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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 15:51

 

Giovanni Mirabassi (piano solo)

Paris, 18-20 août 2025

Jazz Eleven J11018 / Baco distribution

 

25 ans après ‘Avanti !’ (enregistré en novembre 2000, publié en 2001 par Sketch, et disparu des bacs des disquaires au cours des années suivantes), Giovanni Mirabassi en reprend le répertoire de chants de résistance, dans des versions différentes, plus développées ou plus brèves selon les cas. Et My Revolution de la version princeps devient My Permanent Rebellion . On retrouve El Pueblo Unido…., Le Temps de cerises , La Butte rouge, Bellla Ciao , etc.… L’original avait connu une considérable diffusion, et en faire revivre les thèmes et l’esprit s’imposait.. Ici Le Chant des Partisans se limite à 14 secondes, quand à l’origine il était développé en 2 minutes et 44 secondes. Ces nouvelles versions sont musicalement et pianistiquement brillantes, sans ostentation mais avec une grande ferveur. Retrouver ce répertoire à la faveur de cette réinterprétation est un pur bonheur, à déguster comme il se doit : pour paraphrase librement un fameux slogan soixante-huitard : ce n’est qu’un combat, recommençons au début…. pour aller plus loin !

Xavier Prévost

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Giovanni Mirabassi jouera ce programme en concert , le 3 mai à 16h30 en l’Église Saint Martin au Tilleul d’Étretat, et le 11 juin à Paris, au Bal Blomet

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=12HixASEFs4&feature=youtu.be

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29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 16:23
GARDEN OF SILENCES    Clément JANINET

GARDEN OF SILENCES

 

Clément Janinet (violon, nyckelharpa, compositions ) Arve Henriksen (trompette, électronique), Ambre Vuillermoz (accordéon). Robert Lucaciu (contrebasse)

Garden of Silences | clementjaninet

www.bmcrecords.hu

 

Sortie le 1er Mai sous le label BMC

Concerts  12/05/ La Dynamo de Banlieues Bleues ( Pantin)

                  13/05/ Jazz sous les Pommiers

 

GARDEN of SILENCES - Teaser

 

Si on écoute seulement la musique de Garden of Silences sans rien lire des notes de pochette toujours très précises de Guillaume Malvoisin, on est en proie dans cette suite mystérieuse à un vertige sensoriel où les instruments mêlent leurs timbres, s’ajustent ou s’échappent dans des impros.

Allons-y-voir de plus près cependant ! On avait aimé Clément Janinet dans l’insolite trio chambriste de la Litanie des Cimes quand il prenait de la hauteur sur la canopée. On l’avait suivi dans O.U.R.S, cette autre formation qui annonçait quelque peu son goût des musiques répétitives (Ornette Under Repetitive Skies) et du free.

On continue à présent à explorer ses territoires musicaux de prédilection qui sont nombreux car le violoniste mandoliniste aime unir styles (musiques de chambre, répétitives, trad...) folklores et époques : il s’est choisi cette fois une nouvelle équipe européenne, des compagnons au solide background respectif pour lesquels il particularise certains thèmes ( les basses de l’accordéon, la précision de la contrebasse), les mettant ainsi en valeur. Sur dix compositions qui prennent le juste temps pour se déplier, huit sont de sa plume de compositeur et d’habile arrangeur.

Le quartet poétise de façon certaine, s’attachant à remonter le temps avec la musique baroque des origines à la suite d’extraits des Lamentations du compositeur italien Emilio de Cavalieri, musicien novateur de la cour de Ferdinand de Médicis à la fin du XVIème, introduisant  ces premières Leçons des Ténèbres baroques. C'est une écriture subtile sur un chemin balisé de références (s)électives en se permettant écarts et pas de côté vers ces musiciens au rayonnement européen du XVIIème par des « transmutations » audacieuses qui gardent souvent la mélancolie des originaux. L’amateur plus « classiquement » jazz découvre un envoûtant et orientalisant "Musette" d’après le gambiste Marin Marais ou une adaptation singulière d'une cantate de Dietrich Buxtehude( Garden Hosts Mystery").

