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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 15:33


Steve Wilson (saxophones alto & soprano, flûte, flûte alto), Dave Pietro (Saxophone alto, clarinette, flûte), Rich Perry, John Ellis (saxophones ténors), Scott Robinson (saxophone baryton, clarinette basse), Tony Kadleck, Greg Gisbert, Nadje Noordhuis, Mike Rodriguez (trompettes), Keith O'Quinn, Ryan Keberle, Marshall Gilkes (trombones), George Flynn (trombone basse), Julien Labro (accordéon), Jeff Miles (guitare), Gary Versace (piano), Jay Anderson (contrebasse), Johnathan Blake (batterie)
Maria Schneider (direction, composition)
New York, 26 mai 2025

Artistshare https://www.artistshare.com/Projects/OfferDetails/1/539/2882/1/6

 

Le titre complet de l’album est ‘American Crow : A Narrative in Notes and Frames’. C’est une sorte de récit musical engagé, où les lugubres croassements des corbeaux rétrogrades se font entendre, dans ces États-Unis malades de leur président et de ses séides. Maria Schneider est une militante de la musique : de son autonomie (sa plateforme participative où l’on acquiert directement les disques) ; et de son excellence, en toute liberté. Mais pas ici de ‘musique à programme’. De la musique (avant toute chose….). Une musique d’orchestre, un orchestre flamboyant, arrangé avec un art somptueux, et dans lequel le solistes dialoguent en permanence avec l’orchestre (et l’orchestration). Un disque court, d’environ 30 minutes, avec deux versions, différentes, du même titre. Et de furtifs croassements qui évoquent le sinistre présent états-unien : mais la musique déborde ce cadre, vers la combativité et l’espoir. Bref c’est une œuvre magistrale, qui dit le monde : sans prêchi-prêcha, mais avec (Grand) Art.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 11:46

Larry Nocella (saxophone ténor),

Bob Neloms (piano),

Cameron Brown (contrebasse),

Dannie Richmond (batterie).


Centre musical de Bologne, novembre 1980.
Red Records/Socadisc.
Paru le 3 avril.

 

      Ce sera une découverte pour la jeune génération ... et pas seulement. Le label italien de Milan Red Records réédite un album de 1980 d’un saxophoniste transalpin, Larry -Carmelo sur son bulletin de naissance- Nocella (1949-1989). Dans sa discographie (modeste), ‘’Everything Happens To Me’’ figure parmi les rares disques consacrés uniquement au jazz, le saxophoniste ténor ayant bifurqué rapidement vers la variété, aux côtés du chanteur napolitain Pino Daniele.


      Larry Nocella jouissait alors d’une réelle notoriété acquise notamment dans les clubs de Milan et Turin mais aussi à Paris au Chat qui pêche où il se produisit au début des années 70 avec Kenny Clarke, Eddy Louiss et Jimmy Gourley. Formé au conservatoire de Naples, ayant délaissé le trombone à piston, la batterie et la clarinette pour le saxophone ténor à 18 ans, le natif de Battipaglia (province de Salerne) est naturellement inspiré par John Coltrane mais son jeu révèle aussi les influences du hard-bop. Homme de forte stature, grande taille, chevelure et barbe fournies, Larry Nocella impressionne.


      Dans cette brève séance enregistrée à Bologne, le saxophoniste ténor bénéficie de la rythmique américaine du Mingus Dynasty orchestra alors en tournée européenne pour célébrer la musique du contrebassiste disparu l’année précédente. Se distingue tout spécialement le batteur Dannie Richmond (1935-1988) sur un répertoire des plus classiques, si l’on excepte une composition alerte cosignée par le leader et le pianiste Bob Neloms, 'Rose'. On y trouve ainsi deux titres célèbres de saxophonistes (Central Park West, de John Coltrane et Along Came Betty de Benny Golson) permettant d’apprécier la forte personnalité du ténor italien.

