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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 23:20


Contrebasse solo

Emouvance 1031 www.emouvance.com

emv1031

 

Des petites pièces, pas si faciles en vérité, neuf au total, composent cet album providentiel du contrebassiste Claude Tchamitchian qui a choisi de se portraiturer, en revenant sur l’enfance, au hasard de l’improvisation sur ces plages qui défilent au rythme des souvenirs et dédicaces.

L’enregistrement a dû se faire vite, car, tout au long de l’album, et en concert, est perceptible ce flux tendu :  frémissements de l’archet, cordes frappées, frottées,  frissons et transes de la musique orientale qui le fascine.

Comme il le dit lui même dans les excellentes notes de pochette saisies avec soin lors d’un entretien avec Anne Montaron«Je suis arrivé au petit matin… et je ne me suis pas arrêté. J’ai joué sans tension, mais dans un état de grande intensité.»

Another Childhood révèle une dimension polyphonique sur la plupart des compositions, une volonté de placer l’instrument en pleine lumière, tant il  est vrai que  la plénitude du jeu, le son ardemment grave prouvent la maturité d’un artiste accompli.

Dans cet exercice de style qui va bien plus loin, variant les nuances et atmosphères de l’instrument, il fait se croiser, se suivre et se recouper mystères, instantanés et exigences d’une personnalité musicale complexe, au travers de ses figures ressuscitées qui l’inspirent, de ses amis qu’il admire.

La première pièce, en hommage à un tout jeune contrebassiste plus que prometteur, est traversée de cette influence arménienne si prégnante dans le parcours musical de Claude Tchamitchian, qui a enregistré pour son label  Emouvance lGaguik Mouradian au kamantcha et Araïk Bartikian au doudouk. 

Ces fragments sont l’occasion de portraits de figures si différentes que l’on change immédiatement d’atmosphère, selon qu’il s’agisse du guitariste ami, le génial Raymond Boni, dans un « Raining words » tout en pizzicati ; que l’on s’élance dans une course poursuite évidemment haletante  avec les cordes fouettées de la basse pour le lamento émouvant de « Broken Hero » dédié à Ralph Peña , contrebassiste hispano-américain de Jimmy Giuffre, trop tôt disparu dans un accident de voiture en 1969. Ou encore, cette pièce « abstraite « pour Peter Kowald, trop tôt disparu. Beaucoup de figures disparues hantent en effet l’inconscient et la mémoire de ce musicien si vivant et chaleureux au quotidien : pour JF  (le titre est bien choisi « Mémoire d’élégant »), « Le » contrebassiste français de la génération précédente, Jean François Jenny Clark, il était évident de composer une pièce légère et subtile, fulgurante comme pouvait l’être le maître.

Claude Tchamitchian aime se frotter à tous les genres et techniques dans une synthèse stylistique assez complète. Il n’en finit pas de chanter sur sa contrebasse, d’entretenir avec elle un rapport amoureux, de lutte aussi : il l’empoigne, la saisit, la frappe, en fait sortir toutes les variations sonores possibles.

ELLE lui répond, puissante, chaude, résolue : on ne pense pas aux suites de suite de Bach, le « scieur de long » comme l’ écrivait Albert Cohen, mais plutôt à la sonate pour violoncelle seul de Kodaly ou aux quatuors de Chostakovitch.

Ce n’est pas non plus une leçon de musique, mais un délicat numéro de soliste, sur le fil, équilibre difficile à garder de façon satisfaisante.

Une sorte d’art poétique et musical avec ces études très personnalisées qui explorent l’instrument et ses nuances, affirmant évidemment une dimension narrative et émotionnelle, charnelle : on entend le souffle, la respiration, on sent la sueur couler, les doigts glisser sur les ouïes. C’est encore une fois, l’excellence de la prise de son de la Buissonne et l’intelligence de la perception de Gérard de Haro qui fait merveille et nous place au cœur de la scène et du son, tout près du musicien.

