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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 07:16

Verve 2008

Feat. Nick Cave, Keith Richards, Marc Ribot…..

 L’année où l’on rend hommage à Billie Holiday il y a quelque chose de réellement troublant à écouter l’album de Marianne Faithfull. « Lady Faithfull » pourrait on dire. Certes tout a déjà été écrit sur la voix de cette égérie du rock, mais en écoutant cet album là, jamais l’évidence de sa proximité avec Lady Day n’est parue aussi proche, aussi intimement liée. On ne voudrait pas égrener ici tous les mauvais clichés si, en l’occurrence ils n’étaient pas aussi signifiants de la carrière et de la vie de ces deux immenses chanteuses. On connaît leur parcours de vies accidentées. On connaît leurs dérives, les rencontres mauvaises, les excès de substances, les âmes qui s’échouent et les épreuves qui ont été les leurs. Sœurs de cœurs. Sœurs de chant. Toutes les deux, cette voix si typée. Cette personnalité vocale à nulle autre pareille. Cette voix venue de quelques abîmes, effrayante parce qu’insondable. Terrifiante tant elle raconte l’âme et les souffrances indicibles. Ces voix qui ne disent pas les choses légères mais qui traînent avec elles un passé lourd. Lorsqu’elles chantent, toutes les deux, ce sont les mots qui se font accrocher, râper, les phrases qui ripent. Certes il y a chez Billie une justesse et une précision qu’il n’y a plus chez Marianne Faithfull si tant et qu’elle fut juste un jour. Mais l’évidence d’un album comme celui là est de montrer combien une chanteuse peut s’élever bien au-delà en mettant dans son chant autre chose qu’une simple technique. Car Marianne Faitfhfull sait nous bouleverser, nous émouvoir très sincèrement, à en pleurer parfois.

Cet album là est certes remarquablement produit, certaines mauvaises langues diront…. Trop produit. C’est ici Hal Willner, gourou du rock et amoureux de jazz (à qui l’on doit Lou Reed, Bill Frisell, William S. Burroughs, Laurie Anderson, Allen Ginsberg, Tim Buckley) qui prend en charge ce travail admirable. Alors, pour l’occasion il fait appel à quelques jazzmen que nous reconnaissons comme Marc Ribot, Steven Bernstein ou Greg Cohen par exemple. Mais il organise aussi de subtils duos comme ceux avec Nick Cave ou encore un superbe morceau avec Keith Richards. Alors entre chanteuse de jazz et chanteuse de pop, Marianne Faithfull n’hésite pas. She’s the voice. Allant des ballades qu’elle traîne avec langueur comme ce superbe Children of Stone, à la gouaille qu’elle balance, bastringue sur un Easy Come, easy Go, honky tonk décalé, ou encore ce In Germany before the war magnifiquement écrit par Randy Newman qu’elle interprète bien au delà du chant. Et puis il y a les paroles qui lui collent tant à la peau . Un thème sublimissime comme Ooh baby baby écrit par Smokey Robinson aux grandes heures de la soul est repris ici en duo par Marianne faithfull et le chanteur Antony, magnifique d’intention et d’inspiration.

L’année où l’on célèbre la disparition de Billie Holiday, Marianne Faithfull apparaît sur le cover, les bras grands ouverts seule devant son micro, seule dans un instant de grâce,  donne d’elle même une histoire lourde, belle et poignante.  Une merveille d’une force bouversante et terrifiante à la fois. Jean-marc Gelin

 
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 07:31

Label Bleu 2009

Sébastien Texier (as, ss, cla), Man Codjia (g), Christophe Marguet (dm), Henri Texier (cb)


