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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 16:57

Airelle Besson (tp), Sylvain Rifflet (ts, cl), Julien Omé (g, ukl), Guido Zorn (cb, laptp), Nicolas Larmignat (dm, pad), Gilles Olivesi (ing son)

ENJA 2010

rocking-chair.jpg

Voilà typiquement l'album que l'on aurait aimé aimer. Déjà, à la base les dés pourraient sembler pipés tant l'on adore Sylvain Rifflet et sa consoeur du Pandemonium (le big band de François Jeanneau), la formidable trompettiste Airelle Besson.

Voilà deux jeunes talents incroyables qui échappent à tous les clichés. Deux qui dégagent naturellement un sens inné de la musicalité des choses. Dans leurs phrases jouées, dans leur façon d'appréhender leurs chorus, dans cette manière d’écrire et de faire sonner les harmonies un peu sombres, dans ce partage de l'espace et cette mise en valeur de l'un par l'autre, ces deux-là sont naturellement fait pour s'entendre. Il y a dans leur cuivre un patrimoine musical commun. La même façon de s'affranchir des frontières musicales et de jeter des ponts naturels entre ce qui est jazz et ce qui est rock. Nous partions donc d'un a priori très favorable d’autant que l’on avait encore à l'oreille le premier et précédent album de Rocking Chair qui semblait alors apporter sur la scène française une proposition aussi nouvelle que celle de leurs collègues de Limousine ( le groupe de Maxime Delpierre).

Seulement voilà, les deux premières écoutes de l'album ( mais peut-être étais-je très fatigué à ce moment-là) se sont chaque fois immanquablement terminé par une irrépressible envie de dormir. J'ai certes été happé par la masse orchestrale qui se dégage de leur ensemble et par la qualité des arrangements. Mais, passé l'effet de surprise et une fois sorti du magma, j’ai trouvé que le procédé d'ensemble devenait assez facilement prévisible. Comme si les ingrédients compositionnels étaient assez limités pour en faire des assemblages assez identiques d’un morceau à l’autre. Par exemple ce principe, si souvent utilisé dans le jazz moderne basé sur des irrésistibles montées, des crescendo paroxystiques portés par une rythmique très noisy censée faire rock. Ça commence doucement et ça finit dans le vacarme et la puissance orchestrale. Trop souvent entendu. Et s'il est vrai que cela marche au début, cela lasse un peu à la fin. Les motifs mélodiques ou harmoniques tournent en boucle, agrémentés de légers bruitages électro (comme pour s'inscrire dans son temps) et donnent une impression de déjà entendu. On passe sur ce clin d ‘œil de commencer l’album par un morceau nommé « coda » mais l’on digère beaucoup moins le dernier titre, cet interminable Gardel a Partiti dont la boucle n'en finit pas de boucler sur elle-même comme s’il s’était agi de remplir l’espace.

La magie, la poésie qui émanait du précédent album n’opère pas. Ou en tout cas, malheureusement pas sur moi.

Mais il y a quand même dans cet espace musical, des voix qui émergent d’une rythmique un peu lourde. La voix D’ Airelle Besson qui à elle seule donne une incroyable couleur à l’album comme sur Blanc où au-dessus de rythmes tribaux, la trompettiste installe son son  et la chaleur de son timbre. Ou encore dans ce Princess où l’on entend des réminiscences Milesiennes ou (plus proche de nous) du côté de Dave Douglas.

Alors on s’accroche. On se dit qu’on loupe forcément quelque chose. Et, à force d’écoute on se dit qu’il se dit qu’il s’agit quand même d’un bel ouvrage. Que le mariage de cette masse orchestrale à la création d’un espace musical parfois dense et parfois très aéré est remarquablement bien arrangé. On essaie de se convaincre de la trame. On repère ces arrangements faits de petits inserts électro comme des pépites qui viennent sertir la forme. Et au final on se prend à adhèrer. Sans toutefois être jamais réellement convaincus.

