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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 20:47

 acapumco.jpg

Guitar electric only

Simon HENOCQ : enregistrement, mixage, mastering
Coproduction : Cartons Records & Coax Records | Distribution : Muséa | Graphisme : Heureux les Cailloux |

 
www.facebook.com/ACAPULCOJulienDesprez 


 
http://juliendesprez.blogspot.fr/ 


 
www.cartoncartoncarton.com/acapulco.html 


 
www.collectifcoax.com/acapulco

 

Acapulco ! Avec un tel titre, on pense s’envoler vers un petit paradis à l’exotisme plus ou moins frelaté mais aux rythmes assurément  tropicaux. Un coup d’œil sur la pochette kraft  du label Carton des Coax records vous en dissuade vite. On penche ensuite  pour Haïti avec ses figures crayonnées, colorées à la « Basquiat », qui, au passage, aimait infiniment le jazz et Charlie Parker...

Fausse piste encore quand on lit le nom du guitariste solo qui nous offre ce petit bibelot sonique, cet objet sonore sans cesse en évolution, cet happening  détonant de 18’, en trois titres,  c’est Julien Desprez du collectif Coax, pilier de « Q » que nos oreilles (pourtant rodées) n’avaient pas franchement adoré en live (terribles infrabasses), membre de l’étonnant  Radiation 10,  bien plus « aimable » dans la mutation, ne serait-ce qu’au seul niveau de l’émission sonore. On se retrouve dans les terres foulées par certains collectifs nordistes comme Muzzix, le label Circum, Olivier Benoît, une scène musicale actuelle, complexe et très active que l’on pourrait, s’il faut absolument la définir, apparenter à une recherche protéiforme « industrialo-bruitiste »,  noisy mais pas seulement... Un drôle de magma sonore,  une matière en mouvement qui vous emporte avec un développement  organique, une construction certaine même si elle nous échappe ; pas vraiment de repères  en effet mais en même temps, c’est trop court pour se perdre.

Alors Acapulco ? Un solo électrique plus qu’électrisant, avec des effets recherchés, travaillés, étranges, des trafics d’influence sonores, des fulgurances dans les accélérations, des dérives jamais brutales, des bruits saturés, grésillant doucement, sans véritable fureur ou rage qui font que l’oreille s’habitue vite à ces variations sonores très acceptables sur une chaîne (quid en live ?). Alors, il est un peu inquiétant cet univers dans lequel nous plonge le guitariste, loin des jolies mélodies suraigües où excellaient autrefois les hardeux, métalleux  avec ces envolées juvéniles de guitares électriques.  Times are changin’... Ici, une guitare bien préparée nous fait entrer de plein pied dans un univers personnel vibrant, insolite, post post-moderne, où les décharges électriques d’un arc tendu à l’extrême (bow)  vous accompagnent dans une errance créative, un ailleurs indécis. Des variations actuelles sur le son qui atteignent une dimension poétique, originale et intense. Sans véritable tsunami. Allez, ce n’est pas la fin du monde !  Juste « une sculpture sonore en jaillissement » comme l’écrit fort joliment le batteur  Edouard Perraud : «L’esprit, les mains, l’instrument, l’amplificateur, les traitements, les câbles et le corps ne sont qu’une seule et même chose dans ce solo fulgurant. Ici la musique est inventée/découverte, comme un mécanisme secret qui cache les lois d’un monde encore inconnu, une terra incognita qui surgit d’un coin de ciel en coruscation. »

NB : Fascinant de regarder le « teaser » du musicien en action, sec et précis. Les sons produits vous installent paradoxalement plutôt confortablement dans ce matelas sonore, chaud et douillet au final....

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 23:13

 (23 titres de 1962 à 1991).Universal Jazz. Mars 2014.