 

      Une réédition qui s’imposait pour un jazzman au parcours trop bref, cabossé par des « problèmes personnels » (addictions diverses et fatales). Un disque conduit tambour battant, sans scories (45 minutes) ,  chaleureusement recommandé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 19:01
Sonny Troupé Quartet Add 4      Evy Danse

EVY DANSE Sonny Troupé Quartet Add 4

Contre-courant Prod/ L’autre Distribution

Sonny Troupé

Sonny Troupé Quartet Add 4 - Limyè

 

 

Sonny Troupé Quartet  Jonathan Jurion (piano, rhodes, choeurs), Sonny Troupé (batterie, percussions, sampler, création samples, choeurs), Mike Armoogum (basse, choeurs), Andy Bérald (tambour ka, choeurs)
Add 4  Violon 1 : Verena Ruiling Chen, Violon 2 : Pauline Denize, Violon alto : Valentine Garilli , Violoncelle : Guillaume Latil
Artistes invitésLucien Troupé: chant sur 5, voix sur 2 Lou Tavano : chant sur 8, Laurent Lalsingué: steel pan sur 3, Christian Laviso : guitare sur 10 , Raphaël Philibert : sax alto sur 2, 10

 

Sonny Troupé a pour ambition de rafraîchir la musique de ses racines guadeloupéennes en mettant en valeur les vibrations du cru, les rythmes et rituels africains. S’il explore cette tradition depuis ses débuts, il en est à son cinquième album et avec cette Evy Danse, il boucle un triptyque commencé en 2013, devenant ainsi l’un des meilleurs représentants du gwo ka à la suite de son père, le saxophoniste Georges Troupé, chantre du « gwo ka moden » qui lui fit découvrir d’autres musiques comme le jazz, la salsa.

On se souvient du deuxième volet, son album précédent Reflets denses vu sur scène à Jazzèbre en 2019, “un reflet si dense qu’il en devient une autre réalité”, les sons de l’Afrique de l’ouest et le gwo ka traditionnel se confrontaient au jazz d’Art Blakey et Max Roach. Chez ce batteur, percussionniste et tambouyé, le mélange détonant de puissance et de douceur est remarquable, doigts virtuoses et esprit joueur selon les rythmes et les figures afro pop, ne dédaignant pas les dissonances.

C’est une forme de retour à la tradition qu’il réaménageait déjà dans son quartet où il joue de la batterie, menant la danse aux baguettes d’une frappe continue, sèche (solo sur « Ka Sanka »). Aux musiciens fidèles de cette formation ADD ( Jonathan Jurion aux claviers, Mike Armoogum à la basse et Andy Bérald aux tambours ka ) il joint cette fois un quatuor à cordes guidé par le violoncelliste Guillaume Latil. En frottant la musique traditionnelle Gwo ka de son quartet à un quatuor classique, il emmène ailleurs ces deux formes musicales « typées » vers tout autre chose. Et cette hybridation est parfaitement réussie, bien qu’il ne s’agisse pas dans son esprit de fusion. Il adapte les rythmes caribéens avec le jazz, les musiques créoles, le métal (!) et l’électronique avec pour base le Gwo ka auquel il revient toujours. Car il est un tremplin, une source d’inspiration qui l’emmène loin. 

Sans doute est-ce un projet d’une grande ambition, mais Sonny Troupé a les moyens techniques et artistiques pour le mener à bien. Compositeur et instrumentiste doué, ce maître du tambour ka, inscrit dans la tradition depuis son plus jeune âge, sait jouer de toutes ces filiations multiples dans un esprit « roots » (« Une étoile toujours sera la bienvenue » du poète Robert Oumaou). Quand il reprend le traditionnel « Léòno » comme le faisait son père avec son groupe, il se veut passeur en rejouant la musique des anciens.

Sa musique ambitieuse est très écrite, selon les normes, codes et carrures du gwo ka, mais il entend faire jouer du gwo ka à la formation par excellence de la musique classique, le quatuor.

Comme Sonny Troupé a su choisir son équipage, chaque musicien parvient à jouer ka sur son instrument, en particulier le pianiste Jonathan Jurion (solo sur « Dansé Vi »), les violons mais encore les invités comme le guitariste Christian Laviso ou le saxophoniste alto Raphaël Philibert choisis pour compléter la palette sonore, mieux jouer des timbres et de l’alliance de tous les instruments.

Le titre " Evy Danse" découle t-il de l’« evidence » de Monk ? Il doit y avoir de cela évidemment mais Sonny Troupé nous raconte avant tout une histoire, celle d’un personnage féminin imaginé, une femme éternelle, une black magic woman, Evy qui traverse les compositions du disque, fil conducteur de cet arc narratif ; je l’imagine volontiers de «San mélé » ce qui donne droit au chant mélancolique de la rousse Lou Tavano, singulière diseuse d’histoires.

