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12 octobre 2026 1 12 /10 /octobre /2026 14:24

Sebastien Paindestre (piano), Jean-Claude Oleksiak (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie)

Studio La boite 2, avril-octobre 2024,

La Fabrica’Son Label ! / Socadisc

 

Un projet très singulier, et très abouti : partir de son goût de cinéphile pour Kurosawa afin d'imaginer une musique en trio, en relation à la fois avec certains de ses films, et aussi des musiques signées par les compositeurs qui en ont conçu les partitions.

Il s’agit naturellement d’Akira Kurosawa (ne pas confondre avec un autre cinéaste, sans lien familial, Kiyoshi Kurosawa, né 40 ans plus tard). Ce très grand cinéaste réalisa plus de 30 films entre 1943 et 1993, dont Rashōmon , Les Sept Samouraïs , Le Château de l’Araignée , Les Bas-Fonds , Dersou Ouzala , Kagemusha …. Ici pas d’effet-béquille, où la musique s’appuierait sur les films simplement pour exister, mais une véritable proposition artistique qui associe le goût pour cette filmographie, sa dramaturgie propre, ses univers, et les musiques composées pour l’image par des artistes associés à ces films. Prendre appui à la fois sur les films (les impressions de cinéphile), sur les musiques écrites par différents compositeurs pour ces œuvres, et partir en liberté de jazz sur ces éléments polymorphes en leur donnant une nouvelles vie sous forme de trio piano-basse-batterie. Projet audacieux, mission accomplie. Très accomplie même, à l’écoute qui se suffit à elle même.

Ce qui n’empêchera pas ceux qui se trouvent dans le coin d’aller écouter / voir, en concert avec images, le jeudi 15 octobre à 20h au Studio Galande (42 rue Galande, 75005 Paris)

 

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=jgz_z2IJ4tI

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9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 16:09
Sisyphus      Francesca HAN

SISYPHUS

Francesca Han · Takashi Sugawa · Shun Ishiwaka

Label Hanji / Inouïe Distribution

 

 

 

Sortie le 9 octobre 2026

 

Conçu pendant sa période japonaise, cet album de Francesca Han est constitué de sept pièces sensibles et saisissantes, toutes de sa plume, évoquant souvenirs et moments forts de son séjour en autant de courts récits musicaux. La page est tournée, à présent la pianiste vit en France, mais elle a voulu capter ses échanges avec une rythmique de l’avant-garde japonaise tout à fait exceptionnelle : il en résulte un album enregistré lors d’une séance de 2017 au studio Dedé, mixé et masterisé en 2025 à Tokyo qui est appelé à faire date dans sa discographie.

Avec la redécouverte de ce programme Sisyphus, le trio s’empare avec une passion communicative d'une écriture très personnelle, intense et raffinée qui prend des libertés avec le patrimoine japonais ou coréen mais qui a néanmoins cette « asiatic touch » indéfinissable. Sans doute dans l’art de croiser des repères, influences traditionnels avec la composition et improvisation contemporaines et l’urgence du jazz ?

Du "beau piano"mais pas tout à fait au sens que l’on entend habituellement, une articulation vive, nette jusqu’au tranchant qui livre la mélodie avec des élans parfois inattendus, sans cliché  romantique ou mièvre. Si chacun sait donner du relief à ses attaques, la rythmique s’y entend pour insuffler de la subtilité dans la dynamique rigoureuse et limpide des compositions.

Le premier thème «Petit soleil», une berceuse pour son fils, magnifie justement le partage, la triple entente où le travail tout en nuance des balais, la résonance délicate sur les cymbales s'accordent avec le jeu d’une exquise douceur du piano. C’est à peine si on sait qui impose son rythme dans ce triangle équilatéral qui passe d’un doux allumage à des envolées plus fiévreuses tout en travaillant sons et textures. La composition suivante « Chrysanthemum », emblématique fleur du Japon, reste dans cette tonalité spirituelle et recueillie. C’est un hommage non déguisé à un grand pianiste japonais qu’admirait Francesca Han, Masabumi Kikuchi.