Red Route est le nom du quartet d’Henri Texier. Petite garde rapprochée autour du contrebassiste qui réunit là quelques membres du Strada. On y retrouve donc Sébastien Texier (qui suprend toujours lorsqu’il est à l’alto), Manu Codjia (dans la lignée du jeu qu’on lui connaît par cœur tout en réverbérations évanescentes) et enfin Christophe Marguet, fidèle parmi les fidèles qui pour le coup sort de son registre habituel pour installer le drive tout en frissonnements sensuels qui conviennent mieux au répertoire ici dévoilé. C’est qu’il fallait bien un climat plus intime, un corps à  corps plus direct pour présenter ce nouveau programme inhabituel dont Texier s'explique dans ces colonnes (voir l’interview de Lionel Eskenazi)

Répertoire inhabituel puisqu’il alterne, à côté des compositions originales des chansons d’amour tirées des standards du real Book. On notera à côté des thèmes de Cole Porter (Beautiful Love, Easy to love), quelques surprises comme ce I love you ( toujours de Porter) mené à un train d’enfer comme la course d’un amoureux transi qui précède un In a sentimental mood au tempo très ralenti. En cette année d’hommage à Lady Day, Texier nous livre aussi une version magnifiée  et bouleversante de God bless the Child, tout en finesse. A côté de ces thèmes où la chanson et la mélodie sont totalement assumées, Texier ménage aussi 6 plages d’improvisation plus ancrés dans l’esthétique qui est la sienne depuis des années. Thèmes composés collectivement et qui donnent à chacun un espace plus libre, « hors chant ». Ces thèmes auraient tout aussi bien donner lieu au début d’un album en soi s’ils n’étaient pas insérés dans cet autre projet. Peut être pour ne pas lasser. Peut être pour éviter toute niaiserie. Peut être aussi parce qu’il s’agit de deux aspects fondamentaux de la personnalité musicale de notre plus grand contrebassiste. C’est alors un souci de cohérence dans le projet global qui nous perd un peu. Des réflexions sur l’amour chanté et joué, qui parfois partent dans des directions multiples et pas totalement abouties : un morceau comme intuition par exemple nous laisse un peu sur notre faim et s’enchaîne assez mal avec le suivant, alors que Dark song, prit comme un interlude tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

Petite parenthèse donc dans l’œuvre magistrale de Texier dont on retiendra pourtant l’extrême empathie des musiciens et leur formidable complicité. On y entend aussi parfois une sublime tendresse d’Henri Texier pour ses musiciens et pour cette musique de Broadway dont, à sa façon il se cesse de porter l’héritage. Sa réflexion sur l’amour qu’il soit tendre, furieux, triste ou gai s’exprime dans sa façon de vivre la musique intensément. Seul ou collectivement. Jean-Marc Gelin

 

 

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 07:28

Philippe Gordiani (g), Rémi Gaudillat (tp, fgh), Bruno Tocanne (dm)



