Tom Bourgeois Quartet Lili
Label Igloo/L’Autre Distribution
Une chronique enthousiaste après la découverte du Lili du saxophoniste Tom Bourgeois, authentiquement « inspiré » par cette compositrice « classique » de l’époque de Ravel et Debussy, disparue il y a plus d’un siècle . Une musique révélée miraculeusement si on appelle ainsi le hasard ou la chance, en résonance avec la personnalité singulière du découvreur. Il avoue s’être senti lié à quelqu’un dont il ignorait l’existence, dont il ignorait la musique.
On se souvient de l’hymne au soleil (2003) des frères Belmondo dédié à la petite sœur de Nadia Boulanger, Lili, née en 1893 et disparue trop jeune à vingt quatre ans. Cette compositrice française surdouée obtint le prix de Rome de composition musicale en 1913, eut pour mentor Gabriel Fauré qui reconnut très vite son talent.
Lili est assurément un hommage du saxophoniste et clarinettiste franco-belge mais bien plus que cela. C’est un travail en miroir qui demandait audace, imagination et une certaine faculté d’adaptation, mieux de « connection » pour réunir deux univers a priori différents. Travaillant sur les titres originaux d’après les partition (choeurs, prières et autres pièces sacrées), Tom Bourgeois a organisé de petites sessions pour voir ce que rendaient ses arrangements de ces thèmes et variations. Et il a su créer pour la circonstance un quartet de rêve composé de compatriotes (Alex Koo au piano, Lennart Heyndels à la contrebasse, Théo Lanau à la batterie ) pour mener à bien sa tâche, augmenté de deux invités de marque. La chanteuse hongroise Veronika Harsca qu’il connaît bien puisqu’elle vit entre Belgique et Londres, a réécrit à sa façon spontanée les textes de deux « chansons » que le violoncelliste Vincent Courtois ( découvert sur l’album West ) pare des plus beaux atours, s’en donnant à coeur joie sur « Apostrophe » et sur le fameux «Hymne au soleil».
Où se situe t-on en écoutant d’une traite et plutôt religieusement ces quatorze pièces ? A la confluence du classique, d’un jazz assurément chambré et secoué avec vigueur, exalté avec le contemporain dans les arrangements et expérimentations vocales qui défrisent quelque peu. La chanteuse attaque très fort sur « l’Hymne à l’amour », nous surprend plus agréablement dans les «Thème d’amour en canon » et nous charme sur un « Cortège » délicat. Du chant qui sait être lyrique mais que détournent la pratique du jazz et du contemporain, voire de la pop dans sa plus belle tradition.
On passe par des montagnes russes émotionnelles, le climat est plus heurté sur les « thèmes et variations », grave et hypnotique sur "Attente" . Vincent Courtois, à l’aise dans ce répertoire donne toute sa mesure dans « Pie Jesu » pièce poignante dictée sur son lit de mort à sa sœur Nadia. Celle-ci à la longévité presque choquante en comparaison-elle mourut en 1979 à 92 ans, demeure très connue pour avoir donné des cours de composition à tout ce qui compta dans la musique du XXème de Gershwin, Copland, Schifrin, Piazzola à Quincy Jones, Philip Glass et tant d'autres.
Démêler la part entre la partition très écrite et les passages d'improvisation dévolus à chaque musicien n’est vraiment pas important. On l’aura compris, le travail de Tom Bourgeois est loin d’être fidèle comme celui des Belmondo en grand orchestre. Une démarche différente singulière et réussie au-delà de toute espérance dans un travail de ce genre. D’ailleurs la plus grande qualité que l’on peut reconnaître à cet album est de donner une furieuse envie de revenir à Lili Boulanger et de plonger dans ses musiques. Et cela est bien.
Sophie Chambon

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