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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 08:54

Obliqsound 2011

Gretchen parlato (vc, perc), Taylor Eigsti (p), Derrick Hodge (cb), Kendrick Scott (dm), Dayna Stephens (g) vc), Alan Hampton (g, vc), Robert Glasper (fder)

 

GretchenParlato_TheLostAndFound.jpg 

Avis partagé sur le dernier album de Gretchen Parlato.

Au chapitre de ce que l'on aime, il y a assurément cette fausse fragilité de la chanteuse, cette indicible fêlure, frêle esquisse de filet de voix. Mais avec un énorme background musical et un placement vocal exceptionnel. Il y a chez la chanteuse quelque chose qui la rapproche de Wayne Shorter. Des évanescences subtiles. Pas étonnant d’ailleurs que Herbie Hancock la porte aux nues. Pas étonnant non plus de la voir reprendre régulièrement des thèmes issus du répertoire de Shorter (ici Juju, dans le précédent album, ESP). Lorsque l'on entend la chanteuse reprendre du Simply Red, comme ce Holding back the years, il se passe assurément quelque chose. La chanteuse cherche en effet une musicalité bien au-delà de la simple mélodie pour faire résonner les accords autrement comme sur Better Than ou sur Circling où la chanteuse semble se moquer du tempo pour créer son propre espace. Éloge de la lenteur. Et en ce sens c'est effectivement une vraie chanteuse musicienne. Une de ces chanteuses qui ressens le feeling de la musique.Ce qui est aussi le cas dans sa version de Blue In Green .


La voix est importante, le texte  l’est du coup beaucoup moins.

Au point que ( et c’est à ranger au chapitre que l’on aime moins) l'on peut être parfois agacés de l'entendre susurrer jusqu'à l'inaudible, des mots parfois à peine prononcés, comme des esquisses de souffle. Ce qui ne manque pas de donner un petit côté précieux à la chanteuse qui semble se donner l’air de ne pas vouloir trop y toucher. Les arrangements signés Robert Glasper lui rendent le meilleur mais aussi parfois le pire. Dans le pire il y a ce côté lounge hyper marketé pour club branché à l’heure de l’after dans un décor hyper moderne au  look fluo chic. Ça sent un peu le cocktail pour jeune BCG du côté du 8ème arrondissement de Paris….( ex sur In a dream remixou sur All That I can). Peut-être cela tient il au fait que la chanteuse semble peu communiquer avec les musiciens, à la différence de ce qu’elle faisait dans son précédent album où l’apport de Lionel Loueke était essentiel.

Il faut certainement entendre la chanteuse en live pour se rendre compte de ce qu’elle est vraiment et peut être se faire une opinion plus tranchée. Ceux qui étaient au New Morning la semaine dernière en sont en tous cas ressortis éblouis par la chanteuse. C’est bien la preuve…..

Jean-Marc Gelin

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 08:38

Prova records 2011

liebman-BJO.jpg

 

 Le Brussels Jazz Orchestra même sans Bert Joris, ça reste le BJO ! Un de ces big band magnifique à la dimension du feu Vienna, du Metropol ou encore du NDR. Un de ces big band de très grande classe où règnent les soufflants ( dans une facture classique avec une section de 6 saxs, 4 trompettes et 4 trombones). De quoi offrir à Dave Liebman une mécanique bien huilée, comme une sorte de piste de lancement de luxe. Imaginez que Dave Liebman soit un champion de la course automobile genre Michael Shumacher. Imaginez que le Brussel jazz Orchestra soit une sorte de Ferrari luxueuse et puissante. Imaginez aussi qu’un dessinateur de génie ait tracé une route superbe, dégagée de tout obstacle et vous aurez une idée à peu près précise de cet enregistrement public réalisé en 2006 en Belgique.

Le BJO et Dave Liebman s’étaient rencontrés 3 ans auparavant. Rencontre entre pros. Peu de répétition. Liebman qui arrive un jour avant un concert et trouve avec cet orchestre des musiciens d’un niveau incroyable, immédiatement au top. De quoi susciter de poursuivre l’aventure à partir des compositions du saxophoniste.

