on suivre son évolution avec la discographie de son quartet ? Sensible à ce jazz qu’il aime et sert avec ferveur, outre une habileté technique évidente, Jan Harbeck saisit par une profondeur musicale dont on sait d’où elle tire son origine. Son expression seule suffit alors pour nous mettre sous emprise, pour notre plus grande jouissance. Il est irrésistible.

 

Sophie Chambon

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