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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 16:45

Jean Bardy (contrebasse), Éric Löhrer (guitare), Emil Spanyi (piano), Guillaume Naud (orgue & piano), Andrea Michelutti (batterie)

invité : Marc Berthoumieux (accordéon)

Meudon, 17 mai 2025

Parallel Records- Absilone / Socadisc

https://jeanbardy-parallel.bandcamp.com/album/au-caf-des-anges


 

Nouvel album d’un contrebassiste qui a peu enregistré en leader mais a participé à une foule de groupes et de disques (voir sur son site https://jeanbardy.fr/francais/ ).

Ce disque lui ressemble : goût de la mélodie mélancolique, qui s’exprime dans ses compositions (la majorité du programme), mais aussi par exemple dans Le Bar du Jeudi, thème par signé son ami regretté, le pianiste Henri Florens (1952-2025), mort deux mois avant l’enregistrement du disque et amateur, comme le contrebassiste, de contrepèterie. Goût profond aussi de la belle facture instrumentale, avec des partenaires de haut vol, et de l’espace chacun peut s’exprimer. Les deux autres extras sont un thème brésilien qu’aimait jouer Chet Baker (avec qui a joué Jean Bardy), et aussi une chanson de Steve Goodman. L’ensemble est un terrain de jeu idéal pour ce groupe totalement en phase avec la musique proposée. Grand plaisir d’écoute, à retrouver aussi sur scène, quand l‘occasion se présente.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le 12 décembre à Paris au Sunside

https://www.sunset-sunside.com/concert/jean-bardy-quintet/

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Des avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=asd8LFEgAhQ

https://www.youtube.com/watch?v=mdvfEALG8jI

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20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 11:56

 

Russ Lossing (piano), Mark Helias (contrebasse), Eric McPherson (batterie)

South Orange (New Jersey), 3 avril 2024

Songs 003CD / l’autre distribution

C’est la deuxième rencontre phonographique entre ces trois musiciens (après ‘Mood Suite’, Steeple Chase, publié en 2020) . Le pianiste propose une sorte de manifeste de la liberté interactive, où sa proposition pianistique entraîne une sorte de réaction en chaîne dont surgit, pas à pas, et de plus en plus lisible, une forme. C’est notamment très flagrant dès la première plage, Incommunicado . C’est un perpétuel jouage, si l’on peut proposer, comme le font bien des artistes de jazz francophones, cet équivalent à l’interprlay . La qualité et la créativité de la musique reposent à la fois sur les ressources musicales et instrumentales de chacun des protagonistes (et ici l’on est au plus haut niveau) et sur l’adhésion à un principe d’aventure commune où l’on s’engage sans réserve. Il en résulte une prestation de très haut vol, où les surprises fusent, et nous paraissent pourtant obéir à une parfaite logique : Conception ? Réactivité ? Réflexe ou imagination en perpétuel éveil ? En tout cas le résultat est un pur régal des sens et de l’esprit. Grand disque de trio, libre et conduit vers une exigence de beauté singulière : exigence assumée, et même sublimée. Bravo !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ddS0YKwjpFQ

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13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 11:09

Stéphane Kerecki (contrebasse), avec Enzo Carniel (piano), Federico Casagrande(guitare), Fabrice Moreau (batterie), Thomas Savy (clarinette basse). Invités : Arielle Besson (trompette) et Emile Parisien (saxophone soprano).


Enregistrement Studio Woodoo Child, décembre 2024.
Self Two Music/Hello Outhere Distribution.
À paraitre le 14 novembre.
Concert prévu le 15 janvier 2026 au BAL BLOMET (75015).


     Un rappel historique s’impose. En 1969, le contrebassiste Charlie Haden (1937-2014) enregistre son premier disque en tant que leader : Liberation Music Orchestra.  Suivront avec ce groupe vite devenu mythique, des albums (en 1982, 1985, 1990, 1999, 2005) réalisés avec des effectifs différents mais toujours dans le même esprit : proposer des chants militants inspirés des grands combats pour la liberté sur la planète (la guerre civile espagnole, le Vietnam, le Chili, Cuba, le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis).


     Haden, relèvent Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (Free Jazz-Black Power. Editions Champ Libre) « est par là l’un des seuls musiciens blancs de free jazz soucieux de donner une signification politique directe à sa musique, subversion et réécriture critique des codes musicaux jazzistiques et occidentaux ». Dans cette démarche, Charlie Haden bénéficiait des arrangements de Carla Bley faisant coexister improvisation et écriture, mouvements d’ensemble et solos avec un regard vers les fanfares populaires.