Et ce qui frappe d'emblée dans cet exercice « live » c'est que la puissance de l'orchestre rivalise avec l'incroyable puissance de Liebmann, véritable force de la nature. Au point que l'on ne sait plus qui de la guest star ou du large ensemble est le moteur de l'autre.  L’engagement  de Dave Liebman semble ainsi tirer à lui seul le big band, le galvaniser. De quoi donner des ailes aux différents solistes comme  Franck Vaganée littéralement dynamité à l’alto ou un Pierre Drevet étincelant à la trompette. Le tout dans une veine très Ellingtonienne ( pas un hasard si l’album s’achève d’ailleurs sur un superbe In a sentimental mood). Le début de l’album est pourtant assez académique avec des arrangements assez classiques. Mais rapidement on entre dans les choses sérieuses avec un MD, une des toutes premières compositions de Liebman enregistrée en 75 dans l’album « Lookout Farm » ( ECM) ou encore Papoose tiré de l’album que Dave Liebman avait consacré à sa fille ( « Songs for my daughter »). Morceau majeur de cette rencontre un Portrait of Dorian gray aux couleurs plus sombres, aux harmonies plus complexes et enfin un Move on some dans la pure tradition des Big Band lancé à donf’. Arrangements de luxe ( Georges Grunz, Chuck Owen, Bill Dobins, Tom Boras, JC Sanford, Ed Summerlin) et dirigé de main de maître par Franck Vaganée qui parvient à maintenir ce triple équilibre entre Dave Liebman, la masse orchestrale du big band et l’émergence de ces formidables solistes.

 

70 minutes de pure plaisir. 70 minutes où Dave Liebman serpente parmi les 18 musiciens, à la fois au devant et moteur de ce formidable orchestre. Galvanisant !

Jean-marc Gelin

 

 

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:36

 

CamJazz - 2011

Giovanni Guidi (pn), Gianluca Petrella (tb), Michael Blake (ten sx), Thomas Morgan (cb), Gerald Cleaver (dr)

 guidi.jpg

Encore inconnu du grand public, le jeune pianiste italien Giovanni Guidi nous donne une nouvelle fois l’occasion d’aller à la rencontre de sa Musique, marquée par une sagesse fortement précoce. A la première écoute, « We Don’t Live Here Anymore » est un disque que l’on pourrait croire revendicateur d’une certaine liberté de créer. En effet, il faudra quelques instants pour se soumettre à l’idée qu’il n’est autre qu’un noble manifeste pour une esthétique libérée des carcans populaires, orientée vers la Musique contemporaine et dénudée de toute convenance. Le mariage des soufflants s’opère d’une élégante manière grâce au talent incommensurable du tromboniste Gianluca Petrella et du saxophoniste Michael Blake, tous deux habitués à ce genre de contexte artistique, libérés de toutes les contraintes du politiquement correct. Leurs improvisations résonnent en nous de façon orgasmique. Aussi, les magnifiques compositions, finement arrangées, donnent la réplique à une économie de jeu relativement équivoque, comme cette douceur expectative dans Dess ou bien dans She Could Tell They Were Friends. Cette soi-disant langueur est mise en opposition à des furies démoniaques passagères (Furious Seasons, Disturbing The Peace), où la paire des musiciens rythmiques occupent un rôle majeur en la personne de Thomas Morgan à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie. Par ailleurs, le côté dramatique de certaines compositions acquiert une immense sincérité lorsqu’il s’allie aux redoutables ostinatos empli de frénésie ravageuse, comme par exemple dans Overnight Revolution. Quel dommage que le mastering fut bâclé, le niveau général du volume sonore étant largement en dessous de ce que l’on peut attendre d’un disque issu d’un tel quintet. Malgré cela, ce projet musical est habité par la filiation avec l’esthétique musicale d’Ornette Coleman et de tous ses innombrables descendants. Avec un certain désordre en moins, ce qui manquera peut être. Mais il va sans dire qu’avec une telle créativité, cette folle, douce et lente révolution ne restera pas sans suite pour ce remarquable pianiste.

Tristan Loriaut

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 08:08

Blue Note 20100

Ambrose Akinmusire (tp), Walter Smith III  (ts), Gerald Clayton (p), Jason Moran (p), Harish Ravanagh (cb), Justin Brown (dm)

ambrose-akinmusire-when-the-heart-emerges-glistening.jpg

 


Choc total pour ce nouvel album du trompettiste Ambrose Akinmusire.