Jean-Marc Gelin

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 23:57

Sophia-Domancich---Snakes---Ladders---verso.jpg


Cristal Records/ Harmonia mundi

 

 

Sophia Domancich continue à nous charmer, et avec ce nouvel opus Snakes and Ladders, à nous surprendre. Elle trace résolument sa route, enrichit son parcours de nouveaux paysages, essences, cultures et civilisations. Les photos de pochette et le titre, sur lequel nous reviendrons, suggèrent qu’elle fait route vers l’Est, via un détour
par l’Espagne avec le bouillant Andalou, Ramon Lopez, le complice du «Flower trio» qui s’invite de ses paumes et de sa voix, sur la guitare de Louis Winsberg, dans un titre de sa composition, le dépaysant « Mis manos te acarician ».
Mais la grande surprise (encore que Sophia Domancich soit une fidèle de l’univers de Robert Wyatt et une amie de longue date de John Greaves) est d’avoir réservé une aussi grande place aux voix et à leur pouvoir d’évocation. On plonge immédiatement dans une étrange familiarité, une inquiétante étrangeté à l’écoute de ces timbres irréels, de voix maléfiques  de contes de fée : ainsi Himiko Paganotti (Magma) dans cette ritournelle
« In the box », évoque l’atmosphère genesienne de « The musical box » dans Nursery Cryme (1972), « théâtre d’un conte fantastique et tragique… où une boîte à musique devient la porte ouverte sur un imaginaire fascinant ».
Il y a aussi plein de petits bruits déconcertants, de grésillements, d’eaux qui ruissellent, de nappes de son pour le moins effrayants, comme dans un film fantastique du grand Tim Burton avec la troublante Helena Bonham-Carter. Et encore tous ces bruissements perpétuels de la vie auxquels Jocelyn Moze et Jef Morin ne sont pas étrangers.
On pense enfin à d’autres BO avec la voix aimée, rauque et sauvage, râpeuse de John Greaves, dans « High tide on the ebb» ou «Est-ce l’heure du thé?», celle plus grave et chaude du slammeur américain Napoleon Maddox, qui égrène ce refrain entêtant, cette ritournelle d’«Isabella Sand » dans «The Island ». Puis surgit la voix « ancestrale » de Robert Wyatt sur un titre « Wilderness » que Sophia reprend seule.
Ce n’est pas du jazz, Sophia Domancich le reconnaît bien volontiers, même si elle ajoute qu’elle a « l’esprit jazz.» Question aussi de génération, d’époque, de cycles, de cercles pas « vicieux » qui renvoient à une révolution permanente : les quinquas ont naturellement écouté du rock et de la pop anglaise teintée ou non de
blues.
Si cet album de Sophia Domancich diffère de ses précédents, en duo avec Simon Goubert, en trio avec JJ Avenel, ou même en formation plus développée comme dans le quintet Pentacle, l’équipe dont elle sait s’entourer, est celle de la famille de coeur et d’esprit, les frères et sœur de son. Autour d’elle et de Simon Goubert, le complémentaire, discrètement efficace, des proches entourent la pianiste dans cet ensemble très anglo-saxon, autour des poèmes de Jacqueline Cahen, traduits par l’ami de toujours, John Greaves.
On continue d’avancer sur cet échiquier, ces combinaisons de mantras, avec le piano envoûtant, dans une répétition qui débouche inéluctablement sur une forme et un sens. Le fond intimiste et mélancolique de la musique de Sophia est toujours là avec ces brisures, ces motifs entrecoupés de silences, alors que Simon Goubert joue des peaux et des cymbales, colore subtilement, en contrepoint des figures rythmiques, répétitives elles aussi.
Pourquoi cet album maintenant ? Au lieu de s’aventurer sur des «terra incognita», Sophia Domancich fait retour, reformule, synthétise, opère un bilan (horrible mot, trop connoté comptable ou médical) ; elle regarde dans le rétroviseur pour continuer à avancer, depuis le Funerals de 1991. Pour avancer, il faut oublier, dit-on. Pas si sûr .Car, on ne fait jamais table rase mais on peut continuer à créer, transformer, vivre, en explorant les relations entre mots et musiques, sens et sons.
Si cet album soigné, sophistiqué même, qui fait la part belle au re recording et au travail de post enregistrement, a pris du temps, il est singulièrement abouti.
Eclairons enfin le sens du titre Snakes and ladders, qui renvoie à un jeu de société, d’origine indienne (avec vertus et démons), prisé des enfants anglais, qui se joue avec un plateau et des dés. Ainsi l’aléatoire est de la partie, car « jamais un coup de dés n’abolira le hasard »…