 

claude-nougaro-quand-le-jazz-est-l.jpg

Le boxeur de mots, le petit taureau toulousain aura, chacun le sait,  réussi à réconcilier jazz et java dans une chanson mais aussi fait découvrir le jazz à des générations d’amateurs de chansons populaires, à une époque dominée par les yé-yé « matraqués » à longueur de journée sur les ondes dites alors « périphériques ».  Dix ans jour pour jour après sa disparition, le 4 mars, replonger dans l’œuvre de Claude Nougaro (1929-2004), c’est retrouver aussi une série de standards de jazz signés Dave Brubeck (Blue Rondo a la turk devenu A bout de souffle), Sonny Rollins (St Thomas, A tes seins), Gerry Mulligan (Jeru, Le piano de mauvaise vie), Dizzy Gillespie (Con Alma, Hymne), Wayne Shorter (Beauty and the Beast, Comme une Piaf), Nat Adderley (Work Song, Sing Sing Song), Neal Hefti (Girl Talk, Dansez sur moi)…

S’il avait découvert le jazz à l’écoute d’émissions d’Hugues Panassié, Nougaro avait les oreilles ouvertes sur les courants les plus contemporains et offrit même, en 1976,une « pige » à Ornette Coleman dans Gloria, composition de Don Byas, où l’altiste texan partageait la vedette avec Maurice Vander, pianiste et directeur musical, Luigi Trussardi (basse) et Charles Bellonzi (batterie). « Il abordait le phrasé comme un jazzman, avec cette capacité de prendre des libertés avec la mesure », relève dans le livret Richard Galliano.  L’accordéoniste était en bonne compagnie dans les formations de Nougaro, Eddy Louiss, Bernard Lubat, Pierre Cullaz (qui vient de disparaître), Daniel Humair, André Ceccarelli (1), Aldo Romano (un très proche), Michel Portal, Pierre Michelot, Michel Gaudry…. On regrettera au passage que le livret ne fournisse que des informations parcellaires sur la composition des groupes. Qu’importe, c’est un vrai bonheur de retrouver ces jazzmen de premier plan en petite formation ou en grand orchestre.  Et, surtout, comment ne pas épouser le point de vue du signataire du livret, Bruno Guemonprez : « Nougaro se révèle être un chanteur de jazz remarquablement technique et à son aise dans tous les tempi et dans tous les registres de l’émotion musicale ».

Jean-Louis Lemarchand


(1)  André Ceccarelli rend hommage de belle façon à Nougaro dans Anousgaro (Just Looking Production/Harmonia Mundi) avec David Linx (voix), Diego Imbert(basse) et Pierre-Alain Goualch (piano). Le groupe est en concert ce mois de mars à Blagnac(31) les 21 et 22, Le Thor (84) le 23 et Marcq-en-Baroeul (59) le 25.

Jean-Louis Lemarchand

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 22:00

 

Act 2014

Michael Woolny (p), Tim Lefebvre (cb), , Eric Schaeffer (dms)

 wollny.jpg

 

La France, avec un peu de retard à l’allumage commence à céder à la Wollnymania.

Il est vrai que depuis ces 10 dernières années le jeune pianiste allemand est ce qui nous est arrivé de mieux sur la scène du jazz ces dernières années. Il y a une décennie qu’on le découvrait notamment au travers un album enregistré en duo avec le saxophoniste Heinz Sauer ( « Melancholia » en 2004) puis avec son superbe trio Em composé de la contre-bassiste Eva Kruse et de Eric Schaefer.

A peine âgé aujourd’hui de 36 ans, Michael Wollny s’est donc totalement imposé dans le paysage jusqu’à devenir un des éléments incontournables du label ACT au sein duquel il a signé quelques collaboration notables avec entre autre Vincent Peirani ou Joachim Khun.

Dans l’album qu’il signe aujourd’hui, Eva Kruse a laissé la place au contrebassiste Tim Lefebvre. Ce qui n’empêche pas l’émergence d’un véritable trio soudé et homogène. Les afficionados de Em  seront peut-être un peu déconcertés par l’allure très sage de l’album que certains n’hésiterons pas à qualifier ( un peu stupidement je pense) de l’album de la maturité. Car il n’est pas question ici de bouleverser les codes du trio, ni même question de virtuosité pianistique, mais juste d’un trio bâti autour d’un album construit sur des chansons dont Wollny parvient à tisser une sorte de trame unique. Dans un même mouvement assez mélancolique, Wollny s’inspire de chansons allemandes, de Lieds ou encore de pop musique (en conviant notamment Pink sur un morceau chanté par Théo Bleckman et dont la théâtralité m’évoque les scénographies de  Joel Pommerat) pour livrer un album très inspiré par le thème de la nuit et du rêve. Se côtoient ainsi des thème d’Alban Berg, de Charlie Kaufman de David Lynch, d’Hindemith, de Varèse ou encore des inspirations Nietzchéeenes.