La danse peut être aussi un indice car les danseurs guident le maké, le tambour qui imprime la mélodie. Cette troupe de musiciens donne généreusement une musique libre, en expansion, axée sur le chant, la danse.

Enfin il est aussi question de poésie, de poésie créole  La créolisation c’est le métissage des cultures qui produit de l’inattendu disait Edouard Glissant. Même sans être au fait des musiques caribéennes, c’est toujours à l’écoute et encore mieux dans les soirées en live la surprise d’une matière mouvante, éruptive. Déroutante.

C’est que Sonny Troupé cherche à se surprendre, tentant une nouvelle voie pour approfondir ce traditionalisme progressif, sans frontières, à la suite de Gérard Lockel (« Léwoz n°3 ) qui a collecté des thèmes propres, comme Alan Lomax pour le blues, ou Bartok pour les folklores. On retrouve alors sur les différentes compositions divers samples, bandes sonores, témoignages. Un labo gwoka jazz en somme. La matière première devenant objet de réinterprétation dans cette écriture en devenir, de la lumière qui ouvre l’album (« Limyè ») aux luttes pour la libération (« An bwa matouba ») par la danse et la poésie (« Evy danse ») sans oublier un long final tout à fait ensorcelant.

 

Sophie Chambon

 

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 15:00
Bruno ANGELINI                  Alone Together !

 

Bruno ANGELINI Alone Together !

Bruno Angelini ( piano, électronique )

 

 

Sortie le 27 Mars

(illusions)

angelini_alone_together – Open Ways Productions 


 

 

Avec Alone Together ! Bruno Angelini inscrit son troisième album de piano solo sur une proposition de Philippe Ghielmetti et Stéphane Oskéritzian pour le label Illusions. Le pianiste a travaillé ce nouveau répertoire fin 2024 et l’a enregistré comme il se doit à La Buissonne, réinterprétant avec audace des pièces emblématiques associées au combat pour les droits civiques des Afro-Américains. Se rappelant de l’indignation de Coltrane, Billie Holiday, de la colère de Max Roach, Charles Mingus, Gil Scott-Heron, des cris de rage de Nina Simone, il a choisi de revisiter « Meditations for Integration », « Strange fruit », « Alabama », « Tender Warriors » ... thèmes et chansons écrits à l’époque par les grandes figures de cette musique, créant un corpus de « Protest Jazz ».

 Une musique grave, voire sombre mais ouverte au monde, un propos militant autour d’une histoire qui hélas bégaie trop souvent et se reproduit, faisant frissonner notre mémoire collective. Que peuvent les artistes si ce n’est résister en faisant entendre une voix ferme et assurée ? Ici un pianiste « all alone » cherche à rassembler par la force de sa musique, tout entier dans le titre de cette chanson auquel il rajoute un ! Il arrive à déconstruire ces mélodies, se les réapproprie de façon parfois déconcertante transformant ces originaux sublimes en une version personnelle, toujours actuelle comme l’est malheureusement le combat contre le racisme. Car il interprète librement une musique des lisières, ni tout à fait dans le registre du contemporain dont il s’inspire pourtant, ni dans celui du jazz malgré un formidable travail sur l’improvisation, signant un goût affirmé pour l’espace et les silences. Par des ostinatos, suspens, des ruptures  ou des emballements soudains, le pianiste favorise le discontinu, l’impalpable, chaque note à sa juste place, chaque son dosé. Le piano transformé, un dispositif électronique travaillent en outre les sons acoustiques ainsi que leurs résonances. Car il en joue drôlement bien de ces résonances, chaque titre se prolongeant de surcroît par un long silence révélateur.

S’il évite la reprise du thème, le fredon trop immédiatement accessible, il façonne son rendu de sorte à éviter le risque afférent de l’illustration. On reconnaît dans son jeu fragmenté et étiré, dans sa discontinuité même « Alabama », « Why ? The King Of Love Is Dead », « Come on Sunday » de la suite « Black, Brown and Beige ». Et pour le reste, l’un des mérites de l’album est de nous inciter à réécouter ces originaux choisis avec talent.