 

     Un bon demi-siècle après, Stéphane Kerecki juge opportun de célébrer l’œuvre de son confrère contrebassiste. La petite formation constituée à son initiative nous offre une ode à la liberté d’une grande beauté, incitant à la résistance vis-à-vis de tous les extrémismes. Porté par un contrebassiste au sommet de son art, le groupe passe en revue quelques-uns de ces thèmes engagés signés Charlie Haden (‘Song for Che’, ‘Spiritual’, ‘La Pasionaria, ‘Sandino’, ‘Silence’) ou encore Ornette Coleman (‘War Orphans’, composition écrite lors de la guerre du Vietnam). On y retrouve également l’hymne des militants étatsuniens pour les droits civiques (‘We shall Overcome’) donné en introduction (en version courte) et en conclusion (près de six minutes). Une heure de musique engagée, libre, méditative qui fait de « Liberation Songs » un des albums majeurs de cette année 2025.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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7 novembre 2025 5 07 /11 /novembre /2025 09:32

Jérémie Ternoy (piano, compositions), Nicolas Mahieux (contrebasse), Charles Duytschaever (batterie)

Ronchin (Nord), mai 2025

Circum-Disc microcidi 048

https://www.circum-disc.com/jeremie-ternoy-trio-survol-a-basse-altitude/

 

Trois musiciens du Nord de la France qui jouent ensemble depuis une vingtaine d’années, et qui ont construit, pour leur troisième disque et autour des compositions du pianiste, un univers commun, dans une relation équilatérale qui nous rappelle opportunément que le jazz est ce jeu collectif où le but n’est pas à marquer mais à atteindre, ensemble, et pourtant sans abdication des individualités. Le titre dit assez la liberté qui tend à prévaloir dans ce vol libre. Sur un ostinato entêtant, sur une boucle portée par la basse, sur un accord obstiné introduit par le piano et la basse, sur une cavalcade de notes ou sur une mélodie, le trio chaque fois prend son envol vers cet ailleurs qui nous tend la main autant qu’’il se dérobe. Pas de pyrotechnie instrumentale ou d’effets séducteurs : de la musique vraie, intègre, à hauteur d’humain, et qui se laisse doucement emporter par le lyrisme et l’expressivité. Le tout porté par une belle prise de son qui nous rappelle que, dans la musique enregistrée, la maîtrise des outils est l’auxiliaire incontournable de l’art. Et tout cet Artisanat d’Art fait œuvre. Œuvre d’Art naturellement.

Xavier Prévost

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Le trio est en concert le vendredi 7 novembre 2025 au Vivat d’Armentières

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4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 13:51

 

Delphine Deau (piano), Julien Soro (saxophones alto & soprano)

Saint Uniac (Ile & Vilaine), 26-27 novembre 2024

Pégazz & L’Hélicon / Inouïe Distribution

 

Un duo singulier (même si le fait de jouer à deux implique un pluriel….). Blague à part, c’est une complicité particulière qui semble avoir présidé à la genèse de ce duo. La pianiste, voici plus de 15 ans, a participé à un stage animé par le saxophoniste. Son cursus classique l’a conduite à naviguer du baroque au contemporain, tandis que son talent de jazzwoman s’épanouissait, notamment dans le quartette Nefertiti. Et son parcours trouve sa logique interne dans ce duo fondé sur l’ancienne relation, à la fois didactique et amicale.

La pianiste joue les cartes de multiples registres : celui du souvenir d’Olivier Messsiaen dans The Other Side of M ; celui des Caraïbes, avec une pulsation presque stravinskienne dans Mambo Jambo ; et des couleurs mystérieuses, comme suspendues, dans Svetlo , bientôt rejointes par le sax, lui aussi en suspens. La pianiste nous offre aussi des lignes sinueuses dans Bad Dwarf .

Dans la première plage, le saxophone respire l’expressivité, comme une voix humaine. Ailleurs il hante les cordes du piano, qu’il fait chanter doucement en projetant vers elles le souffle de son instrument. Et dans Wood Pigeons , ils visitent ensemble les terres du jazz, dans la pulsation de l’idiome, avec une liberté qui révèle, une fois de plus, une sorte de connivence secrète qui fait de ce disque un très beau moment de musique.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=B97QYljj6nE

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Le duo sera en concert le 6 novembre à Paris, au Sunside

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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 14:08

 

Mark Turner (saxophone ténor, voix), Jason Palmer (trompette), David Virelles (piano, orgue, synthétiseur), Matt Brewer (contrebasse & guitare basse), Nasheet Waits (batterie)
Giant Step Arts GSA 17

https://markturnerjazz.bandcamp.com/album/reflections-on-the-autobiography-of-an-ex-colored-man