 

Sophie Chambon

 

PS:

A l’occasion de la sortie de l’album de Sophia Domancich «Snakes & ladders » , retrouvez Sophia Domancich et ses invités sur l’unique  concert du jeudi 09 décembre 2010 à 21h00 au Triton , 11 bis rue du Coq Français 93260 Les Lilas

 

Avec Sophia Domancich : piano, claviers

           John Greaves: voix

           Himiko Paganotti: voix

           Jef Morin : guitare


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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 23:35

Aphrodite records 2010

Barend Middelhoff (ts), Pierre Christophe (p), Cedric Caillaud (cb), Philippe Soirat (dm)

barend-middelhoff.jpg S'il ne devait rester qu'un seul défenseur de cette tradition du jazz de club, de cette perpétuation du be-bop des caves enfumées, ce serait bien Jean-Jacques Grabowski dont le label poursuit inlassablement et avec amour son travail qui consiste à maintenir vivante la flamme de ce jazz que l'on aime. De celui que l'on continue à entendre à New-York par exemple lorsque l'on pousse les portes du Small pour entendre des ténors comme Grant Stewart ou  Abraham Burton.

En enregistrant le saxophoniste néerlandais Barend Middelhoff, Grabowski perpétue cette tradition. Entre Amsterdam, New-York (où il fut l’élève de Dewey Redman ou de George Garzone) ou encore Paris et Bologne où il réside actuellement, le ténor a plus que roulé sa bosse du jazz.

Mais que les adeptes d'un jazz moderne, cérébral, adorateurs des structures impaires et des atonalités dominantes passent leur chemin. On est juste ici comme au cœur d’un 3ème set.  Middelhoff retrouve, entre autres camarades de jeu de ses anciennes aventures parisienne, le pianiste Pierre Christophe toujours admirable dans le phrasé bop auquel on jurerait que parfois il aime ajouter une pointe d’humour décalé, ainsi qu’une fameuse paire rythmique  dans le genre assurance tous risques, composée de Cédric Caillaud et de Philippe Soirat.

Tous les 4 jouent comme ça, naturellement cette musique toujours réinventée. Pas d’effets. Pas de trucs tirés par les cheveux. Juste une musique simple joué en toute souplesse et en décontraction. Barend Middelhoff, superbe ténor au son de velours évolue dans une tradition purement lesterienne. Et avec sa rythmique hyper efficace et rompue à l'exercice, il fait le job avec plus ou moins de conviction. Pas de réelle inventivité dans le propos (c’est vrai que ça date un peu mais pourquoi faudrait il que cela ne date pas ?), mais un vrai amour de ce jazz là qui dit le swing avec classe et élégance. Voire avec une pointe de détachement nonchalant. Une sorte old fashioned émouvant et faussement blasé que l’on voudrait pourtant parfois un peu plus engagé.

Mais Barend Middelhoff ne se situe jamais dans cette fausse énergie que l'on croit déceler chez les musiciens lorsqu'ils jouent vite et fort. Il est dans une autre énergie, celle de dire ce swing sur n'importe lequel des tempi avec ce phrasé sensuel et juste ce qu'il faut de souffle websterien et de léger vibrato.

Le ténor aime les mélodies. Involontairement il y rend un bel hommage à Blake Edwards qui vient de nous quitter, en reprenant ce Nothing to Losed’Henri Mancini immortalisé dans le film, The Party. Ou encore dans un thème de sa composition fort joli, Place du Marché sainte Catherine dont les parisiens savent bien qu'elle est, l'été l'un des plus délicieux endroits de la capitale.

 

Fondamentalement inspiré, le ténor et ses acolytes nous font vivre là un moment agréable de jazz.  Ils ont cet art de transporter le plus petit club de jazz en plein cœur de votre salon. Franchement, ce serait fort dommage de s'en priver.