Ainsi ce concert de près d’une heure a une cohérence certaine. Mais Bruno Angelini pousse plus loin la cohérence car ses divers projets constituent eux aussi une suite logique bâtissant une œuvre depuis plus de trente ans. Son travail s’inscrit en continuité artistique avec les thèmes socio-politiques (dans Transatlantic Roots il évoquait déjà le destin de Rosa Parks (« Rosa and the Thorns »), écologiques (Lotus Flowers) abordés dans des disques très souvent thématiques ( Leone solo, Open Land...)
Si ce projet fait la part belle au pianiste, à un homme engagé dans son temps, derrière la performance réside tout le talent d’un producteur inspiré, qui depuis l’aventure éphémère mais splendide du label Sketch dont l’une des marques de fabrique soulignait l’art du piano solo.

Philippe Ghielmetti poursuit l’aventure proposant à l’interprète choisi de réaliser son fantasme sur la voie postmoderne, de travailler sur la mémoire de ce passé politique douloureux. Laissons-lui le dernier mot : « Et quand on voit (entend) comme Bruno s’est approprié le projet, il aurait pu y penser lui même dès le début, non? ».

Il faut imaginer une fois encore un producteur heureux.

 

Sophie Chambon

 

 

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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 11:19
JOHN TAYLOR      THE BAUER SESSION

JOHN TAYLOR THE BAUER SESSION

 

Cam jazz www.Camjazz.com

L’Autre Distribution

 

Deer On The Moon from "The Bauer Session" - John Taylor


 

Quand il enregistre ce solo en septembre 2014 à Ludwigsburg le pianiste John Taylor n’a pas même un an à vivre. Il aura un malaise cardiaque sur scène lors d’un concert du quartet Nouvelle Vague de Stéphane Kerecki aux Saveurs Jazz Festival de Segré. Le pianiste était devenu un partenaire de jeu privilégié du contrebassiste dans leurs échanges vifs, immédiatement complices et intenses, la basse puissante et résolue, souvent chantante, s’accordait à merveille à un piano coloriste.

Avec The Bauer Session ce Mancunien (natif de Manchester ) revient à la tradition du solo, exercice difficile où il sut se portraiturer le long des plages. Je me souviens entre autre de son  Insight de 2003 sur le label Sketch et des deux titres « Ambleside » et « Evans Above »).

Huit petites pièces en 37 minutes, nous voilà revenu au format idéal où on s’abandonne, de ballades rêveuses en modernes dissonances, de cadences fluides en dérives mélodiques dans une alchimie secrète du verbe pianistique. Sophie le premier titre très evansien de son complice de toujours le trompettiste Kenny Wheeler donnera suite à des variations stylées étourdissantes alors qu’ Impro 6/8 contraste, plus heurtée, saccadée. Par ses harmoniques et ses couleurs, ce piano superbe déploie ses irisations ("Phrygian", "Three") en laissant ouvertes les marges de l’exploration. D’une sensibilité et d’une intensité immédiatement perceptibles, le pianiste  dévoile son art du piano dans un style très personnel, exaltant la circulation d’une poésie qui lui est propre. Dans « Fifteen », « Deer On The Moon » domine dans l’espace de jeu une vivacité bien tempérée. S’ impose une ligne claire, une fluidité plus nostalgique que mélancolique, parcourue par une énergie rythmique souterraine. Dans de très précises notes de pochette, le journaliste écossais Brian Morton invite dans le cas de J.T ( c’est ainsi que tous l’appelaient) à regarder attentivement ses pieds jouant sur les pédales, la façon de retenir la note (sustain), d’amortir un ton. Avec les seules ressources de son « métier », ce dialogue fervent avec lui même a une beauté qui ne trompe pas. Cet album est providentiel.

Sophie Chambon


 

Remercions le label CAM Jazz qui suivit la dernière décennie de la vie de John Taylor et ressort des albums en hommage au pianiste : il est d’autant plus précieux ce Close to Mars , toujours enregistré aux studios Bauer de Ludwigsburg en octobre 2006, par un trio familier que l’on n’entendra plus hélas. Le contrebassiste Palle Danielsson et le batteur Martin France, fidèles complices du pianiste nous ont quittés en 2024. Ainsi va le temps, ainsi va la vie. On écoutera donc avec regret ce trio plutôt équilatéral qui partageait avec le « leader » une même vision de la musique.

