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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 06:08

                  Cristal Records - Abeille - 2009
                  Laurent Larcher (cb), Mario Canonge (p), Tony Rabeson (dr)

Pour son deuxième album, le contrebassiste Laurent Larcher a réunit deux musiciens originaires des îles, comme lui, (Laurent Larcher et Mario Canonge de la Martinique et Tony Rabeson de Madagascar) que l'on connait pour avoir joué avec Ultramarine ou Texier.

Ce cd est le cd de Laurent Larcher, le contrebassiste: il se met en avant, plus qu'un contrebassiste accompagnateur, mais sans excès s'entend. On peut même croire qu'il revendique cette position car il est le compositeur de tous les morceaux du cd et on l'entend souvent: en intro de pièces, aux chorus, au pizzicati, à l'archet, en solide accompagnateur. Ce n'est pas un mal, au contraire, Larcher est un styliste de l'instrument de haut niveau. Avec Canonge et Rabeson, il s'est entouré de compagnons solides et de confiance, avec qui il a probablement lié de très bonnes relations par le passé.

A vrai dire, l'album est de bonne facture et bien joué. Le trio nous épargne les stigmates folkloriques de leur origines caribéennes, chaloupées à l'excès et bien trop souvent ressassées par le passé dans le jazz. Il faut dire que la présence de Canonge, superbe sur « Book et misères » et Rabeson, deux musiciens très appréciés dans le monde jazz, y est pour beaucoup. Les compositions sont de bonne qualité et variées. On passe du lourd coltranien « Rising » (par ce titre, faut il y voir un clin d'œil ou hommage à « Giant Steps »?), à un « Eternal » straight et enlevé, à des ballades agréables - comme « Night Hope » au tempo up et la classieuse « Mirror of my soul », au boogaloo-blues de « Book et Misères » et du très réussi « So Far So Good », au tango de « Teresa » , qui, joué à l'archet, rappelle « La Rua Madureira » du regretté Nino Ferrer, et d'autres pièces mélodieuses, aux entournures classiques parfois enveloppées d'un halo biguine provenant du jeu de Canonge. Malgré cela, une bonne densité instrumentale et une production musicale tout à fait correcte, l'engouement et la qualité des musiciens, il reste un arrière-gout de « trop classique », ponctué d'un manque de contraste et de points culminants dans le jeu du groupe.

 

Jérôme Gransac

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 22:17

Emmanuel Bex (org), Franco Bearzatti (ts, cl), Simon Goubert (dr). Plus Loin Music 2009

 

Emmanuel Bex dit ne plus vouloir jouer de thèmes de jazz (comprenons des thèmes-prétextes) avant de se trouver dans le (partage du) jazz (1).  Il a donc trouvé les moyens de contourner cette contrainte qui n’est pas vraiment nouvelle : renouveler sa propre approche compositionnelle (quitte à opter, en tempo rapide, pour des segments plus fulgurants que la norme habituelle des 32 mesures) et surtout puiser dans la concentration et l’énergie du rêve (qui, comme chacun sait, n’est jamais vraiment pourvu d’un début ou d’une fin). A l’écoute répétée, c’est l’impression prégnante que je retire de cet album. Mais il ne faut pas s’y méprendre, la musique qui se joue ici n’a rien de planant ou d’elliptique, bien au contraire ! En revanche elle possède cette force imprévue d’arrachement, d’embarquement, propre au rêve et dont l’étoffe résulte d’une mise en sons très souvent inouïe. Outre cette qualité singulière, qui impose le leader comme un créateur d’univers sonores extrêmement convaincant, ce disque surprend par sa diversité : de l’ouverture qui nous plonge immédiatement dans le « groove » (un superbe shuffle néo-orléanais, il s’en trouve un dans quasiment chaque album désormais) à « Take It Easy » joué sur un tempo d’enfer en passant par la splendide vocalisation de « Que Ne Suis-je » jusqu’à la ballade chantante et dépouillée « Vacuum’s Dancer’s » et à cet étrange et captivant « Song for A Lift Man ». Ce qui s’impose chaque fois c’est bien le transport, recueilli ou hyper-speedé et moins la précision abstraite de la trajectoire, cette manière d’être immergés dans la musique, de construire en attendant l’imprévu, et d’alimenter une dynamique collective. Il faut ici souligner qu’à ce jeu, diabolique et étonnamment sensuel, outre la remarquable contribution de Simon Goubert, déjà présent aux côtés du leader et de Glenn Ferris au sein du précédent trio, Franco Bearzatti fait merveille : pureté du son à la clarinette dans les pièces les plus posées et, pour le reste, expressivité hyper-évocatrice au service d’un univers qui n’exclut rien (« Pericoloso Porgersi »), virtuosité cinglante, rageuse et acrobatique, en complète osmose avec le leader, sens aigu de l’improvisation conçue comme un déséquilibre auto-entretenu, l’architecture mouvante et ludique d’écarts affirmés et maîtrisés avec une furia jubilatoire (« Inverse »). Grand beau disque à prolonger sans conteste en live.

