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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 04:27

  A l'occasion de la distribution numérique de ce cd, nous avons choisi de publier à nouveau cette recension de Jean-Marc Gelin.

 

Pochette_CD.jpgLes Disques de Lily 2010 

Sébastien Llado (tb), Leila Olivesi (p), Bruno Shorp (cb), Julie Saury (dm)

Dans une figure de style commode, un peu fourre-tout, on parle souvent de « l’album de la maturité » lorsque l’on croit pouvoir déceler un truc un peu sérieux qu’il faut bien reconnaître, on avait pas saisit auparavant. L’album de Sébastien Llado ne devrait pas échapper à ce genre de cliché pourtant bien réel en l’occurrence. Car il s’agit bien ici de la révélation d’un musicien que l’on croyait connaître et qui nous prend ici totalement à contre-pied. C’est normal, Sébastien est insaisissable. Touche à tout. Il va vite, parfois trop vite pour nous. On le croise souvent, sur les scènes, dans les clubs, dans toutes les instances représentatives du jazz. Impossible de ne pas succomber à son sourire charmeur, à son humour décapant (les chiens ne font pas des chats….) Jusqu’au point de l‘avoir rangé sans discernement dans la catégorie des sidemen sympas, des touche-à-tout à tendance trublionne affirmée.

Fort heureusement la publication de ce concert « live » au Sunside, premier exemplaire du nouveau label «  Les Disques de Lily » ( label nouveau-né de Jérôme Gransac que les lecteurs des DNJ connaissent bien), cette publication disais-je, devrait remettre les choses à leur place : Sébastien LLado est sérieusement un musicien pas sérieux doublé d’un tromboniste exceptionnel et triplé d’un compositeur de grand talent. On le situe d’emblée dans la lignée d’un Steve Turre ( dont il affirme d’ailleurs la paternité), dans le feeling d’un JJ Johnson ou dans le funk d’un Fred Wesley. Sans se la raconter le moins du monde, Sébastien Llado affirme pourtant toute l’étendue de sa sensibilité musicale. Un peu comme s’il était tombé dedans tout petit. Il joue avec un naturel déconcertant du growl, des glissandos, ou des feeling funky ( un Billie Jean de Michael Jackson en ouverture pour faire chauffer la salle !). S’assume en grand ordonnateur d’un fort beau quartet, distribue les rôles, et offre au passage à Leila Olivesi ( alors enceinte de 8 mois) l’une de ses plus belles prestations empreinte d’une étrange sérénité dont elle imprime la marque. Le tromboniste que l’on savait entouré hier de filles de grand talent peut compter sur le drive sans faille de Julie Saury ( complice de longue date) et, dérogeant pour l’occasion à son gynécée, sur un Bruno Schorp remarquable de gravité et de précision métronomique dans l’assurance du swing. Les compositions de Llado se suivent, ne se ressemblent pas, éveillent les sens et ouvrent des horizons très personnels. Ces horizons sont parfois poétiques comme ces bien nommés Elans vers la luneaux contours harmoniques très riches. Ces horizons sont aussi des lignes de feu comme sur ces Dernières Danses, morceau porté par une belle intro piano- contrebasse rejoint ensuite par Julie Saury et enfin par Sébastien LLado en maître saucier qui fait monter la mayonnaise du groove porté à son tour par une rythmique en eaux vives, poussant à l’extrême extrême limite de ce qui va devenir free mais reste pourtant dans le cadre. On pense à Albert Mangesldorff. L’horizon de Llado est aussi déjanté, transfiguré (Tranz Tanz), arrangé avec soin ou dérangé avec autant d’application. On adhère un peu moins, dans une approche «  CD » à l’intermède Coquillage et Crustacésà la conque ouvrant sur une Magrade( Madraguedéconstruite) qui se prête surtout à la facétie du live mais tombe un peu à plat lorsque l’on est dans son salon. On se vautre en revanche avec une de « caillera » dans un blues un peu sale où sur In a Mean Timele tromboniste mute en feulement de gros chat de gouttière ronronnant et narquois.

Et c’est bien d’une découverte qu’il s’agit au travers de ce premier album de Sébastien Llado paru chez les Disques de Lily. La découverte d’un musicien complet et rare dont l’écriture et le jeu recèlent cette part d’évidence du jazz qui groove de source, cette évidence de l’énergie et de la sensualité torride, lascive qui réunissait ce soir-là les acteurs totalement impliqués dans l’instant présents et qui font de ces clubs de jazz des champs du possible et de l’impossible où de grands musiciens se révèlent plus grands qu’eux mêmes. Et portent haut les couleurs du jazz. Encore fallait t-il l’audace de saisir cet instant.

Jean-Marc Gelin

En écoute

 

Site du musicien

Site du label

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:41

 

miconissim.jpgSortie le 17 mars 2011 / Concert le 22 mars au Sunside à Paris.