La qualité évidente de la musique vient de ce travail collectif, spontané et complice qui exalte aussi les diverses textures d’un instrumentarium incongru : trompette troublante avec ses effets, accordéon, contrebasse, violon... Et en amoureux des cordes frottées, pincées, Clément Janinet délaisse parfois son violon pour la nyckelharpa suédoise, aimant s’amuser d’alliages nouveaux avec cette sorte de vielle.

S’il a montré par ailleurs son goût pour les rythmiques de musiques traditionnelles mandingues, peul aussi bien que bourguignonnes, ce sont les musiques trad du centre de la France redécouvertes avec le Malicorne folk des seventies, auxquelles il va faire subir des « Transformations » en exaltant le jeu en pizz ou à l’archet du contrebassiste Robert Lucaciu. Ou encore cette Lola inspirée du violoncelliste Mario Boisseau. On retrouve enfin sa fascination pour les minimalistes américains Steve Reich et John Adam qu’il branche sur des harmonies de Dietrich Buxtehude dans ce « Repetitive Cantum » au titre explicite.

Recyclant des thèmes plus ou moins obsessionnels, Clément Janinet y revient en organisant des variations, reprenant par exemple deux thèmes de ses divers O.U.R.S, « In the head » de 2017 arrangé cette fois pour le Norvégien Arve Henriksen et ce « Third meditation » apaisant qui clôt un album somme toute serein. Clin d’oeil très bref comparé à la première mouture dans l’album de 2020 Ornette Under Repetitive Skies qui soulignait la couleur de l’album sur près de 13’ à grands traits d’archet, jets continus introduisant des micro-variations, changements infimes de ces cellules redondantes, aux échos d’un saxophone coltranien de la dernière période.

En dépit de cet éclectisme singulier, ce Garden of Silences finit par révéler  quelques-uns de ses secrets dans ce modèle d'équilibre et de cohérence dans le montage des diverses compositions. Un concert spirituel, “aux tempos lents, aux contemplations harmoniques” sans rupture brutale, ni même dérèglement contrôlé, le free est métaphoriquement présent dans ces libres échappées stylistiques.

On ne peut que reprendre la formule si pertinente d’ «ancient melodies of the future” dans cette assimilation décomplexée de courants divers. Clément Janinet et son fécond imaginaire nomade musical méritent décidément d’être suivis de près.

 

Sophie Chambon

 

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 12:03

Mark Tuner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

Perne-les-Fontaines, avril 2024

ECM 2835 / Universal


 

Le titre invite à penser le saxophoniste comme maître de la forme et de l’harmonie, ce qu’il est indiscutablement, et brillamment. La forme, suscitée par le saxophoniste et compositeur (qui signe l’ensemble du répertoire) ; et l’agilité dans les méandres de l’harmonie, qui est assurément l’un des secrets de cette musique. Les thèmes et leur déroulement sont une suite de détours qui pourraient sembler mystérieux, mais qui procèdent en fait d’une logique tant musicale qu’esthétique. Nous suivons le groupe, et ses solistes, dans ce doux labyrinthe qui, loin de nous effrayer, excite notre curiosité, et procure aussi le bonheur immédiat lié à la perception de l’instant sonore. Une illustration peut-être de cette démarche, souvent revendiquée par les plus brillants artistes, qui consiste à poser des contraintes pour mieux exprimer leur liberté par leur franchissement. Le musicien se joue de sa propre mémoire (ses compositions antérieures, et ses admirations). Le genre de disque qui, même s’il procure un plaisir immédiat, n’en finira pas de livrer ses secrets, à chaque écoute : admirable !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://music.youtube.com/watch?v=qKAICcGm6kI&list=OLAK5uy_nU9Yu26-t87W_XryXpDV7gNVTy1mUM208

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 09:11
Conversation             Jan Harbeck Quartet

 

Conversation Jan Harbeck Quartet

 

Label Stunt Records

Sortie le 24 avril

 

Jan Harbeck – saxophonist/composer

 

 

Conversation, voilà un titre bien trouvé pour le cinquième album du quartet (exclusivement) danois de Jan Harbeck qui depuis 2008 est fidèle au label Stunt. Jan Harbeck rencontre le succès dans son pays, jouant régulièrement dans les clubs de Copenhagen et quand le quartet est en tournée, il reste plutôt en Europe. Il s’agit bien d’un échange intime, sensuel, plus soutenu à d’autres moments (« Out of the Blue ») dans ces sept compositions jamais trop longues qui composent un album au timing et montage parfaits.

