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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:33


campanie-des-muiques-a-ouir---l-ouie-neuf.jpg
Sortie nationale 8 octobre 2012
Concert de sortie le 30 octobre à Mont St Aignan (76)

Distribution anticraft




S’il n’oublie pas l’historique Campagnie des Musiques à Ouïr (avec Christophe Monniot, puis Laurent Dehors et David Chevalier),  le batteur Denis Charolles a essayé de l’étoffer, il est passé à une autre dimension, avec d’autres formations, ouvertes à des instrumentistes mais aussi des chanteurs aussi extraordinaires que Loïc Lantoine et Eric Lareine. Ainsi Les Etrangers Familiers ont rendu un Salut respectueux et sincère à Georges Brassens, projet célébré aux DNJ.
 Après la création Duke et TheloniusL’Ouïe neuf est le neuvième album des Musiques à Ouïr, avec une Campagnie augmentée, nébuleuse issue de  Mélosolex, Journal Intime  (le saxophoniste Frédéric Gastard, le tromboniste Matthias Malher et le trompettiste Sylvain Bardiau),  Super Hibou  (Antonin Rayon). Cette Grande Campagnie des Musiques à Ouïr est  protéiforme, donnant la parole dans un discours collectif à des musiciens complices, constamment époustouflants qui doivent absolument être vus sur scène, dans la recréation  de cette musique.
La Campagnie se charge en cuivres sur ce  nouvel album, rayonnant, qui accroche dès les premières notes : il ne s’agit pas d’envoûtement fluide, d’une douce transe, imperceptible, au contraire, on est au cœur du chaudron des Musiques à Ouïr. Ça pulse, ça vibre et résonne, ça danse enfin, retrouvant cette aspiration au mouvement, trop souvent oubliée aujourd’hui de certains musiciens qui cérébralisent inutilement leur musique. La musique taille dans la chair, à vif, bénéficiant de la formidable synergie des huit, d’une complicité potache qui semble indéfectible. Que l’on espère ainsi, du moins. Energie tendue, rock cuivré, quelque chose d’assez primal qui sort de ce désordre savamment (dé)réglé,  exutoire rythmé et mélodique, libérateur, nerveusement rageur et joyeux à la fois, comme dans cette composition  insolite, superbe  « Le petit et le grand gazon ».
Voilà une efficace mise en jeu du corps et du mental, un  engagement des musiciens dans cette course piquante, plaisante mais effrénée  avec des collages à la Zappa, de brusques changements de rythme comme dans cette « M.C suite » déglinguée, en hommage à …Mariah Carey ! Pas étonnant d’ailleurs qu’un des morceaux soit dédié à Captain Beefheart disparu récemment.
On prend la mesure de ce groupe loufoque, génialement touche-à-tout, qui remet certaines musiques à l’ordre du jour avec cette merveilleuse suite, longue de plus de dix minutes qui  vous tiennent sous le charme, ce  «From Duke to D »… morceau de bravoure réunissant tradition et modernité.
Cette musique est une création prolifique qui part dans toutes les directions, suivant la piste de Kurt Weil dans le premier morceau, emboîtant le pas des « marching bands » dans « Bob et John », du New Orleans qui lorgnerait du côté de l’Art Ensemble,  des impros collectives  à la douce euphorie qu’entraînent une trompette éclatante,des clarinettes étonnées dans « Beau gosse », sans oublier  une reprise de « Shimmy Shimmy Ya » d’ Old Dirty Bastard  (ODB), du rappeur chanteur du Wu Tan Clan. Il y en a  absolument pour tous les goûts (ah, ce délicieux petit intermède « Java » qui vous fait trotter rondement ) et les titres sont adaptés à ces morceaux baroques,  un rien surréalistes comme l’inquiétant « Joker » issu du spectacle « Au lustre de la peur » écrit par l’étonnant Eric Lareine.
Voilà une musique populaire, au sens le plus noble du mot, diversifiant  timbres et couleurs, métissage de styles, jouant au plus fin avec l’instrumentation originale (3 clarinettes dont Jacques Di Donato que l’on est heureux de trouver en si bonne campagnie, une flûte, des saxes, du soprano au basse, un trombone,  un tuba, une trompette,  une batterie infernale, des percussions diversement fantaisistes).
 Vous l’aurez compris, Denis Charolles est un leader compositeur hautement éclectique qui a l’art de bien s’entourer. Avec Frédéric Gastard, arrangeur brillant, ils sont les artisans hautement éclairés, bâtisseurs de cette architecture hybride, délirante et sérieuse. Mais tous les musiciens sont absolument formidables, animés de ce (gros) grain de folie, nécessaire pour régler et dérégler à volonté l’ensemble. Ainsi, la musique de la Grande Campagnie arrive à développer simultanément la voix de chaque interprète tout en renforçant les élans collectifs. Irrésistible et intemporel, donc vivement recommandé  !

