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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 10:04

 

Altrisuoni 2010

Virginie Teychené (vc), Stéphane bernanrd (p), Gérard Maurin (cb, g), Jean-Pierre Arnaud (dm), François Chassagnite (tp)

teychene.jpg ll y a parfois dans le monde de l’édition musicale de bonnes surprises auxquelles on ne s'attend pas forcément et qui apparaissent sans crier gare. Pourtant la communauté des journalistes reçoit quotidiennement un grand nombre de nouveaux albums venant de musiciens ou de chanteurs que l'on ne connaît pas, ou pas vraiment ou même pas du tout, et qui néanmoins débordent de talent. Rares cependant sont ceux qui parviennent à capter votre attention et à sortir du lot. Virginie Teychené est assurément de celle-là. Sans esbroufe, sans tapage et sans plan com, la chanteuse (pas aidée pourtant par une pochette d'album, il faut bien le dire, carrément ringarde), parvient très vite à nous capturer dans ses filets. Et ceci avec autant de naturel et que simplicité.  Ce qui n’est peut-être pas le moins surprenant dans le paysage du jazz vocal d'aujourd’hui. Car Virginie Teychené est de ces chanteuses pour qui l'art du chant, l'art du jazz et l'art du swing sont comme des secondes natures qui s'imposent avec un naturel assez rare dans cet univers pourtant bien balisé de chanteuses si souvent maniérées. Notre chanteuse ne va pas chercher midi à quatorze heure et se limite pour l'essentiel aux standards. Mais elle a cette façon de les aborder avec cette voix qui évoque Hélène Merrill ou parfois Annie Ross, voix de mezzo ou d'alti qu'elle fait vibrer dans les graves avec une classe naturelle et confondante.

Son sens de l'interprétation est tel que la chanteuse parvient à faire totalement corps avec ses musiciens dans une cohésion absolument parfaite au point que lorsque la chanteuse s'efface pour laisser place aux chorus, c'est comme si elle leur avait préparé subtilement le terrain , leur avait fat leur lit dans lequel ils n’ont plus qu’à prendre place. Il fait entendre Early Hours, une composition de Gérard Maurin pour le comprendre. Car Virginie Teychené a cet art si rare de nous faire publier le temps pour s’approprier l’éternité. Intelligemment  François Chassagnite, l'un des trompettistes les plus chantants de la scène française, vient apporter aussi quelques couleurs « bakeriennes » à ces interprétations. Et là encore, comme dans ce Beautiful Frindship où la trompette de François Chassagnite si soulful nous transporte autant que la voix de la chanteuse.  Et tout l’album fonctionne comme cela avec beaucoup d'aisance et de naturel. On aimera cette version de I feel so good qui ouvre l’album avec un sens du swing jamais forcé. On aimera cette façon de s’emparer du tempo avec douceur comme sur ce Up Jumped spring du regretté Freddie Hubbard , ce sens du scat sur Lester leaps in . On aimera moins en revanche cette tentative de faire sonner en ternaire un Fotografia de Jobim ou malheureusement j’ai cru un instant que la chanteuse chantait en japonais ( !). Toute petite critique, si à peine on l’ose, tant cet album est pour nous la révélation d’une chanteuse de jazz. L’album se termine de façon bien charmante avec un It might as well be spring réécrit par jean sablon en C’est le printemps, en duo voix-guitare pour terminer en douceur cette belle découverte. Celle d’une chanteuse qui fait danser les rêves, swinger la vie, et frémir les émotions. Une chanteuse de jazz. Une vraie chanteuse de jazz. Jean-marc Gelin

ma pomme

 

 

 

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 07:59

 

Yolk 2010

wavin.jpg

 

 

Sebastien Boisseau (cb), Mika Kalio (dm,whistles, tbells), Matthieu Donarier (sx, cl, vc), Laurent Blondiau (tp, fch), Veji Kuala (acc)

 