Stéphane Carini

 

 

 

 

(1) Lire à ce propos l’interview de l’organiste dans Jazz Magazine – novembre 2009, p. 25.

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 05:56

Tzadik – 2009

Marc Ribot (g), Jamie Saft (p, cl), Kenny Wollesen (vib), Trevor Dunn (b, elb), Joey Baron (dr), Cyro Baptista (perc).

Nouvel opus de John Zorn dans lequel il ne joue pas mais compose et dirige. Joué par son éternel équipe de six musiciens du Electric Masada au talent insaisissable et éclatant, “O'o”, du nom d'un oiseau hawaïen à l'espèce éteinte, est la version exotique, voire la suite de ses projets les plus populaires, de The Gift et The Dreamers. Zorn surprend encore une fois. « O'o » présente douze titres lyriques et instrumentaux au sommet du guimauve. La musique est minimaliste, easy-listening à souhait, emprunté à la world music, à l'exotica, surf music (Prenez les Beach Boys au sommet de leur gloire...), aux génériques de séries télévisées américaines ou à la musique d'ascenseur d'une clinique de rhinoplastie américaine de luxe. Dans l'esprit de The Dreamers, le packaging est apaisé et imaginé par Chippy, avec pas moins de 38 représentations naturelles d'oiseaux exotiques et rares dessinés au crayon en guise de livret. Cet opus est à l'extrême de la dureté musicale d' « Astronome » et « Moonchild » avec Mike Patton aux hurlements. Si « Astronome » représentait un exercice de style dont le but était de faire jaillir colère, terreur hardcore, hystérie et envie de meurtres, « O'o » en est un autre, un mirage de plus dans l'oeuvre très abondante de Zorn. Imaginez-vous vous retrouver dans un hamac en pleine forêt tropicale, aménagé pour votre confort, sirotant un lait de coco/papaye doucement alcoolisé préparé par de belles amazones aux sourires magiques et aux dents blanches. A votre gauche, des chasseurs indigènes aux muscles saillants qui vous préparent un repas somptueux. Vous agrémentez le tout par les bruits ambiants des habitants d'une forêt sauvage: sifflements d'oiseau et bruits de singes (« Po'o'uli ») à votre droite. Ajoutez-y des doux grattements de peaux, la guitare de Ribot qui déverse des chorus rock à souhaits (et il ne peut pas s'empêcher d'être brillant), la douceur velouté du vibraphone de Kenny Wollesen, les clochettes scintillantes de Baptista, la rythmique à la barbe à papa de Baron. Et serein, vous vous laissez aller à vos rêves les plus délicieux où tout vous est favorable.
Voilà, la musique est parfaitement interprétée et on est en plein dans le cliché. Le but de Zorn est atteint: dans sa quête perpétuelle de la découverte et de l'ouverture musicale, il transcende le cliché pour en maitriser parfaitement le style. Ce compositeur ne connait pas de limitation stylistique: il sait tout faire et fait ce qu'il veut. « O'o » alimente le paradoxe zornien: offrir des musiques antagonistes, où règnent oxymore et pléonasmes, sans jamais tomber dans la facilité ni la compromission. Zorn est fou … droyant.
Jérôme Gransac
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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 06:12



  Ajmiseries novembre 2008

Bernard santa cruz, Christine Wodrascka, Philippe Deschepper, jean-Luc Capozzo

www.jazzalajmi.com

www.allumesdujazz.com

 

Infatigables acteurs de la scène des musiques actuelles, Bernard Santacruz, Christine Wodrascka, Philippe Deschepper se livrent toujours à des expérimentations sur les textures et les sons,  à une exploration très personnelle de la musique d’improvisation . Le résultat est à écouter sur le petit label indépendant courageux et volontaire de l’Ajmiseries : une série de courtes pièces, vives, subtiles servant de base à des improvisations plus longues, colorées comme «  roc et sable »  délicatement impressionnistes « un défilé bleu ».