Une performance qui crée une dramaturgie, à suivre en live évidemment, comme nous le fîmes avec bonheur, à Marseille au musée Cantini dans le cadre du festival du GMEM de Raphael de Vivo, avec en toile de fond, un splendide Alechinsky, Dubuffet et d’autres expressionnistes américains. Saisi par la teneur de cette aventure poétique, on admire la maîtrise à ce niveau d’intensité, l’appréhension du silence, l’ivresse de certains passages dans cette alternance de pièces vibrantes et enlevées, de passages plus lents et dramatiques, ce rapport toujours angoissant au temps et à sa fuite éperdue.

Pour cette heure de musique vivante, merci l’artiste !

Sophie Chambon

  

Toujours un soin particulier au graphisme et à l’objet émouvance et une mention particulière aux notes de pochette, limpides.  

 

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 10:09

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MuSt ReCorD 2010

Article paru le 03 juin 2010.

 

 

Organistes sur cette compilation:

Rhoda Scott, Emmanuel Bex, Thierry Eliez, Stefan Patry, Benoït Sourisse, Oscar Marchioni, Matthieu Marthouret, Renaud Dechezleprètre

 

Avez-vous, vous aussi, remarqué cet engouement pour l'orgue Hammond dans les clubs parisiens?
Le B-3 fait un retour en force sur la scène jazz. Il est vrai qu'Emmanuel Bex et Rhoda Scott étaient en embuscade et que le duo Charlier/Sourisse a probablement aidé à redonner goût à l'instrument. Cela a (re)commencé au début du siècle avec Patrick Villanueva - grand organiste qui tripote le B-3 version bebop avec William Chabbey et le B-3 version latine avec Frédéric Favarel. En parallèle, Stefan Patry débarquait au Caveau des Oubliettes pour y connaitre un bon succès auprès du public. L'organiste a créé MuSt ReCorD, le label des organistes Hammond français.
"TRIBUTE TO HAMMOND volume 001 est la première compilation d'organistes Made in France" dit le site de MuSt ReCorD. Il est vrai que le label fédère les organistes les plus connus de la scène française, comme Rhoda Scott et Emmanuel Bex. Il permet aussi au formidable organiste Matthieu Marthouret d'exprimer sa verve, toute retenue et jubilatoire; à Oscar Marchioni de nous rappeler que l'orgue Hammond et le boogaloo sauce acid-jazz font excellent ménage. Enfin, il nous fait découvrir le chanteur-organiste Thierry Eliez et le groupe Organ Crumble, avec le jeune organiste Renaud Decheleprêtre.
Comme toute bonne compilation, on y retrouve de jolies pépites: comme "Croccodile" de Marchioni avec Francesco Bearzatti au saxophone et Hervé Samb à la guitare, ou "Raymonde 007" lors d'une rencontre entre Stefan Patry (B-3) et René Sopa (acc) pour un morceau clin d'œil à l'espion du même numéro, des duos distingués comme ceux de Rhoda Scott / Sourisse et Scott / Bex. Pour terminer, ce digipack de jolie facture est accompagné d'un livret remarquablement instructif : "La fabuleuse histoire de l'orgue Hammond" par Alain Bertonne qui nous apprend que le premier orgue était grec et fonctionnait avec une pompe hydraulique au III-ième siècle avant J-C.

Aujourd'hui, cette compilation n'est pas exhaustive de la production organistique française car elle ne propose que des artistes du label MuSt ReCorD. Quid de Didier Mouret, Patrick Villanueva, Jean Patrick Cosset, Charles Balayer, Philippe Petit ? Ils ne sont certes pas les plus visibles. Mais soyons naïfs et lançons une bouteille à Stefan Patry : nous espérons un volume 002 à cette compilation volume qui se distinguera de celui-ci par l'exposition d'organistes hors-label ou auto-produits qui auront la bonté d'âme de ne pas demander trop d'argent pour y apparaitre...

 

Jérôme Gransac

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 06:34

electric_diva_digipack_1_-copie-1.jpg

 

 

 

 

Promise Land / Codaex - 2010

Sortie le 20 mai 2010.

