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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:33

X---Francesco-Bearzatti.jpg2010 - Parco della Musica

 

 

Site de Francesco Bearzatti

Francesco Bearzatti (ts, cl) – Giovanni Falzone (tp, human effects) – Danilo Gallo (cb, guit basse acc) – Zeno de Rossi (dr, perc) – Napoleon Maddox (voix sur « Epilogue »), - Mauro Gargano (pizzicato cb sur « Epilogue »)

 

 

X (Suite for Malcom)  est la seconde création du quartet « Tinissima » et le sixième cd du saxophoniste et clarinettiste transalpin Francesco Bearzatti. Celui qu’on a découvert  avec le Trio Open Gate d’Emmanuel Bex avec Simon Goubert cette année à Coutances, nous a réservé une bien belle surprise. Ce trublion scénique et facétieux saxophoniste s’avère être un artiste de talent, un homme de goût.

C’est peut être la libération de Thomas Hagan cette année, l’un des assassins du commando qui a descendu Malcom X en 1965, qui a amené Bearzatti vers cette création en la mémoire de X. Condamné pour divers actes de délinquance,  Malcom Little né en 1925, connu plus tard sous le nom d’El-Hajj Malek El-Shabazz, sort de prison en 1952. Il se convertit à L’islam, adhère à Nation Of Islam d’Elijah Muhammad et change son nom en X, pour signifier le rejet de son nom d’esclave. Cet orateur puissant a des propos durs qui choquent l’Amérique Blanche à qui il inspire la peur encore aujourd'hui; ce qu’il prédit dans son autobiographie (1).

Aux Etats Unis, ses nombreux détracteurs le mettent dans le sac des activistes suprématistes de la cause noire et des racistes anti-blancs. Pour ses défenseurs, il est le prêcheur noir-américain et militant des droits de l’homme qui a mis en accusation les Etats Unis pour ses crimes envers la communauté noire. C’est à cet homme que rend hommage Bearzatti : « Malcom X est l’un des hommes les plus intelligents et actifs qui ont contribué à modifier l’aspect social des afro-américains, il m’a semblé judicieux de le ramener sur le devant de la scène et ainsi, de contribuer à le faire redécouvrir ».

Avec cette suite, Bearzatti  met en musique, de manière chronologique, les étapes clés de la vie de Malcom X (enfance puis adolescence, délinquance, prison, ralliement puis rupture avec Nation of Islam, son assassinat). D’entrée, le quartet met la barre très haute avec « Hard Times », une pièce hard-bop moderne et traditionnelle à la fois, ponctuée dans un premier temps par  le growl enivrant du trompettiste Giovanni Falzone. Elle illustre l’enfance de Malcom X et se durcit au fil du morceau( 2). La clarinette enflammée de Bearzatti emboite le pas au trompettiste de manière ébouriffante. Pas de doute, Bearzatti est grand sur l’instrument !

« Smart Guy » raconte le parcours d’un enfant doué à l’école et ses tentatives de rapprochement avec les blancs sur une structure libre très percussive qui rappelle à bien des égards les Duets 2 Rashan Roland Kirk de Ramon Lopez.  A l’époque où le jeune Malcom se cherche, il découvre New York et enquille bon nombre de petits boulots comme cireur de chaussure autour du « Cotton Club » ; justement, Bearzatti en fait un morceau explosif et totalement jouissif, complètement funky, basé sur le riff de « Funkytown », hit des années 80. Ce titre donne le « la » de l’atmosphère particulière du "Cotton Club", que chacun imagine allègre et excessive, et la danse à laquelle on s’y adonnait. S’en suivent d’autres plages, toutes aussi significatives, qui séquencent d’autres moments importants de sa vie, comme la période de délinquance avec le transe-groovy « Prince Of Crime » ou le très chicagoan-free « Satan In Chains » à l’époque où notre héros, en prison de 1946 à 1952, est surnommé Satan par les détenus. Viennent ensuite le progressif et lyrique « Conversion », puis « A New Leader », un morceau dense sur un multi-rythme rock-funk à la basse électro-acoustique et aux sonorités électroniques et à l’allure fusion de la belle époque de Gong. Après un morceau pour évoquer la rupture avec Nation of Islam, Napoleon Maddox scande « Epilogue » et raconte l’assassinat de Malcom X pour bientôt clore le cd.