Suivons les investigations de ces musiciens de métier, constamment à l’ouvrage, absolument solidaires qui se cherchent, se répondent par solos interposés, en conversations subtiles et souvent humoristiques, en  échanges sans le moindre cliché. 

Entièrement composé sur le vif , cet album ne se présente pas comme une navigation au long cours, périlleuse , mais nous réconcilie (si besoin était) avec la complexité des sons et rythmes libres : une configuration souple, ouverte, sans batterie nous soulage d’une tension constante, d’un pilonnement continu. S’ introduit alors une dimension plus insolite et mélancolique parfois. Aucune violence si ce n’est celle douce, plus mystérieuse de la pianiste ou du guitariste au son rauque, immédiatement reconnaissable, alors que les traits élégants de la basse réchauffent.

 Les instruments font entendre leurs vocalises, et aussi parfois leur stridences : traversé de fulgurances souvent dues à l’invité ami, le trompettiste Jean Luc Cappozzo, toujours présent pour l’aventure de l’improvisation,  l’album fait entendre un chant mélodique profond, libéré et finalement heureux.

Aucune règle ne détermine ce qui se produit là si ce n’est la complicité alliée au travail le plus sérieux, exigeant : ce Récifs est baigné d’une poésie lunaire, intimiste et se déguste pour peu qu’on prenne le loisir de se laisser aller à autre chose qu’à la précipitation

Loin de tout académisme le quartet se nourrit de musiques glanées dans un espace ouvert aux quatre vents, où s’ entend la quintessence du souffle, où les frottements, chuchotements et autres bruissements remplacent souvent  l’expression habituelle de chaque instrument.

On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante sans brisants de  près de 50  minutes.

A écouter d’un trait, presque goulûment.

Sophie Chambon

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:06

Personnel détaillé sur la pochette. Half Note Records. 2009.

Cet album relance une question : ça sert à quoi un « all-star » ? Car s’il n’est pas commercialement     (voire affectueusement) surprenant de voir ressurgir des avatars du big band de Dizzy Gillespie, comme ce fut le cas de celui de Basie, assez peu de celui d’Ellington (demandez-vous pourquoi), musicalement l’interrogation, dans certains cas, demeure : perpétuer une mémoire ? Réinterpréter un corpus ? Réaffirmer certains critères musicaux ? A l’écoute, on n’aura certes pas l’outrecuidance, en pareil cas,  de douter du travail des sections (voyez par exemple « One Bass Hit ») ; avec un « musical director » de la trempe de Slide Hampton et des calibres tels James Moody, Jimmy Heath, Antonio Hart, Gary Smulyan, Claudio Roditi (à créditer d’un beau chorus intense sur « Birk’s Works »), Roy Hargrove, Cyrus Chestnut ou Lewis Nash, la cohésion orchestrale est garantie. En revanche, au fil des plages, l’impression se renforce d’un bop qui n’est même plus classicisé mais banalisé, é-nervé (cf. « Una Mas »). On est loin, même si l’on comprend bien que l’heure n’est pas à la copie servile, de l’intuition géniale de Dizzy Gillespie qui, faute d’une sensibilité écorchée, avait compris qu’il pouvait électriser - et rendre ainsi éminemment actuelle - une musique déjà plongée pourtant dans l’expressivité la plus débridée en raison d’une virtuosité posée en principe et d’un humour décalé, presque grinçant, qui en était le complément naturel.…La version bien ronronnante de « Manteca » avec un son de guitare basse (John Lee, également producteur du disque) complètement « old fashion » pour ne pas dire « has been » (où est passée la révolution des Pastorius, Alphonso Johnson et autres Marcus Miller ?!) dit assez bien le déphasage de ce all-star par rapport aux exigences de son temps déboussolé. Voilà ça sert à cela, souvent, un all-star : marquer négativement l’écart par rapport à ce qui fut un temps splendidement étoilé…

Stéphane Carini.

 

 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 05:26

Enja 2009

Pascal Schumacher (vib, glockenspiel), Franz von Chossy (p), Christophe Devisscher (b, gong), Jens Düppe (dms, gong et glockenspiel).