Jean-marc Gelin


 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 23:23


Entre-deux-tours-net-.jpgThierry Di Filippo guitare/oud,  Mickael Sourd guitare, Laurent Marc vibraphone/xylophone, Steeve Denoy contrebasse.

2010 - Autoproduit

Le Site  

 

 

 

Entre deux tours est le troisième album du groupe toulousain Swing39 qui sévit depuis une dizaine d’années. Avec ce nom de groupe qui rappelle inévitablement un titre de Django, on sait qu’on à faire à un quartet manouche. Mais, pour le coup, ce n’est pas n’importe quel groupe manouche. En effet, Swing 39 revendique une approche World music et le fait clairement apparaitre sur la couverture du cd: « World Gipsy Jazz ».

On pourrait l’interpréter comme une simple accroche commerciale. Mais le dernier né de ce quartet recèle un vrai travail dans la mixité des styles avec le genre manouche en trame principale. La constitution du quartet est d’abord inattendue avec l’utilisation du vibraphone et du xylophone de Laurent Marc, puis dotée d’une structure manouche classique (deux guitares et une contrebasse). Ensuite, le groupe se lance dans deux titres aux trames manouche Afrique du Nord (« Entre deux tours », « Marrakech la Folle ») à la guitare remplacée par le oud, et un troisième adaptent l’idiome musical chinois au xylophone et deux guitares à une valse !  Le vibraphone trouve sa meilleure place sur « Blues for Toons » qui navigue de la comptine au blues manouche endiablé avec un accompagnement à la pompe manouche et de larges variations de rythmes; le standard « Night and Day » est dense et rapide pour un accompagnement léger du vibraphone qui joue le jeu des répons aux guitaristes ; « Recuerdos de Lucia » est un morceau hispanisant, "Mojito Bossa" est une ...; « Charlie » est une ballade rapide aux allures pop balancée par une guitare électrique à la Wes dans les accompagnements. Quand on vous parlait de diversité … Les mélodies sonnent toutes bien dans un sillon manouche bien maitrisé.

Les onze titres de Entre les deux tours sont soignés et joués avec grande application. Avec Entre les deux tours, Swing 39 propose une musique bluffante et réjouissante, facile à écouter et de la meilleure facture que l’on nous ait donné d’écouter ces dernières années dans ce registre. Il est des œuvres dont on ne sort pas indemne. De celle-ci, on sort plus intact qu’on ne l’a jamais été.


Jérôme Gransac

 

Quelques vidéos réjouissantes:


Mojito Bossa

 

Entre deux tours


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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 15:55

Milan 2010

Kristin Asbjornsen (vc),  Käre Nymark Jr (tp), Tjord Gustavsen (p), Mats Eilertsen (cb), Kenneth Ekornes (dm)

 nymarkcollective

C’est à l’occasion de deux concerts donnés à Oslo et à Bergen que ces enregistrements ont été réalisés. Autour du jeune trompettiste Käre Nymark, son quartet Norvégien est réuni avec le pianiste Tjord Gustavsen ( qui signe au passage une belle composition et quelques arrangements efficaces) et surtout l’incroyable jeune chanteuse Kristin Asbjornsen qui joue de sa voix rauque et cassée comme une superbe blueswoman que l’on croirait sortie d’un rade du Delta. Et c’est d’ailleurs un peu le but voulu pour cet hommage à la plus grande chanteuse de blues de tous les temps, Bessie Smith.

A partir de là, c’est en se donnant des airs de Joe Cocker au féminin que la chanteuse gravit quelques montagnes sacrées sans complexes donnant même à la gravité du blues une certaine légèreté frôlant parfois le contresens comme par exemple sur ce Mourn the Mourners dont la gouaille rafraîchissante nous plonge dans un autre univers. Pourquoi pas finalement adhérer à cette lecture là, qui assimilerait plutôt la grande Bessie à une chanteuse de bar ou de quelques cabarets pour ivrognes de bouges. Toutes les grosses ficelles du blues sont là et ça joue simple et straight et sans chi-chi et ça s’encanaille juste comme il faut. La chanteuse assurément dégage. Qu’il s’agisse d’une sensualité à fleur de peau ( l’érotisme du blues ?) ou de ses mauvaises manières de chauffeuse de salle ou encore de son charisme vocal indéniable. Mais là où Bessie Smith donnait dans le subtil, dans la faille humaine cachée mais visible, dans l’histoire du peuple noir qui etait sa propre histoire portée sur les épaules, la version qu’offre Kristin Asbjornsen est décidément blanche et bien plus lisible au premier degré.