Avec une musique pas toujours à la fête mais humaniste et imagée, Bearzatti réalise un exploit de diversité musicale. Les musiciens du quartet servent une musique où le collectif prime. Bearzatti a une présence grandiose, Falzone est renversant d’éclat et de conviction - le discours des soufflants est incisif -, la rythmique acérée de Danilo Gallo et Zeno di Rossi dispose d’un espace inouï  et laisse libre cours à une créativité dévergondée et très fructueuse. A eux quatre, ils forment une sacrée équipe d’artificiers et de créateurs d’ambiance. Dotée d’une densité à toute épreuve, d’une narration juste et intense, la musique de cette suite en fait un album que l’on savoure immodérément. 

 

Jérôme Gransac

 

1 - " Après ma mort, ils feront de moi un raciste, quelqu'un de colérique qui inspire la peur... Je ne suis pas raciste. Je ne crois en aucune forme de ségrégation. Le concept du racisme m'est étranger. Je n'apprécie pas tous ces mots en "ism(e)"" – Malcom X

 

2 - Le petit Malcom était entouré d’un père engagé pour la cause noire et d’une mère tourmentée par la peau claire de son fils et ses origines métisses.

 

X-Francesco-Bearzatti-PA.jpgFrancesco Bearzatti
Jazz sous les Pommiers 2009, Théâtre Municipal, Coutances, France, 19/05/2009
© Patrick Audoux


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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 10:13

Davidsware-onecept.jpg 2010 - Aum Fidelity / Orkhêstra

David S. Ware – ts, stritch, saxello, William Parker – cb, Warren Smith – dr, timbales, perc

 

“I am back”.

Le saxophoniste David Spencer Ware l’annonce fièrement sur son site web. Ce dernier des Mohicans d'un  jazz moderne-avant-gardiste américain, authentique, d'envergure internationale, est de retour avec Onecept,  après un combat difficile contre le diabète qui s’est soldé par une greffe des reins en mai 2009. Après dix ans de dyalise, devenue inefficace, Ware accepte l'idée de greffe. Sur les conseils de son agent américain, Steven Joerg, Ware fait un appel aux dons de reins. Immédiatement, une donneuse propose un rein: c'est Laura Mehr. Soulagement.

Il enregistre Onecept, que l'on traduit comme « en une prise », avec ce nouveau trio en décembre 2009 au studio Systems Two à Brooklyn. 2009 marque cinquante années de pratique du saxophone pour le saxophoniste. C'est aussi l'année de la renaissance artistique.  David S. Ware est un musicien de jazz authentique, pure souche. Élevé par la tradition, il « fait le métier »: il arpente les clubs et développe son art, coûte que coûte. Dès le début, Ware prend conscience de la nécessité vitale de creuser le sillon le plus solide et profond. Il fonde alors ce fabuleux quartet, à la longévité exceptionnelle de 15 ans,  avec Matthew Shipp au piano et le contrebassiste William Parker, le fidèle parmi les fidèles, alors que se succèdent quatre batteurs aux styles différents (Marc Edwards, Whit Dickey, Susie Ibarra, Guillermo E. Brown). Entre 1988 et 1996, il s'exprime à travers un jazz d'avant-garde et cultive un jazz aride. Puis en contrat avec Columbia Jazz entre 1997 et 2001, il s'essaie à un jazz modal et rude,  structuré et sans concession. Le contrat rompu, il rejoint les labels Thirsty ear et AUM Fidelity pour une phase de renouvellement intense alliant des albums « traditions » (Balladware, Freedom Suite) et des œuvres introspectives aux effets sonores nés de travaux de post-production (Corridors and Parralels, Threads). L'année 2006 voit sortir l'album « Renunciation » qui annonce la fin du quartet historique. Ware revient deux années plus tard avec son « New Quartet » composé de Joe Morris à la guitare, William Parker et Warren Smith à la batterie. Non, David S. Ware ne renonce pas. Justement.