Sophie Chambon

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 07:53


LEO-FERRE-FACING-300-DPI3-250x226.jpgMarcel Kanche et I.Overdrive trio interprètent Léo Ferré « Et vint un mec d’outre saison » (Cristal Records)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je chante à côté. » Marcel Kanche assume totalement sa marginalité. Compositeur pour Bashung et M., Kanche fait sien le principe de Deleuze « Créer, c’est résister ». Guère étonnant donc de le retrouver aujourd’hui, l’ex-guitariste punk des années 70, dans le répertoire de Léo Ferré. Le jazz n’a jamais été loin de l’univers de Marcel Kanche : considérant que le jazz est « la seule musique libre à ce jour », ainsi qu’il nous le confiait en 2006, le chanteur invite un trio, I.Overdrive, qui s’était distingué par un hommage à Syd Barrett, un des membres fondateurs des Pink Floyd.  Un point commun avec Léo le libertaire qui ne cachait pas son admiration du groupe rock.

 

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CRÉDIT PHOTO -  Olivier Longuet

Qu’on ne se méprenne pas, le quartet constitué pour cet album dédié à Ferré –cet anarchiste décédé un 14 juillet (1993)-ne fait pas dans l’hommage respectueux.  « C’est une relecture. Nous avons trituré la musique de Ferré », précise aujourd’hui Marcel Kanche.  Et il le revendique : « Ferré est devenu un copain, ce n’est pas mon maître ». Le projet peut d’ailleurs compter sur l’aval de Marie, la veuve du poète, et de Matthieu, son fils. « Sans leur accord, cet album n’aurait pas vu le jour ».  Preuve de leur confiance, ils ont confié au chanteur un inédit « Le chemin d’enfer ».
Ces quatre-là – Marcel (voix, orgue, harmonium), Philippe Gordiani (guitares), Rémi Gaudillat (trompette, bugle), Bruno Tocanne (batterie) donnent à entendre toute la force décapante des textes de Ferré, dont les classiques « La solitude », « Tu penses à quoi ? », « C’est extra », « A mon enterrement », « La The Nana », « Ni Dieu Ni Maître ».  On retrouve la voix différente et authentique de l’auteur de « Vertiges des lenteurs », « Dog Songs » et « Vigiles de l’aube », trois albums traitant des errances de la vie, des tourments de l’amour, du poids des ans.  Le trio instrumental  lyonnais apporte une sonorité « énervée », aux accents parfois psychédéliques, avec un guitariste généreux dans les effets, un batteur ferme et un trompettiste qui évoque Lester Bowie.

Marcel-Klanche-Alhambra-HD.jpg

CRÉDIT PHOTO -  Olivier Longuet

Marcel Kanche ne voulait pas reprendre, en solo, au piano, le répertoire de Ferré : « j’avais l’impression de m’enfoncer dans une ornière boueuse ». Avec ses trois comparses, il nous emmène bien haut dans les sphères. Toute la poésie de Léo Ferré est là. Et l’esprit du jazz, indépendant, aussi. Ce n’est pas un hasard chez un fan de Carla Bley et compagnon de scène à New York d’un certain Don Cherry.  Pour citer Léo Ferré, dans « C’est extra » : » Ce jazz qui jazze dans le soir, c’est extra ».


 Jean-Louis Lemarchand

En concerts à La Source (38) le 25 octobre, Valence (84) le 22 novembre et Lyon (69) les 23 et 24 novembre.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 08:01

Antonin Tri Hoang ( as, clb), Pierre Perchaud (g), Leonardo Montana (p), Stephane Kerecki (cb), Anne Paceo (dm, vc)

 Laborie Jazz 2012

 anne-paceo.jpg

 Il est vraiment sympa ce nouvel album d'Anne Paceo dont elle a signé toutes les compositions. Dès les premières notes et avant qu'on ne lise toutes liners note, on a l'impression d'un voyage en Afrique. D'entendre certaines références aux polyrythmies pygmées. Mais lorsque l'on lit les mots d'Anne Paceo on comprend que c'est d'une autre voyage dont il s'agit, d'un autre exotisme, quelque part entre Rangoon et Bangkok d'où la batteur a ramené plusieurs souvenirs de voyage fortement imprimés dans ses souvenirs intimes. C'est dire combien il y a quelque chose de primal et d'universel dans la démarche d'Anne Paceo, de retour aux racines du rythme, au fleuve de la pulsation vitale.