Comment ne pas remarquer cette communion entre musiciens qui se pratiquent depuis vingt ans ? Ce quartet soudé  cultive en effet cette « Interaction », cette intuition du jeu quasiment télépathique. Comme dans le bon vieil âge d’or du jazz quand les musiciens toujours ensemble, passaient leur temps à jouer, en tournée, sur la route et improvisaient alors en live facilement.

On notera le dialogue fécond entre un ténor inouï et un pianiste Henrik Gunde allumé quand il le faut, plus qu’inspiré dans ses contrepoints sur « Passing Clouds » ( qui rapproche des vers de Baudelaire ),  son échappée dans « Odd One Out » ou le final « Arena ». Cette osmose, j‘avais déjà pu l’observer à Parfum de jazz en 2023 sur le programme de son Balanced tout à fait exceptionnel où le ténor, devant un public admiratif suspendu à ses lèvres, rendait hommage à ses aînés sur un Selmer Balanced Action de 1939 qui avait appartenu au « Sound » lui même, le grand Stan Getz du « ténor en or ». Car Jan Harbeck nous parle en effet, susurre à l’oreille,  enlace inévitablement dans son phrasé. Quel est l’instrument le plus proche de la voix humaine ? J’aurais opté pour le trombone mais après avoir entendu Jan Harbeck, je n’en suis plus aussi sûre.

Instrumentiste délicat, son interprétation transcenderait n’importe quel thème, solidement soutenue par les lignes de basse d’Eske Nørrelykke (« Interaction ») et le tempo toujours juste d’un batteur discret Anders Holm.  On croirait que le quartet rejoue des standards tant ce jazz nous est familier. Or aucun thème n’est revisité sur ce nouvel album : ce sont toutes des compositions de Jan Harbeck mais il a souvent puisé dans le Songbook américain et des références subliminales jaillissent comme dans ce « Sparkle Sight » qui titille notre mémoire en swinguant de la plus belle façon.

Facile d’écoute, cette musique? Oui, si cela signifie que l’on est dedans dès les premières notes, une balade voluptueuse et amoureuse, ouverte et légèrement mélancolique, feutrée comme le souffle de Ben Webster. Pas un hasard s’il a reçu le Ben Webster prize en 2018. Précisons une autre évidence son inscription dans l’héritage du swing avec une inclination particulière pour Paul Gonsalvès. Surtout qu’il a connu la pratique des big bands où l'on attend des ténors et autres solistes de chaque pupitre qu'ils se lèvent et délivrent un solo d’anthologie comme chez Duke Ellington !

Cette musique s’oriente t-elle vers de nouvelles directions ? Peut-on suivre son évolution avec la discographie de son quartet ? Sensible à ce jazz qu’il aime et sert avec ferveur, outre une habileté technique évidente, Jan Harbeck saisit par une profondeur musicale dont on sait d’où elle tire son origine. Son expression seule suffit alors pour nous mettre sous emprise, pour notre plus grande jouissance. Il est irrésistible.

 

Sophie Chambon

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24 avril 2026 5 24 /04 /avril /2026 16:47


Olivier Ker Ourio (harmonica, compositions), Mathis Cordier (guitares), Benoît Sourisse (orgue), André Charlier (batterie). Invité : Andy Narell (steel drums).
Studio La menuiserie, juin 2025.
Continuo Jazz-Baco Distribution/Believe.
Paru le 27 mars.
Concerts prévus les 9 mai à Salon de Provence (13300), 29 mai au Baiser Salé (75001) et 2 août à Meymac (19250).