Sur Onecept, Ware joue de trois saxophones– on les entend chacun sur trois pièces -, renoue avec deux d’entre eux peu utilisés (stritch, saxello), qu’il avait contribués à faire revivre déjà par le passé (Great Bliss Vol. 1 & 2). Onecept est une création directe et spontanée, sans répétitions ni compositions. La directive de Ware à ses musiciens est de prendre part dans la musique avec une propre indépendance expressive. Une prise, un concept, une conscience: les neuf pièces débutent de manière directe, dans une sorte d'immédiateté cohésive avec Warren Smith comme port d'attache. Elles se terminent, sans véritable préavis, sur une note spatiale et sonore du batteur-percussionniste alors qu'elles sont armées pour durer encore (« Wheel of Life », « Savaka »).

David S. Ware adopte un son plus sobre, moins incendiaire, quoique halluciné. Il n'est plus l'élément combustible du groupe comme auparavant: l'équilibre du trio tient aux trois forces égales. On entend que le saxophoniste a pris un soin à particulier à la limpidité de son son, qu’il contrôle parfaitement. Son jeu aux saxophones, faits de circonvolutions hachées qui rappellent le mantra et amènent à une quasi-transe du saxophoniste, est plus compacte et décisif que par le passé; la densité est plus fulgurante (Écoutez le magnifique solo sur « Desire Worlds »). On aime à penser à la renaissance du saxophoniste. William Parker est comme à son habitude une mine de sonorités décalées, en particulier à l'archet, de rebondissements rythmiques et une grande force de proposition. Mais la belle surprise est Warren Smith qui sonne comme une  évidence. C'est à se demander pourquoi il n'apparaît qu'aujourd'hui dans la sphère musicale de Ware! Il est la clé percussive qui lui manquait. Smith est le batteur accompagnateur ubique par excellence: d'une main, il colorie les cordes de la contrebasse ou les ponctue à contre-temps à coups de gongs (« Book of Krittika »), de l'autre il suggère un mouvement de fulgurance au saxophoniste. Orchestrateur rythmique et sonore, Smith scintille et donne une vibration modulatrice à la musique du trio, aussi bien sur les peaux des timbales que sur la batterie.

Alors que Ware fête ses cinquante ans de pratique du saxophone, sa technique semble en pleine expansion, la maitrise totale de ses instrument lui permettent de projeter sa musique encore plus haut. En 2005, il nous confiait être guidé par une force qui le poussait à jouer, guidait son souffle; il nous racontait comment il se sentait investi de la force de Ganesh (« c’est la force de Dieu qui passe à travers moi. »). Le Saxophoniste Mystique est aujourd'hui encore plus convaincu par ce qui le meut depuis toujours : Dieu, un jazz expressif et suggestif... Free-jazz, terme bien trop réducteur ; Jazz introspectif, sans aucun doute ; mais jazz authentique avant tout. Un Musicien rare.

 

Jérôme Gransac

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 08:16

3 Cd Greenleaf 2010

Distribué par Orkhestrâ

Dave Douglas (tp), Markus Strickland (ts), Adam Benjamin (fder), Brad Jones (b), Gene Lake (dm), DJ Olive (ord, tntbles), Ingenieur du son Geoff Countryman

 SparkOfBeing_BoxCover72.jpg

Le  point  de  départ pour Dave Douglas était de créer, avec le réalisateur vidéaste Bill Morrison un projet tournant autour du thème de la création humaine. Morrisson pour les images en montage-collage auquel il est familier ( tiré notamment de séquences de films anciens) et Dave Douglas pour la musique, avec son groupe, Keystone. Vaste sujet que les deux artistes décidèrent  d’aborder sous l’angle métaphorique du Frankenstein de Mary Shelley. Chacun travailla alors de son côté et les images de Bill Morrisson et la musique de Dave Douglas se retrouvèrent en janvier 2010 pour  une session  de 5 jours au CCRMA (Center for Computer Research in Music and Acoustics à l’Université de Stanford) sous la houlette de l’ingénieur du son Geoff Countryman, auteur ici d’un véritable tour de force.