 

 

 

Dans le premier temps de l'album il est alors question de couleurs et surtout de danses. Pierre Perchaud, à la guitare, jette des ponts entre l'occident et l'orient. Les mélodies se font tournoyantes ( Toutes les fées étaient là). La force d'Anne Paceo, de son écriture, de son jeu et de la belle complicité avec Stephane Kerecki est de nous entraîner dans le mouvement. Il y a  aussi beaucoup de sentiments dans ce qu'elle dit, beaucoup d'âme. Une âme parfois débordante, le coeur au bord des lèvres, comme la trace musicale de l'émotion itinérante d'Anne Paceo, comme un beau carnet de voyage. L'âme au bord des lèvres comme l'exprime si bien Pierre Perchaud sur When the sun rise. Autre trace de cette émotion ce morceau qu'elle chante, un Smile où la voix gracile de Paceo fait mouche.

Il y a ensuite comme un deuxième temps dans l'album, un avant Luléâ et un après  comme si le voyage se refermait peu à peu laissant place aux souvenirs en clair-obscur et disparaissant enfin avec une pointe de nostalgie.

Anne Paceo signe ainsi un album qu'elle a écrit comme une story-teller nous offrant ainsi un voyage pas immobile, mais au contraire un voyage virevoltant, flamboyant et au final très émouvant.

Jean-Marc Gelin

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 23:07

Laurent-DEHORS-_-Matthew-BOURNE---Chansons-d-amour-.jpg
Emouvance/ Harmonia mundi
Sortie en septembre 2012


En dépit de ce titre paradoxal et malicieusement trompeur, la musique de ce duo étrange autant qu’étranger n’a  strictement rien à voir avec le tube éponyme des années 60/70, au fredon persistant dans les mémoires collectives. Pourtant Dehors aime travailler sur les  transversalités, déjouer les musiques populaires. Après son essai transformé sur l’opéra, on pouvait penser qu’il allait détourner les chansons d’amour justement, ces belles mélodies connues, attachantes. Car, le populaire, il aime ça et il avoue volontiers que « l’amour est un truc qui m’emporte, me fait décoller, me fend le cœur ». Sur ce point, on est de tout cœur avec lui, d’ailleurs. Mais sachez que ce diable d’homme et ce formidable musicien n’est jamais où on l’attend. Et puis, il a signé avec Emouvance, ce label indépendant exigeant qui encourage des musiques qui ne sont ni jazz, ni rock, ni même des musiques trad, mais parfois un peu de tout ça, qui s’intéresse au trio de Chemirani, à Daunik Lazro, au doudouk  de Gaguik Mourakian, aux monodiques d’Araïk Bartikian , aux variations pianistiques sur Lennie Tristano. Consultez le catalogue du label sur son site, vous serez édifiés !
Je me souviens avoir entendu, pour la première fois, l’Anglais impassible Matthew Bourne sur la Grand place de Bruxelles avec le Trio Grande de Dehors, Debrulle et Massot. Surprise de l‘intensité tranquille de ce pianiste, avec quelques notes attrapées en vol, aussi saillantes que limpides. Avec Laurent Dehors, ils se tiennent sur le fil, étranges sont leurs échanges, parfois en phase, parfois décalés. La douce folie de l’un plaît à la démesure de l’autre ! « C’est vraiment quelqu’un qui, quand on est ensemble me met en état de vibration » dit Laurent Dehors de son complice. Chansons, chansons qui évoquent l’amour  mais sans paroles,  des pièces courtes en général, pas faciles, des formes ciselées qui tiennent compte de passages improvisés. Tout en creusant toujours plus avant le mystère de l’improvisation, entre opacité, stridence insupportable (« Scotch missed ») et transparence destructrice. Pour Dehors, au contact du pianiste qui sait dompter le silence, l’heure est venue d’un certain dépouillement. Il avoue changer au contact de son camarade de jeu dans les «  liner notes » constituées de l’entretien mené avec intelligence par JP Ricard. Chaque instrument se détache précisément, souffle ou son des cordes pincées, le pianiste jouant une note seule qui impulse la forme, dans une répétitive obsession ou cascadant allègrement dans un phrasé romantique. Tous deux arrivent à affiner le dosage de leur musique singulière et duelle, qui ne ressemble à aucune autre, qui semble dans l’espace, en suspens, se dressant en une fragile architecture minimaliste ; ils bâtissent cette suite en équilibre instable, état quasi impossible à obtenir entre les êtres,  dans ces chansons d’amour qui finissent mal en général. Chacun respire pleinement,  jamais étouffé par l’autre. On se laisse entraîner,  parfois, on n’y comprend rien, comme en amour mais le cœur bat plus vite  et c’est bien.
Sophie Chambon