     Olivier Ker Ourio, le compositeur, est de retour, après une retraite de cinq années. L’harmoniciste, s’il n’a jamais cessé de pratiquer son instrument, a retrouvé le goût du récit. Avec treize compositions, le spécialiste de la musique à bouche ou, pour les québécois, le brise-babines, évoque ses amis, sa famille, ses confrères musiciens (Sylvain Luc, François Raux, François Jeanneau) avec sensibilité, fluidité, inspiration dans un univers toujours empreint de ses racines de l’Océan Indien, de son île natale de La Réunion.


      Les rythmes de l’hémisphère sud, une certaine forme de nonchalance sont omniprésents dans cette heure de musique concoctée par Olivier Ker Ourio avec un tandem soudé comme jamais (Benoît Sourisse à l’orgue et André Charlier à la batterie) enrichi d’un jeune guitariste de 22 ans (aux origines guyanaise, réunionnaise, martiniquaise) Mathis Cordier (à découvrir absolument) et sur deux titres d’un percussionniste des Caraïbes, expert ès steel drums, Andy Narell.


      Pour le concert de sortie de « Life As It Is », seul ce dernier, résidant de Sainte Lucie, manquait à l’appel sur la scène parisienne du Bal Blomet le 22 avril. En revanche, Olivier Ker Ourio avait convié un invité surprise, un complice de trois décennies au moins, le pianiste Manuel Rocheman avec lequel il publia en 2025 un duo (Affinities. Continuo Jazz).


Tout feu, tout flamme, le combo inédit délivra, après deux heures intenses, « A 380 »
(clin d’œil aéronautique), titre clôturant l’album « Life As It Is »... On planait !

 

Jean-Louis Lemarchand.  

 

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 15:33


Steve Wilson (saxophones alto & soprano, flûte, flûte alto), Dave Pietro (Saxophone alto, clarinette, flûte), Rich Perry, John Ellis (saxophones ténors), Scott Robinson (saxophone baryton, clarinette basse), Tony Kadleck, Greg Gisbert, Nadje Noordhuis, Mike Rodriguez (trompettes), Keith O'Quinn, Ryan Keberle, Marshall Gilkes (trombones), George Flynn (trombone basse), Julien Labro (accordéon), Jeff Miles (guitare), Gary Versace (piano), Jay Anderson (contrebasse), Johnathan Blake (batterie)
Maria Schneider (direction, composition)
New York, 26 mai 2025

Artistshare https://www.artistshare.com/Projects/OfferDetails/1/539/2882/1/6

 

Le titre complet de l’album est ‘American Crow : A Narrative in Notes and Frames’. C’est une sorte de récit musical engagé, où les lugubres croassements des corbeaux rétrogrades se font entendre, dans ces États-Unis malades de leur président et de ses séides. Maria Schneider est une militante de la musique : de son autonomie (sa plateforme participative où l’on acquiert directement les disques) ; et de son excellence, en toute liberté. Mais pas ici de ‘musique à programme’. De la musique (avant toute chose….). Une musique d’orchestre, un orchestre flamboyant, arrangé avec un art somptueux, et dans lequel le solistes dialoguent en permanence avec l’orchestre (et l’orchestration). Un disque court, d’environ 30 minutes, avec deux versions, différentes, du même titre. Et de furtifs croassements qui évoquent le sinistre présent états-unien : mais la musique déborde ce cadre, vers la combativité et l’espoir. Bref c’est une œuvre magistrale, qui dit le monde : sans prêchi-prêcha, mais avec (Grand) Art.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 11:46

Larry Nocella (saxophone ténor),

Bob Neloms (piano),

Cameron Brown (contrebasse),

Dannie Richmond (batterie).


Centre musical de Bologne, novembre 1980.
Red Records/Socadisc.
Paru le 3 avril.