Les hommages aux héros de la pop music d’hier font florès et constituent une réelle source d’inspiration pour la musique d’aujourd’hui. Récemment l’ONJ de Franck Tortiller surfait sur la vague Led Zep. Le prochain orchestre national s’inspirera quand à lui de Robert Wyatt. Alban Darche nous promet un répertoire autour de Queen et le prochain album de Pierrick Pedron porte la marque des Pink Floyd. Le rock progressif et psychédélique de ce groupe phare des années 70 constitue en effet une source d’inspiration réelle qu’il s’agisse de l’ère David Gilmor chez Pedron ou de celle de Syd Barrett qui l’a précédée. Et c’est à ce dernier que le trio présenté ici, a décidé de rendre hommage. Philippe Gordiani, guitariste venu du rock retrouve ici deux compères venus du jazz, Bruno Gaudillat trompettiste associé depuis quelques années au batteur Bruno Tocanne au sein d’un autre trio (Trio Resistance). Leur terrain d’entente se situe autour de ce compositeur, génial fondateur des Pink Floyd et compositeur notamment de ce titre mythique, Interstellar overdrive qui donne son nom à leur formation (I-overdrive trio). A partir de ce matériau, les trois hommes réussissent plusieurs tours de force. Rendre vie d’abord à ce répertoire dont ils savent à merveille exalter la parti mélodique mais surtout l’entraîner dans une dimension qui sans être réellement psychédélique trouve ici son originalité. A l’image de la schizophrénie de Syd Barrett, le trio balance entre rock et jazz, entre écriture et improvisation, donnant une énergie nouvelle à ces thèmes magnifiques comme Astronomy Domine ou Interstellar Overdrive par exemple. S’ouvrant sur une saisissante version de Flaming l’album dévoile une parfaite entente de ce trio et surtout une réelle intelligence de l’appropriation et du dépassement de la version originale. Car il est ici question aussi d’une rencontre de deux univers où aucun ne doit y perdre sa personnalité. Celle de Philippe Gordiani vient du rock et apporte par incursion, des touches sombres, loin des envolées des guitares héro mais qui s’ancrent dans l’esprit de la pop music et du parfois du blues. C’est par le guitariste que s’installe la texture, la couleur distanciée. Rémi Gaudillat lui, ne cesse d’album en album de nous emballer totalement et confirme ici tout son talent. C’est lui qui se charge d’exalter la ligne mélodique de ces thèmes bien connus et qu’il porte à l’incandescence. Le guitariste et le trompettiste mettent alors en évidence la structure des thèmes composés par Syd Barrett qui évoluent entre écriture et improvisations qui, chez le guitariste anglais pouvaient se perdre dans une sorte d’infini musical psychédélique mais qui, sans perdre cet espace d’improvisation, trouve ici une sorte de concision poignante. Entre les deux, Bruno Tocanne à la batterie assure un lien rythmique entre jazz et rock. Sans pastiche et sans plagiat, le trio qui pour un tel projet a pris le risque d’une formation iconoclaste, réalise un travail absolument remarquable d’hommage bien au-delà de la restitution. C’est véritablement d’appropriation qu’il faut parler. Car en apportant leur âme à ce projet ils permettent une lecture superbe et différente de l’œuvre de Syd Barrett. A découvrir d’urgence. Jean-Marc Gelin
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 07:42

Cristal 2008

Denis Girard (p, fder, Hammond), Laurent Girard (b), Xavier Girard (dm)

 

Gros travail de réalisation pour l’album de ce nouveau trio que les amoureux d’un pop-jazz lounge ne bouderont certainement pas. Très bien écrit, cette musique plutôt électrique (essentiellement fender ou hammond + basse et batterie), crée un univers onirique lancinant et joue sur des climats où les effets de mode ne sont pas absents. Dans l’esprit parfois des Pink Floyd mais aussi d’une musique électrique plus moderne ils ne manquent ni d’idée ni de sens très affuté de la réalisation, du travail du son et de la mise en route d’une machine formidablement conçue et travaillée. Il y a visiblement là un très gros travail de pro et de post prod et la création d’un univers bien particulier à la poésie aussi moderne que parfois étrange. Idem pour le travail de mastering réalisé à Londres par Stuart Hawkes ( la patte anglaise, évidemment audible ici…).  Cependant cette musique à l’onirisme ténébreux, reste assez sombre et délivre un groove angoissé et pas assez libéré. Le groupe de ces trois frères au superbe potentiel marche sur les traces d’un MMW (Medeski Martin & Wood) sans toutefois n’en avoir ni la force, ni l’impact ni l’énergie. C’est qu’il manque à leur musique le sens de l’improvisation et d’un total lâcher prise. Une prise de risque supplémentaire qui passe par plus de jeu des musiciens et moins de studio. C’est à ce prix là qu’ils pourraient rendre alors leur musique plus chaleureuse ou plus sauvage. S’ils parviennent à montrer, au-delà de leur très grand talent de concepteur, leur talent de musicien, s’ils échappent à un effet de mode un peu trop prononcé, alors c’est sûr ce groupe risquerait bien de faire parler de lui, bien au-delà de notre hexagone. Ceux qui les ont entendu en concert attestent en tous cas qu’ils en ont largement les moyens. Jean-Marc Gelin