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 07:53

Essentials

Sortie Europe  12 septembre

Label Catwalk 

www.catwalkjazz.com

Distribution CODAEX

 

 daniel.jpg

 

On n’a jamais entendu Marc Copland aussi ouvert et épanoui que dans ces Essentialsqui conjuguent un romantisme sombre, celui des standards sélectionnés, à une énergie lumineuse, celle des petites pièces intercalées, improvisées. A moins que ce ne soit l’inverse. Reste  perceptible l’empathie entre les deux musiciens qui se sont rencontrés  lors d’une résidence newyorkaise du contrebassiste suisse en 2010 .

Enregistré au Systems Two,  cet album intense et intimiste dans le projet et la configuration, déroule 17 titres  à l’enchaînement impeccable. Ils parviennent à faire rendre gorge aux classiques les plus intouchables comme ce « Things ain’t what they used to be » de Duke Ellington et y insufflent  un souffle actuel. L’entreprise était aussi séduisante que risquée, car choisir de reprendre des classiques comme  « Solar » de Miles , « Worksong » de Nat Adderley,  des ballades éternelles comme « Never let me go » ou « Yesterdays » nécessite talent et maîtrise.  Sens du mystère, suspens proprement hitchcockien, traduction en musique , un soupçon « Herrmannien ». Avec des titres moins attendus, l’entreprise aurait été moins périlleuse pour ce duo qui réussit un tour de force.  Relever de tels défis fait partie des règles du jazz : explorer le répertoire et en donner sa version, sans négliger pour autant de se lancer dans l’improvisation libre, la quintessence de cette musique,  en un constant dialogue, la contrebasse se mariant au piano, sobrement, en toute intelligence, avec un réel feeling.  D’évidence, ces deux là se sont trouvés et cette connivence superbe s’entend, tout simplement. Pas la moindre hésitation dans leur échange, le résultat est une musique fluide mais forte. Un pianiste à la personnalité forte, qui sait swinguer aussi dans « The Face of the Bass » ou « Solar », dont le phrasé se joue des pleins et déliés de la musique, toutes ces choses  lui valant une proximité évidente avec ses aînés. On ne se lasse pas de « The Meaning of the Blues » par exemple, le morceau le plus long de l’album, le plus emblématique peut être de cet art poétique du duo. Indéniablement, dans cet échange fort, le piano ne laisse pas longtemps s’installer le mystère car  la basse a parlé, sachant conserver sa place fondamentale. Exigence sans intransigeance. Tous deux veillent,  pleins d’une force fébrile, donnant toute leur mesure dans cet album classieux, au lyrisme retenu mais frémissant.

Un album à retenir !

Sophie Chambon

 

 

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 21:26

 

ACT 2012  ( dist. Harlunia Mundi)

Yaron Herman (p), Logan Richardson (as), Emile Parisien (ts,ss), Stéphane Kerecki (cb), Ziv Ravitz (dm)

yaron-herman.jpg

Je fais partie de ceux qui tiennent cet album pour une étape majeure dans l’œuvre que le pianiste Yaron Herman poursuit depuis quelques années d’abord chez Laborie puis maintenant chez ACT. Bien qu’il s’en défende et affirme que cet album est un autre visage de lui-même, un « Alter ego », il marque à mon avis un vrai tournant dans sa carrière de pianiste compositeur, arrangeur et surtout dirigeant ici d’un exceptionnel quintet.

On ne saura d’abord que se réjouir de ces retrouvailles entre le pianiste et le contrebassiste Stéphane Kerecki compagnon de longue route mais que le parcours discographique de l’un comme de l’autre avait un peu éloignés. Leur entente, ici appuyée par les trésors et les perles magiques de Ziv Ravitz en font ici un trio de très très haute volée. La pulse grave et le battement frémissant. Mais l’autre coup de génie de cet album est aussi d’avoir associé deux saxophonistes immenses : Emile Parisien d’une part, jeune prodige de Marciac qui phagocyte avec autant de gourmandise que de talent inouï la scène du jazz  ( avec entre autres Daniel Humair, avec Jean-Paul Céléa ou encore avec son propre quartet),  et le saxophoniste américain exilé depuis peu dans notre capitale, Logan Richardson dont nous suivons (depuis « Cerebral Flow », son premier album chez Fresh Sound) le parcours de très très haute classe.

