22 mai 2008
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Olivier Robin / Sébastien Jarrousse Quintet : « Dream time »
Aphrodite Record 2008.

Globalement on prend les mêmes et on refait (presque) la même chose avec (presque) le même bonheur. Alors que « Tribulation », le précédent album de ce formidable quintet est encore tout chaud sur nos platines, Aphrodite Record nous propose une suite heureuse avec ce « Dream time » qui sort aujourd’hui. A l’entame de l’album on est immédiatement séduit par la cohérence et l’énergie de ce groupe qui porte la marque des grandes formations. Celles dans laquelle chacun trouve sa place en fusion avec tous les autres. Pourtant, dès le premier morceau installé, la séduction de ce quintet opère moins. On attend des compositions qu’elles nous embarquent, qu’elles sortent du format, on attend le jaillissement pas sage, le grain de folie, l’audace qui n’arrive pas. Ce que nous ne remarquions pas dans le premier album se révèle plus ici et l’on croit avoir affaire à ces grosses écuries américaines qui alignent les pointures aux thèmes post coltraniens et aux compositions riches mais dans lesquelles le plaisir de jouer semble se perdre un peu.
Et pourtant cela vient ! Car dès le 4éme morceau (Le Pèlerin de Cadaquès), il se passe quelque chose. Les interventions de Olivier Bogé se font lumineuses. Le garçon réédite d’ailleurs sur Dream Time. Emil Spanyi, le véritable ressors de cet album prend sa part sur Calame. Emil Spanyi, ce véritable prodige du piano jazz qui semble toujours s’amuser avec son clavier, ne pas prendre les choses trop gravement et qui vous balance un swing terrible avec un sens inné du blues, une sorte de Mc Coy Tyner absolument irrésistible. Puis la rythmique sous ses appels se met en branle et Jarrousse hisse son jeu au plus haut dans la mouvance des plus grands. Lorsque l’on entend Jarrousse sur Widow’s bar on sait qu’il a beaucoup écouté Coltrane, Michael Brecker ou Lovano. Dans cette mouvance exactement. On sait aussi combien Robin et Botta maîtrisent aussi leurs classiques. En fin d’album quelques thèmes plus hard bop comme Duel (on croit entendre un public applaudir ?) donne à cette belle formation le moyen de sortir de ses gonds et de se dépenailler un peu, de sortir la chemise du pantalon, de se mettre en peu en vrac histoire de remettre les choses à leur place. Puis tout se termine avec des volutes plus shorteriennes, ultime apaisement comme un murmure, histoire de finir le coup en douceur.
Jean-Jacques Grabowski, le patron du label a bien raison de nous alerter sur son groupe fétiche : d’album en album le quintet Jarrousse-Bogé-Spanyi-Robin-Botta s’impose sur la scène du jazz comme une référence, comme une valeur sûre. Une sorte de Dream team ! De la trempe de ces groupes rares qui existent collectivement et font vivre au jazz français de bien belles heures. Il serait bon que les oreilles de nos académiciens se penchent un peu sur leur berceau. Car ces garçons là sont porteurs d’une très bonne nouvelle : qu’on se le dise le jazz vit encore ! Jean-marc Gelin
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Chroniques CD
18 mai 2008
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In Circum girum/ socadisc
vu par Sophie Chambon JJJ vs Jérôme GransacJJ
Par Sophie Chambon : JJJ
On connaît depuis longtemps la précision du batteur percussionniste François Merville, avec les albums de Louis Sclavis (en particulier dans L’affrontement des prétendants de 99). A la tête d’une nouvelle formation, un quartet très électrique, Merville rend hommage à l’univers décalé et joyeux d’Hermeto Pascoal, poly instrumentiste fou, vraiment inclassable, Brésilien attaché aux folklores de son pays qui introduisit dans des mélodies superbes tous les ingrédients de l’époque : fusion, free, avec indéniablement ce sens du rythme et des couleurs propres à la musique sud américaine. François Merville s’appuie sur des succès de ce maître du Nordeste, qu’il réarrange de façon inventive tout en fournissant de nouveaux titres. Le groupe de François Merville donne une impression de liberté créatrice parfois un peu troublante dans certaines digressions. Mais incontestablement, cet univers musical foisonnant, a sa cohérence : sons et timbres, effets électroniques, rock et musiques improvisées se mélangent en un patchwork coloré, hybride