 


Déborah Benasouli (voc), Jean-Daniel Botta (b, bouzouki, voc), Philippe Vrab (g, bouzouki, voc), Alexandre Saada (fender rhodes, organ, vocoder, karkabou, voc), Laurent Sériès (dr, perc, karkabou, voc)

 

 
Chanteuse de jazz ou chanteuse de rock, Déborah Benasouli? "Chanteuse" tout court nous dit sa carte professionnelle.

Parce que voilà Déborah Benasouli est la chanteuse d'ElectricDiva - groupe de rock - et aguichante chanteuse de standards jazz et brésiliens comme elle l'a montré avec aisance et talent au Starbuck Coffee de Saint Michel lors du Festival Saint Germain des Prés.
ElectricDiva c'est Déborah Benasouli, bien sûr, mais surtout un groupe composé de jazzmen qui jouent du rock et qui se démarquent en mettant en scène l'univers extraverti de leur chanteuse charismatique.
   De sa voix charmeuse et enjouée, Déborah Benasouli projette une aura de diva, justement, aux multiples formes. Diva par le rôle qu'elle endosse dans le groupe, plus un côté "femme fatale" très juste et contenu, électrique par son dynamisme enthousiaste. Et les musiciens - tous des hommes -  sont totalement envoutés par leur leadeuse à la scène. 

 

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Jérôme Gransac

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 07:57

One dark night I left my silent house

ECM 2010


C’est avant tout la découverte d’une clarinettiste remarquable , David Rothenberg qui signe là, aux côtés de Marylin Crispell, son 7eme album et son premier pour le compte du label ECM. Clarinettiste et saxophoniste qui développe un univers poétique très individualiste et un sens de l’improvisation qui lui permet cette exploration (presque solitaire) tout au long de ces 13 titres, David Rothenberg passe de la clarinette à la clarinette basse avec une richesse de son qui donne tout le relief à un album dans lequel, il fat bien l’avouer il ne se passe pas grand chose. La pianiste Marilyn Crispell en est réduite au rôle de faire-valoir et meuble l’espace avec une infinie discrétion. Très concertant, cet album qui ne manque pas d’un certain charme très littéraire, s’inscrit sans surprise dans une esthétique ECM, très beau mais aussi un tantinet ennuyeux.

Jean-marc Gelin

 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 07:25

COSA BRAVA : «  Ragged Atlas »

Intakt 2010

Fred Frith (g), Carla Kihlstedt (vl), Zeena parkins ( acc), Matthias Bossi (dm), The Norman Conquest (sounds), Anantha Krishnan (mridangam,tabla)

 

cosabrava

 

John Zorn et Fred Frith : «  Late works »

Tzadik 2010

John Zorn (as), Fred Frith (g)

zorn & frith

Fred Frith on le sait, malaxe les univers musicaux les plus divers pour s'approprier une musique réellement originale qui fait un peu office d'OVNi dans le paysage musical très formaté que nous connaissons aujourd'hui. Membre, entre autre du groupe Naked City et proche de Bill Laswell, le guitariste revendique des influences bien multiples. Un genre de caméléon capable de livrer dans un même moment un album avec son propre groupe (Cosa Brava) et un duo avec John Zorn soit

deux univers qui semblent ici radicalement différents mais qui, quand on connaît le parcours de l'un et de l'autre, trouvent des points d'interaction.

Dans Cosa Brava, Fred Firth compose en effet une musique très hétéroclite basée sur l'association subtile du violon de Carla Kihlstedt ,de l'accordéon de Zeena parkins et de la guitare. On pense aux travaux de Dreamers sauf que le spectre s'élargit ici. On y retrouve ainsi un univers pop à la Robert Wyatt (avec  qui il a d'ailleurs travaillé),  surtout dans les parties chantées et des danses gaéliques médiévales dont Fred Frith s'inspire, un peu à la manière de madrigaux. Une façon de rappeler que ce

Musicien anglais sait remonter à toutes les sources de son éducation musicale jusqu'aux classiques comme John Dowland. Cependant, très occupé à créer son propre espace musical, son univers si particulier, Fred Frith en oublie au passage le jeu improvisé auquel pourtant ses tourneries pourraient donner lieu. Le souci de travailler remarquablement la matière se fait ainsi au détriment de l'émotion qui peine ici à s'installer. Nous assistons à l'oeuvre à la fois fascinés et intrigués passant d'un morceau à l'autre sans repères ( c'est tant mieux) mais aussi sans fil conducteur. Car en effet les liner notes sont réduites à la plus simple expression et ne permettent pas de pénétrer dans l'intimité du travail de Fred Firth.