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 10:04

Candid 2008

Neil Cowley (p), Richard Sadler (cb), Evan Jenkins (dm)
 

 

 Avec un appétit d’ogre à vous dévorer tout cru un Steinway au petit déjeuner, voici Neil Cowley, jeune british farouche partisan de la maltraitance des gentil claviers innocents, lui qui pourtant à l’âge de 10 ans interprétait tout un concert de Chostakovitch au Queen Elizabeth Hall ! Ce qui, peut être explique. Depuis, le gamin a fait son chemin et certains s’en souviennent peut être comme l’un des piliers de l’excellent groupe pop, the Brand New Heavies. Le voilà aujourd’hui à la tête d’un trio qui navige entre jazz, rock et pop dans une sorte de synthèse entre les tourneries du regretté Svensson dont ils reprennent le flambeau haut la main, et les grosses frappes qui scandent le son des Bad Plus des bons jours. Syncrétisme décapant et plutôt salutaire pour tous ceux qui auraient tendance à s’endormir devant leur chaîne hi-fi en attendant la relève. Bousculé, voilà l’auditeur obligé de tendre l’oreille, ce qui au passage n’est pas très difficile vu la puissance des attaques que ce trio là délivre à l’auditeur dans une débauche d’énergie qu’il ne faudrait pourtant pas trop caricaturer ( même si l’on peut leur reprocher de forcer un tantinet le trait, dans le genre bon gros binaire qui tâche !). Car cette musique vit, vibre et exalte aussi les émotions dans une sorte de drame passionnel aussi puissant que fort dans ses intentions. «  Loud, louder , stop ! » est un peu le leitmotiv viril de la construction de ces 10 morceaux dans un format brut et volontairement dénué de toute nuance subtile pour tourner autour de crescendos, des forte et decrescendos qui portent une certaine forme d’émotion. Paroxysme et ambigüité de certains sentiments amoureux et brutaux. La musique s’apaise parfois comme ce Clumsy couple très intense ou sur Synaesthesia Traffic où l’empreinte EST est encore très prégnante. Mais très vite c’est le naturel « rentre dedans «  qui reprend le dessus porté par une rythmique qui peut parfois être un peu lourde à l’image de ce batteur clône de David King de Bad Plus, plus à l’aise dans le bûcheronnage que dans les ouvrages de fine dentelle. Tout le problème d’une rythmique certes intéressante mais qui est encore bien loin de la cohésion de Dan Berglund et Magnus Öström. Il fau dire que Neil Cowley prend une place telle qu’lle oblige un peu le batteur à jouer fort et relègue la contrebasse à un rôle un peu anecdotique. Il n’empêche ; nul doute que sur cette lancée ce groupe prometteur trouvera la bon tunning. Car ce dont il s’agit c’est avant tout d’un album bien salutaire et vivifiant qui nous oblige à remettre en question notre approche du piano. Ni vraiment rythmique, ni vraiment harmonique, ce piano là, éreintant et émouvant joue sur un autre registre. Nous surprend dans sa forme esthétique un peu nouvelle. Neil Cowley nous maintiens bien éveillés. Et vivants. Jean-Marc Gelin

 

 

 

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 09:56
Petite mise en bouche de la prochaine surprise de daniel Yvinec, de Chassy : le futur album avec pas moins que Paul Motian et Mark Murphy.
Ca vous épate,non ? Jetez un oeil et une oreille là dessus :

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 08:08

JJJ Ada Rovatti : « Airbop »

Apria Records 2008

Ada Rovatti (as, ts), Dave kikoski (p), Ed Howard (b), Ben Perowski (dr) - Guests: Randy Brecker (Tp, Flg), Bob Mintzer (bcl), Don Alias (perc), Jill McCarron (p), Adam Rogers (elg)