Pour son deuxième album seulement,  le jeune trompettiste d'Oakland qui, hier à peine était auréolé du concours Thelonious Monk, signe déjà sur le prestigieux label Blue Note en s'offrant le luxe de pouvoir au passage emmener avec lui la bande de ses fidèles copains, ce formidable groupe avec qui il joue depuis plus de 5 ans.

Et si Blue Note les a tous pris pour ce premier album, co-produit par Jason Moran c'est qu'il y a dans ce groupe totalement fusionnel, une somme de talents incroyable qui en fait déjà l'une des références incontournable du jazz d'aujourd'hui. Car peu de groupes  en effet parviennent  à élever leur jeu à un tel niveau.  Et je risque de faire rugir les gardiens du temple en affirmant que le quintet d'Ambrose Akinmusire atteindra dans peu de temps le statut de groupe mythique, à la dimension d'un groupe comme le quartet de Wayne Shorter. La comparaison est osée. Je l'ose.

Car cet album est pour moi l'une des révélations de l'année. Les musiciens y sont tous excellents sans exception, indissociablement excellents. L'écriture du trompettiste qui signe toutes les compositions (à l'exception d'un standard) est d'une rare force et d'une sublime intelligence. Enfin et surtout cet album rayonne du feu sacré de son leader dont la trompette porte en elle toute la sensibilité du monde. Dans ce jazz très moderne, Ambrose Akinmusire porte abec lui toutes ses références. Dans ses bagages il y a du Freddie Hubbard parfois, du Booker Little dont il revendique l'empreinte et parfois même certains trompettistes de la Côte Ouest comme Candoli ou Jack Sheldon lorsqu'il s'amuse à reprendre un standard comme What New. La variété de son jeu traduit surtout un feeling du discours, une sensibilité a fleur de peau, une âme transperçant les notes. Techniquement c'est très fort. Ambrose peut tout faire avec la trompette, des longues tenues de notes bouleversantes, des trilles sauvages, des chaleurs cuivrées. Jamais exubérant. Toujours dans la justesse du propos. A la fois joueur et interprète d'un musique soulful. Presque chanteur en somme. Il faut l'écouter dans ce duo avec le pianiste Gerald Clayton sur Regrets pour comprendre la dramaturgie du trompettiste.

Ses compositions en clair-obscures sont intenses. Le jeu d'Ambrose est poignant.

Et cette intensité, cette force du jeu est collective. Entendre comment dans l'économie de notes, ce groupe prend âme sur Tear stained suicide manifesto ou encore sur With love où les harmonies et les contre chants se chevauchent, portés par la dynamique incroyable insufflée par Justin Brown, batteur absolument exceptionnel qui trouve avec Harish Ravanagh un socle hallucinant. Il faut entendre ces deux-là sur Far but few between pour comprendre de quelle interaction inouïe on parle.

Il y a dans le jazz de vrais moments de grâce. Où le leader et le groupe font corps. Ce corps qui permet en retour au principal acteur d'émerger. C'est ici le coeur d'Ambrose Akinmusire qui émerge, scintillant et débordant d'amour.

Jean-Marc Gelin

 

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 16:12

Don-t-touch-it-Benoit-Paillard

Label Durance

Voilà encore un disque surprenant que sort Label Durance situé à Château Arnoux, dans les belles Alpes de Haute Provence. Don’t touch it nous fait découvrir un pianiste singulier singulièrement méconnu, au sein d’un vrai trio jazz. Il serait dommage en effet de passer plus longtemps à côté de « ce pianiste clair et original dans son discours », comme le souligne Martial Solal. Etre ainsi adoubé par l’un des maîtres du genre, des plus rigoureusement exigeants, n’est pas un mince compliment. Aussi est-il vivement recommandé de savourer cette musique qui coule entre les doigts de Benoît Paillard, musicien de jazz respectant la tradition, sans être rétrograde pour autant. Son phrasé limpide, délié, clairement déclaré, ne déstructure pas les mélodies qu’il reprend de Kenny Werner, Kenny Kirkland, le tube de Gainsbourg « Le poinçonneur des lilas », ou le «Lonely Woman» d’Horace Silver. Il en fait tout simplement autre chose avec ses complices, la rencontre reflètant trois voix qui savent chanter et construire un discours éloquent. Le jeu de Benoît Paillard réconcilie diverses époques et styles du jazz et du blues, et l’amateur s’y sentira un peu chez soi. C’est peut-être ce que l’on remarque d’entrée, cette immédiate complicité avec la mélodie, la joyeuse simplicité du rythme, la tendresse des ballades. Sam Favreau qui compose deux titres (on aime particulièrement « Cécile ») se révèle un contrebassiste délicat sans être minimaliste, maintenant le tempo, lançant des ponctuations décisives, tout en s’arrimant à la pulsation du batteur. Cédric Bec, à la fois vif d’attaque et tout en nuances, très complice avec Simon Tailleu, a trouvé en Sam Favreau un autre partenaire de choix. L’un des atouts de ce trio est en effet sa rythmique souple, efficace, soyeuse comme sur la fin de la reprise du « Poinçonneur des lilas ». Avec une confondante aisance, de climats éclatants à d’autres plus feutrés, les musiciens ont réussi à exprimer un raffinement qui n’est pas incompatible avec une certaine idée du jazz. Comme en témoignent ces versions revisitées de « Lonely Woman » et de « The Song is you » (Jérôme Kern) qui referment un bien bel album.