 

 

Les parentés avec John Zorn sont plus à trouver dans The Dreamers et dans l'orchestration superbe que dans le sens de l'improvisation ' choc" auquel nous habitue de saxophoniste. Il en est ainsi dans cet album avec Fred Firth qui explore les angoisses zorniennes au plus profond de la douleur, de l'angoisse et des tréfonds de l'âme humaine. Comme d'habitude avec Zorn les paroxysmes succèdent au accalmies non moins oppressantes. Aux cris qui semblent être d douleur, succèdent des notes tenues traversant des no man's land imaginaires. C'est du zorn pur jus que l'on retrouve avec bonheur au sax pour cet enregistrement qui date d’octobre 2009. Fred Frith ici met en valeur les textures, joue en gourou de cet univers démoniaque, installe les sons et les ruptures et parfait back up du saxophoniste ultra présent. Et le guitariste dans cet autre répertoire semble tout aussi à l'aise et décidément bien insaisissable.

Jean-Marc Gelin

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 07:59

STREAMING

Karl Jannuska featuring Sienna Dahlen


www.karljannuska.com

www.parisjazzunderground.com

 

 streaming.jpg

 

C’est en fanfare, sur un rythme de marche impulsé par la batterie que commence l’album de Karl Jannuska et de sa compatriote canadienne, la chanteuse Sienna Dahlen. Il ne s’agit pas  de jazz vocal ni de voix qui stratosphérise , mais l’énonciation parfaite, sans étirement ou effet sophistiqué masquant la compréhension -fait souvent des non-anglophones- enjolive ces chansons, qui, sans être mièvres, sont un peu lisses parfois.

 D’abord décontenancé par cet album aux sonorités légères et raffinées, on se laisse vite prendre à l’ambiance poétique, aux climats nettement océaniques-on est loin de la lumière crue et insolente d’un sud aride.

On tombe vite sous le charme d’une musique étrangement familière. Sont-ce les accents de pop anglaise dans la voix délicate, fraîche et bien placée de Sienna Dahlen, son chant net et précis ?

Les musiciens paraissent en retrait  même s’ils assument parfaitement un accompagnement efficace au niveau des couleurs et timbres. Ils sont d’ailleurs nombreux et composent deux ensembles sans piano : Nicolas Kummert/ Joe Miller au ténor, Olivier Zanot/ Christine Jensen à l’alto,  Pierre Perchaud ou Ken Bibace à la guitare électrique et Mathias Alamane / Frazer Holins à la contrebasse. Sans que la substitution ne paraisse trop évidente, il y a un esprit commun à tout le disque, même si les trois derniers titres ont été enregistrés à Montréal avec la formation canadienne du batteur.   

 

Si Karl Jannuska et  Sienna Dahlen ont co-écrit les paroles des dix chansons de l’album, la musique est entièrement composée par le batteur dans ce troisième album en leader de sa jeune carrière, d’où la cohérence de ce Streaming, justement nommé. Cette musique coule, s’écoule sans l’obstacle de la virtuosité et de la performance individuelle. Timide et discret, ce batteur que l’on s’arrache sur les scènes parisiennes ? Il a, en tous les cas, chevillé au corps le sens de collectif, comme l’atteste son implication au sein de cet actif mouvement, l’intéressant PJU (Paris Jazz Underground), dont nous pouvons découvrir les albums en ce printemps 2010.

 

 C’est un album d’arrière saison, à écouter entre amis, au coin du feu, réconfortant, pas vraiment mélancolique. Ces chansons douces et tendres font rêver à l’harmonie et à la beauté du monde : « Timbuktu » ou « Sundogs » sont des comptines enfantines aux cadences douces et enveloppantes que souligne un chorus de saxophone aérien lui aussi.