Mais l’ensemble est efficace, ça joue straight sans aucune fioriture. Ca marche en tout cas assez pour convaincre et faire le show.

Pourquoi pas.

 Jean-Marc Gelin

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 12:32

MeTal-O-PHoNe.jpg

Coax Records - 2010

 

Benjamin Flament (vib), Joachim Florent (cb), Elie Duris (dr)

 

On les savait jeunes, curieux de tout, avides de connaissances, cherche-partout. Voilà le premier album de la paire Flament/Florent accompagné d’Elie Duris à la batterie.

MeTal-O-PHoNe. MeTal-O-PHoNe. MeTal-O-PHoNe … Ca sonne aride et éclatant comme le métal, ça en dit long sur le projet. Tout a été précautionneusement étudié pour ce projet : les directions et techniques musicales, le visuel, le choix des instruments et leur utilisation. C’est brillant. Comme le métal.

D’abord le visuel : la couverture nous montre un amas de métal ; le dos : une tour de métal raide et complexe, probablement rouillée par le temps, sur un fond rouge qui fait penser aux Hauts-fourneaux d’Usinor avec ces coulées de plomb à 1000 degrés qui, croyez moi car j’y étais, vous glacent le dos; l’intérieur : une clarté bleue aseptisée avec une présentation minimaliste du groupe et des intervenants dans le projet.

La richesse des sonorités. Benjamin Flament fait éclater son xylophone à travers de nombreuses expressions sonores : sèches ou longues, xylophone monté sur des effets sonores distordus durs ou malléables. La contrebasse grinçante et vibrante (avec un long et bon chorus à l’archet virevoltant sur « Karter »), souvent fulminante, de Joachim Florent est le lien le plus directe avec le métal industriel que nous évoque le visuel. La batterie, bondissante et ordonnée, est un joyau de sonorités métalliques aux cymbales et le jeu sûr et précis, léger et appuyé à la fois nous montre qu’Elie Duris est un travailleur acharné de l’instrument en passe de devenir un maître en la matière. Quelle maitrise rythmique que ces trois là !

La musique. C’est une musique sonnante et ferme, haletante, parfois rude mais travaillée, expressionniste. « Roms » et « Papouilles » font penser aux explosions magmaiennes de l’époque de Üdü Wüdü avec un xylophone trafiqué et une contrebasse heavy-metal. Le travail sur la rythmique est permanent, en témoigne « Steve Reich in Babylone » où le trio travaille un drumming reichien martelé au xylophone qui se délie, avec le soutien des cymbales éclatantes et nerveuses, dans une ambiance rock sur une rythmique tout en déphasage. On se souvient avoir entendu ce son de cymbales dans l’œuvre improvisée « Sons / Neheh » enregistrée dans une chambre d’hôtel réunissant Jannick Top et Christian Vander.

La musique encore. C’est une musique de transe, planante et envoutante ; une musique comme « Improvisation Zen » que l’on écoute allongé, le corps en suspension. Il ya beaucoup d’influences dans cette musique : des formules traditionnelles ancestrales (« Tahiti ») aux musiques contemporaines les plus recherchées en passant par des clins d’œil jazz comme « Bama » à la rythmique très fournie, des morceaux rock progressif très réussis, comme « Robotsticks », qui nous évoquent certains moments zappaien ou crimsonien. Sur les douze compositions du trio, quatre pièces courtes temporisent les élans brulants et les déserts éthérés ; ce sont des petits exercices de styles (« Vision 1 » et 2,  « Mutation 1 » et 2) qui tracent le sillon pour les autres morceaux plus longs et fouillés.