Label Cristal Records/ Harmoni Mundi

 

 

 

Le pianiste Mico Nissim qui a déjà publié huit enregistrements sous son nom, s’attaque cette fois à deux figures emblématiques d’un jazz qu’il estime « dyonisien », tant cette musique novatrice, fragile et immédiate, dérangeait. Il rend ainsi hommage à Eric Dolphy et Ornette Coleman mais envisage avec ce projet  préparé avec soin, les « conséquences » actuelles sur le jazz, réfléchit à l’avenir de cette musique entre écriture et improvisation. Il fallait donc aller plus loin que ce double tribut, au répertoire très connu, ( trois pièces de Dolphy et cinq de Coleman), enregistré live lors d’un concert unique, au Studio de l’Ermitage, à Paris, le 30 mars 2009.

L’objectif est atteint, la musique libre, authentique, sonne juste aujourd’hui encore, reste accessible : c’est un jazz vif, plaisant sans être facile, audacieux dans la forme. Le pianiste a « potassé » la question auprès de spécialistes et a vraiment réfléchi à quels thèmes choisir, comment les réinvestir sans oublier de rendre compte de leur histoire, de l’essence même de leur interprétation.

La reprise la plus frappante est celle du tube d’Ornette Coleman Lonely Woman que tous les Jazzmen tentent de s’approprier un jour ! Ce thème sublime, véritable passage obligé, est revisité avec habileté et audace, l’exposition du thème shuntée.

D’une façon plus générale, ces arrangements introduisent contrepoints, impros collectives ou solistes, harmoniques, modales, harmolodiques ou ouvertes. Mico Nissim, l’instigateur de ce projet sensible et légitime, a retravaillé les écritures de Dolphy et de Coleman, traduisant sans trahir pour soumettre le résultat à cinq individualités fougueuses.

Ainsi l’intensité de cette musique spontanée, généreuse se vit au sein d’une création continue, effervescente qui semble couler en dépit d’une structure rigoureuse.

Le choix des musiciens du sextet était essentiel : l’altiste Géraldine Laurent est superbe, Stéphane Guillaume, chaudement recommandé par  Laurent Cugny, depuis son big band Lumière, s’avère indispensable à la flûte et clarinette basse, les instruments de Dolphy. La rythmique est de rêve : Mourad Benhammou a un drive saisissant et Jean Luc Ponthieux assure en fidèle contrebassiste. Enfin Laurent Mignard à la trompette de poche, vibre à chaque intervention jusqu’au Jump street  final!

Les compositions de Dolphy, fringantes, subtiles, lyriques sont arrangées finement et on s’amuse à voir ce qu’en fait le sextet comme dans ce G.W, hommage au trompettiste chef d’orchestre et arrangeur Gérard Wilson, ou dans Serene époustouflant à chaque chorus.   

Le lien est naturellement établi avec Ornette Coleman puisque Dolphy participa à l’enregistrement du mythique  Free jazz en 1960, improvisation collective historique.

La continuité est évidente, on sent que la musique non seulement crée de nouvelles atmosphères, mais se démultiplie, souffle et apaise, construit et déconstruit.

Voilà un disque formidable qui garde certaines résonances aujourd’hui, toujours porteur de sens et de vertus formelles. Inutile d’insister, vous aurez compris qu’il est vivement recommandé en live ! Programmateurs, à vos commandes !

 

Sophie Chambon

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 17:51

  Label Durance/ Orkhêstra International

Atelier Musiques Improvisées

 Studio Ecs

APPDM Studio


Pour les vingt ans d’existence de cet Atelier de Musiques Improvisées -à ne pas confondre avec l’A.J.M.I, même si ces deux associations sudistes oeuvrent pour le jazz et les musiques improvisées- fut donné le 15 janvier 2010 au théâtre Durance à Château-Arnoux(Alpes de Haute Provence) ce concert anniversaire intitulé « Cet Inexprimable vingt ans ».Titre un peu mystérieux qui s’éclaire avec les notes précises du chef de projet, la cheville ouvrière, le batteur Alain Soler, compositeur et arrangeur qui indique que, chez les Mayas, le nombre «vingt» signifiait plénitude, autant que l’inexprimable de la condition humaine.
C’est donc, sans plus parler, que cette belle assemblée musicale, en une suite d’une heure exprimera les convictions et objectifs de l’A.M.I  : travailler les musiques improvisées,sans jamais se déconnecter de l’héritage de cette musique, du blues au free jazz, construire une identité forte avec les « gens d’ici » , créer un lien social, pluri-générationnel.

Suivant une ouverture tellurique du collectif des percussionnistes, un quatuor effervescent, incandescent, des solos remarqués des membres de la rythmique (Sébastien Lalisseau piano, Lionel D’Hauenens à la basse électrique, Alain Soleraux drums).

Quel régal d’entendre tous ces musiciens, on attribuera une mention spéciale à chacune des interventions du guitariste Fred Garniermais l’acmevient de la réunion des quatre saxophonistes -AndréJaume à l’alto, Raphaël Imbert etEric Barret au ténor,LarrySchneider au soprano -dans deux titres particulièrement longs où chacun peut exprimer son talent : Louise(Hommage à Louise Michel) et  Le Blues des Communards , « à mettre en résonance avec le mur des Fédérés au Cimetière du Père-Lachaise » précise le compositeur de ces merveilles, Alain Soler.