Xavier Prévost en avait rendu compte dès la réédition en mars 2025 rappelant quelques jalons du beau parcours d’un John Taylor trop méconnu,  en Angleterre même. Le non moins fidèle Brian Morton, rédacteur de ces notes de pochette drôles et toujours originales, rappelle un peu ironiquement qu’en googlant John Taylor (nom des plus répandus dans le royaume) sort en tête le bassiste homonyme du groupe New Wave Duran Duran. Nul n’est prophète...

JOHN TAYLOR – PALLE DANIELSSON – MARTIN FRANCE «Close To Mars» - les dernières nouvelles du jazz

Ce que souligne l’Ecossais une fois encore c’est la versatilité (une qualité pour les Anglo-Saxons) du pianiste que l’on retrouve dans sa musique : des rythmes inattendus, décalés qui ne contreviennent en rien à la qualité première de swing, une qualité percussive qui n’a rien à envier à l’autre Taylor (Cecil) celui-là américain, une approche harmonique qui reflète autant le goût d’un piano classique qu’une certaine prédilection pour les musiques folk du Nord .

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 15:06

 

Alban Darche (saxophone ténor, composition), Nathalie Darche (piano), Chloé Cailleton (voix), Geoffroy Tamisier (trompette), Jean-Louis Pommier (trombone)

Bagneux, mars 2025

Yolk Records J 2105 / l’autre distribution & Believe

 

Un disque singulier, ou plutôt une œuvre très singulière, au carrefour du jazz, de la musique du chambre, et de toutes les sources artistiques qui gouvernent LA musique, comme c’était le cas dans le premier opus, ‘Hypnos & Morphée’, enregistré en 2019. Des compositions d’Alban Darche (et quelques textes de sa plume), un thème signé Geoffroy Tamisier, et aussi le mouvement lent du Concerto en sol de Ravel, avec réduction de la partition d’orchestre à la nomenclature du groupe. Lyrisme intense, voire incandescent, subtilité des textures et des couleurs, harmonies chantournées, solistes au plus près de l’intimité même de la musique : on se laisse emporter vers ce monde d’ailleurs dont on ressent qu’il vient de l’humanité tapie en nous. Les textes nous parlent de ce monde souterrain où se tissent nos émotions. Les lignes chantées par Chloé Cailleton serpentent dans un dédale d’intervalles tendus que l’expressivité rend familiers. En résumé, comme un certain nombre d’aventures musicales de ces dernières années, qui s’éloignent du centre de gravité du jazz pour en mieux servir la singularité, ce disque est hautement recommandable aux mélomanes de toutes obédiences, jazzophiles inclus, évidemment.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert à Paris, au théâtre de l’Ile Saint-Louis, les 4 & 5 mars, et à La Baule le 7 mars

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 15:32
Jérôme Sabbagh    Stand up!

 

Jérôme Sabbagh Stand up!

 

Jérôme Sabbagh saxophone

Ben Monder guitare

Joe Martin contrebasse

Nasheets Waits batterie

 

Analog Tone Factory www.analogtonefactory.com

 

 

About — Jerome Sabbagh

Stand Up! — Jerome Sabbagh

 

Revenons sur cet album du quartet américain de Jérôme Sabbagh, figure de la scène contemporaine new yorkaise, sorti en octobre dernier, dont le concert aura lieu à l’Ecuje à Paris le 19 mars prochain.

Quel plaisir de « renouer » avec un saxophoniste trop rare en France qui a fait carrière aux Etats-Unis. Du plus loin que je me souvienne, ce potentiel était audible sur North de 2004 sur le label Fresh Sound. Si le saxophoniste a su parfaitement s’acclimater là-bas, est-il devenu américain ? En musique sans doute et avec ce quartet formé il y a plus de vingt ans !