MeTal-O-PHoNe, ce n’est pas à proprement parler du jazz, du rock ou de la musique minimaliste, c’est la résultante de tout cela et de bien d’autres encore. C’est un travail essentiellement basé sur les Rythmes, avec un R majuscule, exécuté par trois jeunes musiciens doués, bûcheurs et très créatifs. Une grande bouffée d’air en cette fin d’année, une goulée métallique !

 

Jérôme Gransac

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 11:20

Swing 21 - Brizemur

Autoproduit

Caroline Cartier (g), Romain Brizemur (g), Luc Desroy (g)

 

Il y a des fois où des projets nous surprennent par leur originalité et la tendresse qu'elle nous évoque. Avec Swing XXI, le guitariste manouche Romain Brizemur se dévoile et pas sans un certain trait d'humour. En quelque sorte , Swing XXI serait un album-concept où Brizemur propose un swing manouche modernisé et hétéroclite du 21-nième siècle; c’est aussi le moyen pour lui de nous faire travail ses compositions pour guitares en musique contemporaine.

Le principe de cet album est basé sur seize duos joués par Romain Brizemur et, alternativement, Luc Desroy et Caroline Cartier. Swing XXI « fonctionne » comme le fait une « play-list » de lecteur mp3 : en déroulant de manière aléatoire des chansons qui n'ont à priori rien en commun. On saute du coq à l’âne, de Bob Marley à Frank Zappa, de Shakyra à Snoop Dog... en effaçant définitivement la notion d’album et son atmosphère.

Le concept-album prend toute sa forme dans cet esprit « play-list » avec son enchainement de pièces manouche/contemporaines: huit duos de standards écrits par Django sont intercalés avec huit duos de guitares contemporaines, composés par Brizemur. L’un des intérêts de cet enchainement incongru est de nous faire apprécier la qualité des jeux respectifs, un autre est de nous montrer que Brizemur change de guitares comme de styles.

Par ailleurs, les compositions du guitariste sont des pièces de guitare fort bien écrites et interprétées, mélodieuses, à peine délurées mais extravagantes (« Bourrée »). Elles sont contenues dans un canevas dense et court et sont dotées d’un véritable propos synthétique et imagé (« Gigue »). Le duo Cartier/Brizemur a plus à voir avec la guitare classique que jazz, aussi bien dans le jeu que dans la prise de sons. Et on serait tenté d’écrire que le très plaisant duo Brizemur/Desroy, celui qui interprète les compositions de Django, est dans un registre manouche tout à fait classique si la fin de leurs interprétations ne se terminaient pas dans des explosions bruitistes et des dérapages et distorsions sonores contrôlés (« Swingtime in Springtime », « Tears ») dont le but est d’ouvrir la voie à la pièce contemporaine qui fait suite. C’est sûr, côté manouche, Brizemur déroge aux règles strictes du genre.

A vrai dire, on avait crainte que la gadgétisation de cet album-concept en soit … une. Mais grâce aux interprétations de haute facture et aux toutes très bonnes compositions, l’album y échappe sans peine. L’audace un peu transgressive de Brizemur et son naturel revêche apportent une fraicheur nouvelle au regard des productions actuelles, de plus en plus formatées. Bref, Swing XXI ne provoque pas de haut-le-cœur et n’est pas un véritable album-concept au sens qu’on donne habituellement, mais plutôt une construction à tiroirs qui s’ouvrent sur de belles surprises du présent passé.

 

Jerome Gransac

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:45

Abalone production 2010

Denis Badault (p), Régis Huby (vl), Tom Arturs (tp), Sébastien Boisseau (cb)

 h3b.jpeg

Totalement déconcertant. A tout le moins iconoclaste. On cherche, parce que c'est pratique et toujours réducteur (donc facile à faire), dans quelle case on pourrait ranger cet album du (trop rare) pianiste Denis Badault sans jamais y parvenir réellement. La musique est écrite et improvisée, c'est du jazz mais Régis Huby y apporte des sonorités parfois très classiques, ça part parfois à la limite du free, c’est expressif et parfois poétique, c’est mystérieux sans l’être tout à fait. C'est en tout cas toujours surprenant dans la forme.