Ada Rovatti en est à son troisième cd avec Airbop paru en 2006 et enregistré en 2004. Partagée entre l'Italie et Boston, lors de ses études à la Berklee’s School, et maintenant New York, cette jeune et belle saxophoniste italienne tourne aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis – en clubs et festivals –  alors qu'elle est plutôt inconnue dans l'hexagone. Visiblement appréciée par ses pairs, elle a été l'élève de Bob Mintzer (ici présent à la clarinette basse) et Phil Woods. Elle a aussi enregistré avec Randy Brecker, Mike Stern et John Mc Laughlin (sur « Industrial Zen ») entre autres. Plutôt bien entourée donc. Sur ce nouvel opus, Randy Brecker lui rend chaleureusement la pareille. En fait, il a participé à tous ses cds. Mais il ne s'agit pas d'une simple politesse, Ada est Madame Brecker dans le civil!
On retrouve aussi quelques grandes autres figures du jazz américain comme Dave Kikoski et Ben Perowski. Autant dire que le groupe est solide et que la jouerie est très bonne. Très à l'aise sur son ténor, vive avec une attaque franche, elle tient la dragée haute à Randy Brecker dans des chorus-duo complices - on s'en serait douté - et sympathiques ("What we miss"). Au soprano, elle a un jeu fluide, classique et tout à fait prévisible ("My Shining Hour"). Entre chansons binaires et pièces be-bop, ce cd est plaisant aux vues de l'actualité jazz. En revanche, le côté franchement sympathique de la saxophoniste (allez jeter un oeil sur son site décontracté et très agréable) et le plaisir évident des musiciens à jouer ensemble, un peu comme un all-stars-bœuf,   ("2-Bros" avec Mintzer et Brecker) apportent le réconfort nécessaire pour les lourdes tensions du monde actuel.

Jérôme Gransac

http://www.adarovatti.com/
http://www.myspace.com/adarovatti
 
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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 21:34

Vents D’EST

Olivier Py (ts, fl), Francis Le Bras ( fender, claviers), Emmanuel Brunet (cb), Guillaume Domartin (dm)

 

 

Le Collectif Vents d’Est créé sous l’égide de musiciens de la région Rémoise, dans le sillage du festival « Djaz » ( Reims Jazz Festival) et des Flâneries musicales, se constitue un bien joli catalogue si l’on en juge par les productions récentes. Il ne serait que de citer le très beau duo entre Daniel Erdmann et Françis Le Bras paru l’an dernier ou encore ce nouvel album d’Alata sur lequel le même Francis Le Bras reste à la manœuvre aux côtés du saxophoniste Olivier Py, d’Emmanuel Brunet à la contrebasse et du batteur Guillaume Dommartin.

Ce deuxième album d’Alata, 4 ans après le précédent pourrait bien être une sorte d’ « album référence » pour Olivier Py tant ce dernier marque d’une empreinte que nous ne lui connaissions pas, ce nouvel opus du quartet. Apparaissant sous un jour totalement nouveau, affirmé, émancipé de ses errances passées, il se révèle dans un format rythmique dans lequel il évolue tel un poisson dans l’eau. A la différence de ce que nous entendions jadis sans être totalement convaincu dans des groupes comme Knock ou Caroline, ici Olivier Py semble au contraire inspiré par la classe actuelle des saxophonistes New Yorkais dans lesquels on range des Donny Mc Caslin,des Dave Binney (Rock) et consorts. Entendre un morceau comme « Fin de partie à Lomé » ou comme Ibrahim résonne comme un jazz très empreint de cette culture transatlantique assez surprenante de la part des acteurs de ce quartet mais totalement convaincante dans la recherche d’un son d’ensemble. Françis Le bras passe ici avec bonheur au fender sur lequel il déroule un tapis harmonique et une assise rythmique élégante et lunaire à la fois, parfois même « churchy » créant des espaces d’impros et des effets électroniques légers dans lesquels Olivier Py peut se glisser avec une gande maîtrise. La réalisation artistique de l’album repose sur des collages où, en temps réel se mêlent des éléments enregistrés et des parties improvisées réalisés avec une grande cohérence artistique ( si l’on excepte toutefois les inserts « world » en début de morceau qui ne servent pas à grand-chose). Au plus près d’un jazz moderne tout en retenue et en maîtrise des subtilités harmoniques, le quartet impressionne par son savoir faire. Moins à l’aise et plus réservé lorsqu’il s’agit de se lancer dans des impros échevelées, il reste sur une certaine réserve, la rythmique dans son ensemble étant assez réticente à lâcher les chiens. Comme par exemple sur ce Lumumba en fin d’album où l‘on aurait aimé que la bande des 4 en oublie toute inhibition pour se transformer un peu en bandits. C’est notre seule réserve pour cet album admirablement construit et réalisé et auquel on adhère de bout en bout .