Tout en maîtrise, Wollny privilégie le son du trio, échappant largement aux inspirations rock ou pop qui avaient pu nourrir sa musique pour se raccrocher à une forme de tradition du jazz trio. Et dans cet exercice le pianiste met en avant la force du collectif avec une noirceur très douce. Il faut ainsi écouter When the sleeper wakes comme l’illustration parfaite de ce power trio. Tout en retenue, en non-dit, en exaltation discrète des mélodies autour desquels le pianiste tourne avec un art consommé de la digression, Michael Wollny dessine un climat sombre comme un ciel aux lourds nuages gris se déplaçant lentement dans un espace ténébreux. Une sorte de romantisme allemand qui trouverait son expression dans une forme jazzistique très européenne. A l'image de cette mélancolique déambulation sur Lasse, il livre ici un album aux couleurs automnales.

Du très grand art.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 08:37

 

Cristal records 2014

Nicolas Folmer (tp), Dave Liebman ( ts, ss, fl), Michel Portal (clb, ss), Daniel Humair (dms), Emil Spanyi (p), Laurent Vernery (cb)

 folmer.nicolasspherelive_w.jpg

 

Nicolas aurait pu dire : «  Entre moi et Daniel, c’est du sérieux ». Notre national trompettiste et notre helvétique et génial drummer ne se quittent plus, enchaînant concert après concert et variant les plaisirs et les formations.

Pour ce nouvel album pris en live, les deux musiciens convient à leur table une formation de rêve, invitant au passage et à l’Opera de Lyon Dave Liebman et Michel Portal. Excusez du peu.

Stratosphère, un premier morceau de l’album met en place les différents acteurs. Où il est question surtout de chercher le son, de faire tourner dans l’espace. Après ce premier morceau le groupe commence véritablement à entrer dans le vif avec un Daniel Humair qui fait office de plaque tournante. Et puis lancé sur orbite par un Dave Liebman toujours aussi impressionnant, Nicolas Folmer prend le relais avec une envergure et une densité qu'on lui a rarement connu. Il faut l'entendre sur ce Volcano tout en maîtrise et en puissance. C'est du lourd. La musique exigeante se joue à très haut niveau quel qu'en soient les acteurs. Écouter Emil Spanyi sur Tumulte et Fracas, héroïque Spanyi, sorte de rythmique à lui tout seul qui entraîne basse et batterie dans un même mouvement où se confondent Cecil Taylor et Andrew Hill. A la suite, il y a un Dave Liebman qui prend le relais et donne au tumulte et au fracas toutes leur raisons d'être. La partie " Lunaire" vient un peu casser cette dynamique avec notamment une partie jouée à la flûte qui ne s'imposait pas réellement mais qui laisse place à quelques moments de flottements à la Miles, dans une sorte de vapeur modale sur laquelle les brumes de Nicolas Folmer font merveilles dans une ambiance très shorterienne. Un peu plus loin c'est une explosion de gnaque et de mordant acéré sur Bulles d'amour où Nicolas Folmer jette tous les habits du garçon gentil pour se faire bad boy avec un sacré mordant. Mordant dans le vif, mordant dans le lard du son, mordant dans le vif du groove.

Car cet album est avant tout et surtout un album remarquable du trompettiste que l’on redécouvre sous un nouveau jour. Galvanisé par l’événement, Nicolas Folmer montre et démontre si besoin en était qu’il est un très grand.

Il nous a ici littéralement scotchés !

Jean-marc Gelin

 

 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 19:31

Pierre Millet ( tp, cnt, flgh...), Yann Letort (ts), François Chesnel ( p, clesta), Antoine Simoni (cb), Guillaume Dommartin (dms)

Le Petit Label 2014


l_amicale_des_sphinx.jpg

On s'était précdemment enflammés pour cette formation au sein de ces colonnes ( RENZA BO 2011).

Car ces garçons ont un talent fou et ce nouvel album ne fait que confirmer ce que nous savions déjà.

On aime en effet cette formation originale qui flirte autour de grands classiques, avec l'esprit du quartet d'Ornette Coleman autant que de Mingus.

Il faut écouter comment un thème comme Pour Thomas évolue de l'épure au trop plein, du silence à l'afflux mingussien dans une sorte de folie collective.  Evoluant entre hard bop , free jazz et jazz moderne voire contemporain.