 

      Ce sera une découverte pour la jeune génération ... et pas seulement. Le label italien de Milan Red Records réédite un album de 1980 d’un saxophoniste transalpin, Larry -Carmelo sur son bulletin de naissance- Nocella (1949-1989). Dans sa discographie (modeste), ‘’Everything Happens To Me’’ figure parmi les rares disques consacrés uniquement au jazz, le saxophoniste ténor ayant bifurqué rapidement vers la variété, aux côtés du chanteur napolitain Pino Daniele.


      Larry Nocella jouissait alors d’une réelle notoriété acquise notamment dans les clubs de Milan et Turin mais aussi à Paris au Chat qui pêche où il se produisit au début des années 70 avec Kenny Clarke, Eddy Louiss et Jimmy Gourley. Formé au conservatoire de Naples, ayant délaissé le trombone à piston, la batterie et la clarinette pour le saxophone ténor à 18 ans, le natif de Battipaglia (province de Salerne) est naturellement inspiré par John Coltrane mais son jeu révèle aussi les influences du hard-bop. Homme de forte stature, grande taille, chevelure et barbe fournies, Larry Nocella impressionne.


      Dans cette brève séance enregistrée à Bologne, le saxophoniste ténor bénéficie de la rythmique américaine du Mingus Dynasty orchestra alors en tournée européenne pour célébrer la musique du contrebassiste disparu l’année précédente. Se distingue tout spécialement le batteur Dannie Richmond (1935-1988) sur un répertoire des plus classiques, si l’on excepte une composition alerte cosignée par le leader et le pianiste Bob Neloms, 'Rose'. On y trouve ainsi deux titres célèbres de saxophonistes (Central Park West, de John Coltrane et Along Came Betty de Benny Golson) permettant d’apprécier la forte personnalité du ténor italien.

 

      Une réédition qui s’imposait pour un jazzman au parcours trop bref, cabossé par des « problèmes personnels » (addictions diverses et fatales). Un disque conduit tambour battant, sans scories (45 minutes) ,  chaleureusement recommandé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 19:01
Sonny Troupé Quartet Add 4      Evy Danse

EVY DANSE Sonny Troupé Quartet Add 4

Contre-courant Prod/ L’autre Distribution

Sonny Troupé

Sonny Troupé Quartet Add 4 - Limyè

 

 

Sonny Troupé Quartet  Jonathan Jurion (piano, rhodes, choeurs), Sonny Troupé (batterie, percussions, sampler, création samples, choeurs), Mike Armoogum (basse, choeurs), Andy Bérald (tambour ka, choeurs)
Add 4  Violon 1 : Verena Ruiling Chen, Violon 2 : Pauline Denize, Violon alto : Valentine Garilli , Violoncelle : Guillaume Latil
Artistes invitésLucien Troupé: chant sur 5, voix sur 2 Lou Tavano : chant sur 8, Laurent Lalsingué: steel pan sur 3, Christian Laviso : guitare sur 10 , Raphaël Philibert : sax alto sur 2, 10

 

Sonny Troupé a pour ambition de rafraîchir la musique de ses racines guadeloupéennes en mettant en valeur les vibrations du cru, les rythmes et rituels africains. S’il explore cette tradition depuis ses débuts, il en est à son cinquième album et avec cette Evy Danse, il boucle un triptyque commencé en 2013, devenant ainsi l’un des meilleurs représentants du gwo ka à la suite de son père, le saxophoniste Georges Troupé, chantre du « gwo ka moden » qui lui fit découvrir d’autres musiques comme le jazz, la salsa.

On se souvient du deuxième volet, son album précédent Reflets denses vu sur scène à Jazzèbre en 2019, “un reflet si dense qu’il en devient une autre réalité”, les sons de l’Afrique de l’ouest et le gwo ka traditionnel se confrontaient au jazz d’Art Blakey et Max Roach. Chez ce batteur, percussionniste et tambouyé, le mélange détonant de puissance et de douceur est remarquable, doigts virtuoses et esprit joueur selon les rythmes et les figures afro pop, ne dédaignant pas les dissonances.