 

Autour du texte publié en 1912 par James Weldon Johnson, écrivain, diplomate et militant des droits civiques, Mark Turner compose une œuvre musicale qui est à la fois un manifeste de la musique afro-américaine à son meilleur, et une évocation du statut des noirs dans la société états-unienne, au travers de la fiction imaginée par le poète, d’un être bi-racial qui franchit la limite qui le conduit (fût-ce symboliquement) au même statut que les blancs. Et la musique franchit ce mur de verre : cela se révèle dans l’importance de la musique afro-américaine que l’on peut définir, même sommairement, comme une culture ‘universelle’, qui touche beaucoup de personnes issues d’autres univers culturels. Il suffit d’écouter cette suite, sa densité musicale, artistique, et la charge émotionnelle que produit son expressivité, pour se convaincre que Mark Turner touche au but. La cible peut-être restreinte (les mélomanes jazzophiles de tous les pays), elle n’en conserve pas moins sa force, son intensité. Ce qui n’est pas rien au moment où le pouvoir en place aux USA tend à mépriser, voire à nier et combattre, purement et simplement, une partie de sa population. Oui le jazz (surtout à ce niveau d’excellence) demeure un sport de combat !

Xavier Prévost

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Ce groupe sera en concert le lundi 10 novembre à Paris au Sunside (19h30 & 21h30)

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31 octobre 2025 5 31 /10 /octobre /2025 09:15
Tom Bourgeois Quartet              LILI

Tom Bourgeois Quartet Lili

 

 

Label Igloo/L’Autre Distribution

 

Tom Bourgeois

 

Hymne au soleil (avec Veronika Harcsa, Vincent Courtois, Théo Lanau et Lennart Heyndels) - YouTube Music

 

 

Une chronique enthousiaste après la découverte du Lili du saxophoniste Tom Bourgeois, authentiquement « inspiré » par cette compositrice « classique » de l’époque de Ravel et Debussy, disparue il y a plus d’un siècle . Une musique révélée miraculeusement si on appelle ainsi le hasard ou la chance, en résonance avec la personnalité singulière du découvreur. Il avoue s’être senti lié à quelqu’un dont il ignorait l’existence, dont il ignorait la musique.

On se souvient de l’hymne au soleil (2003) des frères Belmondo dédié à la petite sœur de Nadia Boulanger, Lili, née en 1893 et disparue trop jeune à vingt quatre ans. Cette compositrice française surdouée obtint le prix de Rome de composition musicale en 1913, eut pour mentor Gabriel Fauré qui reconnut très vite son talent.

Lili est assurément un hommage du saxophoniste et clarinettiste franco-belge mais bien plus que cela. C’est un travail en miroir qui demandait audace, imagination et une certaine faculté d’adaptation, mieux de « connection » pour réunir deux univers a priori différents. Travaillant sur les titres originaux d’après les partition (choeurs, prières et autres pièces sacrées), Tom Bourgeois a organisé de petites sessions pour voir ce que rendaient ses arrangements de ces thèmes et variations. Et il a su créer pour la circonstance un quartet de rêve composé de compatriotes (Alex Koo au piano, Lennart Heyndels à la contrebasse, Théo Lanau à la batterie ) pour mener à bien sa tâche, augmenté de deux invités de marque. La chanteuse hongroise Veronika Harsca qu’il connaît bien puisqu’elle vit entre Belgique et Londres, a réécrit à sa façon spontanée les textes de deux « chansons » que le violoncelliste Vincent Courtois ( découvert sur l’album West ) pare des plus beaux atours, s’en donnant à coeur joie sur « Apostrophe » et sur le fameux «Hymne au soleil».

Où se situe t-on en écoutant d’une traite et plutôt religieusement ces quatorze pièces ? A la confluence du classique, d’un jazz assurément chambré et secoué avec vigueur, exalté avec le contemporain dans les arrangements et expérimentations vocales qui défrisent quelque peu. La chanteuse attaque très fort sur « l’Hymne à l’amour », nous surprend plus agréablement dans les «Thème d’amour en canon » et nous charme sur un « Cortège » délicat. Du chant qui sait être lyrique mais que détournent la pratique du jazz et du contemporain, voire de la pop dans sa plus belle tradition.