On  ne  sait  pas  trop  si  Dave  Douglas a  composé pour le film ou pour les musiciens tant la symbiose entre les deux est ici parfaite et offre à Keystone, une musique écrite sur des nappes fantasmagoriques et lunaires, volontairement inspirées du Silent way de Miles Davis. Où il est fondamentalement question de l’espace laissé au jeu développé sur des trames musicales.

L’univers  s’adapte alors  aux collages vidéos réalisés par Bill Morrisson et déploie avec une force évocatrice saisissante, un univers volontairement étrange, souvent inquiétant, relevant de sourdes angoisses sans pour autant n’être jamais totalement terrifiant ( Dave Douglas n’est pas John Zorn).

Dans  ce magma sonore où l’électronique joue un rôle énorme, Dave Douglas laisse ses musiciens jouer tout en cadrant leurs interventions. Markus Strickland au ténor y est particulièrement brillant et Dave Douglas, le trompettiste de Masada, toujours exceptionnel, rendant toujours hommage aux maîtres anciens (Miles, Don Cherry on le sait) mais aussi à ses jeunes compagnons d’armes  (comme Ambrose Akinmusire ou Ibrahim Malouf qu’il cite dans ses liners notes). Mais dans cet objet musical fantomatique, la prouesse vient aussi du traitement du son assuré par l’apport énorme de DJ Olive qui aux turntables se démultiplie et fait naître les atmosphères de l’album, l‘angoisse de l’apparition de bruits lointains et urbains, de cris suggérés, et d’une brume électronique inquiétante (Prologue) qui nous plonge un peu dans un Londres nébuleux et modernisé. Un univers parfois liquide aussi, flottant entre eau et espace et qui relève presque de l’expérience sensorielle ( Is it You ?).

On  peut  certes s’étonner  de  la  réunion  de  3 CD qui forcément comportent pas mal de redites dont le thème central « Creature » qui revient à de multiples occasions. En réalité ces trois albums, édités d’abord séparément relevaient chacun d’une logique différente : le premier était la bande originale jouée lors de la projection. Le deuxième était sa version  purement  «  jazz  »,  de  studio.  Le  3ème enfin,  comportait  les  thèmes finalement non retenus par Bill Morrisson. Alors certes la musique se suffit largement à elle-même, mais l’on ne peut éviter la frustration d’être privé du film et l’on se dit que finalement il aurait été bon d’ ajouter au coffret le DVD du film sans lequel le projet perd un peu de son sens. Choix éditorial curieux.

Reste que la musique est tout simplement superbe dans toutes ses dimensions. Dans sa dimension narratrice, on l’a dit. Mais aussi dans son écriture remarquable, ses arrangements, ses solistes et le traitement du son digne des plus grandes épopées du jazz.  Nous  nous  étions  il  y  a quelques temps enflammés pour le Moonshine de Keystone. Ce groupe définitivement s’impose à nos yeux comme l’une des formations les plus excitantes du moment, poursuivant la démarche de Miles par d’autres moyens. Il faut pour cela s’appuyer sur un collectif de musiciens exceptionnels qui se fondent avec brio dans la masse sonore qui se révèle à son tour un écrin superbe pour l’émergence de la musique. Ce magma est pétri sous la main d’un Dave Douglas génialement inspiré.

Jean-Marc Gelin

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:18

Cam Jazz 2010

Paul Mc candless (oboe, fl, saxs), Glen Moore (cb), Ralph Towner (g, p), Mark Walker (dr, perc)

 oregon.jpg

 Petit rappel pour un album qui aura certainement passé inaperçu et que c’est bien dommage et que franchement faut ouvrir les esgourdes parce que y a pas d’raisons de s’faire du mal et de passer à côté de ce petit nounours. Parce qu’il y a des petits bonheurs tout simples dont on ne devrait surtout jamais avoir honte. Du genre, prendre du plaisir comme celui que l’on a à l’écoute de ce nouvel album d’Oregon, le célèbre groupe crée par le guitariste Ralph Towner en 1971 et qui, presque trente ans plus tard semble baigner dans le même bain de jouvence. Jusqu’à livrer une musique d’une simplicité biblique, d’une évidence charmante avec la même fraîcheur que si c’était hier. Car ces musiciens-là qui se connaissent si bien n’ont pas perdu leur enthousiasme et leur talent. Ils savent faire le métier et le font avec envie. Mélodies efficaces, Paul Mc Candless sopraniste et flutiste -soliste étincelant, un Ralph Towner guitariste (acoustique) aux couleurs chatoyantes et à l’occasion pianiste et enfin une rythmique frémissante. Les couleurs sont un peu world-fusion et l’on pense au tribu qu’un groupe comme Hadouk Trio doit à ses ainés.