Au début on prête une oreille un peu distraite et même on décroche un peu son attention tant la couleur de l'album peut sembler lisse et uniforme. Certes le groove ne règne pas en maître dans cet album multicolore et paneuropéen (si l'on en juge par son casting). Et ce n'est d'ailleurs pas le propos. Il ne s'agit pas de pulse ici mais de tout le contraire. Force est pourtant de constater qu'une fois reposé l'album dans son boîtier une irrésistible envie d'y revenir nous ramène à ce bel objet musical. Et cette douce envie tient à la création de cet univers très doux et très subtil dans lequel indiciblement on s'est senti bien, juste bien. Les trames et les textures s'y font très poétiques lorsque l'accordéon du Finlandais Veji Kuala ou la trompette de Laurent Blondiau et le(s) sax(s) de M. Donnarier s'accouplent avec une infinie précaution dans l'approche. Jamais jusqu'à l'orgasme certes mais tout dans le seul plaisir des préliminaires. Il y a alors une sorte de danse et d'attirance des instruments qui se cherchent, se trouvent, apparaissent devant et s'estompent vite au profit d'un autre. Jeu d'ombres. Certes on pourra parfois s'agacer par l'usage répété de certains procédés d'improvisation un peu éculés (les clefs du sax à vide, les grincement sur la cymbale comme exemples même des procédés un peu trop entendus ). Mais l'on ne pourra manquer d’être enveloppé par la grande zénitude de cet album. Car même lorsqu'ils organisent le chaos ( Wanbli) il y a toujours avec une grande délicatesse dans la mise en désordre et beaucoup de respect mutuel dans leur façon de partager la musique. Où l'art de créer un univers fait d'extension et l'étirement de l'espace de jeu à la manière du trait fin d'un calligraphe. La volonté de retenir le geste, de se situer dans l'approche du son les amène ainsi à rester toujours sur une sorte de réserve subtile où Sébastien Boisseau, qui a dirigé le projet artistique y fait montre d'une bien belle présence . Et l'on a le sentiment que ce collectif "Yolkien" nous convie au final à partager un moment de musique comme l'on entre dans un théâtre No, où le geste et l'écoute domine l'espace de jeu des acteurs.

Jean-Marc Gelin

ma pomme-copie-2

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 07:36

 

1CD Ames/Harmonia Mundi – 2009 -

Stephy Haik

C’est en écoutant sa superbe prestation vocale dans le « Walk on a Wild Side » de Lou Reed extrait de l’album « Carte Blanche » d’André Ceccarelli (2004) que j’ai découvert le talent de Stephy Haik. Il lui aura fallu quelques années et la rencontre décisive du pianiste et arrangeur Olivier Hutman pour que Stephy franchisse le pas et produise elle-même son premier album publié sur le label Ames de Didier Lockwood. Un disque sincère, fun, sensuel et profond qui correspond très bien à  toutes les facettes de sa personnalité et qui s’imprègne de toutes les musiques qu’elle aime, de Cole Porter à Mouloudji, en passant par Al Jarreau, Burt Bacharach et cinq compositions personnelles dont elle signe paroles et musiques. Un album remarquablement bien produit et enregistré aux Etats-Unis (Stephy a la double nationalité française et américaine) avec un quintette de grosse pointure qui outre le pianiste Olivier Hutman comporte Jacques Schwartz-Bart au saxophone, Joe Martin à la contrebasse, l’extraordinaire batteur Jonathan Blake et un guitariste israélien tout à fait passionnant : Gilad Hekselman. Dès l’intro de piano de « So in Love » on est pris dans un groove léger et subtil et les frissons commencent à nous gagner dès que Stephy pose sa belle et convaincante voix de soprano sur cet indémodable thème de Cole Porter. Avec « I Do », Stephy a composé une chanson swinguante dans un registre qui nous fait songer à Marilyn Monroe dans une comédie musicale des années 1950 (une de ses influences majeures !). Sa reprise de « People Make The World Go Round » des Stylistics est emmené par le formidable drive du batteur Jonathan Blake et la sonorité suave du saxophon

e de Jacques Schwartz-Bart. Puis la mélancolie joliment évoquée par le déracinement (« The Longest Mile ») se déploie grâce à une inventive contrebasse et côtoie sans aucun problème la joie de vivre (avec la reprise de « Mornin’ » d’Al Jarreau) dans une belle montée progressive de sax et de guitare. Enfin Stephy n’a peur de rien car elle glisse entre deux superbes standards américains (« Mean to Me ») et (« Crazy He Calls Me »), une poignante version d’ « Un Jour Tu Verras » de Moloudji, nous montrant aussi par la même occasion qu’elle arrive à maitriser parfaitement bien le répertoire de la chanson française en y mêlant émotion et sensualité.