On passe par des montagnes russes émotionnelles, le climat est plus heurté sur les « thèmes et variations », grave et hypnotique sur "Attente" . Vincent Courtois, à l’aise dans ce répertoire donne toute sa mesure dans « Pie Jesu » pièce poignante dictée sur son lit de mort à sa sœur Nadia. Celle-ci à la longévité presque choquante en comparaison-elle mourut en 1979 à 92 ans, demeure très connue pour avoir donné des cours de composition à tout ce qui compta dans la musique du XXème de Gershwin, Copland, Schifrin, Piazzola à Quincy Jones, Philip Glass et tant d'autres.

Démêler la part entre la partition très écrite et les passages d'improvisation  dévolus à chaque musicien n’est vraiment pas important. On l’aura compris, le travail de Tom Bourgeois est loin d’être fidèle comme celui des Belmondo en grand orchestre. Une démarche différente singulière et réussie au-delà de toute espérance dans un travail de ce genre. D’ailleurs la plus grande qualité que l’on peut reconnaître à cet album est de donner une furieuse envie de revenir à Lili Boulanger et de plonger dans ses musiques. Et cela est bien.

 

Sophie Chambon

 

 

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30 octobre 2025 4 30 /10 /octobre /2025 11:46

Ramona Horvath (piano), Nicolas Rageau (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie), André Villeger (saxophone ténor).

Fresh Sound Records – Swing Alley SA 053 / Socadisc .
Paru le 24 octobre.
Concert prévu le 29 janvier 2026 au BAL BLOMET (75015).


     En choisissant cette composition de Billy Strayhorn pour titre de son dernier album et en la dotant d’un arrangement personnel, Ramona Horvath y revendique son héritage ellingtonien. Telle est son originalité : revisiter le patrimoine du jazz sans renoncer pour autant à ces classiques d’aujourd’hui de la musique populaire américaine, signés ici Michael Jackson (‘’Heal the world’’) ou Stevie Wonder (‘’You are the sunshine of my life’’).

     Sous ses doigts, on retrouve un sens du swing bien trempé allié à une expression romantique d’Europe centrale, façonnée lors de sa période formative au Conservatoire de Bucarest. Elle ne manque d’ailleurs pas de saluer au passage la mémoire de son maître Jancy Francis KOROSSY par une œuvre de son cru, ‘’JFK’’.
 


     Absinthe met en valeur l’homogénéité d’une formation composée de fidèles (Nicolas Rageau, Antoine Paganotti, André Villéger) ... Des complices, comme ces invités qui savent tout de suite chez vous où ranger les couverts !


     La « pétillante » (dixit Le Canard Enchaîné) Ramona Horvath nous livre ici son album le plus épanoui.

     Dans ses notes de livret, Jean-Marc Gélin -que l’on ne fera pas l’injure de présenter à nos lecteurs- relève : « Comme l’absinthe, Ramona Horvath se transforme en fée verte pour nous enivrer légèrement à sentir des parfums précieux » ... On ne saurait mieux dire.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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25 octobre 2025 6 25 /10 /octobre /2025 09:15
Robin Fincker & Janick Martin                      VISON VISU

Robin Fincker & Janick Martin VISON VISU

 

 

Label Le Grand Pas / L’Autre Distribution

 

https://legrandpas.org/

Robin Fincker & Janick Martin "Vison Visu" - Al lann melen & Echoes of the riverbanks

 

 

Issu des musiques populaires de tradition orale Janick Martin à l’accordéon diatonique ( membre du quartet du violoniste Jacky Molard) est rejoint par le saxophoniste et clarinettiste Robin Fincker dans ce goût des musiques trad bretonnes et celtes plus généralement. Robin Fincker, toujours tenté par de nouvelles formations avec des musiciens ouverts à tous les horizons a rencontré l’accordéoniste dans le quintet de Vincent Courtois illustrant le film de Jean Epstein (1929) Finis Terrae tourné sur l’îlot désertique de Bannec au large de l’île d’Ouessant. Un poème marin sur les pêcheurs de goémon de ce Finistère rude, plongé dans la brumaille.

« Vison visu »? Cette locution adverbiale et familière ne pouvait que plaire à Raymond Queneau qui l'utilisa ainsi dans Pierrot mon ami (1942) : les deux hommes s’assirent vison visu. Pierrot eut vaguement l’impression d’avoir déjà rencontré ce type là quelque part. Pierrot, 1942.

