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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 07:56

JJJ TOM HARELL & DADO MORONI : «  humanity »

Abeat 2007

 
Harrell-Moroni.jpg

C’est souvent une histoire qui marche. Les pianistes aiment les trompettistes. A moins que ce ne soit le contraire, je ne sais pas trop. Ceux qui ont écouté la belle réédition des sessions de Chet Baker à Paris n’ont pas pu manquer de relever combien les associations du trompettiste avec Dick Twardzik ou Urtreger étaient capitales. Il n’y a pas si longtemps nous nous éblouissions de cette rencontre mutine entre Solal et Dave Douglas.

La rencontre dont il s’agit ici ne déroge pas au principe. Même si les deux hommes se connaissent et jouent ensemble depuis près de 20 ans tout se passe comme si le plaisir de jouer tous les deux  était parfaitement intact. Car lorsqu’un immense trompettiste de la dimension de Tom Harrell joue avec l’un des plus grands pianistes italiens actuel, la rencontre ne peut manquer d’émouvoir. Le trompettiste qui a plus de 60 ans n’a jamais autant marché sur les traces de Chet Baker en arrive en effet à une sorte de mimétisme troublant avec son maître. On retrouve dans son jeu les mêmes fêlures, les mêmes fragilités et le même sens innoui de l’improvisation où, quelque soit le détour utilisé c’est toujours la mélodie qui en ressort sublimée. On ne peut pas jurer que Tom Harrell n’a pas quelques vibratos, ni même qu’il souffle comme à 20 ans. Mais il y a dans son jeu une chaleur intacte, une grande proximité avec celui qui reçoit ce qu’il dit. Une façon de mettre de l’intimité dans son jeu qui s’apparente à une forme de tendresse.

La présence à ses côtés de Dado Moroni est lumineuse. Car ce dernier n’y est pas un simple accompagnateur. Il est une sorte de complément indispensable, de guide. Comme celui qui tient le bras de l’aveugle pour l’aider à traverser, Dado Moroni apporte un soutien avec une énergie qui est à la musique du trompettiste son souffle et son battement de cœur tout à la fois. Il y a quelque chose qui relève moins de la complicité que de la fraternité dans la façon qu’à le pianiste d’épauler son compagnon tout au long de cette très courte escapade au milieu de ces 6 standards. Et chez le pianiste cet amour partagé des standards qu’il lit avec une certaine gourmandise. Cette gourmandise de ces pianistes qui ne peuvent pas s’empêcher de dévorer du Art Tatum ou du Erroll Garner.

Le thème d’ouverture, The nearness of you est une sorte d’uppercut pour l’auditeur rapidement versé au bord de l’émotion. Saisissant ! Cette façon aussi qu’il y a chez les deux hommes de tourner autour du thème avec une certaine pudeur qui es empêcherait de s’emparer à bras le corps de la mélodie. Ainsi dans Poinciana où les notes du thème n’apparaissent réellement qu’à la fin sans que celui-ci n’en soit pour autant dévoyé.

C’est qu’il y a chez les deux hommes cette façon de se livrer avec beaucoup de décence et de retenue. De ne jamais s’appesantir lourdement mais de frôler, de caresser toujours le sujet qui n’est pris qu’avec une extrême délicatesse. Il en est ainsi par exemple dans les citations très discrètes du pianiste qui effleurent au détour d’une phrase.

Ce n’est pas grand-chose et cet album pourra tout aussi bien s’oublier aussi vite. Il en restera quelque chose comme une trace en erre. Comme le prolongement d’un dernier accord qui nous poursuit puis lentement s’efface dans un nuit de douce rêverie. Comme une étoile filante à l’éphémère beauté.                                                                                                                        Jean-Marc Gelin

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 07:54
goldberg.jpg

JJJ Worlds – Aaron Goldberg

Sunnyside 2006

 