 

Lionel Eskenazi

 

LIonel.jpg

 

 

 

 

Stephy Haik sera en concert au Sunside à Paris le 19 juillet et à Nice le 20 juillet (au Théâtre Matisse).

 

http://www.stephyhaik.com/html/guestbook.php

 

Et voici un lien pour ceux qui sont inscrit à Facebook, permettant de voir une vidéo qui propose un habile montage de plusieurs prestations scéniques :

 

http://www.facebook.com/profile.php?id=616448969&ref=ts#!/profile.php?id=594641437&ref=ts

 

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 20:34

logo_organ_crumble_like_that.jpg

 

Spirale Music / MuSt ReCorD

2010

Article paru le 14 juin 2010


Renaud Dechezlepretre (Org Hammond), Franck Sanchez (elg), David Gerbi (dr)

 

 

Voilà un album qu’on attendait. Nous en avions entendu un titre sur la compilation de MuSt ReCorD « Tribute to Hammond Vol. 001 » que nous évoquions ici même il y a dix jours.

Et pour cause! Organ Crumble est un « vrai » groupe. Avec un organiste qui est Renaud Dechezlepretre. « Vrai » parce que l'entente entre les musiciens sonne toute naturelle et donne le signe d'un groupe qui joue depuis un moment.

Les musiciens joue leur musique comme une évidence. On devine Dechezlepretre leader du groupe alors que le guitariste Franck Sanchez est tout aussi présent - ce dernier a composé plus de la moitié des compositions de l'album. Le batteur David Gerbi apporte la maitrise rythmique, à forte tendance binaire, indispensable et suffisante à ce groupe qui groove, funke et bluese de la première à la dernière seconde du disque.

Organ Crumble est donc un trio solide qui joue avec bonheur ( « Alasko » ou « Money For Lazybones »). La musique du groupe est une sorte de combo compact et cohérent de plusieurs styles rudement maitrisés: blues et groove acidulé, reggae, hard-métaleux (« Ultragare »), des accents boogaloo, de la fusion et un morceau acid-jazz (« Mr Coconut »). Bref, un tour d'horizons de tous les terrains de prédilection de l'orgue Hammond et de la guitare.

Ce trio à forte personnalité développe ici son propre style sans passer par la case « reprises ». Il y dessine aussi sa marque de fabrique. A l'orgue Hammond, Dechezlepretre a un growl puissant et personnel. Il s'appuie sur le métronomique David Gerbi, ce qui lui permet de s'exprimer avec aisance et de pousser le guitariste dans ses plus beaux retranchements. En effet, sa forte complicité avec Sanchez, au style fluide et transparent, se ressent partout. David Gerbi est aussi remarquable (« Rush Hour ») à la batterie sans qui le duo orgue/guitare serait diminué. Cette musique urbaine et testostéroneuse, excellemment bien vue, est variée stylistiquement et rythmiquement et mélange sans trouble des « organ-dérapages » et des envolées instrumentales agencés avec une maitrise évidente. Sur cd, Organ Crumble « envoie grave ». En concert, on n'ose à peine imaginer la furieuse ébullition. D'ailleurs, Organ Crumble sera sur la scène de la Scène Bastille à Paris le 18 juin 2010. Je crois que je vais y aller.

Jérôme Gransac

 

Myspace

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 19:53

 

 Article paru le 04 juin 2010.robin nicaise

1 Cd Altri Suoni AS 287

Sortie 2010

www.robinnicaise.com • www.myspace/robinnicaise • www.parisjazzunderground.com

CONCERT DE SORTIE AU SUNSET le LUNDI 7 JUIN 2010


 

 

Voilà des musiciens doués et subtils qui se connaissent et s’apprécient au point d’avoir fondé un collectif le «Paris Jazz underground», car ils partagent une même esthétique, décontractée et sérieuse à la fois. Ces jeunes gens à la belle maturité, aiment le jazz qui vient « de là-bas », dans la lignée des musiciens qu’ils ont pu écouter ou côtoyer aux USA (Kurt Rosenwinkel, David Binney, Chris Cheek, sans oublier le prince Brecker). Mais comme ceux qui les inspirent, ils tiennent à prolonger, voire renouveller cette tradition.