Sophie Chambon

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 23:55

quinte-et-sesn-copeaux.jpg
Mad Recordz - 2009

 

Xavier Bornens (tp), Olivier Py(sax), Claide Whipple (g), François Fuchs (cb), Aidje Tafial (dr)

C'est un peu honteux de n'avoir pas recenser  Copeaux  sa sortie en 2009. Car ce nouvel opus de Quinte et Sens, le groupe du guitariste Claude Whipple fondé en 196, est purement excellent. Tous simplement.
Le 07 octobre 2009, jour du concert de la sortie du disque, nous étions au Studio de l'Ermitage à Paris où Claude Whipple avait remercié Renée, la propriétaire d'une ancienne menuiserie appelée "Les Copeaux", qui servait de lieu de répétition à Quinte et Sens et d'atelier de découpage d'une fresque de 16 mètres carré en 1024 morceaux de métal qui finirent par faire partie intégrante du packaging cd; l'ensemble pesant 350 grammes... Voilà le genre de clin d'oeil humoristique auquel il faut s'attendre avec Claude Whipple et sa musique.
Or, longtemps après avoir laissé trainer Copeaux dans une pile de cds interminable, tout en nous rappelant quotidiennement ô combien ce cd nous plait et qu'il faut en parler sur les DNJ, je finis par l'extirper de la dite pile pour déposer sa galette sur ma platine. C'etait la semaine dernière. Et le verdict fût plus que fatidique: le thème de "Sur un radeau" se rappela à notre excellent souvenir, comme celui d'un morceau que jl'on a toujours connu. On s'interroge alors très justement à son sujet :"qui a écrit ça?". Tiens, Whipple. Ce n'est donc pas un standard! ou une reprise. Bon… (la honte m'assaille).
Et c'est pareil pour le reste: la suite orientale "Arena" explose à nos oreilles, les morceaux à tiroirs comme "Suite en "n" parties" nous rappelle les moments zappaiens de notre adolescence, qui se prolongent encore et toujours en partie grâce à Whipple. Sur cet opus, on y entend: du King Crimson, du Grateful Dead, des orchestrations à la Zappa, une ambiance rock à la Rita Mitsouko, Freddie Hubbard en la trompette de Xavier Bornens, du jazz et du rock solides et très bien écrits, des improvisations renversantes d'Olivier Py, des soli de guitare rares mais enlevés - du genre guitar-hero et parfois essayistes - transitoires aux changements de tempi, des mélodies dirty ou gracieusement effilochés, une idée nouvelle à la minute, des sonorités riches et inavouables...
Bref, un univers très riche, vibrant, enjoué, drôle et unique qu'il faut découvrir.

 

Jérôme GRANSAC

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 22:10

 

Columbia 1972-1979

Coffret de 7 Cd’s

stan getz
 

A la veille de célébrer les 20 ans de la disparition de Stan Getz en juin, Sony Music a la bonne idée de rééditer, dans un coffret de 7 Cd’s, l’intégrale des enregistrements réalisés par le saxophoniste entre 1972 et 1979 pour le compte de Columbia. 7 années de parenthèses où la grande maison chercha, dans la folie de la fusion éthérée du jazz et du rock qui secouait la scène du jazz à l’époque, à remettre le pied à l’étrier de celui que l’on surnomme «  The Sound », le plus fidèle héritier de Lester Young. Sans doute les arrières pensées commerciales n’étaient elles pas absentes dans ce souhait d’utiliser le filon «Getz », jazzman universellement populaire tout en le mettant à un goût du jour plus jeune et plus moderne.