vigoureux et ludique. La guitare « post moderne » de Gilles Coronado et les saxophones de Christophe Monniot mènent la danse dans cette déconstruction foisonnante, actuelle, alors que le bassiste Le Moullec impulse des accents très rock (« O silencio è de ouro »). Monniot assume parfaitement l’art subtil de la transition au sein d’un même titre : suave et fondant au baryton, il sait aussi enchaîner dans la plus belle tradition du swing, puis nous prendre à contre oreille en sortant ces drôles de sons un peu bizarres, ces couinements dans Bebê ou Crianzas. Il est enfin formidablement festif sur le délicieux Chorinho pra ele que nous avons tous en mémoire (sans savoir même que c’est du Pascoal). L’album s’achève sur Nem um talvez qui avait séduit ce diable de Miles sur son Live Evil, fidèle à l’esprit original, dans son calme inquiétant. Tout en se frayant un chemin au cœur de tous les possibles, ô Mago Ermeto entraîne au cœur d’une jungle bruitiste, très expressive pour les Européens raisonnables que nous sommes. Et il faut remercier le label indé In Circum Girum de se prêter à cette nouvelle aventure.
Comme beaucoup de musiciens, le batteur François Merville rend hommage au multi-instrumentiste brésilien Hermeto Pascoal. Celui qu'on appelle « le sorcier », « le magicien » ou « le champion » aura influencé, et influence encore des générations de musiciens. Adepte pratiquant des musiques polyrythmiques complexes mais transcendantes, ce musicien génial est finalement assez méconnu du grand public européen (en tout cas pas assez au regard de sa valeur réelle). Sa musique défie toute tentative de catégorisation et mérite d'être étudiée dans toutes les écoles de musiques. Il était donc logique que le batteur et percussionniste François Merville s'intéresse à l'artiste et son oeuvre; ce qui se concrétise par ce CD paru chez Circum Girum. Il est constitué de quatorze pièces dont cinq composées par Merville; les autres sont de Pascoal et presque toutes réarrangées par Merville. Elles sont soit très courtes (de 20 secondes à deux minutes) soit de durée habituelle (deux titres font plus de 8 minutes) pour une durée globale d'une cinquantaine de minutes. Tout de suite, on remarque que les pièces de durée « normale » sont très écrites, leur arrangement est européanisé et leur structure offre aux musiciens de larges places d'improvisations. Les pièces courtes sont plus expérimentales et atmosphériques, moins écrites et plus contemporaines dans leur style. Composées par Merville, elles servent d'intermèdes entre les pièces plus longues. Pour être clair, la musique de Pascoal est excellente et très bien jouée dans ce contexte. Mais on est dubitatif quant à l'aboutissement de ce projet. De part sa structure (alternance de pièces courtes et longues), la musique de ce cd s'apparente à une suite mais n'en a ni la consonance ni le recul nécessaire. En fait, l'enchaînement des pièces se fait sans réelle texture identifiable et sans fil conducteur évident. Par ailleurs, un gros travail de post-production a été réalisé; il a peut-être contribué à dénaturer la musique. Merville s'est entouré de Gilles Coronado, toujours créatif à la guitare électrique, et Christophe Monniot aux saxs, qui se révèle plus sage que d'habitude dans son expression. Ajouté à cela, l'utilisation légère mais habile de l'électro confère à la musique un regard résolument moderne. Or on distingue deux atmosphères. Dans la première moitié du CD, la musique est entraînante. On se repasse même des passages en boucle car l'instrumentation est solide et joyeuse. Sorti de son contexte, un morceau comme Era Pra Ser e Não Foi est purement sublime. Côté instrumental, les sonorités des instruments acoustiques, électriques et électro s'harmonisent bien et les musiciens sont inspirés. Mais dans la deuxième moitié du cd, des sonorités empruntés aux années 70 (on pense à Magma) et des envolées bruitistes noircissent le tableau et ne sont pas bienvenues à l'oreille. Sur O Silencio è de Ouro » ou Chorinho pra Ele, on se demande par quel cheminement elles sont arrivées là et pourquoi. Enfin, on ressent même un essoufflement de la part des musiciens en deuxième partie de CD. Cette chronique n'est qu'un avis et il est certain que d'autres oreilles et d'autres sensibilités seront touchées, voire plus, par cette relecture de la musique de Pascoal.