Voilà pour nous la quintessence du saxophone, instrument du jazz s’il en est, dans tous ses éclats.

Le dernier titre qui swingue avec bonheur n’est qu’un « Au revoir », tant on espère que continue longtemps cette association d’enthousiastes et d’amoureux du jazz.

 

 

Sophie Chambon
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 15:41

Naive 2011

Tigran Hamasyan (p), Ari Hoenig (dm), Gilad Hekselman (g), Orlando Le Fleming (cb), Chris Tordini (cb)

 

 

 hoenig.jpg

La cause est définitivement entendue et sans appel : le batteur américain fait bel et bien partie des batteurs les plus doués de sa génération. Je me souvient de ce travailleur acharné vu il y a quelques temps, après les balances répéter seul et sans relâche jusqu'à l'heure du concert. Des heures durant devant sa batterie à essayer des formules, des riffs, des choses entendues nulle part ailleurs. Tenter de faire sonner sa batterie comme s'il s'agissait d'un clavier ou d'une instrument vocaliste. Jamais satisfait. Autiste à tout ce qui n'est pas musique.

La sortie de ce nouvel album, dans un format inédit qui le voit associé au pianiste Tigran Hamasyan ne fait que confirmer le génial batteur dans son rôle de tout premier de la classe. Et pour l'occasion au lieu de dire "Lines of Oppression" comme le suggère le titre de l'album on serait plutôt tenté de dire " Lines of liberation" s'il l'on écoute comment ce quartet, s'entend à libérer un groove en "fusion". Car c'est bien de cela dont il s'agit ici, une affaire de rythmique, de pulses, d'enchainement des métriques et d'un son basé justement sur la maîtrise du "beat". D'un univers un peu methenien qui ouvre l'album ( l'occasion de découvrir un formidable guitariste, Gilda Hekselman) on arrive vite à la griffe  fougueuse d'un Tigran Hamasyan décidément omniprésent sur la scène du jazz en ce début d'année. Il n'est que d'entendre sur Arrows and Loops sa verve et sa puissance de jeu, soutenue par une rythmique qui emporte tout. Mais si ce volume orchestral mis en espace par Hoenig revèle une composition intéressante sur la forme (par le jeu complexe des métriques) elle est un peu décevante sur le fond et peine à captiver. C'est d'ailleurs le problème de l'album : brillant mais sans réelle émotion. On a du mal à se convaincre aussi sur Wedding Song vocalisé de façon un peu mielleuse et censé apporter là, un contraste doux. Monk vient redynamiser l'ensemble avec ce Rythm a ning entamé sur le mode course poursuite éperdue. Sur Moanin Ari Hoenig fait chanter sa science de l'instrument qu'il transforme en vocalise du thème. Impressionnant techniquement mais toujours à côté de la plaque s'il s'agit d'émotions. Pas passionnant en soi. Car le fond de la question n'est pas de savoir comment Ari Hoenig dit les choses, mais plutôt ce qu'elles sont, intrinsèquement.

Mais quand la musique s'aère comme sur Love's feathered nails ( composé par le batteur), le drumming de Ari Hoenig profite d'un Tigran Hamasyan un peu moins envahissant pour laisser parler sa créativité en perpétuel mouvement. Un rêve : entendre Hoenig associé un jour à Metheny. Ephemeral Eyes est un occasion de voir un autre visage de Tigran hamsyan totalement à l'aise avec des fondamentaux plus traditionnels dans ce morceau plus bop composé par Hoenig. La percussivité du jeu du pianiste en réponse à celle du batteur. Brillante démonstration du savoir faire d'un pianiste décidément caméléon. Sur How high the moon totalement réinventé sur le plan harmonique, on entend clairement la fusion de ce trio. Ari Hoenig encore une fois, c'est le relief, les dorures et les bigoudis, les entrelacs et les coups de pinceaux, les petites touches impressionnistes et les roulements subtils. Ari Hoenig invente à chaque pattern, surprend à chaque riff. C'est Shiva ! Hoenig ne tient pas le tempo, il en tient 10 !

Au final l'album se conclut sur un morceau composé par la pianiste et empreint de ses propres racines. Toute la personnalité du pianiste dans cette composition.

Et l'on reste sur le sentiment d'avoir assisté à un très beau moment de musique, d'improvisation et de jazz. Une leçon de polyrythmie à laquelle on pourra adhérer ou qui pourra lasser.

On sort de cet album avec à la fois, dans les oreilles quatre voix distinctes mais aussi la certitude d'avoir assisté à la naissance d'un quartet totalement fusionnel. La musique se crée. Les improvisateurs sont tous brillantissimes. Mais s'ils brillent trop, ils éblouissent.

Jean-Marc Gelin

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 12:00

cedric-hanriot---french-stories.jpgPlus Loin Music/ Harmonia mundi

2010

Sortie le 17 février 2011

Site de Cédric Hanriot

Myspace Cédric Hanriot


 

Cedric Hanriot French stories , tel est le nom du projet, sur le label Plus loin, du pianiste-compositeur, arrangeur français.