 

Vrai tournant dans la carrière du pianiste qui met là ses compositions au service d’autres interprètes que lui. Qui offre avec générosité des plages d’improvisations superbes.

Dès l’ouverture avec Atlas et Axis on entre dans un univers très personnel du pianiste auquel on aurait bien du mal à rattacher un autre modèle qui l’aurait précédé. Et le fait qu’il ne s’expose pas seul ou en trio, n’empêche pas Yaron Herman, de livrer ici un de ses albums les plus personnels. Oubliées les références explicites à Keith Jarrett (elles sont implicites). Oubliées les reprises pops ( elles sont implicites aussi) mais en revanche bien présentes et prégnantes, les racines culturelles qui effleurent ( sur Hatikva ou encore sur ce thème de Gideon Klein sublimement arrangé) et enfin plus que jamais la passion pour un certain classicisme ( on pense à Debussy ou Fauré sur Your eyes par exemple).

Comme toujours avec Yaron Herman la musique est dense, ensorceleuse, faite du syncrétisme de tout ce que l’on vient de citer. Une musique à la fois intelligente et sensorielle et qui respire avec une certaine urgence à être ( Mojo) ou à exprimer une forme de dramaturgie intérieure ( Heart break through). Et puis il y a des fulgurances, celles notamment de l’expression du son de Logan Richardson se jouant de la défragmentation du tempo (Madeleine) et, chez le saxophoniste cette façon de chercher et de fouiller les harmonies justes, la phrase juste ( Kaos).

Il est des albums qui parce qu’ils ont leur propre existence relèvent presque d’une certaine forme de philosophe. Celle de Yaron Herman groove terriblement, emballe tout, fait danser et respirer et d’une certaine manière nous appelle à l’intelligence des sens.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 12:46

Patrois.jpgArts et Spectacles

Cavajazz

C'est depuis le premier album "Il sogno di Diego" de David Patrois, paru en 2007, que je suis régulièrement son " Trio  + 2 ". Le 10 septembre dernier est sorti  un second album sobrement intitulé "Live".
Le quintet de David Patrois est un "groupe", véritablement vrai, l'un des plus solides et soudés musicalement et humainement dans l'hexagone. Le genre de groupe que l'on va écouter pour jouir à l'envi d'une musique éclatante qui le caractérise.
Rodé à la ligne directrice chère au leader, le trio+2 est aujourd'hui  un groupe majeur du jazz français par son niveau de jouerie et ses qualités musicales, sa structuration originale : pas de basse ni de piano et une distribution des rôles éclairée. Trois musiciens " tiennent la baraque " - ce sont les musiciens du trio à l'origine de ce quintet - " et les deux derniers colorient les pièces " dixit Patrois himself.  Ainsi, le tromboniste et conquiste Sébastien Llado et le guitariste Pierre Durand déploient des horizons fertiles aux rythmes improbables, aux ambiances décalés, s'entremêlent, se jettent la pierre, jonglent avec les notes et les anecdotes. David Patrois les qualifient d'  " aliens " dans le groupe… mais des aliens sympas et venus en paix.
Et le trio quant à lui, composé de David Patrois aux vibraphone et marimba, Jean Charles Richard aux saxophones et Luc Isenmann à la batterie, déroule un parterre musclé et poétique, spatial (" Hal 9000 "), africain sans excès, parfois étrangement chaloupé (le reggae à sept temps) et tellement évident (" Freedom Jazz Dance "). Ces cinq musiciens ne font pas partie des " institutionnels du jazz français " - et c'est tant mieux - mais comptent parmi les meilleurs praticiens de leurs instruments en France ; ils aiment jouer ensemble et le font en concert et sur ce disque.
L'album "Live", paru chez Arts et Spectacles, a été gravé à l'occasion d'un concert " normal " à la Cavajazz à Viviers (Ardèche). Pas de méprise avec ce propos ! C'est un concert de haut niveau, celui d'un groupe soudé, expérimenté et avec des idées, comme il y en existe peu sur la durée. Mais cette performance enregistrée n'est pas hors du commun pour le groupe : elle est habituelle et c'est ca qui est bon ! Tant le niveau du groupe et sa musique atteignent des sommets de créativité.
Le but est ici de marquer une empreinte, le genre de trace qu'on veut laisser pour dévoiler l'évolution profitable qu'a suivie la musique du premier album... Costaud, le trio + 2 de David Patrois est une vraie valeur montante du jazz français.