A la base, la formation est originale et basée sur un quartet à trois cordes (piano, contrebasse et violon) + une trompette. À partir de là les procédés d'écriture nous donnent une lecture à angles multiples jouant sur des formats à géométrie variable. Les musiciens dialoguent, se croisent, s'intervertissent, changent de place dans des propositions qui vont du duo au quartet réuni. Denis Badault peut déplacer les lignes comme il l'entend et  ajouter ou retirer un élément à sa guise sans jamais que l'ensemble ne perde en homogénéité (comme c'est le cas par exemple sur Doubles Cordes). Mais si le partage et l'échange de rôle peuvent se produire facilement c'est que chaque musicien est totalement impliqué dans le projet avec une formidable énergie qui circule de l'un à l'autre ( Rage en ut).

L'écriture de Denis Badault se fait parfois ténébreuse (comme dans Jon B) ou s'éclaircit avec cette Contine des Hauts Part 2. Et si l'on apprécie cette complémentarité du quartet composé de fortes personnalités musicales qui jamais ne se diluent, on apprécie aussi les (trop rares) incursions de Denis Badault , selon nous un peu trop cantonné au rôle rythmique, mais qui, lorsqu'elles émergent apportent une réelle clarté à l'ensemble. Regis Huby et Tom Arturs (remarquable trompettiste anglais) font montre quand à eux d'une admirable complicité et la paire s'associe autant par le contraste de leurs sonorités que par leur approche musicale radicalement  différente. La paire Badault +Sébastien Boisseau assurant le liant entre les deux.

Reste que cet ensemble original ne laisse de nous perdre. Au point que l’on a du mal parfois à accrocher réellement au propos. Pas de fil mélodique auquel se tenir, des structures originales et surprenantes ce qui en soit est toujours une aventure, mais dont on sort sans savoir réellement où Denis Badault souhaitait nous mener. Ainsi en est-il du dernier thème, L'arbre à Quinte qui dérive de "Tenderly" et qui achève de nous perdre dans l'univers mystérieux d'entrelacs de Denis Badault.

S'il y a chez le pianiste-compositeur des airs de Braxton ou de Threadgill, il y a surtout dans son écriture cet art de susciter l'interactivité. Et ce qui peut s'entendre comme une réelle "Suite" musicale doit forcément trouver une suite logique sur scène.

La musique de Badault en est en tous cas un formidable prétexte.

Jean-Marc Gelin

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 19:53

 

Machado-danzas.jpgSortie CD jeudi 4 novembre

BEE JAZZ / ABEILLE

 

Concerts : 23 et 24 novembre au Studio de l’Ermitage (Paris 20ème)

 

 

 

Jean Marie Machado  a une actualité particulièrement intéressante, puisqu’il propose, après Eternal moments en compagnie de son ami Dave Liebman, un nouvel opus qui sort chez Bee Jazz  avec sa formation  DANZAS, Fiesta nocturne.

Il y montre qu’il écrit  des compositions  avec soin pour une belle formation qui se moque allègrement des frontières de pays et de styles, tout en ménageant des passages de libre improvisation. Il a réussi à écrire de nouvelles pièces et à improviser à partir de vieilles formes en se laissant influencer par le monde actuel. On peut parler de  tradition toujours en mouvement, mais une tradition « statique » existe-t-elle vraiment ?

Il écrit en essayant de garder le « sentiment » de ces « folklores » bien réels, de conserver des formes consacrées (tango, musette, gigue, valse…) tout en tentant parallèlement de les abstraire. S’il écrit un nouvel air, il faut que l’on puisse dancer dessus -enfin tout est relatif- car ces musiques  contiennent aussi des aspects originaux et étranges, une certaine folie ! Sans collage, car le métissage ne se fait pas en opérant des rapprochements sensationnels, il intégre les musiques, fait ressortir l’intime poésie de chacune et trouve une direction nouvelle, plus  personnelle, sa propre «synthèse ».    

On n‘est pas dans le folklore imaginaire de l’Arfi, mais à certains égards, on pourrait aussi évoquer le travail déjà ancien de Louis Sclavis sur les DANSES justement.