La perspective se renouvelle à chaque plage, conçue comme une petite narration, reflétant couleurs et ambiances qui traversent l’horizon musical du moment, l’unité se construisant autour d’un bon son collectif, équilibré, où le piano ne domine pas les autres instruments. Au contraire, la rythmique puissante etaméricaine deTerri Lyne Carrington à la batterie et de John Patitucci à la contrebasse ou à la basse électrique, confère à l’ensemble cette couleur jazz, incomparable.

Joyeuse, efficace, stimulante, la batteuse impulse un drive reconnaissable, soutenue par des solos délicatement lyriques du contrebassiste, qui, à la basse électrique fait preuve d’une précision insurpassable.

C’est le pianiste Cedric Hanriot qui joue des nuances, et confère sa qualité éclectique au disque.

S’il est arrivé tard dans le monde de la musique, ayant commencé par un masters en électronique et traitement du Signal audio (assez peu explicite pour le béotien), on comprend vite qu’il maîtrise tout ce qui touche le son, du grain à la couleur, qu’il est un adepte du travail sur la sculpture et la mise en espace sonores. Ajoutons que son « background » l’a poussé à voyager et vivre aux Etats Unis où il a vite accompagné des musiciens américains. Il est donc enclin à se frotter à tous les styles, genres et techniques : les dix plages explorent de façon ouverte et volubile le jazz et les autres musiques actuelles, pop, électro, R&B, blues, hip hop que Cedric Hanriot a su s’approprier en les pliant et dépliant, tentant ouvertures, passages, frontières abolies.

Ce n’est donc pas un disque de pianiste, même s’il nous offre plus qu’un aperçu de tout ce qu’il sait faire avec un clavier, excellent «ambianceur» : il passe d’un Prélude tendrement romantique au fender, avec violon (Benjamin Powell) et violoncelle(Patrick Owen) à un Mambo électrique et électrisant qui évoque la fusion . Le beau Tribal poem conduit à une transe, un crescendo tout à fait hypnotique. Tels sont quelques exemples des formidables possiblités de ce musicien « touche-à-tout », véritable « homme orchestre », musicien habile qui sait aussi casser les « codes » de la musique.

Le titre pourrait prêter à confusion après ce que nous venons de dire si, dans le répertoire de Cedric Hanriot, il n’avait réservé une place de choix à la chanson française, quatre titres sur dix, de Brel à Nougaro sans oublier Piaf. Et même plus surprenant, le pinaiste choisit Michel Delpech, aujourd’hui fringant sexagénaire, un temps l’idole des minettes dans la pop sucrée des seventies. Ainsi avec goût, Cedric Hanriot reprend le gentillet Que Marianne était jolie, grand succès de Delpech sur des paroles de Pierre Papadiamandis, le parolier de Mr Eddy, en l’arrangeant avec cordes et autres effets sonores bienvenus : la petite mélodie simple et fraîche en est ainsi toute retournée. Cedric Hanriot revendique son identité de « Frenchie » en revisitant certaines chansons de la mémoire collective. Le chef d’oeuvre de Brel, La chanson des vieux amants, conserve, par le grain mélancolique du violoncelle, de sa force émotionnelle, avec la voix de 2TH traitée en instrument, s’intégrant à la musique plus que la supportant. Il est judicieux en effet de traiter différemment des chansons de notre « patrimoine » aussi marquées.

L’hymne à l’amour est retravaillé en un duo piano cristallin et voix étirée, chuchotée, sur un rythme ralenti, une version pour le moins originale, pas toujours convaincante, mais qui change au moins du classique immémorial de la môme Oiseau. On aura cependant une préférence, dans cet arrangement de chansons françaises, pour la reprise du tube génial de Nougaro Le Jazz et la Java : avec d’incessantes ruptures de rythme , brisures, ça swingue même !

Voilà donc un disque d’éclats, une petite architecture sonore qui tient à un rien qui est tout, le temps : on voyage dans le temps de la musique, des saisons et années…

 

Sophie Chambon

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 11:07

  Original Sound DeLuxe Jazz calendar

Cristal Records / Harmonia mundi

Sortie le 3 mars 2011

 

 

 Ce Cd unique en son genre donc précieux, rassemble toutes les musiques après coup, éclats de toutes les saisons, le jazz par ses dates, mois et jours.

Une fois encore, la collection Original Sound Deluxe  chez Cristal records, a frappé fort avec une thématique originale, spécifique au jazz, qui sculpte le temps.Quand on sait que les jazzmen et leurs amateurs sont selon la belle formule de Pascal Quignard, les « chevaliers de l’éphémère », il est essentiel de garder une trace, de fixer les choses.

Avouons le, ce calendrier du jazz permet une fois encore à l’éminent Claude Carrière de sélectionner de pures merveilles !