Published by Sophie Chambon et Jerôme Gransac
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17 mai 2008
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Mosaic 2008
Assurément, Quincy Jones, qui vient de fêter ses 75 ans est l’incarnation même d’une certaine esthétique du jazz de la fin des années 50 et 60. Musicien à la base (trompettiste), Quincy Jones s’est surtout illustré comme l’un des grands chefs d’orchestre de cette période. Il est vrai qu’à l’instar de Basie, pour qui Jones a d’ailleurs écrit, notre homme a su regrouper autour de lui, la fine fleur du jazz américain et citer tous ceux, immenses, qui se sont croisés dans ses formations relèverait du « name dropping » : Phil Woods bien sûr, Art Farmer, Zoots Sims, Curtis Fuller, Benny Golson, Freddie Hubbard, Art Blakey et j’en passe et des tout aussi bons. Tous sont passés à un moment ou un autre dans l’orchestre de Quincy avec le même état d’esprit : même pêche des sections de cuivres, mêmes solistes furieux, même sens du swing et du bon vieux blues. Les enregistrements proposés ici partent des premiers passages en studio (si l’on omet quelques autres enregistrements mineurs en 1953 et 55) réalisés en 1956 et publiés sous le titre « How I feel Jazz ». Suivent ensuite les sessions Mercury enregistrées dans les années 59/61 (« The birth of a band », « the great wide of Quincy Jones » ) avant que Quincy ne passe un court instant chez Impulse, pour y graver le mythique « The Quintessence ». Enfin cet ensemble de 7 CD se termine par deux enregistrements en « live » pris à Zurich en mars 61 et Newport en novembre de la même année. Au total près de 6 heures de jazz en grand orchestre dans la pure tradition du swing … un petit joyau de sensualité dans un écrin de velours. Perso’ j’ai une affection toute particulière pour tous les trompettistes qui se sont succédés et plus particulièrement pour le grain de folie de Joe Newman, l’homme de Basie mais surtout ici l’homme du jaillissement impossible. Mais à quoi bon vous parler d’un soliste lorsque tous se hissent à un tel niveau d’excellence ! Car on ne boude jamais notre plaisir à l’écoute de cette mécanique si bien huilée qui trace tout au long de ces standards du jazz de ces années là une route impeccable et toujours superbe. La quintessence du jazz en quelque sorte ! Jean-Marc Gelin
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17 mai 2008
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Yolk 2008

Attention : objet musical non identifié. Pour s’y retrouver, il y a ce que dit la musique et ce que l’on entend. Ce que l’on entend : une clarinette et une voix de femme qui se cherchent en duo, s’enlacent et se mêlent dans un dialogue fait de petites pièces dont on ne comprend pas toujours le sens mais dont la trame reste toujours d’une extrême simplicité. Dans ce dispositif minimaliste, le magnifique son de clarinette de Mathieu Donarier sert d’écrin à la voix de Pioline Renou, tantôt lui donne le tempo par de petites pulsations régulières, tantôt la suit vers l’aigu et accompagne ses épanchements, comme son ombre portée. Une grande part de l’étrangeté de la chose - certains diront de la magie, d’autres du malaise -, tient à l’omniprésence de cette voix qui évoque par moment celle de Camille. Par ses gémissements, grincements, susurrements, feulements ou petits cris plaintifs, elle fascine et agace tout à la fois. L’extrême fin du disque fait même durer le mystère: si l’on s’avance comme nous par mégarde dans la dernière plage de l’album (Au refuge, censée ne durer qu’1.35 selon les indications de la pochette), l’on peut entendre aux alentours de la 4ème minute, médusé, une improvisation de Poline Renou, à mi-chemin entre le chant chamanique, les vagissements d’un bébé et la restitution sonore d’un accouchement. L’exercice