JG

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 10:24

 

Fresh Sound New Talent 2012

Vincent Bourgeyx (p), Pierre Boussaguet (cb), André Cecarelli (dms)

 vincent-bourgeyx-hip.jpg

Dans une interview menée par son frère, Bill Evans disait qu’il est primordial de « libérer la conscience pour se concentrer sur le développement créatif spontané »[1]. C’est certainement ce choix qu’à fait le talentueux pianiste Vincent Bourgeyx, lui qui déclare préférer s’occuper de sa musique plutôt que de se soucier de sa médiatisation. C’est ainsi que d’album en album, Vincent Bourgeyx tisse son œuvre.

 

Pour son dernier disque « Hip », sorti en mai 2012 chez le label Fresh Sound New Talent, Vincent Bourgeyx s’est associé à deux solides musiciens : le batteur André Ceccarelli et le contrebassiste Pierre Boussaguet. La participation de Pierre Boussaguet était - dit le pianiste - l’aboutissement naturel de dix années de collaboration sur la scène parisienne, tant en duo qu’en trio. Avec André Cecarelli ce fut un « coup de foudre ». Réunis en studio pour l’enregistrement d’un disque de Frédéric Couderc, l’entente tant humaine que musicale a été instantanée.

 

L’album reflète l’image duelle que le pianiste a de lui-même : un artiste partagé entre tradition et modernité, attiré aussi bien par l’interprétation des standards que par l’écriture de compositions. Bien sûr, cela peut déplaire à une certaine orthodoxie du jazz qui aime et réclame « l’unité ». Mais diversité ne veut pas forcément dire hétérogénéité. Et c’est bien ainsi que le pari de Vincent Bourgeyx est relevé. Car sa « patte » se retrouve au fil des morceaux même si ces derniers semblent appartenir à des mondes différents.

 

Dans un incessant balancement qui n’est pas du qu’au swing, l’album oscille entre ces deux versants de la musique du pianiste. Les compositions aussi bien que les arrangements sont d’une beauté parfois époustouflante. L’opus démarre en force par une version puissante et créative de « Daahoud », un morceau de Clifford Brown. Celui-ci et la très monkienne composition « Shoes Now » croient déjà placer le pianiste dans la catégorie « post be-bop » ! mais les compositions suivantes « For Françoise », « Renaissance » et « Zig Zag » nous plongent dans un autre univers de Vincent : un univers classique, romantique, empreint des mélodies de la fin du XIXe – début du XXe ; un autre visage de lui-même, comme un paysage qui défilerait et montrerait les deux versants d’une même colline. « For Françoise » est un hommage, nostalgique et poétique, à la mémoire de Françoise Hougue, la professeur de piano classique de Vincent, qui, dit-il, lui a « tout appris » de son instrument. La magnifique composition « Renaissance » est un cadeau d’amitié fait à Pierre Boussaguet qui a l’honneur d’en jouer la mélodie. Kafka’s Nightmare et Blue Forest, deux autres remarquables créations, sont comme une île entre deux eaux, entremêlant indistinctement ces deux facettes du pianiste. A noter également : un arrangement frais et original de Prelude to a Kiss, qui illustre encore une fois les talents d’arrangeur de Vincent Bourgeyx[2]. Ce dernier à déjoué la tradition de la potion langoureuse généralement administrée à ce morceau pour le transformer en une joyeuse danse où piano et contrebasse se répondent « fugueusement ».

 

Vincent Bourgeyx fera parler de lui avec ce dernier album dont on peut tirer plusieurs « singles », si tant est que ce terme s’applique à un album de jazz. Des titres riches, travaillés, que le public appréciera à l’écoute de l’album et dès que le nouveau trio se retrouvera sur une scène, ce que l’on souhaite pour très bientôt. En attendant, Vincent Bourgeyx sera en tournée en Allemagne du 16 au 27 octobre avec le groupe du saxophoniste Ed Kroger.

 

Yaël Angel

Vincent-Bourgeyx-Trio-Hip.jpg 

Site internet de Vincent Bourgeyx : vincentbourgeyx.net
Vincent Bourgeyx sur Facebook : https://www.facebook.com/vincent.bourgeyx
Discographie chronologique de Vincent Bourgeyx (en tant que leader)

 

Introduction (2003 – Utica Records)

Un Ange qui Ricane (2007 – Cristal Records)

Again (2008 – Fresh Sound New Talent)

Hip (2012 – Fresh Sound New Talent)


[1] « Freeing the conscious to concentrate on spontaneous creative development ».

 

[2] Qui a d’ailleurs été missionné par le vocaliste Marc Thomas pour écrire les arrangements de son album « Shining Hours ».