On chante les airs comme de vraies chansons qui s’installent et vous reviennent en caboche longtemps après. Parfois ça frise la telle simplicité que les snobs diront que c’est « service minimum ». N’empêche, on danse, on se laisse prendre, on met ça en boucle. C’est court, bref, fugace.

Franchement touchant.

Posologie : remplacer les chants de noël au pied du sapin par le CD d’Oregon.

Jean-Marc Gelin

 

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:35

 

Rebecca-Cavanaugh.jpgBlack and Blue / Socadisc

Rebecca Cavanaugh – voc ; Frédéric Loiseau – g ; Claude Carriere – p ; Marie Christine Dacqui – cb

En concert: le 23 novembre au SUNSIDE

 

Avec un tel titre, on aura vite compris le projet de cet album qui respire d’une douce nostalgie sans pathos, s’attardant sur des standards, de belles mélodies du jazz. Puisque le sous-titre est « Summer in all seasons », cet album, en dépit de sa première chanson, « Autumn leaves » peut s’écouter à loisir, en toutes saisons d’autant que le guitariste Frédéric Loiseau apporte les harmonies brésiliennes qui réchauffent les mélodies.

Présenter Claude Carrière à quelqu’un qui dit aimer le jazz ou même s’y intéresser est forcément inutile. C’est à lui que nous devons la découverte sur France Musique [sans « s » à l’époque, c’était en 1977] de la série feuilletonnesque ‘Tout Duke’ ! Il se met au piano accompagnant la jeune chanteuse de parents américains mais élevée à Londres, Rebecca Cavanaugh. Tous deux partagent un amour réel pour l’alter ego du Duke, le compositeur de mélodies immortelles Billy Strayhorn : cinq titres « Daydream », « Something to live for », « A flower is a lovesome thing » et « Blood count » lui rendent donc hommage, car Claude Carrière a « le cœur ellingtonnien » selon la jolie formule de son compagnon du JAZZCLUB Jean Delmas.

La chanteuse sert ce répertoire d’une voix tendre et voilée, toujours sur le bord de la fêlure. Sans jamais hausser le ton, sur le mode de la confidence et du murmure, elle berce délicatement de son vibrato léger, «Sometimes it snows in April », ballade de Prince sur fond des cordes de la guitare et de la contrebasse réunies.

Les arrangements sont soignés et voilà bien une chanteuse qui laisse de l’espace aux musiciens : écoutez le piano sur « Something to live for », la première chanson de Strayhorn enregistrée par Ellington ou sur la valse enivrante et mélancolique« Lotus Blossom ».

Piano et contrebasse terminent l’album d’un sombre  Bloodcount », alors que l’on se plaît à rêver devant la pochette illustrée de la composition de Sonia Delaunay (la mère de Charles) « Cinema ». 

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:17

 bobomoreno.jpgStunt Records / Sundance

Cd 10112

 

 

 

Ces Scandinaves sont décidément étonnants dans leur façon de s’ancrer dans une tradition et de la faire évoluer doucement .

Le chanteur Bobo Morenoreprend ici un répertoire majoritairement pop de bon goût des chansons de Lennon/Mc Cartney comme « A hard’s day night » ou « Yesterday », immortel tube de Mc Cartney, « 50 ways to leave your lover » du grand Paul Simonqui donne son titre à l’album, mais aussi « Manic depression »  de Jimi Hendrix. Mais aussi « Both sides now » de Joni Mitchell et le très émouvant et réussi « Everytime we say goodbye » de Cole Porter. Il est accompagné de Ole Kock Hansenau piano, Bo Stief( contrebasse et basse électrique) auquel sur certains titres se joint un quatuor de cordes dans l’arrangement de « People get ready » de Curtis Mayfield. Tout le pari des cordes (les Beatles l’avaient bien compris) est de changer la couleur, d’enrichir le propos tout en conférant à l’ensemble une certaine légèreté comme si des danseurs évoluaient en arrière-plan.