Alors que l‘esthétique dominante était en effet électrique avec Miles Davis, avec Return To Forever, avec Weather Report ou encore John Mc Laughin, le pari de ce come back était risqué tant la musique de Getz semblait éloigné de cette esthétique. C’était sans compter sur le fait que la génie de Stan Getz le rendait capable de jouer à peu près tout ce qu’on lui proposait avec un lyrisme qui pouvait topt transcender, tout magnifier. Sans s’approprier tout à fait les codes de ces musiques modernes, le jeu et la sonorité de Stan Getz, ce grain au velours sensuel pouvait à lui seul mettre dans le (son) rang toute les formes musicales plus ou moins proches du jazz. Il y a du caméléon chez Getz tant le saxophoniste semble en effet incarner à lui seul l’instrument, le sax ténor.

 

Et le premier de ces enregistrements est d’emblée un coup gagnant (quoiqu’éphémère) avec ce « Captain marvel », groupe constitué avec l’ossature de Return To Forever. Parenthèse pour son meneur, Chick Corea qui ne poursuivra pas loin l’aventure mais expérience superbe où le saxophoniste s’approprie les nappes sonores du clavier et de la rythmique surexpressive menée par Tony Williams.  Entre jazz-rock et thèmes hispanisants (The Fiesta), Getz semble être là comme dans son jardin. La sensualité de son verbe est exhalée. Mais malheureusement l’expérience ne sera pas prolongée très longtemps, le pianiste préférant poursuivre son chemin autrement.

Pourquoi ne pas alors utiliser les bonnes vieilles recettes. Puisque la piste du jazz fusion semble se dérober, Getz, poussé en cela par sa maison de disque décide de ré-ouvrir, 3 ans après cette expérience, la page de la Bossa-Nova qui fut l’une de ses plus fructueuses (auprès du grand public s’entend). Retrouvailles donc avec Joao Gilberto. Mais retrouvailles un peu réchauffées dans lesquelles Getz aurait pu se perdre dans l’inévitable exploitation du filon «  grand public ». La magie opère quand même mais on pourrait s’enfermer dans un easy listening un peu trop marketé si Getz justement ne restait vigilant à éclairer de sa magic touch, toutes ses interventions. On est en 1975.

La même année se produit, toujours en studio une rencontre sublime, celle avec le pianiste Jimmy Rowles. Langage et histoire totalement partagés. A 57 ans le pianiste, digne héritier de Teddy Wilson et de Hank Jones apporte une grande fraîcheur dans la lecture du jeu de Stan Getz et leur complicité est évidente. Un peu de celle que l’on retrouvera plus tard entre Getz et Kenny Barron.  Stan Getz et Jimmy Rowles restent tous les deux sur leur terrain, celui des standards magnifiés (avec notamment un Body and Soul renversant) et ajoutent une composition absolument sublimissime de Jimmy Rowles, The Peacocks. On aurait pu allègrement se passer en revanche des interventions vocales de John Hendricks qui vient pousser quelques refrains pas toujours essentiels et parfois même très évitables comme cette version de Rose Marie d’opérette qui vient un peu gâcher l’esprit de ce magnifique album.

Quelques jours auparavant Stan Getz était entré en studio pour graver un autre album avec 4 titres et un autre pianiste, Albert Dailey.

Le reste du coffret est plus anecdotique et moins plaisant. Ca se gâte un peu et cela donne un peu l’impression de quelques errances. En 1977, « Another World » album signé avec le pianiste américain un peu oublié, Andy Laverne se réessaie parfois à l’électrique. Getz y bidouille les effets de type « delay ». L’année suivante c’est un grand orchestre que rencontre le saxophoniste sous la baguette du célèbre compositeur argentin d’Hollywood Lalo Schiffrin. Si certaines de ses compositions continuent de faire mouche, d’autres en revanche qui ne sont pas de sa plume, vieillissent mal comme cette version de Don’t cry for me argentina ( composé par  Andrew Llyod Weber pour Eva Peron) qui à l’époque pouvait peut être trouver pour le compositeur Argentin, un écho politique mais qui n’a plus guère de résonnance aujourd’hui.