Une vraie dramaturgie dans la rupture franche du titre suivant « Sisyphus » dont la pochette illustre de façon explicite le mythe éponyme, un travail de l’artiste et de son mari (également producteur) sur ce papier Hanji coréen, fabriqué à la main à partir d'une pâte de mûrier, doux, résistant, lisse et blanc jusqu'à être translucide.

On aime la vigueur croissante, l' énergie dans l’improvisation collective d’un « Circle » qui ne tourne vraiment pas en rond, continuant sa progression par ce « Cowellessi » en hommage à un duo inspirant, le pianiste Stanley Cowell et le trompettiste Ralph Alessi avec lequel, on s’en souvient, Francesca Han a gravé un Exude remarquable. Elle n’a pas peur de reprendre d’ailleurs  "Count Yourself", hommage à l’insurpassable « Count Down » coltranien, en le jouant à sa façon, en motifs brefs qui captent l’attention avant qu’un élan soutenu n’emporte définitivement l’adhésion. Le final vibrant, lumineux concourt à nous emporter loin, un « Détour » que l’on prend volontiers avec ce trio osmotique. 

Un album à la longueur parfaite que l’on découvre et réécoute en boucle tant il a quelque chose d’addictif. Sans doute l’attention singulière portée au façonnage de chaque composition, le soin apporté aux moindres détails de ces structures complexes qui restent pourtant accessibles.

Programmateurs, quand allez- vous donner plus de place à cette pianiste unique?

 

Sophie Chambon

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 20:17

Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano), Rita Marcotulli (piano), Michel Benita (contrebasse)

Lugano, mars 2025

ECM 2856 / Universal

J’ai le souvenir d’avoir écouté Andy Sheppard avec un groupe londonien nommé Sphere, en 1982 au Petit Opportun, et d’avoir chroniqué ce concert dans  Jazz Magazine . Andy s’est ensuite installé à Paris, où il a joué notamment dans l’orchestre de Laurent Cugny. Et puis ce furent pour lui beaucoup de disques avec Carla Bley, des concerts avec Gil Evans, George Russell, et de multiples collaborations de part et d’autre de l’Atlantique. Dans ses disques pour ECM il a plusieurs fois accueilli Michel Benita ; et pour un autre label Rita Marcotulli. Les voici ensemble pour ce trio inédit qui respire une forme de musicalité complice : lyrisme, un lyrisme retenu qui ne cache pourtant pas son intensité ; un goût des thèmes qui louvoient avec finesse, s’offrent des unissons, et une sensation de profonde liberté, dans les exposés comme dans l’improvisation. Parfois, sur des enchaînements harmoniques très courus, ils nous étonnent par des cheminements qui nous semblent neufs. Avec un goût du vrai dialogue, presque subliminal, qui nous embarque en territoire de beauté sereine, mais avec les tensions de l’intranquillité. Huit compositions du saxophoniste, et une de Carla Bley, comme un souvenir d’amitié et de révérence, qui évoque aussi sans doute Steve Swallow : avec eux Andy Sheppard a enregistré plusieurs disques en trio, et ce trio d’aujourd’hui en garde forcément le souvenir. Je me suis longuement interrogé sur le sens de Salt Catchers : est-ce que ce seraient les pirates qui détroussaient les cargaisons de sel ? Ou plutôt celles et ceux qui vous tirent des larmes, salées comme il se doit, de mélancolie ? En tout cas c’est une très belle musique, d’une densité secrète.

Xavier Prévost

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28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 20:03
Justin Hicks                Man Of Style.

Justin Hicks Man Of Style 

 

 

Jammin'colors/ L'Autre Distribution

 

 

Music, Lyrics, Synth : Justin Hicks

Vocals: Kenita Miller-Hicks, Jade Hicks

Guitar : Chris Bruce

Piano : Daniel Mintseris

Rhodes : Jake Sherman

Bass, Synth : Meshell Ndegeocello

 

Concert 5 octobre New Morning Paris et 10 octobre  La Meson Marseille

 

On ne le connaissait pas vraiment, ce Justin Hicks qui nous saisit avec ce premier album  intrigant Man of Style .