C’est une forme de retour à la tradition qu’il réaménageait déjà dans son quartet où il joue de la batterie, menant la danse aux baguettes d’une frappe continue, sèche (solo sur « Ka Sanka »). Aux musiciens fidèles de cette formation ADD ( Jonathan Jurion aux claviers, Mike Armoogum à la basse et Andy Bérald aux tambours ka ) il joint cette fois un quatuor à cordes guidé par le violoncelliste Guillaume Latil. En frottant la musique traditionnelle Gwo ka de son quartet à un quatuor classique, il emmène ailleurs ces deux formes musicales « typées » vers tout autre chose. Et cette hybridation est parfaitement réussie, bien qu’il ne s’agisse pas dans son esprit de fusion. Il adapte les rythmes caribéens avec le jazz, les musiques créoles, le métal (!) et l’électronique avec pour base le Gwo ka auquel il revient toujours. Car il est un tremplin, une source d’inspiration qui l’emmène loin. 

Sans doute est-ce un projet d’une grande ambition, mais Sonny Troupé a les moyens techniques et artistiques pour le mener à bien. Compositeur et instrumentiste doué, ce maître du tambour ka, inscrit dans la tradition depuis son plus jeune âge, sait jouer de toutes ces filiations multiples dans un esprit « roots » (« Une étoile toujours sera la bienvenue » du poète Robert Oumaou). Quand il reprend le traditionnel « Léòno » comme le faisait son père avec son groupe, il se veut passeur en rejouant la musique des anciens.

Sa musique ambitieuse est très écrite, selon les normes, codes et carrures du gwo ka, mais il entend faire jouer du gwo ka à la formation par excellence de la musique classique, le quatuor.

Comme Sonny Troupé a su choisir son équipage, chaque musicien parvient à jouer ka sur son instrument, en particulier le pianiste Jonathan Jurion (solo sur « Dansé Vi »), les violons mais encore les invités comme le guitariste Christian Laviso ou le saxophoniste alto Raphaël Philibert choisis pour compléter la palette sonore, mieux jouer des timbres et de l’alliance de tous les instruments.

Le titre " Evy Danse" découle t-il de l’« evidence » de Monk ? Il doit y avoir de cela évidemment mais Sonny Troupé nous raconte avant tout une histoire, celle d’un personnage féminin imaginé, une femme éternelle, une black magic woman, Evy qui traverse les compositions du disque, fil conducteur de cet arc narratif ; je l’imagine volontiers de «San mélé » ce qui donne droit au chant mélancolique de la rousse Lou Tavano, singulière diseuse d’histoires.

La danse peut être aussi un indice car les danseurs guident le maké, le tambour qui imprime la mélodie. Cette troupe de musiciens donne généreusement une musique libre, en expansion, axée sur le chant, la danse.

Enfin il est aussi question de poésie, de poésie créole  La créolisation c’est le métissage des cultures qui produit de l’inattendu disait Edouard Glissant. Même sans être au fait des musiques caribéennes, c’est toujours à l’écoute et encore mieux dans les soirées en live la surprise d’une matière mouvante, éruptive. Déroutante.

C’est que Sonny Troupé cherche à se surprendre, tentant une nouvelle voie pour approfondir ce traditionalisme progressif, sans frontières, à la suite de Gérard Lockel (« Léwoz n°3 ) qui a collecté des thèmes propres, comme Alan Lomax pour le blues, ou Bartok pour les folklores. On retrouve alors sur les différentes compositions divers samples, bandes sonores, témoignages. Un labo gwoka jazz en somme. La matière première devenant objet de réinterprétation dans cette écriture en devenir, de la lumière qui ouvre l’album (« Limyè ») aux luttes pour la libération (« An bwa matouba ») par la danse et la poésie (« Evy danse ») sans oublier un long final tout à fait ensorcelant.

 

Sophie Chambon

 

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 15:00
Bruno ANGELINI                  Alone Together !

 

Bruno ANGELINI Alone Together !