Mais Renza Bô est surtout devenu avec le temps un vrai groupe. De ceux qui se connaissent depuis plus de 10 ans et qui ont pris le temps de façonner cette belle pâte homogène et cette énergie circulaire avec cet enthousiasme jamais altéré dans leur façon de concevoir la musique. On sent la liberté d'improvisation bien présente. A fleur de peau. Elle s'exprime dans l'explosion des énergies savamment encadrée. Encore une fois, comme sur le précédent album on est bluffés par les éclats de Pierre Millet absolument époustouflant à la trompette, dans un registre aigu à faire pâlir un Booker Little par exemple. Trompettiste de la gnaque et du mordant, de ces trompettistes de la Nouvelle-Orléans à l'image de ce I remember I qui sied bien au trompettiste qui se livre là à un numéro exceptionnel d'une technique ébouriffante sur une rythmique de marching band presque funky.

On ne peut pas dire que Renza Bô cultive véritablement sa marque de fabrique, tant cet album est différent du précédent. Ils arrivent iciavec un gros travail et de très belles idées de compositions. Ce que l'on aime chez eux c'est qu'ils ne sacrifient jamais la joie de jouer à la qualité de ce qu'ils jouent.

On pourrait juste leur reprocher de ne pas toujours savoir se tenir à une idée, comme s'ils se sentaient obligés presque à chaque fois de faire évoluer le morceau en passant du vide au plein, de l'explosion au calme absolu. Le procédé d'écriture devient un peu répétitf et que sur ce I Rembember I par exemple où l'on se serait bien contentés de l'idée de base sans avoir à en rajouter. Idem sur Célèbre inconnu où ils zappent d'une idée musicale à une autre. C'est qu'ils cherchent à surprendre, à créer du son, à créer de la musique, des pêches inattendues, des progressions harmoniques et rythmiques, des musiques à tiroirs qui s'ouvrent et se renferment, comme la déambulation dans un vaste espace où se nichent plusieurs pièces plus ou moins étranges (Belak). On assiste aussi à un superbe moment modal à la Miles sur Fur Ray. Mais messieurs les jeunes musiciens, ayez le sens de la synthèse car à mi-parcours de l'album on a parfois le sentiment d'avoir déjà achevé un cycle. C'est long. Comme un roman qui se perdrait dans quelques méandres en plein milieu au risque de lâcher son lecteur.

Comme dirait mon ami Alex, il manque certainement à Renza Bô une vraie direction artistique.

Jean-Marc Gelin

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 22:31

 

Gaya 2014

Arnold Lee (s), Ben Solomon (ts), Etienne Deconfin (p), Kush Abadey (dms), Géraud Portal (cb)

 geraud portal

Attention gros choc !

Pour un coup d'essai c'est un coup de maître absolument magistral ! Du genre "prends-toi cette claque en pleine poire, juste entre les deux oreilles ! "

Geraud Portal disons-le d’emblée n'a rien à voir avec son célèbre homonyme. Même si, il faut bien le dire, cela doit créer quelques prédestination à se jeter dans le jazz à cœur perdu. Nous le suivions déjà depuis quelque temps, alertés que nous fûmes par Jérôme Gransac , Dnj' master à ses heures et qui nous avait conseillé d'aller jeter une oreille sur le gars qui à l’époque s’occupait de la grand-mère de Gael Horellou (1). Et puis nous l’avions perdu de vue. Il faut dire que le garçon s’en allait fourbir son (joli) coup outre-manche avec quelques jeunes furieux du jazz rencontrés à New-York à l’occasion d’une résidence chez le contre-bassiste Bill Lee. Il y avait là quelques jeunes allumés du jazz qui jouaient alors sous la houlette du fameux trompettiste Wallace Roney. Et voilà tout ce petit monde qui s’entend à merveille et décide de monter un groupe. C’est aussi bête que cela. Cela s’appelle la magie des rencontres que seule une ville comme New-York berceau de tous les jazzmen permet parfois.