Une voix singulièrement attachante qui retient immédiatement l’attention, sans que l’on songe à interrompre la suite de chansons souvent mélancoliques qui composent l’auto-portrait de cet artiste expérimental dans de nombreux domaines (sound design, arts plastiques, théâtre). Auteur-compositeur et multi-instrumentiste, c’est sa voix qui convainc, envoûtante, difficile à définir, comme sur « Wendy » où on hésite entre pop et folk pensant à des mélodies de Macca. Sur d’autres, c’est plus nettement Soul jazz, R&B, impossible de le limiter à un style.
Il reconnaît volontiers que le chant est à l’origine de toutes ses expériences en musique.

Si on a suivi attentivement le parcours de la bassiste Meshell Ndegeocello, Justin Hicks figure depuis 2018 sur ses albums dont les Blue note The Omnichord Realbook, The Gospel of James Baldwin. Elle l’accompagne d’ailleurs à la basse ( Chris Bruce l’autre co-producteur à la guitare) et a suivi de près la réalisation de ce premier album qui sort vraiment de l’ordinaire : puisant dans le roman familial ce que confirment les photos délavées de la pochette délicieusement surannée, couleur vieux rose  où figurent les parents du chanteur de leurs fiançailles jusqu’au mariage. Sur la couverture le couple, il joue du piano à son amie étendue sur un canapé.

Sur quelques titres le rejoignent les voix féminines de Kenita Miller Hicks qui n’est autre que sa femme et de sa soeur Jade Hicks (le final « Use Your Head » conseil judicieux que leur prodiguait leur mère). On vous le disait, une histoire de famille, chacune des onze chansons constituant un arrêt sur image, un instantané de vie dans un enchaînement dramaturgique parfaitement conçu. Une confession évidemment émouvante qui n’a rien de sensationnel, un journal intime dont on dévoilerait quelques pages choisies. Comment ne pas être sensible à ce travail artisanal conçu avec coeur, ferveur même dans une économie de moyens si rare aujourd’hui, qui n’en est que plus précieuse ?

Plus que prometteur ce Man of Style !

Sophie Chambon

 

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18 septembre 2026 5 18 /09 /septembre /2026 15:37

Émile Parisien (saxophone soprano), Yaron Herman (piano), Prabhu Edouard (tabla, percussions, voix), Linda May Han Oh (contrebasse, voix)

Amiens, 12-14 mars 2026

Act 8048-2 / PIAS

 

Un groupe singulier, et une musique presque inattendue pour qui a suivi l’évolution du saxophoniste soprano depuis plus de vingt ans. Il a parcouru tous les univers du jazz, et tous ses confins. Pour ce nouveau groupe, né d’une résidence voici près de deux ans, il s’est entouré d’artistes de haut vol, qu’il apprécie particulièrement, pour un nouvel élan qui regarde vers les musiques du monde, en suivant des sentiers sinueux. La première plage part d’un thème d’inspiration orientale composé par Georges Gurdjieff et Thomas de Hartmann. Peu après ce sera une composition d’Anouar Brahem, et l’essentiel du disque est de la plume du saxophoniste, du pianiste, et aussi, pour une plage en solo, de la contrebassiste-chanteuse. L’ensemble procède du désir profond de privilégier l’expressivité, dans un lyrisme plutôt feutré qui s’embrase dans les improvisations. Émile Parisien décrit ainsi dans le livret la genèse du projet : « J’avais envie de prendre un peu de recul, de laisser les choses décanter et d’ouvrir un nouvel espace. C’est sans doute pour cette raison que j’ai pensé à la notion de Floating. Elle correspondait assez bien à cet état de flottement dans lequel je me trouvais, un moment de transition, de réflexion et d’introspection, où je ne savais pas encore exactement dans quelle direction aller ».