Visiblement, Bobo Moreno n’est pas un crooner au sens classique comme Harry Connick Jr à la mèche fringante et au sourire « émail diamant ». Il a une sensualité rauque dans la voix qui rappelle Sting, et sait être lyrique sans être sentimental.

Il reprend tous ces succès avec simplicité et sans fioriture ornementale avec une énonciation très claire, laissant ses accompagnateurs suffisamment d’espace pour servir les mélodies et leur conférer une couleur, un tempo jazz.

Un moment d’écoute très agréable, propice à la nostalgie.

A écouter en sirotant un verre au coin du feu avec des amis. La saison s’y prête, il n’y a pas de mal à se faire du bien parfois !

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 20:27

kaos-diederick-wissels.jpg

2010 – Laborie  

 

 

Diederik Wissels (p, électronique, compositions)

 

Vus de France, Diederik Wissels et le chanteur belge David Lynx semblent indissociables. Ils ont égrainé nombre de prix et d'excellences tant leur collaboration a été fructueuse. Par le passé, le pianiste, belge lui aussi et né à Rotterdam, a aussi connu d'autres collaborations émérites avec Larry Schneider, Kenny Werner, Philip Catherine et Marc Ducret. Et avant cela avec Chet Baker. Ces dernières années, il mène deux carrières aux colorations artistiques assez différentes: l'une avec Lynx ou Paolo Fresu en France, l'autre en Belgique avec le groupe Streams du saxophoniste Bart Defoort, entre autres.

Kaos est le deuxième album solo de Wissels et la suite logique à son premier solo Together paru en 2007. Sur Kaos, les treize compositions sont du pianiste: les dix premières constituent une suite de saynètes musicales intitulée « Kaos ». On reconnait volontiers des influences classiques et jazz dans les compositions et dans le jeu du pianiste. Les phrasés idiomatiques du jazz se font diserts à travers de nombreuses influences allant de Bill Evans à Keith Jarrett. Pour exemples, les deux premiers chapitres de « Kaos » nous rappellent les introductions du concert de Bregenz de Keith Jarrett en 1982. Au fil des morceaux, le pianiste se désengage de ces sillons pour se donner à une expressivité, pour le coup, tout à fait personnelle. Les « chapitres » de Kaos, comme les intitulent Wissels, se suivent sans assemblage cohésif apparent, mise à part une certaine application à la mélancolie. D'un chapitre à l'autre, le pianiste chavire, sans transition, d'une chopinade à tiroirs à un  jeu calqué sur des sonorités électro-douces, synthétiques et spatiales qui suggèrent une sensation d'urgence dans le mouvement « Kaos ».

Wissels jouit d'un talent évident pour la composition qu'il associe à un jeu minimaliste sans esbroufe, une émotion naturelle et sans tricherie. La netteté de son propos nous touche tout du long: il caresse la beauté et revitalise les émotions fondamentales.

Pour clore cette rencontre intérieure, « Kronos », la dernière pièce, au piano trafiqué aux effets électroniques semblent annoncer la teneur et le son d'un troisième volet en solo. Sans a priori aucun, laissez vous aller à la musique: Wissels vous amène dans un univers où sa simplicité vraie rend sa musique unique.

 

Jérôme Gransac

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 17:31

aerophone.jpg

Yoann Loustalot, Blaise Chevallier, Emile Saubole,

Fresh Sound New Talent

Enregistré en 2009 

 

Trompettiste de jazz, expérimentateur de haute volée, subtil accompagnateur, Yoann Loustalot a un son, indéniablement. C’est la première chose qui saute à l’oreille dès l’introduction exacerbée de « Five characters » (in search of an exit ), la parenthèse  soulignant utilement ce sentiment d’énervement irrépressible, ces phrases qui s’épanouissent en volutes énervées, stridentes souvent, en bourdonnement exaspéré.