Bruno Angelini ( piano, électronique )

 

 

Sortie le 27 Mars

(illusions)

angelini_alone_together – Open Ways Productions 


 

 

Avec Alone Together ! Bruno Angelini inscrit son troisième album de piano solo sur une proposition de Philippe Ghielmetti et Stéphane Oskéritzian pour le label Illusions. Le pianiste a travaillé ce nouveau répertoire fin 2024 et l’a enregistré comme il se doit à La Buissonne, réinterprétant avec audace des pièces emblématiques associées au combat pour les droits civiques des Afro-Américains. Se rappelant de l’indignation de Coltrane, Billie Holiday, de la colère de Max Roach, Charles Mingus, Gil Scott-Heron, des cris de rage de Nina Simone, il a choisi de revisiter « Meditations for Integration », « Strange fruit », « Alabama », « Tender Warriors » ... thèmes et chansons écrits à l’époque par les grandes figures de cette musique, créant un corpus de « Protest Jazz ».

 Une musique grave, voire sombre mais ouverte au monde, un propos militant autour d’une histoire qui hélas bégaie trop souvent et se reproduit, faisant frissonner notre mémoire collective. Que peuvent les artistes si ce n’est résister en faisant entendre une voix ferme et assurée ? Ici un pianiste « all alone » cherche à rassembler par la force de sa musique, tout entier dans le titre de cette chanson auquel il rajoute un ! Il arrive à déconstruire ces mélodies, se les réapproprie de façon parfois déconcertante transformant ces originaux sublimes en une version personnelle, toujours actuelle comme l’est malheureusement le combat contre le racisme. Car il interprète librement une musique des lisières, ni tout à fait dans le registre du contemporain dont il s’inspire pourtant, ni dans celui du jazz malgré un formidable travail sur l’improvisation, signant un goût affirmé pour l’espace et les silences. Par des ostinatos, suspens, des ruptures  ou des emballements soudains, le pianiste favorise le discontinu, l’impalpable, chaque note à sa juste place, chaque son dosé. Le piano transformé, un dispositif électronique travaillent en outre les sons acoustiques ainsi que leurs résonances. Car il en joue drôlement bien de ces résonances, chaque titre se prolongeant de surcroît par un long silence révélateur.

S’il évite la reprise du thème, le fredon trop immédiatement accessible, il façonne son rendu de sorte à éviter le risque afférent de l’illustration. On reconnaît dans son jeu fragmenté et étiré, dans sa discontinuité même « Alabama », « Why ? The King Of Love Is Dead », « Come on Sunday » de la suite « Black, Brown and Beige ». Et pour le reste, l’un des mérites de l’album est de nous inciter à réécouter ces originaux choisis avec talent.

Ainsi ce concert de près d’une heure a une cohérence certaine. Mais Bruno Angelini pousse plus loin la cohérence car ses divers projets constituent eux aussi une suite logique bâtissant une œuvre depuis plus de trente ans. Son travail s’inscrit en continuité artistique avec les thèmes socio-politiques (dans Transatlantic Roots il évoquait déjà le destin de Rosa Parks (« Rosa and the Thorns »), écologiques (Lotus Flowers) abordés dans des disques très souvent thématiques ( Leone solo, Open Land...)
Si ce projet fait la part belle au pianiste, à un homme engagé dans son temps, derrière la performance réside tout le talent d’un producteur inspiré, qui depuis l’aventure éphémère mais splendide du label Sketch dont l’une des marques de fabrique soulignait l’art du piano solo.

Philippe Ghielmetti poursuit l’aventure proposant à l’interprète choisi de réaliser son fantasme sur la voie postmoderne, de travailler sur la mémoire de ce passé politique douloureux. Laissons-lui le dernier mot : « Et quand on voit (entend) comme Bruno s’est approprié le projet, il aurait pu y penser lui même dès le début, non? ».

Il faut imaginer une fois encore un producteur heureux.