Il en résulte une musique qui prend le temps de respirer, de rêver et de privilégier l’interaction douce. Le timbre du saxophone évoque parfois le doudouk de l’Arménie, et d’ailleurs dans le Caucase. Sur plusieurs compositions Prabhu Edouard insuffle les éléments de son langage rythmique et vocal, mais les thèmes sur tempo vif n’oblitèrent jamais le lyrisme. L’esprit d’un chant mélancolique parcourt tout le disque. La courte pièce en solo signée par la contrebassiste, tout comme le thème conclusif où sa voix se joint au lyrisme partagé, n’y échappent pas. Je dois avouer que l’ensemble m’a touché, musique et atmosphère, indissociablement. Ce flottement, loin de nous égarer, serait comme un chemin de félicité….

Xavier Prévost

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Le samedi 19 septembre sur France Musique, l’émission ’Jazz Club’ fera entendre ce programme donné en concert peu avant au festival ‘Jazz à La Villette’

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/jazz-club/floating-a-jazz-a-la-villette-a-paris-7201739

En octobre le groupe sera en tournée : en France (Rezé, Cenon, Tourcoing), puis en Allemagne, en Suisse et en Autriche

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15 septembre 2026 2 15 /09 /septembre /2026 18:52
 Christophe Marguet     ISLAND

ISLAND

Mélodie en sous sol / L’autre Distribution

Christophe Marguet – Batteur, compositeur

 

Régis HUBY, violon ténor électro-acoustique Manu CODJIA, guitare électrique ?Hélène LABARRIERE, contrebasse ,Christophe MARGUET, batterie et compositions

 

 

De quelle île s’agit-il dans le second album du nouveau quartet de Christophe Marguet  Echoes of Time ? Existe-t-elle seulement, ailleurs que dans son imagination ?

L’histoire, édifiante, mérite d’être racontée. Brendon Grimshaw, un Anglais un peu fou, a acheté une île des Seychelles, Moyenne, en 1962  où tout en s’isolant de la société, il a essayé de maintenir un éco-sytème qui fonctionne toujours. A l’instar de la nouvelle de Giono, L’homme qui plantait des arbres, il a reboisé, introduit de nouvelles espèces d’oiseaux, redonné vie autour de lui. Son île devenu parc naturel abrite aujourd’hui les deux tiers de la faune des Seychelles.

Un projet de vie, un acte de résistance qui ne pouvait qu’inspirer Christophe Marguet, tant il s’intègre dans la démarche de “résistance poétique” (et politique) du batteur depuis son premier album en leader en 1996. Ce que l’on conçoit d’autant mieux après le désastre climatique d'un été infernal qui n’a pas encore dit son dernier mot. 

Sensible à la circulation naturelle entre les musiciens, à cette fluidité quasi-instinctive du quartet qui s’abandonne, sous emprise, emporté par les vibrations sonores des instruments, on atteint vite le rivage de ce paradis ultramarin. Une  étrange familiarité  saisit dès l’introduction « Island » qui plante le décor. Avec un tel équipage on s’abandonne en confiance, heureux de retrouver les terres musicales sur lesquelles ils s’aventurent, avec les références fortes sur lesquelles ils ont construit ce nouvel édifice : pulsation irrésistible et libre du jazz, urgence du rock teinté des nuances du progressif. Dans certains titres dont le très vibrant « Liberté » court un motif mélodique, hommage conscient (ou non) à Henri Texier, l'un de nos derniers grands mélodistes, avec lequel le batteur a beaucoup joué.

La musique soutenue par une rythmique toujours élégante peut vite s’emballer comme dans l’ardent « Daily Work ».  Au royaume des cordes pincées, frottées qui se croisent, se prennent et se déprennent,  Hélène Labarrière fait entendre son chant, Régis Huby et Manu Codjia mènent la danse et l’on ne saurait dire des deux « solistes » qui a le rôle dominant. La musique généreuse, expansionniste est d’autant plus remarquable que personne ne songe à prendre le pouvoir. L’hypnotique et frémissant « Nuit Céleste » contraste avec le « Sable blanc » où la guitare de Codjia s’électrise furieusement et stratosphérise d'aise. Le mélodique et mélancolique « Chemin de lune » au violon ténor-choisi à dessein, augmenté d’effets, tout comme « les Dauphins » à la guitare redevenue délicate et subtile, introduisent des plages plus apaisées, moins fiévreuses. Un effet de la sensibilité du compositeur, distribuant les échanges, jetant des ponts entre ses partenaires, toujours en phase avec eux. Mais ce calme n’est qu’apparent avec des musiciens soudés qu’on connaît combattifs et habités jusqu’au final qui ne veut pas finir, «Wild Life ».