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 22:44

IGLOO-ACT.jpgAct Big Band
Guests Joe Lovano and John Ruocco
1987
Igloo Jazz classics (Réédition 2012)

A l’occasion du vingtième anniversaire du label belge Igloo records, voilà deux rééditions bienvenues,  remixées et remastérisées qui combleront les amateurs nostalgiques des big bands et de la chanteuse Maurane à ses débuts. Le caractère commun  entre ces deux albums réside peut-être dans l’intemporalité de la musique qu’ils développent. On découvre la Maurane de ses débuts, constatant avec étonnement que peu de choses ont changé dans sa façon d’utiliser sa voix. Les musiciens qui l’accompagnent jouent des « chansons » adaptées en  jazz de chambre dont certaines sont devenues des succès populaires en Belgique. Quant au jazz de big band, il garde intact la fraîcheur d’une forme et d’un répertoire inscrits dans la tradition.
Commençons d‘abord par Extrêmes, un des quatre albums enregistrés entre 1980 et 1996 par un big band soudé, dirigé par le batteur Félix Simtaine  en compagnie du pianiste compositeur /arrangeur Michel Herr,  avec des guests stars comme les saxophonistes ténors Joe Lovano et John Ruocco .
Cet enregistrement de1986 est l’écrin de commandes passées à Francy Boland  « Omnitonic », Michel Herr (« Pentaprism », « Extremes »), Arnoult Massart (Re), Jean Warland (« Rough Business » et le formidable final « Rough Stuff »). On entend aussi un swing véritablement moderne dans cet « Easy Fucksong » du trompettiste /arrangeur Bert Joris. Beaucoup de talents réunis pour présenter un univers original, dans un joyeux brassage des âges et des cultures : à l’instar de l’ONJ en France, créé en 1986 à l’initiative de Jack Lang, on comprend que cette formation était des plus passionnantes à l’époque. Eh oui, il faut déjà se reporter à ce passé proche des années quatre vingt. Avec une pensée émue en entendant sur le deuxième thème « Omnitonic » le  talentueux violoniste Jean Pierre Catoul, disparu prématurément. On écoutera aussi les improvisations superbes de Lovano sur « Extremes » et « In a sentimental mood », John Ruocco intervenant sur  « Re ». La Belgique a encore de nos jours de beaux et grands formats, toute une génération prête à en découdre, malgré les difficultés de ce type d’entreprise, avec des musiciens qui savent faire de la musique en nombre, la liberté de chacun s’exprimant collectivement. A l’écoute de cet enregistrement, on mesure la richesse et la vitalité d’une forme d’expression qui n’a cessé de se renouveler, prolongeant avec bonheur un jazz majuscule.

IGLOO-HLM.jpgHLM
Houben Loos Maurane
1986.
Quant au deuxième album, HLM,  il nous fait découvrir le travail de deux duos indépendants  qui se regroupent en un trio Houben/ Loos/ Maurane, dans une dynamique qui fonctionne à merveille. Le pianiste Charles Loos est la pierre angulaire de ce trio de jazz de chambre, ayant travaillé avec la jeune chanteuse et avec le saxophoniste flûtiste Steve Houben (père du trompettiste Greg Houben). Assurément, Maurane demeure un mystère : devenue une vedette de variétés depuis, sans pouvoir nier son attachement au jazz, elle se défend cependant d’une réelle appartenance. Et pourtant, depuis ses débuts, elle n’a guère changé.  Quand on écoute par exemple « Overloos », une de ses compositions, en duo avec le pianiste, impossible de dater cette prise. Elle était déjà proche de Nougaro (« Morceau en forme de Nougarose »). Aujourd’hui, elle se sert toujours de sa voix comme d’un instrument mais au lieu de scater, comme dans « Potion magique » ou « Savapapapa », elle chante des textes originaux dans une variété « world ». 
A remarquer le bonus heureusement intégré (issu du LP Comptines) qui permet avec « Les Chevilles de Valéry » de terminer l’album sur un exemple d’accord parfait entre le rythme de Loos et la mélodie de Houben.
Sophie Chambon

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 07:26

 

En ces temps de rentrée, deux disques sortent à quelques jours d’intervalles, avec aux baguettes notre génial et helvétique batteur. Deux albums aux esthétiques totalement différentes et deux occasions d’y entendre le drive toujours incroyable de Daniel Humair.