Ainsi, du June in January qui commence l’album avec les frères Montgomery à New York, automne 1960  avec Wes, en guitariste soliste. Claude Carrière nous précise que certains mois ont fait le délice des jazzmen en particulier les beaux mois du printemps « April » et « May ». Ilexiste plus de 700 versions de I’ll remember April, vrai casse-tête, aussi préfère-t-il  proposer April in Paris dans une  version des plus célèbres, celle d’Ella Fitzgerald avec le Count Basie Orchestra, le 26 juin 1956. Une référence, avec la répétition du final,  annoncée par un sémillant « One more time » qui a fait ses preuves depuis… 

Avec Julie London, Claude Carrière trahit une de ses préférences puisqu’elle revient deux fois dans la sélection, ce qui rachète certaines erreurs commises à son encontre. Philippe Méziat nous apprend dans le Jazz Magazine de décembre 2010 consacrées aux chanteuses, qu’elle n’a pas eu les honneurs du Dictionnaire référence de Carles,Clergeat et Comolli. Nous sommes quand même allés vérifier tant cela paraissait impossible. Oui la belle est oubliée, peut-être ne lui pardonnait-on pas sa couleur, son charme ou d’avoir trop flirté avec le cinéma dans des westerns remarquables comme L’aventurier du Rio grande de Robert Parrish ou L’homme de l’Ouest d’Anthony Mann ou   comme Dean Martin qui d’ailleurs ne figure pas davantage…

Merci donc pour ses deux compositions plutôt rares, enregistrées en novembre 1956 avec Peter King et son orchestre :  February brings the rain composée par Bobby Troupe dont elle était la femme, (l’auteur du fameux Highway 66) et  November Twilight.

Nous apprécions de retrouver une des chansons les plus connues de Kurt Weill dans sa  période américaine, l’immortel September dans la version de Django qui date de mars 1953, son avant-dernier enregistrement.

Nous n’allons pas passer en revue tous les mois de l’année, Claude Carrière le fait avec érudition et humour dans ses excellentes « liner notes », autre bon point de la collection avec les illustrations de Christian Caillaux. La discographie est impeccable avec le « line up » précis et détaillé.

 

Quant à la semaine, elle commence en beauté avec le formidable A Monday Date du pianiste Earl Hines pour les Hot Five de Louis Armstrong dans sa version princeps du 27 juin 1928.

A chaque fois, en proie à un émerveillement et une émotion que rien ne saurait remplacer, on choisit d’arrêter le temps des jours afin de s’immiscer dans le temps de la musique, à jamais fixée par sa durée et sa date d’enregistrement. Est-ce en cela que cette musique est si attachante, voire troublante pour certain(e)s d’entre nous, sensibles à cette déclinaison, à ce partage renouvellé ? 

Pour clore cette sélection en 19 titres, on aurait pu s’attendre à un Gloomy Sunday de circonstance mais non, Claude Carrière ne veut pas nous laisser sur une note  triste, c’est Ben Webster et son ténor velouté qui s’y colle, le 6 novembre 1959, avec Ray Brown, Oscar Peterson et Ed Thigpen  sur le Sunday de Jule Styne créé en 1926. La classe pour finir cette compilation qui égrène le calendrier de la vie!

 

 

 

Avec cet autre numéro plus classique, Claude Carrière devrait en ravir plus d’un, car il annonce le retour attendu d’un instrument de choix, la guitare. Et même dans cet Electric Guitar Masters, sont célébrés les pionniers de l’amplification, qui dès la fin des années trente, purent rivaliser avec les « vrais » instrumentistes du jazz, saxophonistes, trombonistes, trompettistes…

A tout seigneur…commençons avec ce feu d’artifice, concerto pour guitare, le Solo flight du prodigieux Charlie Christian dans le grand orchestre de Benny Goodman le 4 mars 1941, sur des arrangements de Jimmy Mundy, testés la veille dans une émission de radio, sous le titre Chonk, Charlie Chonk . Voilà un titre phare de la discographie goodmanienne, de l’histoire de la guitare…et du jazz accessoirement !

Sur cette anthologie soignée, on retrouvera évidemment le Nuages de Django dans sa dernière version enregistrée deux mois avant sa mort, avec une guitare munie d’un haut parleur.

Après suivent d’autres grandes figures de la guitare « moderne » influencées par le bebop comme Tal Farlow, plus proche du blues comme Les Paul ; Wes Montgomery donne son Round midnight du 5 octobre 1959 (avec le pouce et sans mediator). Tous sont formidables, virtuoses, porteurs d’avancées stylistiques, accompagnateurs attentifs comme Barney Kessel, qui rend hommage à Charlie Christian (évidemment) ou Jim Hall dans un Skylark qui mérite qu’on dresse l’oreille, dans le John Lewis quartet, en 1956 avec le batteur Chico Hamilton.

 

Nous finirons avec certaines pépites plus modestes, terriblement émouvantes comme le solo de Johnny Smith  sur The Boy Next Door,  ballade des plus  « cool » ;  après Pennies from heaven de Jimmy Raney, le formidable René Thomas  dans son  René Thomas Modern Group, en 1956  avec  Benoît Quersin  à la contrebasse nous donne un Someone to watch over me qui aurait plu à Gershwin, son auteur.

Comment résister au charme de l’Américain Jimmy Gourley (à Paris depuis 1951) qui, avec les agitateurs Henri Renaud, Pierre Michelot et Jean Louis Viale (il ne faudrait pas oublier ces noms là), trio maison du Tabou, cave à jazz de la rue Dauphine, revisitent Cole Porter.