Jean-Marc Gelin

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:44

www.lowerb.com – 2008

Bertrand Lauer (ss), Mauro Gargano (cb), Luc Isenmann (dm), Manu Codjia (g)




Bertrand Lower fait partie de cette génération des joueurs de sopranos entièrement dévoués à leur instrument. Des sopranistes qui, dans la foulée des maîtres du genre (Lacy bien sûr mais aussi Liebmann ou François Jeanneau dont il fût l’élève accompli) possèdent une technique exemplaire qui leur permet de jouer bien mieux que de simplement jouer beau. De ceux qui maîtrisent une technique exceptionnelle mais ont su la dépasser. Une technique toute entière au service de jazz où le sens de la mélodie et du swing (on dit aujourd’hui « groove » mais l’on préfère ici swing dans son acception modernisée) s’allie à celui de l’improvisation. Netteté de la phrase, puissance et pureté du son dénué de vibrato, notes tenues et entrelacées sont des traits que l’on trouve autant chez Bertrand Lauer que chez quelques uns de ses brillants camarades, dont Jean-Charles Richard (lui aussi élève de Jeanneau) et Émile Parisien en sont les illustres et jeunes symboles.

Dès l’ouverture de l’album, Bertrand Lauer met la barre très haut, faisant souffler sur ce premier titre, ce qui fait la marque des plus grands, à savoir l’énergie dans le discours. Ne vous y trompez pas, tous les professeurs de musique vous le dirons, mettre de l’énergie n’est pas jouer fort. C’est tout autre chose. On craint pourtant d’avoir à faire à une sorte de premier album ultra démonstratif.  Il est rare en effet d’entendre d’emblée un joueur de soprano jouer aussi vite, si puissamment avec autant de virtuosité. Il n’en est pourtant rien car il y a dans les plages qui suivent quelque chose de plus subtil. Dans le discours de Bertrand Lauer, quelque chose qui relève de la maîtrise des idiomes du jazz, ce sens impressionnant du placement. Il est vrai qu’il est aidé en cela par une rythmique qui sonne « jazz ». Et dans cette rythmique, celui que notre confrère Lionel Eskenazi ne manquait pas d’encenser récemment, Mauro Gargano que l’on commence à désormais entendre un peu partout tant son assurance et sa solidité en font un  partenaire recherché. Ceux qui avaient tendu l’oreille à ses prestations dans le dernier album de Christophe Marguet (j’avais alors fait écho de ses talents dans les DNJ) ne manqueront pas d’être séduits par le son de ce merveilleux contrebassiste qui n’est pas sans évoquer quelques félines rondeurs à la Charlie Haden (Part III). 

Tout au long de l’album, avec un sens de l’esbroufe réel qu’il semble totalement assumer mais jamais ostentatoire, Bertrand Lauer montre l’étendue de son art et de son inspiration. Écoutez l’intensité de son phrasé dans un thème comme Time is on my life où l’inspiration coltranienne se mêle de quelques discrètes sonorité indiennes. Mais c’est à Liebman et Jeanneau qu’il nous renvoie le plus dans cette maîtrise des lignes mélodiques absolument transcendées et de l’incandescence rythmique totalement dominée. Lorsque le jeu semble dompter la technique pour porter la musique plus haut.