Le compositeur depuis longtemps a su réconcilier toutes ses influences comme dans le bel album consacré  aux « sœurs de sang », Amalia Rodriguez et Billie Holiday , qui réunissait avec bonheur fado, saudade et blues éternel.

Dans ce kaleidoscope de couleurs et de rythmes, on voyage, au son de l’accordéon-conducteur du basque Didier Irthussary (ex ONJ Barthélémy) d’un pays à l’autre, virtuellement  (« Reggae chinois ») selon une géographie imaginaire, réinventée au besoin, adaptée à l’humeur et au talent des partenaires. Cette belle réussite, à la cohérence parfaite, est due à une fine équipe de solistes dont la réputation n’est plus à faire, le tromboniste d’origine bulgare Georguey Kornazov, le tubiste nordiste François Thuillier, deux batteurs coloristes, François Merville et Nicolas Larmignat.

Machado  aime bouleverser les codes, jouer et déjouer les attentes, équilibrer subtilement les passages travaillés en formation (ah le saxophone de Jean Charles Richard, les flûtes de Joce Mienniel, la trompette jazz de Claus Stotter) : des grooves épicés marocains au « reel » irlandais, des tarentelles napolitaines au rock anglo-saxon, on est entraîné dans une sarabande nocturne, parfois sombre et mélancolique. Le jazz ne mêle-t-il pas d’ailleurs le blues et le sens de la fête ?

Un léger parfum « rétro » est vite dissipé par une tension permanente, un sens du tournoiement que n’aurait pas désavoué Ravel : bref,  une vivacité et puissance presque symphoniques pour ce grand format à  dix !

Ainsi, depuis plus de vingt ans, l’infatigable pianiste d’origine portugaise, continue d’inscrire des projets différents mais cohérents dans le fil de sa vie musicale. Il dit vivre« la musique plus comme un passeur qui compose que comme un chercheur … aimer jouer, à sa façon, la musique écrite par d’autres. Le jazz est la musique choisie pour être  libre.  Il fait « son » jazz de rêve, avec la faculté de changer à chaque nouvel album. »

 

Sophie Chambon

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 18:31

Indépendant – 2010

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Rasul Siddik (tp), Adrien Varachaud (sop/ten), Tom McClung (pno), Wayne Dockery (cb), Douglas Sides (dms)

 

Enregistré lors d’un concert au Jazz Club de l’Alibi le 15 Mai 2009, cet album réunit une équipe de musiciens exceptionnels de par leurs talents, mais aussi de par leurs expériences respectives. Rasul Siddik, trompettiste audacieux, fait résonner son instrument avec la passion qu’on lui connait. Le pianiste Tom McClung participe lui aussi à l’expérience par la folie de son jeu. Wayne Dockery, autrefois le contrebassiste de Stan Getz notamment, donne la réplique au batteur Douglas Sides, étant lui aussi un personnage ancré dans l’histoire du Jazz. Le saxophoniste Adrien Varachaud ne pouvait pas mieux s’entourer pour ouvrir le concert avec une composition, donnant alors son nom à ce qui sera l’album, « Strange Horns ». Et c’est Barry Altschul que l’on retrouve à la production et au mastering, lui qui nous avait déjà comblé de bonheur sur « Conference Of The Birds », entre autres. Comment passer à côté de cette ballade formidablement interprétée, « Soul Eyes » de Mal Waldron, dans laquelle chaque soliste offre de véritables sensations en usant d’un sens raffiné de la mélodie. D’influence coltranienne, l’esthétique originale des pièces interprétés évolue dans la pureté d’un swing ravageur, et cela dans la plus grande tradition des arrangements pour quintet de Jazz. La recherche de la dissonance, l’impureté sonore, la fantaisie improvisée. Tous ces ingrédients ne se sont pas réunis là par hasard. Il va de soi que cette ambiance biscornue rend un nouvel hommage à l’œuvre d’Ornette Coleman, ayant à l’esprit ce perpétuel rêve de Liberté. Un album teinté de nostalgie, nous l’aurons compris. Mais pas dénudé de talent et d’audace, il faut le dire, tant l’intéraction entre les musiciens nous offre toute la fraicheur d’un vrai, d’un grand groupe de Jazz.

Tristan Loriaut

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