Cette légèreté, pas du tout insoutenable, vous transforme en une plume qui vole au vent avec les nuages, les « merveilleux nuages ». Une idée persistante d’une musique de l’instant. Une sorte de petit bijou, miniature délicate, intimiste, éloignée de l’image que l’on pourrait se faire d’un batteur plutôt énergique. Ce n’est pas

un disque de batteur, disent d’ailleurs ses potes du collectif, même si cela groove en permanence.

Avec Streaming, on s’abreuve à la fraîcheur d’une musique désirante, ouverte au monde actuel. Entre réflexion, lucidité et croyance.

 

 

SYNAPSE ***

PJU records 2010

Synapse.jpg

Dans la continuité, retrouvons Karl Jannuska qui, en trio, nous offre cette fois avec la saxophoniste londonienne Amy Gamlen et le guitariste Pierre Perchaud un Synapse, absolument attachant et très prenant pour nos neurones. La composition qui nous a immédiatement accrochée, demeure l’arrangement de la saxophoniste de  « Skylark », standard de Carmichael et Mercer dont il existe un nombre effarant de versions. Voilà le plus long titre de l’album, plus de 8 minutes de musique qui s’étire comme une aile, une épure traitée avec douceur et poésie, en hommage à l’oiseau du matin. Rien que pour ce moment, nous recommanderions l’album, preuve que ses jeunes musiciens ont compris l’esprit du jazz et intégré ses repères. Ils peuvent ensuite emprunter d’autres voies, l’essentiel demeure, ce goût irrésistible et singulier.

Un trio très attachant vraiment, un jazz chambré sans contrebasse : il se déguste en suivant les méandres et autres sinuosités du phrasé de la saxophoniste, rehaussés des accords doux, aériens de la guitare-dentelle de Pierre Perchaud, soutenu par le drive continûment efficace, toujours juste de Karl Jannuska.

 On se plaît à partir avec eux sans connaître la destination de ce voyage musical dès le premier titre « Deeper », à remonter jusqu’à « La source », à s’envoler joyeusement dans ce « Big sky ». Les titres, souvent hermétiques, n’empêchent pas d’embarquer dans des contrées franchement exotiques, imaginaires aussi : « Dobroudjanska  Tropanka » ( ah, on ne soulignera jamais assez l’attrait des Balkans sur les souffleurs…)

 Sur un tempo plus vif, juste après le chant de l’alouette, «Flintabaty» nous raconte une petite histoire avec cette sonorité aigrelette, déconcertante du soprano, en accord avec cette course-poursuite qui tient du thriller, rendue haletante par le drive surchauffé du batteur. Amy Gamlen révèle  aussi un son véritablement plein et réconfortant à l’alto, et voilà, pour notre plus grand plaisir, la révélation féminine de l’album. Il faudra désormais compter avec cette jeune musicienne.

Il est courant de parler d’interaction, d’« interplay » : un coup d’œil au graphisme de la pochette, confirme que ce trio est parfaitement stable et équilatéral. Tous ont composé et proposent en alternance des pièces de leur cru mais se livrent aussi à des improvisations collectives.

Un chant continu, irrépressible comme dans cette dernière courte ballade « Vision »pour ce trio simple, efficace et discret. Un album serein,délicat et sensible de musiciens à suivre absolument. Sophie Chambon

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 07:18

Naïve 2010

 

Baptiste Trotignon (p), Mark Turner (ts), Jerelmy Pelt (tp), Matt Penman (cb), Eric Harland (dm)