Dernière pierre à cet édifice, un enregistrement de 1979 beaucoup plus anodin réalisé par Stan Getz en Hollande sous l’égide d’un jeune compositeur de 27 ans, Jurre Haanstra qui débutait alors une carrière de compositeur de musique de film. Une orchestration d’assez mauvais goût qui évoque les orchestres à cordes  rend l’album très très moyen, voire kitchissime. Sauf que là, comme toujours Getz trouve le moyen de se créer ses espaces qui sont toujours l’occasion de quelques enveloppées sublimes de Stan Getz.

 

Et c’est bien là la magie et la force de Stan Getz, celle de réunir autant les afficionados et autres Getzophiles (dont je fais partie) que les néophytes, ceux qui ne connaissent pas vraiment le jazz et à qui, lorsqu’ils demandent «  qu’est ce que tu peux me faire écouter pour découvrir le jazz » on passe toujours du Stan Getz parce que l’on est sûr de rallier les suffrages universels, de faire l’unanimité, de mettre dans le mille. Car avec Getz même avec le plus kitsh des écrins :  tu meurs toujours. Le son te fait mourir comme s’il s’agissait de la projection de la voix et du sentiment incarné. Le « verbe » en quelque sorte. Le lyrisme de Stan Getz s’enveloppe de ce grain de son, de ce « palpable » émoi, de cette suavité à faire tomber les femmes jeunes et moins jeunes, à faire aimer ou pleurer. C’est ce qui rend le saxophone ténor de Stan Getz auquel il est resté fidèle, indispensable à l’histoire du jazz. Magnifiant les plus belles mélodies. Et même les moins belles.

 

Et quoique l’on en dise, ce coffret aura le mérite d’en apporter une belle démonstration. Quel qu’en soit le contexte. Quels que soient les mondes de Stan Getz.

Jean-marc Gelin

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 20:47

“Hymne à la nuit”

La Buissonne 2011

 

 

Au départ il y a l’envie de monter un projet avec Pierre Cao en rassemblant trois univers totalement différents : celui du trio Cholet-Kanzig-Papaux (dont les DNJ ont souvent fait les louanges - link), celui de la chanteuse Elise Caron et enfin celui de la chorale Arsys Bourgogne dirigée par Pierre Cao

Jean-Christophe-Cholet-Hymne-A-La-Nuit.jpgPour fédérer ces trois bases à la personnalité musicale totalement différente, Jean-Christophe Cholet a choisi de créer son projet autour du thème de la nuit et des textes sublimes de Novalis (1772-1801, ses Hymnes à La Nuit) et ceux du célèbre poète autrichien Rainer Maria Rilke (1875-1926, Poèmes à la Nuit).

Le piège que le pianiste- compositeur parvient admirablement à éviter, aurait été de tomber dans une ténébreuse crépuscularitè à laquelle le thème invite forcement. C'est plutôt une atmosphère fantomatique qui est ici dessinée. Un clair-obscur entre la masse orchestrale du choeur et la voix envoûtante d'Elise Caron qui porte admirablement le texte. Y adjoindre un trio avec basse et batterie est un vrai défi qui ne fonctionne pas toujours. Il faut ainsi entendre comment sur Equinoxe, Marcel Papaux y doit déployer de vraies prouesses pour apporter un drumming tout en finesse sur la densité orchestrale. Tour de force qui ne va pas réellement de soi et qui semble épuisant.

De même que l'utilisation des choeurs qui est souvent mise en avant plus pour sa sonorité qu'en tant que porteuse d'harmonies distinctes. Mais l'osmose opère parfois et contribue à nous plonger dans un univers aux contours mystérieux.

L'oeuvre est d'une grande exigence musicale, très complexe par ses atonalités et sa logique harmonique. Il faut alors être parfaite lectrice pour se l'approprier ainsi que le fait Elise Caron.

Cette commande d'Etat est certainement conçue pour faire l'objet d'une représentation publique dans un format "concertant". Le passage en studio est plus délicat dans la gestion des équilibres et c'est un nouveau tour de force qui émerge, celui de Gerard de Haro dont on se dit que le travail de prise de son n'a pas du être des plus aisé.