Ils ne sont guère nombreux, sur la scène actuelle, les musiciens qui s’attèlent à renouveler l’esthétique du vibraphone, que beaucoup associent encore à des ambiances d’ascenseur ou de salle d’attente. De formation classique (il est passé par la fameuse classe de percussions du Conservatoire de Strasbourg), le Luxembourgeois Pascal Schumacher sait faire sonner l’instrument à sa manière, en tirant le meilleur parti de cette vibration caractéristique, de ce halo de mystère scintillant qui nimbe chaque tintement des mailloches sur les lames métalliques. Tout en s’inscrivant dans la lignée de Gary Burton, il a aussi su développer une musique personnelle et originale, grâce à un quartet particulièrement soudé. « Here We Gong » témoigne d’une esthétique très contemporaine, qui doit autant au minimalisme répétitif de Steve Reich (dont Schumacher a interprété les œuvres par le passé) qu’à une certaine pop d’aujourd’hui (on relève ainsi une reprise du groupe écossais Travis). Bien qu’il n’y ait pas de chanteur et que la quasi-totalité du répertoire soit signée des différents membres du groupe, il y a là quelque chose qui fait parfois songer à Radiohead : une certaine mélancolie assumée sur fond de rythmiques obsédantes, plus binaires que swinguantes, mais non moins complexes ; et aussi un même intérêt pour les musiques électroniques créatives, dont les musiciens (et en particulier le batteur) parviennent habilement à reproduire les effets avec des moyens essentiellement acoustiques. Ajoutez à cela une production très soignée et un bel équilibre entre densité et espace, et vous obtenez un album pop-jazz original qui a tout pour plaire.

Pascal Rozat

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 19:06

Tzadik 2009

Joe Lovano (ts), Dave Douglas (tp), Uri Caine (p), Greg Cohen (b), Joey Baron (dms), John Zorn (composition, as sur un titre).



 Au commencement, Masada était d’abord un formidable quartet. Avec le temps, c’est devenu un concept compositionnel que Zorn décline avec divers interprètes au fil de sa série « Book of Angels », dont voici déjà le douzième volume. En apparence, on a affaire ici à un retour aux sources partiel, puisque ce nouveau quintet comprend trois des membres du groupe original (Dave Douglas, Greg Cohen et Joey Baron). Mais la comparaison s’arrête là. En effet, l’arrivée du piano de Uri Caine et surtout du ténor de Joe Lovano – nouveau venu dans l’univers de la « radical jewish music »  – change totalement le son d’ensemble, en le tirant vers un registre plus explicitement jazz. Au premier abord, la formule semble séduisante. Servie par des musiciens d’exception, cette relecture cool et décontractée de l’univers de Masada enveloppe l’auditeur dans un confort d’écoute peut-être un peu trop douillet… jusqu’à la plage six (Rahtiel), où Zorn se décide enfin à sortir son alto de l’étui. Et là, on se réveille et on se dit : Bon sang, mais voilà ! Masada, c’était ça : cette plainte venue du fond des âges, ce cri de fureur, cette étincelle de folie, ce déferlement d’énergie… Las, Zorn remballe bien vite son biniou (ça finit par devenir agaçant, à force, ces apparitions en guest star sur ses propres disques…), et par comparaison, la suite de l’album nous paraît d’un coup bien fade. On n’y entend plus qu’un super group de jazz un peu mollasson, chez qui les influences klezmer et orientales, loin de toucher à la substance même de la musique, se résument à des gimmicks exotiques souvent un peu facile. Il n’est qu’à comparer la composition finale, Rigal, avec la version déchirante qu’en donnèrent Mark Feldmann et Sylvie Courvoisier dans le volume 3 de la série. Comme dirait l’autre, y a pas photo ! Et une fois le disque terminé, on ne peut s’empêcher de se poser la question : y aura-t-il un jour enfin un nouvel album du Masada Quartet qui demeure, malgré certaines réussites incontestables du « Book of Angels », la référence absolue de cette « nouvelle musique juive » que Zorn appelle de ses vœux ?