Tranquillement, à leur rythme et selon leur désir. Sans urgence et emportement, mais avec goût. D’où une musique sans esbroufe, mais très réactive. Et surtout d’une cohérence formidable. C’est que les membres du collectif jouent régulièrement les uns avec les autres sur les disques des copains. Le saxophoniste ténor Robin Nicaise invite ainsi un autre ténor David Prez à jouer sur son album « Nouvel Air » du label suisse Altri Suoni, ainsi que Sandro Zerafa, guitariste, autre membre de PJU.

Se dégage ainsi un vrai jeu d‘équipe au point que la notion de soliste et d’accompagnateur paraît souvent fluctuante. Le charme opère très vite dès le Printemps à New york inaugural ou la Ballade à Honfleur. Toutes les compositions s’enchaînent avec fluidité et se retiennent, même si elles sont moins simples qu’il n’y paraît de prime abord. Soyez donc attentif aux interventions des différents instrumentistes : assages par petites touches à la flûte ( Mercure) et à la harpe d ‘Arnaud et Eponine (étonnant prénom) Momenceau, son délicat de la guitare de Sandro Zerafa, échappées belles d’Adrien Chicot au Fender Rhodes. Les différentes textures, l’alliage des timbres, les couleurs raffinées et précises créent un Magma fluide et mélodique. Les temps ne sont pas trop appuyés, la musique s’écoule, constamment nuancée et contrastée : quelques ruptures de ton font passer habilement d’un climat à un autre comme sur cette Attraction bien nommée, introduit par le Fender en attendant que la tournerie s’installe, (drumming léger de Fred Pasqua). C’est l’élégance qui domine ces compositions, toutes du leader Robin Nicaise : il a un « son» au ténor et entretient un rapport complexe au lyrisme, sans flamboyance ; comme s’il voulait introduire une certaine distance dans un jeu que l’on sait pourtant ardent. Aussi, n’hésitez pas : si on vous demande ce qu’est le jazz actuel, et où on peut en écouter, répondez qu’il faut aller voir du côté de ce collectif PJU et de ce « Nouvel Air » de Robin Nicaise : vous découvrirez des musiciens généreux, doux et captivants.


Sophie Chambon

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 19:52

 

Plus Loin Music 2010 ( enregistrement 1997)

 

antoine-herve.jpg

 

C’est à une véritable leçon de jazz que nus convie Antoine Hervé. Mais c’est bien plus que cela. Une sorte de déclaration d’amour à tous ses maîtres en piano jazz, au centre desquels il place Monk. Certes en s’attaquant en solo à l’œuvre de Monk (à l’exception d’un thème signé Irving Berlin et d’un thème de lui-même - Camara), Antoine Hervé prenait lors de ce concert donné en public en 1997 à la Cité de la Musique le risque de se voir comparer aux grands solos du Maître. À une époque où les pianistes ne rejouent guère plus les œuvres majeures, mais privilégient leurs propres compositions, le piège était immense tant on a encore et pour toujours à l’oreille les sessions solo de Monk de Londres ou d’ailleurs. Appréhension que l’on a en glissant le disque dans le lecteur. Et appréhension qui tombe immédiatement. Car ce que fait Antoine Hervé relève d’une approche très personnelle et lecture qu’il propose permet de comprendre d’où vient Monk et de jeter les ponts entre Monk et Tatum, Monk et Jerry Roll Morton, Monk et Fats Waller, Monk et Oscar. Avec brio, avec brillance, avec son propre génie de l’improvisation Antoine Hervé nous montre cette continuité du jazz. Et sur sa lancée poursuit jusqu’à sa propre histoire. Car il a cet immense talent et cette liberté des génies, Antoine Hervé, qui lui permet d’aller et venir où il veut, dans sa digression personnelle, de prendre le thème, s’en éloigner tout en s’en inspirant ou en jouant le contraste pur et revenir enfin dans le même geste.