 

Sophie Chambon

 

 

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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 11:19
JOHN TAYLOR      THE BAUER SESSION

JOHN TAYLOR THE BAUER SESSION

 

Cam jazz www.Camjazz.com

L’Autre Distribution

 

Deer On The Moon from "The Bauer Session" - John Taylor


 

Quand il enregistre ce solo en septembre 2014 à Ludwigsburg le pianiste John Taylor n’a pas même un an à vivre. Il aura un malaise cardiaque sur scène lors d’un concert du quartet Nouvelle Vague de Stéphane Kerecki aux Saveurs Jazz Festival de Segré. Le pianiste était devenu un partenaire de jeu privilégié du contrebassiste dans leurs échanges vifs, immédiatement complices et intenses, la basse puissante et résolue, souvent chantante, s’accordait à merveille à un piano coloriste.

Avec The Bauer Session ce Mancunien (natif de Manchester ) revient à la tradition du solo, exercice difficile où il sut se portraiturer le long des plages. Je me souviens entre autre de son  Insight de 2003 sur le label Sketch et des deux titres « Ambleside » et « Evans Above »).

Huit petites pièces en 37 minutes, nous voilà revenu au format idéal où on s’abandonne, de ballades rêveuses en modernes dissonances, de cadences fluides en dérives mélodiques dans une alchimie secrète du verbe pianistique. Sophie le premier titre très evansien de son complice de toujours le trompettiste Kenny Wheeler donnera suite à des variations stylées étourdissantes alors qu’ Impro 6/8 contraste, plus heurtée, saccadée. Par ses harmoniques et ses couleurs, ce piano superbe déploie ses irisations ("Phrygian", "Three") en laissant ouvertes les marges de l’exploration. D’une sensibilité et d’une intensité immédiatement perceptibles, le pianiste  dévoile son art du piano dans un style très personnel, exaltant la circulation d’une poésie qui lui est propre. Dans « Fifteen », « Deer On The Moon » domine dans l’espace de jeu une vivacité bien tempérée. S’ impose une ligne claire, une fluidité plus nostalgique que mélancolique, parcourue par une énergie rythmique souterraine. Dans de très précises notes de pochette, le journaliste écossais Brian Morton invite dans le cas de J.T ( c’est ainsi que tous l’appelaient) à regarder attentivement ses pieds jouant sur les pédales, la façon de retenir la note (sustain), d’amortir un ton. Avec les seules ressources de son « métier », ce dialogue fervent avec lui même a une beauté qui ne trompe pas. Cet album est providentiel.

Sophie Chambon


 

Remercions le label CAM Jazz qui suivit la dernière décennie de la vie de John Taylor et ressort des albums en hommage au pianiste : il est d’autant plus précieux ce Close to Mars , toujours enregistré aux studios Bauer de Ludwigsburg en octobre 2006, par un trio familier que l’on n’entendra plus hélas. Le contrebassiste Palle Danielsson et le batteur Martin France, fidèles complices du pianiste nous ont quittés en 2024. Ainsi va le temps, ainsi va la vie. On écoutera donc avec regret ce trio plutôt équilatéral qui partageait avec le « leader » une même vision de la musique.

Xavier Prévost en avait rendu compte dès la réédition en mars 2025 rappelant quelques jalons du beau parcours d’un John Taylor trop méconnu,  en Angleterre même. Le non moins fidèle Brian Morton, rédacteur de ces notes de pochette drôles et toujours originales, rappelle un peu ironiquement qu’en googlant John Taylor (nom des plus répandus dans le royaume) sort en tête le bassiste homonyme du groupe New Wave Duran Duran. Nul n’est prophète...

JOHN TAYLOR – PALLE DANIELSSON – MARTIN FRANCE «Close To Mars» - les dernières nouvelles du jazz

Ce que souligne l’Ecossais une fois encore c’est la versatilité (une qualité pour les Anglo-Saxons) du pianiste que l’on retrouve dans sa musique : des rythmes inattendus, décalés qui ne contreviennent en rien à la qualité première de swing, une qualité percussive qui n’a rien à envier à l’autre Taylor (Cecil) celui-là américain, une approche harmonique qui reflète autant le goût d’un piano classique qu’une certaine prédilection pour les musiques folk du Nord .

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