est sidérant et dérangeant, à l’image de l’album dans son ensemble. Car si l’on ne peut qu’être impressionné par la beauté de certains climats (les réminiscences d’Afrique d’Hampe Bac, Neige, Parti en mer), d’autres moments laissent plus froid jusqu’à ennuyer parfois. Comme si l’on ne disposait pas des clés qui permettent d’entrer dans l’intimité de ce dialogue, d’en comprendre la signification. Car ce que dit la musique est complexe à saisir, l’émotion et l’agacement qu’elle provoque difficiles à décrypter. De quelle expérience veut rendre compte ce récit qui se refuse aux mots ? Aucune parole n’est prononcée tout au long de l’album, à l’exception d’un poème écrit par Mathieu Donarier, dans un morceau qui n’est pas et de loin le meilleur de l’album. Les signes Écrits ou dessinés abondent pourtant sur la pochette, magnifique : petits dessins minimalistes de Mathieu Donarier, fragments de textes que la musique pourrait illustrer. Il est question d’Afrique (Hampate Ba), de Garcia Lorca (Cinematograf) des films de Toni Gatlif et d’une fête tzigane triste (Cinematograf), d’esclavage (Yoruba), de survie (Yoruba), de voyages (Au refuge) et de marins (Parti en mer). Ce pourrait être la musique d’un film de désert et de côtes ou la bande son d’un Corto Maltese d’Hugo Pratt. Les liner notes signalent que les écrits de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier ont accompagné les musiciens tous au long de la création de l’album. Ce qui confirme ce statut de musique pour voyages imaginaires. Trois au moins de ces cartes postales sont magnifiques : l’introduction poignante de Cinematograf, où le chant tzigane presque Klezmer de la clarinette s’étrangle dans les yous yous de la voix ; le souffle et les claquements de Hampate Ba ; la comptine angoissée qui s’éteint peu à peu de Hopscoch. Le reste intrigue toujours, séduit parfois mais laisse, on l'aura compris, perplexe aussi. Loïc Blondiaux
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17 mai 2008
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Vents d’est 2008

Les duos de saxophone et de Piano sont toujours des moments exquis pour peu qu’il y ait une réelle entente entre les deux protagonistes. Condition sine qua non sinon fiasco assuré. On se souvient de quelques grands moments comme le duo de Stan Getz et Kenny Barron (pour moi un des sommets du genre) ou plus récemment celui de Joe Lovano et de Hank Jones et tant d’autres. Pas plus tard que l’autre jour nous entendions Jean-Marie Machado faire de la dentelle avec Dave Liebmann. Et il est vrai que ce genre de rencontre se situe toujours sur le terrain de l’exigence tant l’exercice est difficile. Exigence d’écoute, exigence d’inspiration et maîtrise de l’improvisation. Surtout numéro d’équilibriste. Prendre sa place et laisser la sienne à son partenaire. Il faut être un grand musicien pour parvenir à un tel subtil dosage. La rencontre entre le saxophoniste Daniel Erdmann et le pianiste Francis le Bras ne déroge pas à la règle. Comme toujours dans ce genre d’exercice c’est un jeu de chat et de souris dont il est question avec ses moments de rencontre, ses moments de fusion, ses chassés croisés et ses distanciations. Daniell Erdmann s’y révèle comme un véritable conteur. Sans monotonie du geste. Réelle force narrative. Francis Le Bras soit au piano acoustique soit au fender, s’inscrit toujours dans la ligne de l’histoire racontée, soutient le propos, souligne discrètement le trait, en adoucit les angles. Un modérateur en quelque sorte. Les deux donnent ainsi du relief à leur discours par la juxtaposition de la raucité du saxophone et du moelleux du fender ici judicieusement associés. Créée lors d’une rencontre à Reims, cette formule séduit par sa richesse et par l’intensité d’une histoire souvent vibrante qu’ils se plaisent à nous raconter. Pas d’effets de styles ou d’atmosphères sophistiquées mais juste un moment brut de musique échangée. Jean-Marc Gelin