Trotignoncover  On avait laissé Baptiste Trotignon avec un superbe album « Share » enregistré en juin 2008. Il revient ici avec une formation presque identique proposer une suite enregistrée en « live » au Charlie’s Wright, un club de Londres avec une formation presque inchangée. On y retrouve ainsi Matt Peman à la contrebasse, l’incroyable Eric Harland et un Mark Turner particulièrement inspiré. Dans cette version c’est le nouveau génie de la trompette, Jeremy Pelt dont la flamboyance boppienne remplace le ton feutré de Tom Harrell. C’est donc avec cette rythmique d’exception, celle-là même qui accompagne le nouveau quartet de Joshua Redman ou le San francisco Jazz Collective, que Trotignon livre une véritable « Suite » ambitieuse qui traverse quelques époques contemporaines d’un jazz très New-Yorkais qui navigue entre les chaudes effluves du hard bop et les evanescences plus Shorteriennes. Trotignon au milieu de son petit monde y est bien plus qu’un chef d’orchestre, un chef de meute qui organise l’espace, distille les intentions. Trotignon appuyé par cette belle rythmique les emmène exactement où il veut avec une belle autorité qui laisse cependant libre les deux autres solistes. Jeremy Pelt on l’a dit, à l’énergie décuplée et la flamboyance baroque du hard bop rivalisant de trilles et de triple croches pêchues dans le suraigu. On serait là en terrain a peu près connu, celui des volutes des clubs de jazz à l’heure du troisième set. Chacun prend sa partie, son propre chorus avec force et passion. Eric Harland souffle du feu sur les braises. Baptiste Trotignon, comme s’il était soucieux de ne pas s’enfermer  dans un schéma stéréotypé tente les décalages, les ruptures rythmiques, les phrases variées, les dévalements de clavier auxquels succèdent les block chords à la Wynton Kelly ou les accents latin-jazz que ne renierait pas Rubalcaba lui-même.Mais Trotignon fait désormais partie de ces pianistes de jazz dans le trio auquel on l’associe souvent ( avec Meldhau et Terrasson) qui a su au gré de ses influences multiples se forger une réelle personnalité pianistique.

Et puis, et puis il y a Mark Turner dont on dit souvent qu’il est un saxophoniste en perpétuelle recherche. Mark Turner parfois décevant comme dans association avec Fly aux côtés de Balard et Grenadier qui peine à emporter le mouvement dans ses prestations en public mais dont on s’accorde à y voir le futur génie de l’instrument. Et il y a donc Mark Turner qui, ce soir-là semblait avoir trouvé la formule, le graal. Un Mark Turner transcendé. UN Mark Turner imprimant une marque très forte. UN Mark Turner incandescent, brûlant, se consumant avec élégance à la manière d’un héros romantique, presque solitaire dans ce quartet.

La critique s’est montrée assez tiède avec cet album. Injustement tiède. Il est pour nous une vraie réussite.  Un très grand moment de concert « live » autour d’une œuvre aussi exigeante que prenante. La musique et le groove de Trotignon s’installe, s’immisce, s’insère. Impossible d’y être insensible. Surtout lorsqu’elle est jouée par un quintet d’aussi haute volée.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

Pas une vidéo mais un aperçu de la musique de l'album.....

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 11:21

Futur Acoustic 2010

Jean-Pierre Como (p), Diego Imbert (cb), Aldo Romano (dm)

 