 

 

NICOLAS FOLMER & DANIEL HUMAIR PROJECT : «  Light s»

Nicolas Folmer (tp), Alfio Origlio (p), Daniel Humair (dm), Laurent vernerey (cb)

Cristal Records 2012

 folmer-humair.jpg

 

Avec le trompettiste Nicolas Folmer ( l’album est sous son nom) , l’association née au travers de plusieurs concerts donnés au Duc des Lombards est assez surprenante. L’esthétique des deux musiciens est en effet assez éloignée l’une de l’autre même si au final il y a le goût du jazz et du swing comme commun dénominateur. Chacun y joue alors sur son propre terrain. Chacun dans une logique qui pourrait être propre au contraste fécond. En liaison des deux, un (trop rare) Alfio  Origlio remarquable y assume un rôle de pianiste de transition. Les compositions, apportées essentiellement par Folmer et Humair sont tirées de leurs précédents répertoires. C’est dire que cette rencontre n’a pas donné lieu à la création ex-nihilo d’un projet, ce qui, en soit est tout de même un peu dommage.

Cette rencontre-là qui suppose beaucoup d’écoute de la part de chacun des protagonistes, nous laisse un peu sur notre faim même si l’on sent bien que le quartet pourrait fusionner dans de beaux moments de groove ( sur Attrape-moi si tu peux, thème composé par Folmer pour un précédent album, où l’on sent que la machine pourrait bien s’envoler et nous embarquer).

Mais l’ensemble donne quand même l’impression d’une union un peu contre-nature de deux grands musiciens  chacun soucieux de définir avec beaucoup de respect pour l’autre un espace musical qu’ils doivent partager pour les besoins de la cause.

Sans chercher à surprendre, l’album reste agréable mais semble néanmoins très encadré sans jamais réellement sortir d’une sorte de round d’observation.

 

 

 

DANIEL HUMAIR QUARTET : «  Sweet & sour »

Emile Parisien (ss, ts), Vincent Peirani (acc), Jérôme Regard (cb), Daniel Humair (dm)

 daniel-humair-quartet.jpg

Rien d’équivalent en revanche avec le premier album du batteur pour le label Laborie Jazz.

Pour le coup marqué d’un vrai projet musical, d’une rencontre explosive entre 4 musiciens de très grand talent et surtout d’une énergie partagée que l’on sent capable de dynamiter toutes les frontières. Là où nous restions sur des sentiers très battus dans l’album du trompettiste nous sommes ici dans le large champ des possibles. Là où tout peut arriver. Où le blues prend des allures de free dans un esprit mutin que ne dédaignerait pas Ornette Coleman ( Care 4, Shubertauster). C’est foisonnant. L’invention est au bout de chaque note. Sous le drumming énergique et éblouissant de Daniel Humair et la pulse de Jérôme Regard, ça fourmille, ça change de rythme, ça accélère, ça ralentit comme sur des montagnes russes. Et les manèges ici enchantés (7A3) emportent le tourbillon et se dérèglent gentiment.

Emile Parisien, que l’on a le plaisir d’entendre aussi au ténor, crée avec Vincent Peirani   un véritable son et un univers à nul autre pareil. L’association soprano /accordéon est un coup de génie. La musique vit, vibre, vibrione d’une force tellurique irrésistible. Emile Parisien reste celui que l’on connait, torrentiel et fougueux, soucieux d’exploser les lignes. Il trouve en Vincent Peirani une réplique formidable. Rarement d’autres accordéonistes ont manié la science de l’improvisation avec autant d’esprit « free » dans le geste autant que dans l’intention, avec une science rare de l’harmonie « jazz ».

La rythmique est exceptionnelle. Là encore Humair, sensationnel. Au sens propre du terme. Au sens de celui qui éveille le sens par son drumming riche et toujours varié, jamais encadré, totalement libre. Il trouve avec Jérôme Regard  un partenaire à l’écoute. Il faut l’entendre sur un thème comme Schubertauster où le blues palpite, où le beat lent s’accélère.

Ce groupe qui avait fait le bonheur des spectateurs du Paris Jazz festival à Vincennes durant l’été (http://www.lesdnj.com/article-la-belle-ouverture-de-daniel-humair-106681107.html) nous revient avec cet album qui marque assurément la rentrée musicale. Ceux qui étaient au Parc Floral retrouverons assurément le charme et l’intensité de cette musique étonnante où l’invention le dispute à l’inventivité et où 4 grands musiciens, génies de l’improvisation se jettent à corps perdus dans la musique en général  et le jazz en particulier avec le même souci de cohérence. Jubilatoire

 

Jean-Marc Gelin

 

http://jazz.abeillemusique.com/CD/Jazz-Blues/LJ19/0810473014158/Laborie-Jazz/Daniel-Humair-Quartet/Sweet--Sour/cleart-61823.html

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