2010 – Laborie
Diederik Wissels (p, électronique, compositions)
Vus de France, Diederik Wissels et le chanteur belge David Lynx semblent indissociables. Ils ont égrainé nombre de prix et d'excellences tant leur collaboration a été fructueuse. Par le passé, le pianiste, belge lui aussi et né à Rotterdam, a aussi connu d'autres collaborations émérites avec Larry Schneider, Kenny Werner, Philip Catherine et Marc Ducret. Et avant cela avec Chet Baker. Ces dernières années, il mène deux carrières aux colorations artistiques assez différentes: l'une avec Lynx ou Paolo Fresu en France, l'autre en Belgique avec le groupe Streams du saxophoniste Bart Defoort, entre autres.
Kaos est le deuxième album solo de Wissels et la suite logique à son premier solo Together paru en 2007. Sur Kaos, les treize compositions sont du pianiste: les dix premières constituent une suite de saynètes musicales intitulée « Kaos ». On reconnait volontiers des influences classiques et jazz dans les compositions et dans le jeu du pianiste. Les phrasés idiomatiques du jazz se font diserts à travers de nombreuses influences allant de Bill Evans à Keith Jarrett. Pour exemples, les deux premiers chapitres de « Kaos » nous rappellent les introductions du concert de Bregenz de Keith Jarrett en 1982. Au fil des morceaux, le pianiste se désengage de ces sillons pour se donner à une expressivité, pour le coup, tout à fait personnelle. Les « chapitres » de Kaos, comme les intitulent Wissels, se suivent sans assemblage cohésif apparent, mise à part une certaine application à la mélancolie. D'un chapitre à l'autre, le pianiste chavire, sans transition, d'une chopinade à tiroirs à un jeu calqué sur des sonorités électro-douces, synthétiques et spatiales qui suggèrent une sensation d'urgence dans le mouvement « Kaos ».
Wissels jouit d'un talent évident pour la composition qu'il associe à un jeu minimaliste sans esbroufe, une émotion naturelle et sans tricherie. La netteté de son propos nous touche tout du long: il caresse la beauté et revitalise les émotions fondamentales.
Pour clore cette rencontre intérieure, « Kronos », la dernière pièce, au piano trafiqué aux effets électroniques semblent annoncer la teneur et le son d'un troisième volet en solo. Sans a priori aucun, laissez vous aller à la musique: Wissels vous amène dans un univers où sa simplicité vraie rend sa musique unique.
Jérôme Gransac