 

Huit compositions originales du leader sur près de 40 mn, voilà le format idéal ! Réussit-il dans le toujours délicat montage de compositions à casser la « cohérence »  parfaite de l’album qui pourrait même sembler "lisse" à première écoute ? Et pourtant engageant dès l’ouverture. Car tout semble familier dès le premier titre, ce « Lone Jack » lascif dans un sud caniculaire où s’entend subliminalement le chant de Ray Charles à qui ce titre est adressé. Reprenant le thème d’abord exposé par Jérôme Sabbagh, le guitariste Ben Monder est irrésistible dans son solo le plus long de l’album : il étire les lignes, partenaire délicat, subtil, en place dans la musique du saxophoniste qui fait la part belle aux guitares électriques teintées de rock. Indéniablement il y a alchimie entre ces deux musiciens qui se connaissent bien, « frères de son », le velouté du saxophone s’accordant aux souples ornements de la guitare.

 

S’il ne cherche pas à « faire avancer » la musique, Jérôme Sabbagh est attiré par tout ce qui tourne autour du son d’où l’intérêt d’enregistrer en analogique Stand up ! sur son label indépendant Analog Tone Factory , tous les musiciens jouant ensemble dans les conditions du concert.

 

Ce Stand up! est plus que jamais de résistance en cette période sombre. En suivant les dédicataires de chaque composition se dessine un portrait des musiques aimées, des influences avouées (il n’y a pas que du jazz) pour préciser son identité dans le souvenir, la mémoire affective en s’appuyant sur ces échos amis. Cela revient à réintroduire dans ses paysages sonores toutes ces belles figures absentes.« High Falls » traduit par exemple l’admiration du saxophoniste pour Stan Getz (The Sound) et évolue sur un rythme de bossa décontracté.

Va-t-on trouver une marque distinctive dans chaque titre de l’artiste qui l’a inspiré ? C’est toute la question des exergues qui incitent à comprendre d’où « ça joue ». Un petit jeu troublant évidemment qui peut entraîner faux-sens, voire méprises. Ce n’est pas dans leurs échappées respectives sur « Lunar Cycle » en pensant à Sam Rivers, figure incontournable du free, que la musique se déchaîne le plus. Contre toute attente c’est le thème le plus court « Mosh Pit » pour Trent Reznor du groupe Nine Inch Nails qui évoque un esprit free jazz, bruitiste et  underground.

Retombée plus calme sans être vraiment sereine pour ce « Vanguard » souvenir du batteur américain Paul Motian au Village Vanguard justement où le sax se fait insistant, caressant sur les affleurements sablonneux de la batterie avant de laisser place dans un espace comme dilaté à son alter ego guitariste qui duettise à son tour en douceur. Quand on sait que tous deux ont formé avec le batteur un trio éphémère en 2001 peu avant sa disparition, la musique a un caractère plus émouvant encore.

Références, citations en bribes, fragments se glissent ainsi dans l’inspiration de Jérôme Sabbagh, fredons obsessionnels qui sont aussi sa signature sur lesquels il ne peut s’empêcher de revenir. S’il ne perd jamais ses repères, il sait aussi composer des thèmes qui inspirent ses camarades et en particulier le batteur Nasheet Waits qui joue depuis peu dans le quartet.

Stand up ! finit en beauté avec  "Unbowed" , un autre souvenir de Kenny Barron cette fois, l’immense pianiste avec lequel le saxophoniste a joué et enregistré pour son premier album avec piano, un mémorable Vintage en 2023.

Avec Jérôme Sabbagh tout l’héritage de cette musique remonte dans ses compositions finement ciselées, habiles à installer un climat propre. Avec une grande liberté de ton, un sens de l’envol bien à lui, un phrasé souple et élégant, il impose une musique sensible qui se risque dans le souffle. Un album au charme certain, fraternel qui sait conjuguer le mot réminiscence à tous les temps.Et cela est bien. 

 

Sophie Chambon

 

 

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 16:02

 

Maëlle Desbrosses (alto, voix, composition), Paco Andreo (trombone à piston, euphonium, voix), Clément Mérienne (piano, synthétiseur, électronique, voix), Samuel Ber (batterie, voix), Isabel Sörling, Blumi, Marco Van Baaren (voix)

Murdange / Inouïe distribution

 

Une musique entre deux mondes, ou plutôt entre tous les mondes musicaux. Le texte d’accompagnement revendique l’influence de l’idée d’une fécondité de la tension entre les contraires. Et ces mondes sont nombreux dans ce que l’on peut percevoir des sources de cette musique. La musique classique (au sens le plus large, jusqu’à la contemporaine, tant par le langage que par l’instrumentation) ; d’autres formes également : en tenter l’inventaire serait au risque de l’oubli, voire du contresens ; et aussi le jazz, bien évidemment, pour le parti pris de liberté, et la faculté de cette musique de s’inspirer des autres univers pour en faire son bien propre. Le résultat force l’adhésion : qualité de l’écriture et des improvisations, maîtrise instrumentale au service d’un certain projet esthétique, en d’autres termes d’une certaine idée de la beauté. Des voix très différentes, conviées avec pertinence pour des titres qui mettent en valeur leur expressivité. Autant dire qu’il s’agit d’un très très bon disque, qui réjouira le mélomane jazzophile comme les partisans de ‘la contemporaine’.