L’interprétation et l’évolution qu’il imprime à un thème comme Ruby My Dear est à ce titre magistrale. Mais pour autant, Hervé a la finesse et la suprême élégance de ne pas s’attarder en digressions introspectives. Hervé sait n’en faire jamais trop. Round Midnight passe ainsi par des routes vallonnées de surprises. Il part aussi parfois dans des improvisations très Jarretiennes comme pour montrer aussi combien à celui-là, comme  à tous les grands pianistes de jazz il doit tout. Car comme avec Jarrett la démarche est la même. Le sens inouï de l’improvisation autour, à partir et avec les standards incontournables, pétris, malaxés, incarnés là ,dans l’instant.

Dans All Alone c’est une émotion vive et forte qui nous saisit. Dans Monk’s Mood emporté par son élan, il s’offre un passage par Smoke Get in your eyes. Autre leçon de jazz d’ailleurs qui montre combien Monk s’est nourri aussi des grands standards d’avant lui. Plus loin Hervé sait aussi se faire mutin, drôle et facétieux comme ce Monk’s dream totalement ébouriffant, joyeux et dansant la danse des fous. Le public sait ce qui n’est pas dit, se lève, exulte et acclame. Ce public sait bien que ce soir-là Antoine Hervé était le dépositaire d’un secret bien plus grand que lui. Le secret du jazz que ce sorcier de Monk devait lui susurrer dans l’oreille.  Jean-marc Gelin

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 17:00

image005.jpgUltrabolic, 2010

Ultrack / Shark entertainment

Hervé SAMB, Hubert DUPONT, Brice WASSY

 

 

Ils sont trois : le Sénégalais Hervé Samb (guitare et chant), le Camerounais Brice Wassy ( batterie, percussions et chant), et le Français  Hubert Dupont à la basse électrique et à la contrebasse sur un titre (Ndam) . Ils jouent ces douze compositions assez longues, saisies sur le vif d’une musique ardente privilégiant le rythme. Et en effet, ça joue vite,continu, fluide, sans répit. Excellant à réaliser une synthèse des styles, tout en servant l’unité du jazz rock, en dépit de la variété des tonalités et des teintes (couleurs des percussions), l’album a une homogénéité certaine et s’écoute avec plaisir.Un triangle vraiment équilatéral, une aventure collective qui commence pour ce  trio de musiciens compositeurs. On ne décèle aucune répétition, tant les titres se prolongent, soutenus par un batteur coloriste et vigoureux, intensément présent. Le bassiste est éclatant avec des lignes déchaînées et inspirées. Dès le premier morceau « Sustainable » à la ligne rythmique répétitivement obsédante, les effets multiples de la guitare s’expriment : un feu d’artifice de tous les instants, une tension extrême entretenue par la rythmique solide mais toujours subtile. Une pure explosion contrôlée (clin d’œil ému aux anciens, Return To.Forever sur On the road) avec une richesse de sons et de timbres, qui se mêlent et s’enchaînent  de façon inspirée. Des compositions prétexte à inventions et à une jouissive communication Iria , Froggie Chou  que devraient encore souligner les passages chantés - qui nous convainquent moins - mais qui participent du feeling africain et concourent à l’ouverture bienvenue  aux musiques du monde. Quand il reprend sa guitare, on préfère décidément  Hervé Samb dans  sa multiple voix à six cordes ! On vous le dit, ce « SAWADU » a l’énergie du live  et l’intense  précision des enregistrements en studio : idéal pour les amateurs du genre!

Sophie CHAMBON

 

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 07:14

1970/1971

Sony Music

 