Et voilà que nous arrive alors ce premier album totalement décoiffant dans une veine coltranienne carrément assumée de bout en bout. Un quintet explosif est à l’œuvre avec une fougue et une envie d’en découdre qui nous ferait presque revivre les heures de gloire du quartet magique Coltrane- Tyner – Garrisson – Jones (même s’ils sont ici 5 ). Car ici les jeunes garçons ont tout assimilé jusqu’au bout des ongles. Dans le lot ils embarquent avec eux un jeune saxophone soprano absolument stupéfiant, Arnold Lee, fils émérite de son père Bill ! Impressionnant de lyrisme, de puissance de précision et de swing. Je vous jure que ce gars-là m’a littéralement scotché au mur. Du jazz de haute volée moi j’vous dis. Et j’ose à peine vous parler du ténor, c’est tout pareil. Quand à la rythmique elle est explosive. On a l’impression que les garcons jouent ensemble depuis plusieurs années pour en arriver à une telle cohésion collective. Ça sent l’envie de jouer, de mouiller la chemise, de se faire plaisir, de faire vibrer le jazz ! ça veut pas révolutionner les codes mais juste perpétuer ce jazz coltranien comme musique générique à part entière.

Etienne Deconfin a cette énergie de Mc Coy absolument déjanté et faisant bouillir le groove attisé par ailleurs par Kush Abadey à la batterie.

A tout seigneur tout honneur Géraud Portal y est énorme, assénant sa rythmique avec une rondeur et une précision diabolique. De la marque des très grands, déjà.

Rien à jeter dans cet album qui va d’abord vous en mettre une sérieuse entre les deux oreilles pour ensuite tourner en boucle sur votre Iphone.

Retenez bien le nom de ces jeunes garçons : le jazz de demain naît sur les racines de celui d’hier. Et il est entre de bonnes mains.

A consommer absolument sans aucune modération !!!

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

(1)  qui sort aujourd’hui un album sublime tiré d’un concert non moins sublime avec Abraham Burton au Duc des Lombards

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 22:17

 

Laborie Jazz 2014

Paul Lay (p), Antonin Tri Hoang (ts, clb), Clement Van Der Feen (cb), Dre Pallemaerts (dms)

 

paul-lay.jpg        

Deuxième album pour ce jeune pianiste sous la houlette de Jean-Michel Leygonie , découvreur de talents et expert s'il en est en matière de pianistes jazz. On doit à Mr Leygonie pas moins que la découverte sous nos cieux de Yaron Herman, Shai Maestro, Perrine Mansuy etc . C'est dire s'il connaît son sujet.

Et pour ce 2e album de Paul Lay on peut à nouveau se fier à son flair infaillible.

Car le jeune pianiste, aujourd’hui bien intégré à la scène parisienne, affiche ici autant de l'autorité du leader que de souffle épique dans ses compositions.

Epaulé par un trio de talents au titre duquel on notera la très grande classe du jeune Antonin Tri Hoang ( ancien de l'ONJ d'Yvineck), Paul Lay sait donner de l'ampleur à sa musique. Les reliefs se succèdent dans cet album qui respire et prend le large comme sur ce Dolphins à l'improvisation superbe du pianiste succédant à un moment très poétique sur Voices.

Le quartet joue sur la proximité et Paul Lay avec l'assurance de sa parfaite maîtrise soutient son petit monde avec, on l’a dit, une belle autorité. L'énergie conjuguée de sa main gauche et de sa main droite, la façon de faire respirer la musique, de marquer des stop chorus et de partir ensuite dans un très beau lyrisme de soliste mais aussi cette façon d'asseoir son accompagnement au centre du dispositif, en plein coeur d'une musique à la structure délicieusement complexe comme dans ce Workaholic morceau de très grande envergure permet au pianiste de montrer qu'il sait jouer dans la cour des grands. Qu’il y joue déjà.

Magnifique et émouvant moment ensuite sur Chao Praya , moment d'une infinie tendresse où le groupe joue en trio avec une totale fusion et sur un drumming ultra délicat de Dré Pallémaerts.

Tout au long de cet album en clair obscur, pas un moment d'ennui ne ternit ce très beau moment qui révèle toute la richesse de la musique de Paul Lay.

Une vraie réussite.

Encore une.....