Un album bienvenu en ces temps de rentrée.

Sophie Chambon


 

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11 septembre 2026 5 11 /09 /septembre /2026 20:42

Bruno Chevillon (contrebasse solo)

Paris, Église Luthérienne du Bon Secours, 12 & 13 septembre 2011

SONGS 005CD (Blaser Music / L'Autre Distribution)

 

Il aura fallu attendre 15 ans pour que ce disque voie le jour, mais l’attente valait la peine : cette œuvre très singulière s’impose à nous désormais dans l’éclat tamisé de sa conception hors norme. Tout part d’une invitation faite à l’artiste par le grand ingénieur du son Philippe Teissier du Cros, et je ne résisterai pas au plaisir de citer une partie du récit qu’en fait le contrebassiste sur le livret du CD : ‘Pendant deux jours, j’ai donc improvisé librement dans cette église. Très vite, elle s’est imposée à moi comme un partenaire de jeu particulièrement réactif, la richesse de toutes ses possibilités acoustiques m’inspirant des états, comme je les nomme, à chaque fois différents et surprenants. De prise en prise, cette expérience si particulière s’est transformée en une collaboration étroite entre Philippe, l’église et moi ’.

Des improvisations intimes et secrètes, dont la genèse se lit dans l’admiration que Bruno Chevillon porte à un certain nombre d’artistes, dans diverses disciplines.  ‘Dans les cent vingt minutes de musique issues de ces deux jours d’enregistrement, écrit-il , j’ai choisi douze états, comme autant de lieux qui construisent ce disque, ou plutôt cet objet. Ils dessinent un parcours où je fais, à chaque étape, un don (et non pas une dédicace) à des artistes dont le travail m’accompagne depuis longtemps. Mon intention n’est pas d’illustrer musicalement leur démarche, mais de leur dire ma gratitude et mon admiration’

C’est comme le Grand Œuvre d’un formidable Artisan d’Art qui marque une étape dans une carrière déjà comblée de repères décisifs. Dans ces improvisations très libres, deux ont été conçues selon un processus particulier : dans le casque le contrebassiste entendait une musique inconnue de lui (une musique balinaise) sur laquelle il improvisera ce chant intime surgi de sa contrebasse. Et le reste prend sa source dans le dialogue entre le lieu, le musicien et celui qui capte l’événement musical qu’il a suscité. Formidable beauté d’un son peuplé de mystères autant que de mémoire. À découvrir de toute urgence. J’ajouterai que le livret comporte de très belles photographies d’un artiste en images qui s’appelle… Bruno Chevillon !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=uqkx26TxGNU

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10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 14:14

Jacques Schwarz-Bart (saxophone ténor, effets, composition), Reggie Washington (contrebasse, guitare basse), Arnaud Dolmen (batterie, voix)

Perthes (Seine-et-Marne), 3 février 2026

Quai Son Records / distribution Intégral

 

Après son disque en duo avec le pianiste Gregory Privat (‘22’, publié l’an dernier), et une dizaine d’albums en formations plus étoffées, le saxophoniste guadeloupéen de Boston a choisi le trio sax-basse-batterie, incontournable notamment depuis Sonny Rollins. Le titre est éloquent : il invoque l’esprit de résistance, chez lui héréditaire si l’on se souvient qu’il est le fils d’André Schwarz-Bart (1928-2006, résistant torturé par les nazis à l’âge de 16 ans, prix Goncourt en 1959 pour un roman nourri de l’histoire de la barbarie nazie), et de Simone Schwarz-Bart, née en 1938, écrivaine (romans, témoignages, essais, théâtre) et militante. Dans cette configuration du trio sans instrument harmonique, il délivre une musique de liberté, souvent incisive, mais aussi tendre parfois, qui illustre magnifiquement les possibilités d’interactions de cette formule instrumentale, qui circule ici entre le jazz, le gwoka de la Guadeloupe et la biguine de toutes les Antilles. C’est comme un festival de créativité tout-terrain, nourri de passion, d’inventivité et de connivence entre les trois acteurs de cet objet musical d’une incroyable intensité. Variété des approches (utilisation parfois du traitement du son de saxophone, présence de la voix, parlée ou chantée, bascule de la contrebasse à la basse électrique), et cohérence esthétique de l’objet musical font de ce disque une grande réussite artistique, à découvrir sans délai, car l’esprit de résistance qui s’y déploie balaie l’histoire qui bégaie, de la seconde guerre mondiale jusqu’aux États-Unis d’aujourd’hui malmenés par Trump.