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert le 27 février à La Dynamo de Pantin

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=E-6DFccVdi8

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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 18:04

Angelika Niescier (saxophone alto), Jason Adasiewicz (vibraphone), Nicole Mitchell (flûte), Mike Reed (batterie), Dave Rempis (saxophones alto & ténor), Luke Stewart (contrebasse)

Chicago, 5 & 6 mai 2025

Intakt CD 446

https://intaktrec.ch/products/446-angelika-niescier-chicago-tapes

La saxophoniste de Cologne, née en Pologne, a de longtemps partagé la musique avec des figures éminentes de la scène États-unienne. Et elle parcourt aussi l’Europe en rencontrant dans chaque pays les artistes qui pratiquent une musique de rupture. D’ailleurs la première plage du disque s’intitule Rejoice, Disrupt, Resist : c’est comme un manifeste pour un Art vivant. Et d’un titre à l’autre, dans des instrumentations et des effectifs différents, c’est une même affirmation d’une musique qui part chaque fois à la recherche de sensations, de couleurs et d’émotions inédites. La musique est librement sinueuse, et pourtant chaque plage dessine une idée musicale vers l’ailleurs. C’est un peu comme si chaque partenaire adhérait instantanément à un saut dans l’inconnu (mais avec délectation). Ici le goût du risque se révèle constamment fécond. Chaque fois c’est une nouvelle aventure, et pourtant une sorte de familiarité nous touche, si nous partageons le goût de ces musiques audacieuses. Bref ce disque résonne comme une œuvre accomplie : l’enfance de l’Art, en somme.

Xavier Prévost

 

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13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 21:20

Christophe LeLoiL (trompette, bugle, composition), Rob Clearfield (piano, composition), Maud Fourmanoir (flûte, flûte alto), Laetitia Pont (violoncelle), Pierre Fenichel (contrebasse, composition), Fred Pasqua (batterie)

Rognes (Bouches-du-Rhône), 18 juillet & 28 septembre 2024

Arts et Musiques / Inouïe distribution

 

Sous-titré ‘Music for 2, 4 & 6’, c’est un album suscité par la collaboration du trompettiste avec le pianiste de l’Illinois Rob Clearfield (souvent marseillais, et dont la musique se fait entendre aussi plus au Nord, jusqu’aux clubs parisiens). Comme le sous-titre l’indique, on évolue au fil des plages d’un duo piano-trompette au quartette, en passant par le sextette (puis retour au duo). On pourrait aussi parler de quatuor et de sextuor, car la musique, dans ses thèmes comme dans ses arrangements, tend manifestement l’oreille vers la ‘musique classique’, au sens large. Mais c’est bien d’un disque de jazz qu’il s’agit, car l’écriture, l’interprétation et l’improvisation ressortissent clairement à cet univers. Le premier thème, en duo, pourrait s’entendre comme un standard, mais aussi comme un impromptu romantique. Et le suivant, en sextette, comme une harmonisation tendue qui s’émanciperait vers les rythmes syncopés et les balancements dont le jazz raffole depuis le début des années 60. Puis sous le titre de Mystic Blues (introduction et thème), on va cheminer avec gourmandise dans les souvenirs de la musique dite savante du début du vingtième siècle tout en se lovant dans une pulsation tenace. Ailleurs une entêtante mélodie de flûte va nous conduire vers des vertiges harmoniques. Sans aller plus avant dans une tentative de description qui serait vaine (car elle n’épuiserait pas la réalité de la musique), je dirai simplement que c’est un (très) bon disque de (très) bonne musique. Et l’engagement de chaque interprète dans l’intensité du propos ravit le mélomane jazzophile que je suis.

Xavier Prévost

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