Fresh Sound New Talent/ Socadisc
Concert officiel de sortie d’album 10 juin 2014 Sunset Paris / 21H

Une pochette un poil surréaliste qui flirte avec l’absurde ... et qui ne dit pas si ce chien est « happy », juste qu’il est « lucky ». D’avoir de tels maîtres ou compagnons ? Sans aucun doute, car le saxophoniste Fred Borey, le trompettiste Yoann Loustalotforment, avec la paire rythmique de Yoni Zelnik et Frédéric Pasqua, un quartet sans piano remarquable, qui devrait faire date. D’ores et déjà, leur jazz ne laisse pas indifférent. Les deux soufflants s’épaulent mutuellement dans un registre intime, sur le versant d’une mélancolie qui n’est pas nostalgie larmoyante pour autant. Leur duo, absolument juste et coopératif, laisse entrevoir des fulgurances dès «The real all of me». On comprend que l’on pénètre dans une étrangeté parfois déroutante, par intermittence langoureuse («Sinful»). Le titre éponyme porte sa charge hypnotique et exaltée. D’un bout à l’autre de l’album, jamais la tension ne s’apaise. « Yonisation » débute comme de juste, par une intervention courte, intense du contrebassiste Yoni Zelnik, vieux complice de Yoann Loustalot. Particulièrement combattif, il entraîne son attelage en compagnie du batteur dans la plupart des titres comme «Jacky’s method » ou le survolté «Interférences». «Peaceful time» a la douceur d’une plainte qui n’en finit pas d’émerger, prélude à une échappée d’autant plus étonnante. C’est que Yoann Loustalot, traversé d’une urgence jamais démonstrative, impose de vifs changements de direction, contrariant ainsi un tempérament plutôt recueilli. Il s’interrompt au détour de longues phrases toutes en volutes, ose le suspens pour bifurquer de plus belle et reprendre son essor. Si Fred Borey semblait plus serein, tendrement lyrique dans ses disques précédents, il est ici, comme contaminé par les élans fiévreux de son partenaire et s’enhardit en livrant une musique grave et légère, souple et bondissante. Un désir catalyseur qui s’organise tout naturellement autour de l’engagement de musiciens aux prises avec la pureté du son, de l’enregistrement. Et de l’effet produit sur un auditeur attentif, en quête d’émotion directe, d’authenticité. C’est l’esprit, l’essence de leur musique qui touche, restituant au plus près la vérité de la performance. On aime ce Lucky dog pour le miroir d’ombres qu’il nous tend, la lumière noire d’un jazz aéré, riche en nuances.
Sophie Chambon