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17 mai 2008
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Plus Loin Musique / Nocturne 2008
Surprenant aux premiers abords, l’album de ce duo inattendu s’intitule tout naturellement « Two ». Enregistré en septembre 2007 par Fred Betin au « Studio 26 », publié sous le label « Plus Loin Musique » et distribué par « Nocturne », on y goûte un somptueux dialogue entre deux musiciens d’un rare talent, étonnant par sa fraîcheur. Rémi Panossian est un pianiste de 25 ans déjà expérimenté par ses différentes collaborations avec Rick Margitza, Pierrick Pedron ou bien encore Aldo Romano. La réplique est donnée au pianiste par la voix de la contrebasse de Julien Duthu, lui aussi musicien de la nouvelle génération, déjà très présent sur la scène Jazz française. Cette balade enregistrée en duo est essentiellement un recueil de compositions originales des deux protagonistes, à l’exception du dernier morceau intitulé « Le temps des cerises ». Il faut déguster cette tendre complicité comme un parfum huilé, qui n’est pas sans rappeler certaines ambiances méditerranéennes aux odeurs nostalgiques. Au-delà de vaines démonstrations techniques, sachant argumenter son discours de lyrismes démesurés, cette paire indissociable de fidèles coloristes transmet sa profonde passion à travers une vision ultra-personnelle de la musique. Chaque pièce est habitée par une histoire, à chaque fois différente au fil des plages du disque, s’appuyant le plus souvent sur une sorte de danse aussi légère que lancinante. Ces mouvements rythmiques, parfois asymétriques, sont relativement marqués par les fréquences basses de la matière sonore, ce qui permet à l’harmonie d’installer en hauteur toute la suprême beauté dont elle est capable entre les mains d’un tel duo, offrant ainsi à l’auditeur les fruits d’une connivence sans limites. Cette association prend parfois tournure d’expérimentation par le biais de l’utilisation de l’archet par le contrebassiste ou bien de l’approche manuelle des cordes du piano. Ces atypiques considérations musicales font ressortir cette permanente métaphore du rêve, et cela grâce aux reflets que met en relief la résonance des instruments, notamment dans cette improvisation décousue portant logiquement le nom de « Chasin’ The Dreams ». On y entend d’ailleurs presque par hasard une utilisation percussive et boisée des deux instruments à cordes. Selon les goûts, peut-être est-ce la meilleure manière de rendre vivant un tel répertoire, aux travers de coups sur le bois, faisant apparaître ce troisième musicien si absent du coté rythmique. Mais le choix de l’instrumentation, aussi difficile qu’il soit d’être entrepris, a le mérite d’offrir tout le charme d’une texture sonore bucolique et volatile, avec toujours pour centre ce dialogue à double sens, cette mélancolique conversation qui ne laissera personne indifférent. Tristan Loriaut
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17 mai 2008
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Effendi 2008
Saxophoniste français basé à Montréal, Jean-Christophe Béney sort un quatrième album avec une formation en quartet semi-acoustique (fender rhodes et piano/sax/basse/batterie) constitué de musiciens canadiens. L'album s'appelle « Pop Up » et annonce clairement l'utilisation de structures de musiques pop dans le jazz. Dès les premières secondes du CD, Béney attaque avec un morceau-chorus très coltranien que – heureusement- le groupe finit par étouffer dans une mélodie pop très bien amenée et rondement menée. Cela semble être symbolique: un signal de la part du saxophoniste? Comme pour nous signifier que