C'est assurément une sacrée rencontre humaine, vite amicale magnifiée par la musique de ces musiciens qui posent sur la couverture en vis-à- vis! Vison Visu en voilà une manière originale de raconter ces terroirs, une certaine histoire et géographie régionales dans un folklore plus ou moins imaginé. D’où une certaine familiarité que l’on ressent à la première écoute. La fantaisie est assumée dès le premier titre, « Ecoutez la plaisante histoire » sur une mélodie traditionnelle issue de collectage du pays de Redon, l'émotion aussi. Dans l'imaginaire collectif, l'accordéon est associé au folklore, à la chanson, à la danse, le diatonique au fest-noz. Instrument très complet, il est un véritable orchestre à lui seul, avec ses deux claviers, et plusieurs registres. Un duo sensible que vous n’oublierez pas dès que vous aurez entendu certains airs plus mélancoliques comme cette composition de Janick Martin « Al lann melen/ Echoes of the river banks ». Ils n’entonnent ni biguine, valse, ou musette comme l’autre duo de compères Monniot-Irthursarry mais puisent dans le fond très riche des passepied, gavotte, plinn, rondes ou chaînes. Preuve qu’il y a encore de la place pour ces instruments et musiques populaires dans nos musiques actuelles et le jazz qui s'exalte alors à leur contact.

S’ils ont choisi ces mélodies bretonnes, gigue écossaises ou folklore du pays cajun « La danse du Mardi Gras », c'est pour mieux les arranger ou les déranger, dévoilant souvent le thème puis se laissant aller au jeu des improvisations et associations libres. Tout un répertoire arrangé de façon très personnelle (sur les onze compositions, sept le sont des deux musiciens dont trois impros ) des formes empruntées mais revivifiées. Une musicalité savamment construite, dont le fond populaire est détourné avec une invention assumée. L'accordéoniste sait s'adapter au soufflant qui à son tour, le soutient et renforce sa vigueur rythmique. Ces deux là alternent les rôles, se cherchent et s'harmonisent avec élégance. Avec mélancolie dans certains passages, dans le souffle déchirant du ténor, contrebalancé par des pirouettes free. Un équilibre irrésistible entre les deux musiciens qui se complètent en jouant de toutes ces nuances dans des mélodies qui résonnent en profondeur et réveillent les sens, « Oregon » la chanson des pionniers de cette nouvelle frontière du Nord ouest.

A noter le travail délicat sur le son, les timbres respectifs qui s’accordent. La  recherche d’une matière tangible, du grain sonore à l’état pur, anime ce Vison Visu enregistré avec classe (comme toujours) à La Buissonne, album que l'on vous recommande chaudement.

 

Sophie Chambon

 

Prochain concert :

25/10 Vison Visu    L'Atelier fait son Cirque (Paris)

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22 octobre 2025 3 22 /10 /octobre /2025 17:14

THIBAUD MENNILLO : «  Live in Armenia »

Jazz family 2025

Thibaud Mennillo (p solo)

Il faut bien le reconnaître, Thibaud Mennillo, on ne le connaissait pas bien. Pas forcément issu des circuits habituels, nous étions passé à côté. Et pour cause puisque Thibaud bien qu’issu d’une famille de musiciens est parfaitement autodidacte. Nourri au biberon avec du Coltrane et surtout du Keith Jarret le pianiste s’est nourri de multiples influences qui en font aujourd’hui un pianiste rare.

Cet album enregistré en public à Erevan en Arménie nous permet de découvrir un talent impressionnant au travers d’une véritable performance au cours de laquelle le pianiste ne cesse de déambuler avec autant de grâce que d’énergie(s) au gré de la musique qui semble le porter toute seule. La musique comme les ailes du pianiste. D’une fluidité rare, le processus d’improvisation ne lâche jamais l’harmonie mais au contraire la façonne, la travaille, la malaxe, la pétrie. En un mot, la dompte pour s’envoler avec elle. Et nous de suivre des yeux ses arabesques et ses circonvolutions lumineuses.

Mais au-delà même de l’harmonie c’est en véritable chasseur de sons que Thibaud Mennillo, tout en acoustique cherche à faire sortir de son bois d'épicéa des sonorités qui flirteraient presque avec des sonorités électros, par petites touches discrètes. Au cours de ces longues plages, le processus d’improvisation apparaît dans tout son mystère sans que l’on sache très bien, nous pauvres auditeurs ce qui en déclenche le début et ce qui en marque la coda.

Thibaud Mennillo est un sportif de haut niveau, anciennement membre de l’équipe de France de Decathlon. C’est dire combien il sait apprivoiser les défis les plus difficiles jusqu’à se hisser à des sommets sur lesquels on ne l’attendait pas forcément.  

Ces sommets là, ils les a atteints avec autant de talent que de classe.

Immense !

Thibaud Mennillo présentera à la Salle Cortot le 30 octobre à 20h, un concert entièrement improvisé, (78 rue Cardinet à Paris)

Jean-Marc Gelin

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