La sélection s’arrête forcément aux années 60 (droits de réédition oblige ) avec deux raretés, deux  « curios », le totalement méconnu Billy Bean dans un extraordinaire Surf of two avec le quartet de l’altiste Bud Shank, le 18 avril 1959 avec Gary Peacock à la contrebasse. Le dernier titre est le solo incroyable sur le thème d’Ellington  Prelude to a Kiss de  Jimmy Wyble « guitariste pour guitaristes ». Merci de nous faire découvrir ces quelques minutes de grâce. Si jamais vous avez dans votre entourage quelqu’un qui se pique de comprendre quelque chose à la guitare ou qui en joue tout simplement, faites lui écouter cet album ... il sera votre éternel débiteur !   

 

Sophie CHAMBON

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 03:48

Philippe-Pilon---Take-it-Easy.jpeg

Black and Blue BB714.2

Distribution Socadisc

Concert de sortie le 8 mars au Sunset

2010

 

Site de Philippe Pilon

Myspace de Philippe Pilon

 

 Sortie du disque le 28 février

Concert de sortie le 8 mars au Sunset

 

Voilà un album sérieux, conçu avec soin, qui met en joie d’un bout à l’autre, simplement, résultat plutôt rare en ces temps de recherche d’une modernité éperdue.

Un simple riff, (mais de Lester Young ) qui s’insinue et ne vous lâche plus, a inspiré la première composition Take it easy du saxophoniste ténor Philippe Pilon en quartet, avecPierre Christophe au piano, Raphael Dever à la basse, et Guillaume Nouauxà la batterie.

Lester Young, le saxophoniste en est tellement imprégné, que sa grâce «fantômatique» survole l’album, comme dans ce Ghost of a chance, dont la mélodie le hante.

Qu’il doit être difficile quand on aime le jazz à ce point de choisir quels seront les thèmes de son premier disque. Incroyablement, Philippe Pilon arrive à faire sonner ses propres compositions comme des standards, en cohérence avec les titres qu’il s’autorise à revisiter  I found a new baby, Blue turning grey over you .

Le jeu collectif et intelligent du quartet fait retrouver le plaisir du swing, cette pulsation du désir de musique. Jacques Réda essaie désespérément de nous en donner les clés dans les colonnes de Jazz Magazine depuis quelques années mais on avoue, tout comme Frank Bergerot, que le swing demeure un mystère : on l’a ou pas, et …beaucoup de musiciens ne l’ont pas .

Philippe Pilon, lui, avance à son rythme, en quête d’un son bien à lui, velouté et charnel. Pour le reste, timbre, phrasé, invention mélodique se développent auprès de musiciens parfaitement complices, en un ensemble détendu, intensément aimable.

Les notes introductives de Claude Carrière éclairent le propos de l’album : Take it easy ou l’éloge d’une certaine lenteur, d’une élégante désinvolture qui donne pleine mesure à une sensibilité sans affectation. Avec cet effort attentif pour obtenir « un je ne sais quoi » qui fait la signature, justement.

Adoubé par un tel mentor, le saxophoniste a choisi -et c’est assez rare pour qu’on le souligne- de glisser une notule pour chaque titre, livrant quelques pistes judicieuses.

Les titres s’enchaînent aisément : ainsi, Sulkinautorise, sur la grille harmonique du Honeysuckle Rose de Fats Waller, d’improviser à loisir, Chicken walk rappelle que l’inspiration en musique vient souvent en marchant. L’Elfe,en hommage au fils du saxophoniste, sur un rythme de calypso est délicieux ; sans oublier le final, How long blues, de l’aveu même du leader, très «roots», au bout de la nuit, dans ces clubs (autrefois) enfumés, quand ne restent plus que les musiciens.

 

A une époque où il faudrait presque se justifier de jouer encore du jazz « classique » , voilà une formation qui en a intégré tous les codes, pour notre plus grand plaisir ! Ces musiciens jouent bien, avec grâce, ils savent aussi ce que « swinguer » veut dire et on aime encore ça , même en 2011 !

 

Sophie Chambon
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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 09:44

Universal 2011

piano solo

TigranHamasyan.jpg Parfois c'est un coup au plexus. N'importe quel critique que ce soit ne saura jamais vraiment exprimer la force émotionnelle que peuvent exprimer certaines musiques. Peut-être cela tient-il au fait que leur simple écoute suffit à nous persuader de la sincérité de leur auteur et de la part très intime qu'ils nous livrent. Et cela charrie des joies et des souffrances, et charrie des peines et des chagrins universels qui suffisent a nous ébranler. Sinon comment expliquer Ravel (Ma mère l'oye), Debussy ou Darius Milhaud

Le tout jeune pianiste Tigran Hamasyan, ex-lauréat du concours Martial Solal quitte son  ancien label (Plus Loin) pour  intégrer la prestigieux label américain Verve. Au passage il abandonne aussi l'univers du rock noisy qui était celui de son précèdent album pour venir nous raconter une autre histoire très personnelle et nous prend par la main pour nous emmener dans un monde de contes et de fables. Et forcement si ces histoires là nous  transportent dans l'univers des contes de son Arménie natale, ces contes là sont aussi les nôtres, avec leur poésie et leur douces craintes. Celles que l'homme qui se souvient.