cet album est orienté pop et qu'il s'écarterait des structures jazz, comme celles de Coltrane justement? Il faut dire que les compositions de Béney sont concises et facilement transposables en chansons (Béney ne fait pas de reprises). Elles empruntent à la musique pop en général tant dans l'écriture de la mélodie que dans la structure binaire/ternaire des pièces. De manière générale, les mélodies sont gracieuses, tapent à l'oreille immédiatement (« Chinese Checkers », « Pop Up ») et ont toutes leur évidence. Enfin, les chorus sont épurés et efficaces, sans verbiage « saxophonistique ». Au ténor ou au soprano, Béney ne fait pas dans la démonstration. Son jeu est posé et lyrique et marque volontairement la mélodie. Le leader adopte ainsi un style distingué qui n'écrase pas l'harmonie et la motricité du groupe. Le quartet de Béney fait penser par certains côtés à celui de Jérôme Sabbagh (avec le guitariste Ben Monder) mis à part que Béney utilise des rythmiques plus variées mais originales, comme « Chinese Cheekers » avec sa rythmique afro-cubaine sur le refrain, ou empruntées à des styles de musiques modernes et utilisés de manière diluée. La musique de Béney est moins spacieuse dans les atmosphères et plus dense dans la jouerie. Pour terminer, le quartet de Béney est soudé et présente par son jeu une version intelligente des « power quartet » actuels. Jérôme Gransac
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17 mai 2008
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UNIVERSAL JAZZ MUSIC 2008

Il faut avoir vu Kenny Barron dédicacer affectueusement son CD, "Images", à la sortie d'un set au Sunside en 2005, pour à la fois découvrir la modestie du personnage et aussi comprendre pourquoi cet artiste gigantesque s'est résolu à vouer une partie de sa carrière au service des autres. Qu'on en juge: c'est à ses qualités que l'on doit le magnifique chant du cygne de
Stan Getz (de 1987 à 1991). Que partenaire du saxophoniste Charlie Rouse, il a fait passer l'héritage titanesque de Thelonious Monk, dans le phénoménal quartet SPHERE. On était alors loin de se douter que ce musicien qui a porté tant d'oeuvres sur ses épaules était lui-même un grand organisateur de voyages. Il nous confiait en 2005 : "mon rêve est de composer une musique qui emmène loin, sans marcher sur les pieds de personne. Je compose pour faire défiler devant les gens, des climats, des atmosphères, des ambiances". Dans le dernier CD, secondé par son fidèle contrebassiste japonais, Kiyoshi Kitagawa, le pianiste tient la promesse de beauté. Cette fois, confirmant un réel talent d'orchestration, il emmène plus de monde en expédition. Pour la première escale, le compositeur convoque le saxophoniste soprano Steve Wilson, lyrique à souhait sur les balades comme il le fut brillamment avec Chick Corea. Le philadelphien pousse également en avant, sur un répertoire de sa composition, trois vocalistes haut-de-gamme : Greg Tate, Gretchen
Parlato et Ann Hampton Gallaway. Fidèle à son personnage, Barron reste très discret, cédant la part du lion de ses mélodies à leurs voix. On se laisse bercer sans rechigner dans l'écrin confortable et coquet de la tradition. La seconde partie du disque est plus audacieuse, avec l'arrivée de Lionel Loueke. A partir du duo guitare/piano (Duet), nous embarquons en trépignant
de joie vers des horizons plus foisonnants et résolument contemporains. De dériver ainsi porte l'excitation de la découverte à son comble. Un très bon disque, forcément. Le prochain Kenny Barron, entièrement inspiré du matériel de la deuxième partie de celui-là , serait un bonheur parfait
Published by Bruno Pfeiffer
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Chroniques CD
15 mai 2008
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Act – 2008