Jean-Marc Gelin

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 07:14

 

Dominique Pifarély (violon, compositions) et l’ensemble Dédales : Guillaume Roy (violon alto), Pascal Gachet (trompette), Christiane Bopp (trombone), Vincent Boisseau (clarinettes), François Corneloup (sax baryton), Julien Padovani (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Éric Groleau (batterie)

Poros Editions AC26DP / L’autre distribution

www.pifarely.net

dominique-pifarely-time-geography.jpg

Infatigable acteur de la scène jazz et musiques improvisées, le violoniste Dominique Pifarély  poursuit avec ce nouvel opus son travail d’écriture en creusant la notion de labyrinthe. Et le moins qu’on puisse dire est que cet ensemble ne tourne pas en rond, tant il maîtrise collectivement l’exploration d’un matériau intemporel, recyclable, toujours actuel en fait. A l’exemple du premier titre « Ordinary chaos »  que conduit un Icare fiévreux et incandescent, le batteur Eric Groleau. Cette musique ardente dans ses commencements, souvent nerveuse, entraîne au delà de la sensibilité et du lyrisme, sans produire une excitation violente, tant on la sent contrôlée, presque mesurée dans ses dérèglements. La sensibilité de chacun s’accorde à l’esprit de l’ensemble. C’est la force de cette écriture que décrivent les notes de pochette expertes de Denis-Constant Martin.

Pourtant, on ne voit guère l’ensemble Dédales programmé dans les festivals Afijma ou autres... Frank Bergerot  révélait sur le blog de Jazz Magazine, il y a déjà quelque temps, que la formation n’avait joué ce programme que quatre fois en deux ans...Bigre c’est vraiment peu !

Peu de rodage donc entre les membres de ce nonet éclectique et pourtant ça circule entre eux. Ils réussissent, avec des ruptures, des alliances ou alliages qu’ils tordent, combinent, font et défont  à explorer le temps et ses échelles, cette géographie si particulière: voilà de la belle ouvrage, une mécanique de grande précision- le moins que l’on puisse attendre d’un travail sur le temps. Même s’il faut se plier, se déplier, passer « per angusta » par la voie étroite, voilà une mise en place redoutable qui donne une grande lisibilité à l’ensemble, une cohérence parfaite avec des transitions souples et subtiles entre les compositions qui se suivent avec une science consommée.


Les musiciens partent de la partition concoctée par leur leader qui a pris soin de mettre en valeur chacun d’entre eux  et en quelques solos, avec des duos et parfois des unissons, beaucoup de contrepoints, aboutissent à des combinaisons inouïes, regroupant ou dissociant les pupitres. Indiscutablement, le caractère organique de l’écriture est perceptible, avec tout un jeu de motifs, en miroirs déformants ou non. Des solis ébouriffants du trompettiste  Pascal Gachet  ou de la  tromboniste Christiane Boppqui ne vient pas du jazz ( !) mais de la musique contemporaine et  de la musique ancienne. Le grand écart en somme, que pratique aussi l’autre complice de cordes de Dominique Pifarély, l’altiste Guillaume Roy, à l’articulation exacte entre musique de chambre et improvisation. Des cordes et des vents, du souffle... ça joue sur de nombreux registres et instruments, sur des nuances atmosphériques, des climats, ça décolle avec les échappées du baryton de François Corneloup, la pulsation souple et musculeuse, follement élégante de la contrebassiste Hélène Labarrière. Quant au pianiste Julien Padovani,  il est à la fois délicat, obsédant, percussif quand il le faut,  dans le final qui ordonne le chaos.

HD-Pifarely-124913-c-Eric-Legret.jpg

 N’hésitez pas à écouter d’un trait cette œuvre dense et passionnante. Vous prendrez plaisir à y revenir car la musique exigeante finit par s’abandonner à ceux qui en manifestent le désir. On ressent étonnamment la prise en compte du corps dans tous ces cheminements personnels, ce parcours labyrinthique, jamais effrayant ni carcéral. Au contraire, il nous semble que le résultat magnifie l’intelligence du corps entier, redirige vers la lumière avec une délicatesse sensible au plus fort des éclats. La musique n’a aucune difficulté à occuper l’espace, et l’on est vite captivé par son éloquence brûlante. Cet album est tout sauf une musique de l’instant, il est donc définitivement convaincant.

On espère bientôt entendre cet ensemble en direct tant leur travail profond et engagé marque l’empreinte d’une musique porteuse de sens et de vertus formelles.