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On le connaît passionné, émotif, à fleur de peau. On le savait romantique ou fougueux. On avait été totalement anéantis, ébranlés par son précédent album, « L’âme Sœur » qu’il avait réalisé en 2006 avec l’orchestre de Pierre Bertrand. On suit aussi son histoire recommencée avec Sixun qui sous la baguette de Paco Sery  reprend du service avec enthousiasme. Jean-Pierre Como y est alors dans des univers plus percussif, plus funk que celui qu’il nous dévoile au travers de ce nouvel album presque entièrement dédié aux grands standards du songbook. Un tout autre visage. Celui qu’il affiche ici est celui d’un pianiste de trio qui apporte avec lui sa sensibilité et son élégance. Car Jean-Pierre Como fait partie de ces pianistes qui savent à eux seuls renverser les rôles jusqu’à mettre eux-même en valeur la superbe rythmique qui l’accompagne. Jean-Pierre Como donne à son jeu l’attaque suffisante, la respiration naturelle et l’espace qui permet aux trois de vivre ensemble. Il n’est que d’écouter ce choix judicieux qui a conduit à mettre Bewitched de Richard Rodgers en ouverture de l’album. Ecouter comment ces trois-là s’en emparent. Diego Imbert, immense, avec une gravité qui évoque celle de Charlie Haden et Romano qui instille à son drive l’attitude d’un chat faussement immobile, à la fois souple et d’une féline précision dans le geste. Avec ces deux-là, Jean Pierre Como se livre à nu dans cet exercice finalement si peu banal (si, si) de jouer ces standards, ces chansons d’amour avec autant de maturité. Car il faut avoir beaucoup écouté des maîtres, beaucoup appris de ces disparus pour atteindre à cette perfection si naturelle. Et l’on est sensible à cette version de ce Up jumped spring de Freddie Hubbard qui tire sa révérence à Bill Evans. Il faut avoir grandi, s’être frotté à l’expérience d’autres univers, à la dureté des clubs pour arriver en studio dépouillé de toute certitude et reprendre tout au début avec l’âme de ceux qui savent combien ces chansons d’amour parlent de la vie. Jean-Pierre Como pianiste à la fois subtil et gracieux dompte son piano, à moins que celui-ci ne le dompte lui-même dans un moment sans aucune emphase. Como passe du rire aux larmes avec un naturel déconcertant. Rallume le swing des anciens sur des thèmes comme The Way you look tonight, s’amuse à créer un thème « old style » réjouissant  ( The Sydney years) et ne se raconte à lui même aucune histoire sur cet Over the Rainbow qui, comme rarement, m’a ramené à l’inoubliable Judy Garland. On pleure sur If I Should loose you et l’on atteint une rare émotion sur ce Tout Simplement signé du pianiste qui vient clore ainsi ces 11 titres qui durant 46 minutes ont parlé d’amour, de jazz et de passion vivante.

Jean-marc Gelin

Jean Pierre Como sera au festival Esprit Jazz le Mardi 18 mai à la maison des Cultures du Monde

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 06:59

 

enregistré en mars 2007 au studio de Keith Jarrett.

ECM 2010-05-10

 

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Une histoire simple. Ils ne se fréquentaient plus 1977. Des « non amis » de trente ans. Quittés un peu fâchés, même, le leader du « quartet américain » ne supportant plus les comportement « addictifs » du bassiste qu’il avait embauché dans son trio dix ans plus tôt. Mais voilà, finalement, Keith n’est pas le sublime interprète de So Tender pour rien… Lorsque Charlie le contacte pour savoir s’il accepterait de recevoir l’équipe de tournage de « Rambling Boy », le portrait documentaire que Reto Caduff réalise sur lui pour la BBC, il accepte. C’est au tout début du mois de mars 2007. Autant le pianiste ne veut pas d’une situation où il aurait à parler en jouant, autant il accepte d’improviser deux ou trois standards en duo avec le contrebassiste dans sa grange transformée en studio. Huit jours plus tard, encore ébloui par l’évidence des retrouvailles avec un Charlie désormais « clean », Jarrett l’appelle et lui propose de revenir passer quelques jours dans sa maison du New Jersey pour mettre en boite quelques standards de plus. Juste pour le plaisir, sans intention de publication. Pour garder trace de la chaleur retrouvée. Ils passent trois journées à parler, jouer, trainer, échanger. Ils glissent de la salle à manger au studio et retour… Et se retrouvent convaincus d’avoir mis en boîte des moments de musique rare.

 

Une maturation simple. Trois ans de cave. Le temps d’échanger des suggestions sur ce qui est à garder et à rejeter. Le temps de trouver le bon assemblage, tant l’ordre des morceaux n’est pas évident, presque uniquement des ballades. C’est le pianiste qui finira par avoir une intuition à partir de l’accord inaugural de For All We Know.  Et suggérera d’enchaîner par Where Can I Go Without You, parce qu’il y entend l’un des solos les plus définitifs de sa longue carrière. Puis ce seront les deux pièces les plus courtes, puis les plus longues… Sans tenir le moindre compte des us et coutumes. Juste la conviction d’une nécessité. Charlie se rend à l’évidence, bon sang, mais c’est bien sûr. Il leur aura fallu près de trois ans pour décanter.