Des comptines (longing), des Fables ou de belles histoires comme cette superbe interprétation de Someday my prince will come évoque ce monde irréel parfois beau, parfois inquiétant.  Et puisqu'il faut remonter si loin dans les souvenirs, c'est aussi la nostalgie de l'exil qui se lit en filigrane pour ce jeune musicien parti tôt de chez lui pour aller faire de la musique du côté de la Cite des Anges. Le souvenir de la mère, très simplement évoqué (mother where are you)

On assiste alors à cette rencontre entre le piano romantique et le piano jazz sur des terres orientales et c'est fort, poignant. Le romantisme d'un piano fougueux et presque ténébreux. ( what the waves brought). Ou encore cette pièce maîtresse, Samsarainterprétée de manière époustouflante, volant entre Asie et Europe dans une course cavalcade régénérant par lui même le cycle de la musique. Son univers est aussi léger que crépusculaire.  Avec, chaque fois ce supplément d'âme justement, qui se propage à nous dans cette déambulation au pays des merveilles. Et derrière lui, derrière le pianiste il y a, au-dessus de son épaule, le regard nostalgique de celui qui regarde en arrière le monde merveilleux de l'enfance qui jamais ne reviendra.

 

Le pianiste est subtil et d'une agilité délicate. S'il avait réglé ses comptes avec ses vieux démons du heavy métal, il montre ici une autre personnalité pianistique. Celle d'un pianiste rare qui raconte des histoires au bout de ses doigts, lyriques mais sans grandiloquence, aérien comme savent l'être les grands, les dompteurs d'harmonies et ceux qui savent les digressions délicates ( pas étonnant que Martial Solal soit tombé sous son charme). Tigran est dans son sujet, corps et âme pourrait-on dire. Pianiste exceptionnel et "ouvreur". Preuve que l'avenir de la musique est dans ce syncrétisme-là, dans cette fusion des cultures qui dépassent Ravel et Jarrett mais les intègrent tous. Mais il y a surtout chez Tigran Hamasayan cette nuance du discours, cette façon de donner de l'intensité à chacune de ses notes, de faire voler les triolets avec autant de grâce que de passion fougueuse. A la fois léger et parfois torrentiel.

 

Rares sont les pianistes qui, si jeunes, ont la maturité de livrer de ce genre d'album "référence". C'est la marque d'un très grand. Dont le discours et la puissance évocatrice nous font simplement chavirer. C'est peut-être qu'il y a là autre chose que de la musique. Il y a l'homme et donc l'universel.

Jean-marc Gelin

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 23:16
journal-itime.jpgJOURNAL INTIME JOUE JIMI HENDRIX
 LIPS ON FIRE

Enregistré du 15 au 20 février 2010

1 Cd Label Ouïe/ Anticraft - Partenairewww.musicaouir.fr

 Album produit et réalisé par Journal intime & Guillaume Dulac

 

La nostalgie est prête à remonter à la surface des émotions quand il s’agit de Jimi Hendrix.

Pourtant, avec le trio du Journal Intime, à l‘instrumentation cuivrée à souhait, se retrouve le délire d’une musique bien comprise, qu’il ne cherche jamais à reproduire : les compositions du génial gaucher sont détournées avec brio, décomposées, recomposées à la sauce de ce groupe explosif . Ainsi Foxy people, Little blowing, Viens ! Odysseus Praeludium, les illustrations de la pochette et du mini-poster*que contient l’album, respectent, si ce n’est la lettre, du moins l’esprit de ces années psychédéliques que domina le guitar hero cherokee. Et c’est bien !

Car si Jimi Hendrix est insurpassable, lui qui a réinventé le rock en quatre petites années seulement, l’intelligence, le talent et une folle énergie soufflent sur ces musiciens actuels qui parviennent à transposer autrement cette musique électrique et électrisante, toujours en trio, avec humour, plaçant en arrière-plan, l’univers allumé des fanfares ou des « cartoons » sur Lover Man  par exemple.

 

Sur quelques titres, Denis Charolles que l’on ne présente plus, inventif percussif, à part dans le monde du rebond, intervient, comme dans  If 6 was 9  et Rodolphe Burger chante ou déchante à sa façon et à son rythme. Ainsi, voix, guitares et percussions se mêlent avec pertinence au trio de souffleurs. Ils allient mise en place, rythme, et phrasé adéquats, avec un trombone qui growle et feule, hoquète et coulisse en glissandi, un saxophoniste basse qui envoie grave, et un trompettiste qui en a dans les lèvres.

Lips on fire donne son titre justement à l’album du Journal intime, composé de Sylvain Bardiau (tp) et Frédéric Gastard (bass sax), tous deux découverts dans Les dentelles à Mamie**. Depuis, ils ont fait leur chemin et rencontré Matthias Mahler(ex Spicebones). Ces trois là, on l’aura compris, ne font pas que monter et descendre les gammes, savent rentrer dans la musique sans en mettre plein la vue pour autant !