Pascal Rozat

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 08:03

DREYFUS JAZZ 2009

ROCKY GRESSET (g), MATTHIEU CHATELAIN (g), DIEGO IMBERT (Cb), COSTEL NTESCU (Vl), JEREMIE ARRANGER (Cb), THOMAS DUTRONC (g)



On serait tenté parfois de comparer le jazz manouche à la peinture Egyptienne. Celle qui durant deux millénaires représentait toujours les mêmes les personnages de profil, avec talent certes mais avec aussi une certaine obstination dans la constance ( et réciproquement). Rocky Gresset, jeune guitariste, issu d’une famille gitane où l’on élève les enfants au lait et à Django, aurait pu tout aussi bien tomber dans les travers d’une tradition « ancestrale » qui, disons le tout net fige un peu la musique dans un marbre dont on ne se lasse pas mais bon quand même….. Et pourtant ce jeune guitariste qui signe là son premier album chez Dreyfus apporte réellement quelque chose de nouveau dans le paysage (et j’ai bien conscience en disant cela qu’à chaque nouveau guitariste manouche qui apparaît sur la scène, on dit strictement la même chose). Pourtant force est de constater que Rocky Gresset, 29 ans au compteur,

s’impose d’emblée à la fois comme un immense guitariste de la trempe de Bireli lorsqu’il était jeune mais aussi comme un guitariste qui va bien au-delà des clichés du jazz gypsy, capable de réinventer le style en empruntant autant au maître mais en allant chercher aussi d’autres références de la guitare électrique chez Wes Montgomery ou George Benson. En quelque sorte le rêve de Django lui même lorsque ce dernier s’aventurait à l’électrique. Il y a là une sorte de continuité de l’histoire qui ne s’est pas arrêtée en 1953.

Sur les standards Gresset affirme une virtuosité qui est tout, sauf… virtuose. Pas de vélocité démonstrative chez lui, juste le sens de la musique, de la mélodie qui s’exhale et du swing qui la fait vivre. Une façon de faire chanter l’instrument, de lui donne ses petites inflexions, cette petite touche de triolets toujours finement ajoutées  comme autant de petites frises. A côté du real book ( Just one of those things, Polka dots and Moonbeams, Darn that dream, Blue skies), Rocky Gresset va aussi chercher du côté de Wes Montgomery pour aligner un superbe Jingles passant ainsi de l’acoustique à l’éléctrique sur lequel il affiche une toute autre personnalité sans y perdre en élégance et en sensibilité (dommage toutefois que parfois la prise de son y soit très étouffée - Looking up -).

Une fin d’album avec Thomas Dutronc en invité sur Time on my hands,  nous laisse sous le charme de cette heuresue révélation.

Avec Rocky Gresset c’est un nouveau génie de la guitare qui émerge sur cette scène dont il éclaircit les horizons. Lorsqu’un musicien parvient avec autant d’aisance  de naturel et presque de détachement à nous transmettre ainsi son amour-passion pour la musique on sait que de toute évidence on a affaire à un très grand. Déjà.

Jean-Marc Gelin


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 08:25

CHRIS POTTER Underground : « Ultrahang » *****

ArtistShare 2009

http://www.artistshare.com/home/featured_releases.aspx

Chris Potter (ts, clb), Craig taborn (fder), Adam Rogers (g), Nate Smith (dm)