Ainsi sort le nouvel opus intitulé justement « Aérophone » de Yoann Loustalot sur le label Fresh Sound New talent, dédié justement  au souffle , cette manifestation mystérieuse de l’âme.  Pour régler définitivement ( ? ) la question des influences, citons l’ami Méziat (Jazzmagazine) qui suit le musicien depuis longtemps : «  On le rangerait plutôt dans une série qui irait de Bix Beiderbecke à Tom Harrell, et qui aurait flâné longtemps du côté de Saint-Louis (Missouri), d’où sont issus Clark Terry et Miles Davis, entre autres. » C’est qu’il a eu tout loisir d’écouter le trompettiste, entre autre à certaine édition de son BJF (Bordeaux jazz Festival) au sein d’un groupe original et même improbable Grand Six.

Alternance déconcertante mais bien vue de rythmes, ruptures de tempos dans des  ballades au doux crescendo  comme « Plus de poissons », lentes sinusoïdes méditatives comme dans « Frases »,  ou  « Lamentation » recueillie, volutes charmantes de « Papagei ». Les envols qui suivent détonent d’autant plus joyeusement au bugle ou à la trompette, puique le musicien joue des deux avec aisance.

Ses acolytes l’accompagnent sobrement : ils savent faire ce qu'il faut pour impulser le mouvement comme dans « Petit pays ». Ce sont Blaise Chevallier à la contrebasse et Emile Saubole aux drums : leur musique  n’est jamais aussi souple que quand elle est jouée en douceur.  En résumé,  avec un son délicat, un phrasé d’une limpidité saisissante dont on se plaît à suivre les méandres, à la fois sensible et technique, ce trompettiste est à suivre avec attention, même si, comme le soulignait finement Philippe Méziat, l’on s’attache plus encore à l’énonciation qu’ au sens même du discours. Et c’est un peu dommage.

 

Sophie Chambon
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 19:24

Act – 2010

IyerSolofront001.jpg 

En août 2009, lorsque j’ai interviewé Vijay Iyer pour les DNJ, je lui posais cette question : « Je crois savoir qu’après l’expérience du trio, vous allez effectuer quelques concerts en piano solo. C’est quelque chose de nouveau pour vous, pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette évolution dans votre carrière de pianiste et est-ce qu’il est possible qu’un disque entièrement en piano solo soit publié un jour prochain ? » et il me répondait : « Effectivement c’est un challenge pour moi de me lancer dans un répertoire pour piano acoustique solo. C’est important à ce stade de ma carrière de me lancer des défis et de continuer à évoluer. J’espère que je vais pouvoir exprimer et extérioriser plein de choses qui sont à l’intérieur de moi et pourquoi pas, si le pari est réussi, en faire un disque ! » (1). Neuf mois plus tard, à Belmont en Californie, Vijay Iyer enregistre dans les studios OTR ce premier album en piano solo et nous délivre une magnifique introspection musicale jouée avec une profonde expressivité. Il va au fil des plages rendre à la fois hommage à ses maîtres (Ellington, Monk, Steve Coleman) et continuer à approfondir sa propre musique à travers des compositions où il nous dévoile un monde intérieur foisonnant et complexe avec une grande sensibilité et un fort pouvoir émotionnel. L’admirable prise de son de Cookie Marenco est toujours au service de la musique, en prenant des options différentes suivant les titres et les climats suggérés, elle donne beaucoup d’ampleur au son du piano grâce à un système unique que Marenco a lui-même inventé intitulé e.s.e (extended sound environement). Une profondeur de son, qui additionné au jeu complexe, rythmique et harmonique de Vijay Iyer, amène  une dimension orchestrale fort intéressante à cet exercice pianistique solitaire. L’album démarre par « Human Nature » qui n’est pas seulement un hommage à Michael Jackson, mais aussi une référence à Miles Davis (qui avait repris ce thème en 1985 dans son album « You’re Under Arrest »). Vijay développe ici de très riches ornements harmoniques à partir de cette belle et simple mélodie. Pour sa relecture inspirée et profonde d’« Epistrophy » de Monk, la prise de son est plus feutrée et intérieure, les notes jouées, piquées et pointues, ne résonnent pas de la même façon et sont beaucoup moins réverbérées. Avec « Darn That Dream », on constate un jeu où l’économie de notes est au service d’un touché fin et sensible afin de rendre un bel hommage aux piano stride des années 1920-1930. La compréhension  de l’œuvre Ellingtonnienne est totalement assimilée et assumée d’un point de vue subjectif, que ce soit dans le son jungle admirablement bien restitué de « Black and Tan Fantasy » ou dans la vision sombre et lente de « Fleurettes Africaines » où la mélodie ne chante pas si facilement mais résonne en de lointains échos caverneux. La relecture de « Games » (que Steve Coleman avait composé pour le trio de Dave Holland en 1988) propose une complexité rythmique du jeu de piano complètement stupéfiante. Enfin Vijay Iyer reprend la très belle mélodie de « Desiring » qu’il avait écrit pour l’album « Blood Sutra » en 2003 et signe quatre nouvelles compositions pour cet opus solo dont on retiendra surtout le fantastique « Patterns », un morceau phare qui résume parfaitement bien le travail d’introspection inspiré, tendu et poignant, qu’il effectue sur ce magnifique album hautement recommandé.