Sophie Chambon

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 18:10

 

Motema 2014

Jacques Schwarz-Bart (ts), Erol Josué (vc), Rozna Zila (vc), Stephanie Mc Cay (vc), Etienne Charles (tp), Alex Tassel (flgh), Milan Milanovic (p), Gregory Privat (p), Ben Williams (b), Regie Washington (b), Obed Calvaire (dms), Arnaud Dolmen (dms), Gaston «  Bonga »nJean-Baptiste (perc), Claude Saturne (perc)

 JSB-JRH.jpg

JSB raconte des histoires créoles. Des histoires venues de cet Haïti- pays meurtri, pays des raconteurs d’histoires, pays d'envoûtements, pays de ceux qui parlent haut et chantent avec âme.

Avec un jazz très marqué 80’s mariant un esprit funky et une rythmique gwoka le saxophoniste donne à ces histoires une réelle densité. Un réel ancrage au cœur d’un volcan haïtien qui fait vibrer au tréfonds de nous-mêmes que l'on soit ou non natif des îles. Parce qu’il y a dans ce discours, un cri sous-jacent, une douleur lancinante et récurrente, parce qu’il y a une humanité, spirituelle et révoltée aussi, parce qu’il aussi une fierté antillaise qui frappe au coeur. Une fierté finalement universelle.

JSB sait donner à ce discours une incroyable densité. D’abord avec ce son des (très) grands ténors qui expriment cette virilité féminine. On pense à Michael Brecker par exemple. Aussi un peu à Joe Henderson. A tous ceux qui ont su donner au sax tenor de l'après-Coltrane une puissance expressive radicale. Ce son d'une totale puissance maîtrisée tant dans les graves que dans les aigus, ce son qui sait manier l'agilité du placement et la félinité du déplacement. Ce genre de son qui traverse les corps et les esprits. Et surtout ce son qui porte autre chose que la seule musique.

Avec lui Jacques Schwarz-Bart embarque un vrai collectif particulièrement soudé dans cette urgence à dire. On notera au passage la présence de ce grand trompettiste, Etienne Charles et la présence puissante de Reggie Washington à la basse. Et pour raconter ces histoires créoles, JSB fait aussi appel à des chanteurs qui ancrent leur voix exceptionnelles dans la tradition du chant antillais, dans les racines caribéeennes. 

Les rites vaudous émergent de ce ballet puissant et finalement nous emportent dans le flot de ce qu’exprime ici l’un des plus grands jazzman de sa génération.

Jean-Marc Gelin

 

Reyrouvez ici le concert donné à Banlieues Bleues

http://concert.arte.tv/fr/jacques-schwarz-bart-jazz-racine-haiti-au-festival-banlieues-bleues

 

 

 

 

 

 


 

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 21:08

 

ECM 2014

Arild Andersen (cb), Paolo Vinaccia (dms), Tommy Smith (ts, fl, shakuhachi)

 arild.jpg

 L'ouverture de l'album est ….désespérément ECM. On a le sentiment que l'on a entendu cela des milliers de fois malgré la qualité du son projeté du saxophoniste ténor anglais Tommy Smith qui, il faut bien le reconnaître n'a pas beaucoup d'équivalent sur la scène européenne aujourd'hui.

Mais c'est aussi plus exactement la rencontre de deux sons, celui du saxophoniste justement mais aussi celui du célèbre contrebassiste norvégien habitué du label.

Il y a là une rencontre de personnalités fortes comme sur ce Blussy où tout en maîtrise, les trois protagonistes laissent traîner le son et le tempo et montrent le genre de défi qu'ils aiment relever. Juste un peu sale ma non troppo. Il y a de la gravité dans cet album-là. Il y a des moments de pur classicisme comme sur cet Aifie composé par ce génie de Burt Bacharach où l'on est (c’est un clin d'oeil) dans une inspiration du saxophoniste très Rollinsienne où en remontant plus loin dans la lignée de Coleman Hawkins. Il y a une belle musicalité dans cette rencontre très élégante. Peut-être en revanche un poil monotone. Peut-être aussi un peu trop lissée parfois. Tommy Smith y fait chanter son instrument alors qu’Andersen a cette façon de faire sonner la note en lui donnant la résonance nécessaire au soutien harmonique et rythmique. C'est quand même pas du jazz pour faire la révolution avec.

Mais c'est du sérieux et un poil neurasthénique à force mais cela reste la trace d’une belle rencontre entre trois musiciens de l’intime, trois musiciens de l’indicible.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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