Pour son quatrième enregistrement, la chanteuse norvégienne Solveig Slettahjell signe cet album entièrement sous son nom. Les membres de son Slow Motion Quintet ne sont présents qu’en tant que musiciens invités. Ce premier disque « solo » enregistré dans son living room, est avant tout un voyage introspectif où Solveig, enceinte de plusieurs mois, nous livre des chansons douces et sensibles, s’accompagnant elle-même sur son propre piano. Des chansons d’amour, belles et dépouillées, qui au fil des écoutes deviennent des petits bijoux de pop songs délicates et justes. Dès le début de l’album, nous plongeons avec ravissement dans le doux cocon feutré que nous suggère 4.30 A.M, I Do ou This Is My People. Dans le même registre, Solveig nous livre une bien belle relecture du Time de Tom Waits, qui est un de ses chanteurs-auteurs–compositeurs préférés (elle avait d’ailleurs repris Take It With Me en ouverture de son premier album Silver). Quelques fois les arrangements deviennent plus fouillés, comme sur les émouvants One of These Days, Snowfall et la superbe version du Because des Beatles. Cette surprenante reprise, avec son étirement de tempo et son ambiance de fanfare de cirque, s’avère être le sommet onirique du disque. Ces subtils et talentueux arrangements sont signés par le co-producteur et multi-instrumentiste Peter Kjellsby avec l’aide du trompettiste Sjur Mijleteig (au jeu influencé par Chet Baker). L’album se termine par Birds and Hopes, chanson pudiquement créditée en bonus track, qui envoie un message d’amour attendrissant destiné à son futur enfant. Lionel Eskenazi
P.S : Solveig Stellahjell sera pour la première fois en concert à Paris, le 23 juin au Sunside.
Published by Lionel Eskenazi
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15 mai 2008
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CamJazz 2008

L'artiste qui surprend l'amateur de quelque discipline que ce soit peut s'assurer d'une chose : il a réalisé du bon travail. Il aura contribué à des moments de bonheur, seraient-ils fugaces. Avec Solal, on est servis. La surprise devient carrément un concept. Chaque note de ce dernier CD est tellement imprévisible que les sourcils restent relevés en permanence. Avant l'écoute, dans les notes du livret, le célèbre critique de jazz américain Dan Morgenstern nous prévient. Il décrète Solal l'un des plus grands pianistes de l'histoire du jazz. Les dix morceaux du trio du pianiste, dont trois standards, iraient plutôt dans son sens. Son jeu époustoufle à un point tel, il emprunte un nombre si diversifié de virages et de bifurcations, qu'il vaut mieux abandonner le projet de garder une respiration normale pendant trois quarts d'heure. Les idées fourmillent, les mélodies se multiplient, les rythmes se transmutent, puis comme un bateau qui aurait tangué jusqu'au point limite, revient après le cyclone à leur exposition initiale. C'est vertigineux, swinguant et porteur d'émotions. Ajoutons que le choix de ses accompagnateurs encourage les raids de Solal.
La complicité surnaturelle de François et Louis Moutin (respectivement contrebasse et batterie) déteint sur le leader. Le jeu d'ensemble permet à ce dernier de décomposer encore davantage son assise rythmique, comme dans ce bijou déconcertant : Bizarre, vous avez dit ? Interlocuteurs idéaux, les jumeaux, d'une réactivité confinant à la vitesse de l'éclair, caressent les acrobaties et portent le style du funambule au niveau du grand art. Enfin, il convient sans doute de mettre au crédit des Moutin d'avoir rendu une expression unique encore plus lisible. On le goûte avec une joie renouvelée. Morgentern a l'oreille du pro. Il a raison : aucun musicien au monde ne propose un itinéraire de cette qualité. Bruno Pfeiffer
Published by Bruno Pfeiffer
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