 

Lionel Eskenazi

 

(1) On peut lire l’intégralité de cette interview sur le lien suivant : link

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 12:05

Enja 2010

Florian Weber (p), Jeff Denson (cb), Ziv Ravitz (dm)

minsarah.jpg  Nous nous étions déjà emballés en 2006 pour le précédent album de ce superbe power trio constitué sous l’égide du pianiste de Cologne, Florian Weber et de ses deux acolytes américains, Jeff Denson et Ziv Ravitz. Les trois s’etaient rencontrés au cours des études américaines du pianiste. Après 4 albums dont le premier remonte à 2001, même emballement pour ce trio dont on se dit qu’il pourrait bien succéder à Svensson tant ils savent manier, sur des motifs simples, un groove irrésistible. Entre école nordique du piano et tentation Meldhienne, Minsarah affirme désormais une réelle maturité. Une façon de jouer sans détour, d’affirmer ce qu’ils savent faire sans trop tourner autour du pot. A force de jouer ensemble depuis presque une décennie, ils se trouvent aujourd’hui les yeux fermés et atteignent à une homogénéité et un son de trio cohérent et diablement efficace.


A 33 ans Florian Weber s’impose désormais comme l’un des pianistes majeurs de la scène actuelle. Pas forcément le plus bluffant sur le plan technique. Pas le meilleur improviateur. Mais assurément doué d’un sens hamrmonique et rythmique qui lui permet de créer le motif, l’alibi, le cadre. Et ce n’est pas un hasard si Lee Konitz, lorsqu’il ne joue pas avec Dan Tepfer s’en est fait un accompagnateur privilégié signant même plusieurs albums avec le pianiste. Disciple de John Taylor qui ne tari pas d’éloges sur lui et de Paul Bley, Florian Weber a gardé d’eux cette façon de faire swinguer l’intervalle, de rebondir sur la rythmique comme en témoigne ce Alone Together, l’un des deux standards de l’album qui prend des allures d’exercice de style où l’art du swing se mêle insensiblement à celui de la fugue,  ne reniant jamais complètement sa propre culture classique ( Bach et Bartok en filigrane).

Droits dans leurs bottes et à l’aise dans leur format, le trio, où chacun compose seul ou à plusieurs mains l’essentiel du matériau est toujours cadré, toujours en place. L’écriture est belle et les arrangements laissent respirer la musique avec beaucoup d’élégance et de légèreté. Ça fonctionne bigrement avec autant de fluidité que de fraîcheur. La musique évolue, insensiblement, restant toujours en parfaite cohérence, et si les chiens ne sont jamais vraiment lâchés c’est surtout que le trio a le swing élégant et subtil. Et nous, on marche dans le coup de ce trio moderne .

Jean-Marc Gelin

 

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