Tous les morceaux retiennent l’attention : All along the Watchtower, le titre-phare, déjà repris de Dylan par Hendrix, drivé par Denis Charolles, fait penser à Zappa par ces enchaînements et collages brusques ! On appréciera aussi la très belle et longue intervention sur ce long morceau collectif  A merman I should turn to be, qui lorgne du côté du jazz de chambre ou d’un petit orchestre symphonique avec des unissons splendides doublés d’ostinatos lancinants.

Enfin, nous attendions le dernier titre pour réserver notre appréciation, ce Villanova junction, un des blues les plus sobres et déchirants d’Hendrix, à la fin de son concert étrangement décalé de Woodstock, au petit matin. Dans une version plus longue, il conserve l’essence de la musique et c’est avec cette belle page que se termine l’hommage du Journal intime.

L’examen de passage est plus que réussi. Bravo les garçons !

Votre musique est vivement recommandée en album, à déguuster chez soi en montant le volume, et évidemment en live, gonflée à bloc !

 

*Poster de Jérôme Galvin  

**Ces mamies-làavaient plutôt du poil aux pattes, aimant à jouer de consonances viriles et graves. Mais pour autant, les recherches sur les timbres et couleurs étaient déjà raffinées, l’électronique intervenant ici intelligemment pour ajouter sa pâte sonore .« La mise en oreille » de Guillaume Dulac servait les compositions contrastées et habilement déjantées des petits camarades Sylvain Bardiauet Frédéric Gastard .

 Sophie Chambon
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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 18:50

1CD De WERF W.E.R.F 086

www.bensluijs.be

www.dewerf.be

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L’examen de la production de nos amis belges du label de Werf*, installé à Bruges**, confirme la vitalité et le talent de nos voisins d’outre quiévrain. Et notre coup de cœur du moment revient à deux musiciens confirmés, Ben SLUIJS et Erik VERMEULEN, fortes personnalités de la scène musicale belge, particulièrement active, qui ont enregistré cet admirable PARITY, « tranquillement », à la maison entre 2008 et 2010. Une entreprise familiale, artisanale, l’album étant mixé et enregistré par un autre complice Jeroen Van Herzeele, autre saxophoniste talentueux qui participe à l’aventure de Maaks Spirit, joue dans le quartet de Ben Sluijs, ou l’ensemble de Kris Deffoort. Tout comme Erik Vermeulen, il donne avec le saxophoniste Ben Sluijs cette commune impression d’une recherche permanente d’identité musicale. Cet album vibre d’intensité retenue, entièrement composé sur le vif avec une infinie douceur. Ces voix s’élèvent complices, équitables, harmonisant la lisibilité d’un duo tout en demi teinte et en finesse : un ajustement ininterrompu du piano fait évoluer les compositions d’un paysage commun. D’une apparente simplicité, c’est le corps et l’âme qui chantent explicitement et ces qualités jouent en faveur d’un album plus que convainquant. On se laisse emporter « Con alma »justement , dont on reconnaît la mélodie de Dizzy Gillespie, dépouillée des scories virtuoses pour n’en laisser que l’épure. Sensibilité romantique? Peut-être n’y a-t-il pas tant de nostalgie malgré l’apparence du souvenir, à travers ces échos où le jazz revient superbe. Comme dans ce « Sweet and lovely », où la sensualité du phrasé le dispute à la vivacité du rythme. On en revient aux fondamentaux avec le morceau suivant de l’altiste « Early train » léger, vaporeux que le duo porte jusqu’à une certaine abstraction. Car de ce duo ressort un lyrisme appuyé et le mystère d’une direction, souvent à peine annoncée, ménageant les surprises d’une belle dynamique d’ensemble. Une intensité dans le jeu que partagent pianiste et saxophoniste : dans ce cheminement attentif, les deux amis recomposent une géographie personnelle, en partance pour des ailleurs rêvés, loin des ciels mouillés, vers les nuages sépia des photos en miroir de la pochette, ces fils électriques tendus sur lesquels se posent les oiseaux en attente d’un envol… Ben Sljuis disait qu’il voulait constamment jouer pour s’effacer, et cette évanescence se ressent dans le son qu’il tire de son alto, projetant ou interprètant l’atmosphère de l’instant. Erik Vermeulen est dans le même état musical, le piano superbe, délicatement posé et déposé sur le temps musical. Par ses harmoniques et ses couleurs, cette musique distille une mélancolie secrète, poésie d’irisations qui renvoie aux délicates impressions, aux rutilances diverses du jazz le mieux compris. Superbe !

SOPHIE CHAMBON

 

* Véritable institution culturelle en Flandres, De Werf peut se définir comme une structure artistique polyvalente qui officie dans diverses disciplines artistiques (théâtre, musique) et possède son propre label W.E.R.F.

**Le Flemish Jazz Meeting qui se tient à Bruges tous les deux ans, en alternance avec l’européen Jazz Brugge (première édition en 2002, lorsque la ville fut choisie comme capitale culturelle européenne), réunissait cette année encore les principaux groupes de la scène flamande

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