Xavier Prévost

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Le trio sera en concert à New York (Jazz Gallery) le 30 septembre, à Basse Terre, L’Artchipel (Guadeloupe) le 3 octobre, et à Paris (Sunset) du 15 au 17 octobre

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des avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=jEXK6ZM7MT8

https://www.youtube.com/watch?v=5WhBb1kGZOE

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27 juillet 2026 1 27 /07 /juillet /2026 17:22

Ella Fitzgerald-Live at Falkoner Theatre, Copenhague, 6 février 1966. Gearbox Records.

Paru le 24 juillet.

Une nouvelle pépite dans la discographie d’Ella ! Un enregistrement réalisé le 6 février 1966 dans un théâtre de Copenhague, soit la veille d’un album bien connu de la chanteuse, ‘’The Stockholm Concert’’ avec Duke Ellington.

 

Une différence dans le casting : sur la scène danoise, Duke a laissé sa place au piano et à la direction artistique à Jimmy Jones. La phalange ellingtonienne, elle, est bien là (Gonsalves, Procope, Hodges, Carney, Hamilton, Brown, Williams, Anderson…) et le répertoire assez similaire à celui de l’album de Stockholm ( Lover Man, Satin Doll, Let’s Do It, Something to Live For…).

 

Ella (1917-1996) rayonne dans cette cité nordique où elle se produit régulièrement depuis 1952, y a enregistré plusieurs albums (notamment en 1959 et 1961) et où elle possède même un appartement.

 

Merci à Darrel Sheinman et Gearbox Records qui ont retrouvé les bandes de ce concert dans les archives privées d’un producteur danois.  

 

Jean-Louis Lemarchand

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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 15:06

 Mark Turner (saxophone ténor), Joe Martin (contrebasse), Marcus Gilmore (batterie)

Brooklyn, 23-24 mars 2025

Giant Step Arts GSA 20

https://joemartin3.bandcamp.com/album/the-phoenix-trio-tomorrow-is-today

Enregistré à l’Ornithology Jazz Club , une musique exigeante écrite et jouée par trois orfèvres. Le choix de la formule du trio repose sur le degré d’excellence qu’impose cette instrumentation qui privilégie la densité du propos, l’intensité de l’échange, et ne laisse aucune place aux automatismes des mains ou de la pensée. Ici s’écouter pour agir, avant d’agir, et aussi agir pour stimuler l’écoute des partenaires, voilà qui fonde la réussite de l’entreprise. Et elle est au rendez-vous. C’est tendu, mais fluide, pas dénué de complexité et pourtant offert à l’immédiateté de la sensation et du plaisir. Quatre compositions du bassiste, une du saxophoniste, et une autre du batteur : autant de défis à la faculté de ‘faire musique ensemble’. Leur complicité établie par de nombreuses rencontres leur en offre le loisir, et ils savent capter notre attention, nous laissant sans cesse dans l’attente de la résolution d’un mystère qui se joue pour qui écoute. Avec toujours ce qui se passe, dans cette musique, dans les infinis combinaisons (un jeu incessant) du côté des rythmes et de leurs mystères. Un symbole de ce que le jazz peut encore nous réserver d’inouï, d’imprévu, et de totalement dépaysant, même si nous sommes des jazzophiles aguerris. Du très Grand Art !

Xavier Prévost 

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