Dans un morceau plus calme et plus apaisé comme First Step, cet élève de la Berkelee school donne aussi un autre visage de son art : Avec un son d’une pureté cristalline, aux atours sensuels, la lame fine et ciselée de ce « regard » transperce les âmes en douceur. Jean-Marc Gelin

 

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 08:08

Joshua Redman (ts, ss), Larry Grenadier (cb), Reuben ogers (cb), Brain Blade (dm), Gregory Hutchinson (dm)

Nonesuch 2009


 



Quel pied mes amis, quel bonheur, quelle extase ! Ceux qui ont vu Joshua Redman à la Grande Halle de la Villette le 14 septembre dernier (en quartet acoustique), ont en l’écoutant, bien compris qu’il avait durant cette année 2008, franchit un cap supplémentaire, pour se hisser dans les tous premiers rangs des incontournables géants du jazz. Cet album en trio, quartet (avec deux contrebasses) ou quintet (avec une deuxième batterie), est bien là pour nous le prouver (il a été enregistré quelques mois avant Jazz à la Villette). Son jeu inspiré au saxophone ténor, à la fois énergique et chantant (Faraway ou Insomnomaniac) et ses enivrantes arabesques virevoltantes au sax soprano (Ghost) font mouche à chaque fois. Quelque soit la formule ou les musiciens choisis, nous sommes constamment séduit et comblé. Joshua avait inauguré la formule du trio avec son album précédent (l’excellent Back East), en utilisant trois rythmiques différentes suivant les titres et en incorporant à trois reprises un deuxième saxophoniste (Joe Lovano, Chris Cheek ou son père Dewey). Le niveau musical était très élevé, mais on pouvait éventuellement reprocher à ce disque, son manque d’unité et de cohérence, accentué par le répertoire hétéroclite qui était proposé (des standards, du Coltrane, du Shorter et des compos personnelles). Avec Compass, l’heure est au recentrage et à la cohésion. Tout d’abord tous les titres sont signés par Joshua Redman ou par des membres du groupe (les mélodiques March et Through the Valley sont composés respectivement par Larry Grenadier et Brian Blade), à l’exception d’un morceau, qui s’avère être l’un des sommets de l’album : une sublime version de la sonate au clair de lune de Beethoven (Moonlight), proposée avec deux contrebasses et deux batteries (un comble pour une ballade sentimentale !). D’autre part, sur les six titres joués en trio, il choisit d’associer Larry Grenadier, soit à  Brian Blade (Faraway), soit à Gregory Hutchison (Ghost) et les deux mêmes batteurs peuvent aussi faire équipe avec Reuben Rogers (Insomnomaniac et Un Peu Fou). A la manière d’un cycle, l’album commence et se termine avec un quartet à deux contrebasses : sur Uncharted qui ouvre le disque, Hutchinson tient la batterie et sur Throught the Valley qui clôt l’album, c’est Brian Blade le batteur. Enfin sur cinq morceaux, Joshua Redman nous propose un double trio, c'est-à-dire un quintet à deux basses et deux batteries (une formule du dédoublement des accompagnateurs, chère à Ornette Coleman). Et le plus fort c’est que la musique est tellement subtile, que ce n’est pas évident à percevoir à l’oreille : les sonorités des deux basses et les deux batteries étant  parfaitement bien réparties sur les deux canaux de la stéréo. Joshua Redman innove et se fait plaisir et l’on est bien obligé d’admettre que nous partageons tout au long des 72 minutes de l’album, ce bonheur euphorisant qui nous fait démarrer cette année 2009 sous de bons auspices.

Lionel Eskenazi

 

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