 Il y a de ces débats j’vous jure ! Se demander s’il faut autoriser la circulation du shit ou légaliser le chichon ! J’vous jure ! Y a pas à se poser de question et à tourner autour du pot’ : ce qu’il fut faire c’est mettre Chris Potter en vente libre, que ce soit remboursé par la sécu et tout ça. On devrait le trouver dans toutes les bonnes pharmacies ! Car avec cet album-là le saxophoniste qui avec Artistshare s’est affranchi des labels signe là l’un de ses meilleurs albums. Un truc avec une envie de jouer grosse comme ça ! Certes, il y a bien chez Chris Potter ce côté ultra-perfomer, « ultrahang » qui peut agacer plus d’un ronchon, mais que voulez-vous, moi au contraire j’adore ces saxophonistes qui ont enterré leurs complexes Post-Shorterien, toute la clique New-Yorkaise des timorés, sûrement trop intelligents pour moi. Ici avec Potter on se croirait plutôt à Kansas City il y a 50 ans.  Parce que Chris Potter c’est du physique, c’est du corps à corps. Parce que Chris Potter c’est une relation virile avec l’instrument dépoussiéré de toutes les évanescences très à la mode. Pas de ça avec lui. Debout avec son sax et sa bande de bandits pas manchots pour un  sou (l’association du guitariste Adam Rogers et de Nate Smith !), le quartet, cet Underground qui ne vole pas son nom et que l’on suit depuis longtemps passe aux choses sérieuses, entre sur le ring avec des manières de mauvais garçons de quartier. Ce n’est pas d’une incroyable nouveauté, mais ça « envoie » comme on dit, sans retenue. C’est crade à souhait, ça balance des riffs, un groove à perdre la tête. Chris Potter peut ainsi passer dans le même irrépressible élan, du ténor à la clarinette basse (Facing East) avec la même férocité maltraitant son instrument, le faisant rendre gorge jusqu’à aller chercher des notes dans un extrême aigu furieux. Sur un fond funky-groove furieux, Chris Potter nous rappelle un peu Maceo Parker mais en 1000 fois mieux (Rumples). Mais Chris Potter peut aussi s’emparer d’une ballade avec une superbe sensibilité jusqu’à la faire pleurer comme sur cet it ain’t be me, babe pris à la clarinette basse où Potter apporte la chaleur de son timbre à la ligne mélodique qui traîne quelques accents un peu country. Bien sûr il y a chez le saxophoniste le son projeté mais il y a aussi cet art de l’improvisation qui relève d’un flow puissant que rien n’arrête avec sa métrique intégrée et ses sinuosités qui ne se perdent jamais en chemin et savent le chemin avec une précision diabolique. Ce n’est pas un hasard si Potter joue avec le sax ténor ayant appartenu à Michael Brecker.

Pas de doutes comme dirait l’autre, le jazz bande encore. Ce jazz qui perpétue cette  autre tradition où le rock émerge toujours.

Avec Chris Potter et son Underground c’est un jazz farouchement indépendant, le jazz des hautes plaines, le jazz à l’état sauvage.

Jean-Marc Gelin

 


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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 07:35

Chant du Monde 2009

Denis colin (clb), Benjamin Moussay (fder), Julien Omé (g), Stéphane Kerecki, Arnault Cuisinier (cb), Eric Echampard, Tony Raberon (dm), Antoine Berjeault (tp, bg), Sylvaine Hélary (fl, vc), Fabrice Thueullon (bs, ss), guest Tony Malaby (ts)



La sortie du nouvel album de Denis Colin ne manquera de marquer les esprits. Tout simplement surprenant et émoustillant ! Dense et fort à la fois.

Denis Colin que l’on avait laissé avec la chanteuse Gwen Matthews revient ici avec ses fameux Arpenteurs, un nonet survitaminé galvanisé par la présence d’une double rythmique ( 2 contrebasses et 2 batteries). Avec eux, Denis Colin s’engage à fond dans une musique protéiforme où la présence exceptionnelle de Tony Malaby en invité surprise ne fait qu’ajouter à la délectation immédiate. Intégralement composée par le clarinettiste, sa musique offre une forme malléable, qui passe naturellement du trio au nonet sans rupture de « son », ce son épais et dense qui envoie de bout en bout un groove terrible et n’hésite pas à se délester de toutes bonnes manières pour venir se vautrer dans un son parfois un peu sale. Se jouant des structures polyrythmiques Denis Colin balance ce swing entre funk, rythmes africains et rock-jazz avec un sens compact de l’engagement collectif. Sans compter, sans se ménager, ces gars-là « mouillent le maillot » comme on dit ailleurs. Antoine Berjault éclatant, Benjamin Moussay décisif, Colin au plus près de son texte, étonnant dans la palette d’émotions qu’il charrie, et enfin Tony Malaby qui porte cette musique à haute incandescence avec des talents exceptionnels de caméléon. Rythmiquement, le cœur du sujet ici, qu’il s’agisse de transcender les tourneries ou d’installer parfois un climat plus sombre, plus lunaire, la double section tient la baraque à haute température, avec brio.

Il est alors question dans cet album de parler à cette zone qui se situe quelque part du côté de notre cerveau, quelque part au niveau de nos orteils et quelque part au plus profond des tripes, quelque part  où résonne l’évocation des rythmes primaires et sauvages. Cette musique explose et s’expose sans pudeur, parle à nos propres instincts, ceux de la danse et du rythme qui effleure les peaux. Cette vérité qui s’exprime par la musique nous transforme tous en pygmées Aka. La musique de Denis Colin explore avec force cette part indicible de nous-même et sans arrière-pensée et nous renvoie à nos propres origines.

Jean-Marc Gelin

 


 

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