Charme certain. Certain charme que cet onirique voyage dans le monde de la nuit flirtant entre jazz, musique contemporaine et classique. Prise de risque totale. Intéressante audace musicale.

Jean-marc Gelin 

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 21:40

Aphrodite Records - 2011

Sylvain Del Campo (alto sx), Manu Codjia (gt), Juan Sébastien Jimenez (cb), Matthieu Chazarenc (dr)

sylvain-del-campo-isotrope.jpg 

L’expressivité devenue légendaire du langage musical du saxophoniste Sylvain Del Campo nous est offerte pour la quatrième fois dans un disque submergé de passion pour un Jazz résolument moderne.

« Isotrope » commence par une ambiance étrange, alliée à un thème efficace donnant son titre au nom de l’album, sous forme de clin d’œil aux grandes années de Joe Henderson. Après deux premières compositions plutôt Bop, c’est par une joute arabisante que ce poursuit l’album, une légère évocation de l’univers musical oriental, Marrakech Express. Toujours sous la forme très contemporaine d’un Jazz immortel, chaque thème se découvre un point commun, une sinusoïdale mélodique toujours emplie de cohérence, parfois se divisant pour faire mieux régner un savant contrepoint. Comme toujours, la sonorité extrêmement travaillée de la guitare de Manu Codjia ne dénature en rien l’acidité de son phrasé ravageur, et surtout, la redoutable notion de groove qui émane de chacune de ses notes. Un pur régal. A noter aussi la formidable association des deux rythmiciens qui encadre les deux solistes. Une association sans équivoque, sans concession, et en permanence au service du swing et de la créativité des autres. Le Blues est là aussi, présent dans chaque recoin, prêt à surgir, comme en témoigne ce flagrant Blues mineur, Miss Hind. Ce groupe véritablement ancré dans la grande lignée des quartets guitare-sax se révèle être porteur d’un travail acharné de son créateur, et un goût incommensurable pour le choix de ses acteurs. Difficile de trouver de quoi être déçu, tant l’esthétisme et la précision du phrasé improvisé de Sylvain Del Campo nous rappelle celle d’un Kenny Garrett des grandes heures, c’est-à-dire aux portes d’une réelle maturité de jeu. Folie démesurée d’un artiste hors-norme.

Tristan Loriaut

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 21:31

Cristal Records / Harmonia Mundi Distribution - 2011

Denise King (vc), Olivier Hutman (pn), Olivier Temime (ten sx), Darryl Hall (cb), Steve Williams (dr)

 

denise-king-olivier-hutman-no-tricks.jpg

 

Issu d’une collaboration sans faille, l’album « No tricks » est le nouvel album de la surprenante diva américaine Denise King aux côtés du pianiste français Olivier Hutman. Réunis autour de quelques standards incontournables allant de That Old Black Magic à September Song, en passant par Nuages et All Blues, ou bien encore Besame Mucho, c’est à la fois sur des compositions originales du pianiste que les musiciens de ce quintet magique évoluent avec passion. On reconnaitra d’ailleurs la touche subtile de l’arrangeur, teintée de Blues chaloupé, de Soul régénératrice et surtout de Jazz indémodable. Et comment oublier la présence si importante de musiciens tels que Darryl Hall à la contrebasse, Steve Williams à la batterie et Olivier Temime au saxophone ténor. Sans leur savoureux concours, rien ne serait évidemment possible tellement la justesse de leur soutien transparait sur chacun des titres. Il faut dire que ce soutien met en valeur la chaleureuse voix de Denise King, toujours au summum d’une sensualité de tous les instants. Et cela sans faire d’ombre à la réplique donnée par Olivier Hutman, qui use d’un phrasé improvisé toujours aussi lyrique qu’inventif. Il s’agit là bien sûr du talent d’un savoir-faire inépuisable qui respire tout au long de ce disque empli de clins d’œil aux traditions du Jazz. De véritables esthètes. En témoigne aussi les jolis clichés de la ville de Philadelphie arborant l’album et sa pochette, qui n’est pas non plus sans rappeler l’éternelle origine urbaine de ce style de Musique. Par ailleurs, la courte durée de chaque morceau implique le bon goût d’un swing incommensurable que ce format impose. Après une telle expérience sonore, il est évidemment permis de se demander si un autre fruit de cette productive collaboration verra le jour.

Tristan Loriaut

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