fusion.jpg

ll a la pêche Fred Goaty ! Et c'est communicatif . Il a surtout une foi à toute épreuve dans cette musique que l’on appelle communément et assez justement d’ailleurs le «  jazz fusion ». Au point de réaliser pour le compte de Sony Music une superbe compilation en un double album qui commence par Miles 1970 ( Duran) et qui se termine par le même, cette fois, version «  You’re under arrest ». Entre ces deux morceaux, 24 titres enregistrés  par les groupes les plus héroïques du moment. Le casting est superbe : Weather Report, Stanley Clarke, Headhunters (sans Herbie Hancock), Return to Forever, Mahavishnu, Tony Williams, Jeff Beck ou encore Carlos Santana ou Don Ellis.Et si Miles ouvre les festivités c’est bien que, selon Goaty tout part de là. Ou presque. Car dans jazz fusion il y a … fusion. Mais il y a aussi Hendrix qui rôde pas loin et toute la famille de Sly et de la Motown. Soit une musique qui englobe dans un syncrétisme groovant , le jazz (l’incontournable Birdland de Weather Report p.ex ou encore un So What de légende de George Benson) bien sûr mais aussi la soul (un Idris Muhamad où certain découvriront un Groover Washington étonnant), le funk ( God make me funky des Headhunters), le rock et la Pop bien sûr avec Jeff Beck (dans ce sirupeux et sublime Cause We’ve ended as lovers tiré du Blow on blow de 70) ou encore Stanley Clarke ( avec le célèbre Schooldays incandescent en diable !).

Et si le jazz avait alors décidé de fusionner c’est même en allant chercher dans la musique indienne dans laquelle ce gourou de Mc Laughin  puise une source infinie d’inspiration. A l’heure de la libération sexuelle, c’est dans un kama-sutra évaporé de substances pas très licites que le jazz s’accouple dans toutes les positions et s’en donne à cœur joie.  Evoluant avec la musique environnante, dans le mood d’une époque open minded. Et dans ce royaume pour érotomane décomplexé, c’est la basse électrique quoi règne en maître sur les tourneries plus ou moins psychédéliques. Car ça groove là-dedans et pas qu’un peu. Porté par un Stanley Clarke, un Jaco Pastorius ( superbe solo de basse sur l’infranchissable thème parkerien  Donna Lee), un Wilbur Bascomb, un Mirsolav Vitous ou encore Dave Holland et Ron Carter. La basse qui assure ici comme une permanence du jazz en quelque sorte.

Avec intelligence Fred Goaty réalise ici une magnifique sélection (certes, choisir c’est renoncer…) et adopte un angle d’attaque particulièrement pertinent au tour de ces années mythiques. Les liners sont à la fois très didactiques et très sympas à lire.Elles ont le mérite de replacer cette musique dans un contexte qu'il connâit sur le bout des doigts.

 

Amateurs de groove, qui avez certainement bon nombre de ces albums dans votre discothèque, ne surtout pas s’abstenir. Car cette compilation est une petite madeleine. Témoignage d’un tournant d’un jazz ouvert à d’autres horizons. La première et la dernière leçon de Miles.

Jean-Marc Gelin

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 23:26

Hat Hut 2010 ( enregist 2001)

Marc Copland (p), Drew Gress (cb), Jochen Ruckert (dm)

 

copland.jpg

 

C'est une façon de dire autrement ces choses que l'on croit bien connaître. De dire autrement ces moments musicaux qui nous semblent si familiers et qui nous sont pourtant révélés sous un autre jour. Un art du "dire" dont on ne sait pas trop, s'agissant d'un trio jazz très classique, à quelle alchimie il renvoie.

C’est juste que dans cet art des ballades réinventées, Marc Copland semble puiser au plus profond de lui-même dans cet album enregistré à New York en 2001 pour le label Hat Hut. À trois reprises, " My favorite things" joué en solo sur différents modes vient ponctuer l'album comme une sorte de comptine qui grandit et prend de la maturité dans le temps. Il y a là un souvenir évanescent, sorte de « Rosebud » mystérieux qui viendrait hanter le pianiste. Un fil rouge dans cet album fort justement nommé " Haunted heart" du om de . Car dans cet album de ballades, mode sur lequel il s'exprime avec une grâce incomparable Copland nous fait percevoir la richesse chantante des thèmes qu'il entreprend en les amenant sur le terrain d’une douce mélancolie avec une sorte de réelle tendresse pour ces moments de musique qu’il affectionne. Au point par exemple de transfigurer Crescent de Coltrane rarement entendu de la sorte ou un Greenselves entièrement revisité. Ou bien encore un When we dance tiré de cette sublime chanson de Sting.

Quelques moments comme ce sublime Dark territory composition du pianiste,moment fort de l’album donnent l'occasion à Copland d'échanger les rôles avec Drew Gress qui endosse les habits du fidèle compagnon (déjà une demi douzaine de disques ensembles). Interchangeable, chacun ouvre à tour de rôle les espaces mélodiques et harmoniques dans une sorte de jeu dialogué et interactif.