 

Une musique simple. La plus difficile, évidemment. Elle colle à la mélodie, se joue d’harmonies mouvantes comme les blés sous la brise de juin. La pulsation ? Juste un sens du « time » effrontément partagé par les deux hommes. Charlie ancre l’histoire dans la chair de la terre, Keith joue le cerf-volant maître des airs. Ça coule comme de l’eau de roche et le feu est intérieur. Une heure plus loin, c’est simple comme le bonheur.

 

Il y a peu d’albums de cette envergure dans une vie d’homme.  Alex Dutilh

 

 

Retrouvez la série consacrée par Alex Dutilh à Keith Jarrett sur Open Jazz 

et surtout la Nuit Spéciale consacrée Samedi 8 mai

 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 07:43

 

Label indépendant - 2010

 

dad.jpgAspirateurs en La bémol majeur, le disque débute subrepticement par le souffle continu d’un appareil ménager au cœur tendre. Dad débarque sur terre, c’est le signal. Courte mise en bouche et peut être vindicativement  voulue pour notre surprise, ce « Dadadadadad » laisse place à une toute autre sorte de souffle, celui d’Adrien Daoud. L’équilibriste pluri-instrumentiste fantasmagorique du sax ténor développe au cours du disque une naïveté d’improvisation et une simplicité de phrasé plutôt géniale. Cette position politiquement incorrecte rendra certainement jaloux bien des saxophonistes en quête de cette singularité. Paraît-il même que Mark Turner fut envié pour plus que ça. En réponse à cela, et en contrepoids aussi, une paire d’inséparables, soudés par friction, en la personne de Thibaut Brandalise à la batterie et Maxime Daoud à la basse. Leurs rôles n’ont d’ailleurs aucune limite car il ne s’agit pas de Jazz ici. Pourquoi enfermer dans un style ne serait-ce qu’une infime partie de ce projet musical audacieux, tenu par de jeunes artistes dotés d’une créativité hors-normes. Et puis tout ceci ne serait pas incroyable sans la précocité de cette sagesse qui transpire à chaque mesure composée. Aussi, chaque artiste se relaye au chant, en anglais et au service d’un message fortement introspectif. Les paroles sont par ailleurs écrites par Gabriel Gorman, dernier rempart contre la conformité dans un groupe explosif et rare. Il y a manifestement à coups sûrs une très forte filiation avec certains délires psychotiques de Frank Zappa, notamment dans « Buffalo Hide ». Etant presque tenté de comparer les enchainements à un étonnant « road movie », remarquons au passage ces anges, qui passent l’un après l’autre, parfois sur quelques pistes ne dépassant pas la trentaine de secondes, et où le protagoniste se retrouve à chaque fois seul, comme pour revendiquer son mot à dire. Maxime Daoud, l’homme aux lignes de basse ronronnantes, fourni la preuve que nous sommes bel et bien dans un songe par la créativité d’un jeu malicieusement précis. Cédons sans retenue à l’envie d’y retrouver un esprit british dans la conception des rythmes et des ambiances. Pourquoi pas ? Le côté Pop anglaise n’est pas désagréable, bien au contraire. Le responsable de ce regain formidable d’énergie n’est autre que Thibaut Brandalise, fin batteur animé par cet honorable reflexe de mettre en valeur ceux qui l’entoure. Parfois apaisants, tantôt digressifs, ces dialogues instrumentaux n’ont aucune limite, évoluant au travers de plusieurs combinaisons. Et puis comment oublier la présence de Sébastien Llado, ce drôle d’oiseau au cœur pur offrant toujours par le biais de ses conques et de ses coquillages une vision du monde tellement différente. Parler du trombone de Sébastien, c’est comme inventer un nouveau mot, et donc forcément une aventure. Parler de Dad est comme évoquer la folie qui sommeille en chacun, et donc forcément un voyage rocambolesque, à vivre et à revivre…

Tristan Loriaut

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