Au style inimitable, Copland est un pianiste pourtant très souvent imité que certains tentent d’enfermer dans une poésie empreinte de gravité, oubliant souvent que Copland est un pianiste d'une incroyable richesse beaucoup plus imprévisible qu'il n'y paraît. Il y a chez lui autant de Debussy que de Mal Waldron ( il reprend d’ailleurs Soul eyes) ou encore Ahmad Jamal dans cette façon de construire l’espace et de le faire respirer avec une science du moment suspendu. Jamais cantonné à un espace modal déterminé, jamais enfermé dans des grilles d’improvisations stéréotypées son jeu explore le piano dans toute sa profondeur et passant du grave à l'aigu du clavier avec un geste d'une confondante aisance. Copland va puiser où il l’entend une musique qui d’un swing indicible puise toujours dans les racines du blues.Et il est étonnant de voir que Copland est un pianiste qui se conçoit autant comme un pianiste « concertant » que comme un pianiste de club. Exactement entre la profondeur d’une solitude nostalgique et l’émotion sincère de l’échange musical avec ses partenaires.

Jean-Marc Gelin

 

 

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 22:40

Zig-Zag territoires 2010

Daniel Humair (dm, perc), Tony Malaby (saxs), Bruno Chevillon (cb)

humair malaby chevillon

C'est l'histoire de trois explorateurs dont le sort serait irrésistiblement lié. Quand bien même l'un d'entre eux voudrait s'échapper, quitter le navire, s'émanciper, les deux autres à l’écoute du moindre de ses gestes le suivraient toujours. Car ils sont tous les trois réunis dans l'exploration musicale. Semblant à tout instant réinventer le geste suprême du jazz, celui de l’improvisation. Celui qui rend les jazzmen farouchement libres, farouchement indépendants et farouchement dépendants de l’instant précis, farouchement attachés à façonner la musique à leur guise, farouchement individualistes mais aussi farouchement liés, farouchement dans le jazz celui qui est domptable et indomptable. Alors ça sonne à  l'unisson, ça décale, ça contrechante. Parfois ils semblent suivre une mélodie, mais ne s’y laissent jamais enfermer. Car ils sont là pour explorer ensemble pas pour s’installer. En tous cas jamais confrtablement. Car ce jazz là n’a pas de ces manières un peu bourgoeise du confort de l’acquis. Il s’agit de bouger, se mouvoir. Tous les univers musicaux sont alors fouillés dans leurs moindres recoins. Tous les sons sont vus et revus. Des plus sauvages aux plus épurés. Des plus aigus aux plus rauques. Chaque pièce est visitée en détail. Au hasard des séquences, celles-ci sont encombrées d'un fouillis où un spécialiste en harmonies n’y retrouverait pas ses accords. Peu importe car ces trois-là taillent dans le vif et libèrent les espaces. Tony Malaby, fabuleux, pratique l’incise du son, le meurtri et le malaxe, se fraie un chemin à la serpe tandis que Daniel Humair déblaie et remet de l'ordre dans tout ça. Parfois, c'est le contraire et c’est l'espace qui semble dénudé, vide. Il se remplit alors avec une infinie délicatesse par le son tenu de Tony Malaby et de l'archet de Chevillon qui prolonge l’erre de la note. Humair laisse l’espace s’étirer, linéaire avant d’entrer et d’apporter tout le relief des montagnes et de la mer, des frissons et des colères.

On s'agace beaucoup de voir, systématiquement tous les trios pianoless ramenés à Sonny Rollins. Comme si au delà de Way Out West tous ces trios n’etaient que de simples imitations.  Pourtant ici rien à rien à voir avec Rollins (à l'exception peut être de la dernière des 12 séquences). Rien n'évoque Rollins. Car HCM, ces trois-là sont bien trop libres pour se laisser enfermer dans un quelconque schéma réducteur. Parce qu’ils s’écoutent vivre et jouer ensemble, ils se démultiplient,  s’entendent avec empathie, télépathie.

Et ce qu’ils font donne de la vie au jazz. Farouchement.

Jean-marc Gelin

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