 Le 15 décembre dernier au Sunside, il y avait salle comble pour applaudir le trio trop rare sur les scènes d’Aaron Goldberg. Avec Reuben Rodgers, le bassiste à la fois si discret et si parfaitement  présent, et Eric Harland, l’inventif batteur, ce trio a un son bien à lui, un mix de hard-bop et de musique brésilienne. Bref, ça joue terrible ! Cela fait dix ans, que ces trois jeunes musiciens (Goldberg n’a que 33 ans) jouent ensemble tout en se nourrissant auprès de prestigieux aînés. Aaron Goldberg a passé 4 ans avec Joshua Redman, Reuben Rodgers travaille régulièrement avec Diana Reeves. Eric Harland, quant à lui joue avec Kurt Rosenwinkel (invité sur un morceau de cet album),  McCoy Tyner, et Joshua Redman. Des collaborations qui, sans aucun doute, enrichissent leur trio à l’énergie débordante. L’album « Worlds » est un tribut au brassage culturel. La musique brésilienne est au centre de l’album et de l’inspiration de Goldberg. Il a étudié la langue portugaise et la bossa nova et cette musique influence profondément son écriture musicale (Salvador) qui reste une écriture très jazz. Goldberg est un très grand pianiste avec beaucoup de style, un jeu délié très virtuose et très hargneux. L’album donne l’impression d’avoir été enregistré en « live », sur le vif, sans répétition. Cette spontanéité est le fruit de beaucoup d’écoute et de générosité de chacun des musiciens de ce trio. Ce plaisir d’être ensemble se retrouve sur scène comme sur le CD (Oam’s blues, jubilatoire course poursuite entre Harland et Goldberg). Goldberg rend hommage à trois compositeurs dans cet album : l’immense, l’incommensurable, l’indépassable Carlos Jobim, dont on ne dira jamais quel grand compositeur il est en reprenant deux de ses titres Modinha et le planant Inutil Paisagem ; le chanteur et compositeur Djavan rendu célèbre par son duo avec Stevie Wonder sur Samurai, dont il joue en introduction le Lambada de Serpente ; le saxophoniste Benny Golson en détournant Stablemates, le standard qu’il a écrit pour sa femme, en Unstablemates, pour dit-il rendre compte de sa situation personnelle. Goldberg puisent à différentes sources car comme il l’écrit dans les liner notes, là est la richesse du jazz né comme l’Amérique de parents mélangés. - Régine Coqueran

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 20:59

JJ EHA – « Fortune »

2007

Eha.jpg

EHA (prononcer é-a) est un collectif regroupant six musiciens et quelques invités d’origines européennes, africaines, sud et nord américaines. Tous sont réunis par le guitariste et compositeur Philippe Coignet, pour jouer une musique originale et actuelle, fusion du Jazz, du Funk et de la World Music, très représentative de la scène culturelle du Paris des années 2000. Un mariage particulièrement réussi des sons acoustiques et électriques.Après de nombreux concerts, EHA réalise un premier album à la fin des années 90. Distribué dans une vingtaine de pays, il est diffusé par des radios de nombreux pays, d'Amérique du Nord au Japon en passant par les Caraïbes, l'Europe, l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Océan Indien, l'Indonésie... Cet album est aujourd'hui épuisé. EHA revient aujourd’hui en 2007 sur le label Kwazil avec un nouvel enregistrement, « Fortune », fruit d'un travail de studio très abouti, mêlant maturité, énergie, écriture subtile et spontanéité, pour une musique oscillant entre World et Latin Jazz. Malgré ce coté très écrit de cette Musique au caractéristiques quand même très électriques, dans ce disque domine une étonnante poésie, qui n’est pas sans rappeler les célèbres opus des grands groupes d’hier comme Weather Report ou bien Mahavishnu Orchestra. Les passionnés de ce genre de projets magistraux ne resteront pas insensibles à la qualité de cet enregistrement, dédié au plus large des publics, au-delà de toute connotation jazzy. Malgré tout, si toutefois le kitch de ces œuvres n’est pas si dérangeant, il faut quand même relever un certain coté assez synthétique, qui désespère encore et toujours les amoureux de la Musique acoustique. Eternel débat. Chaque morceau du disque emploie une formule assez peu novatrice dans l’instrumentation, laissant peu de place à la nouveauté dans les arrangements tout comme dans les solos des instrumentistes. Il faut se rappeler du dangereux tournant qu’avait pris Georges Benson à l’époque de son album « Breezin’ », album qui a quand même cartonné et qui a fait passer Benson au stade de star internationale. Dans le cas d’EHA, cette fusion des styles révèle ses limites dans la maturité du jeu des instrumentistes, qui malgré cela nous offrent, après tout, un parfait aperçu de ce qui est faisable dans le style choisi. Il est regrettable aussi de ne pas retrouver une prise de risque dans l’innovation, dans la composition. Comme s’il était encore nécessaire de revenir indéfiniment sur ce style de fusion qui marqua les années 70 et 80. Un bémol aussi sur les qualités d’improvisateur du guitariste électrique, lors des solos de certains morceaux, dénudé de tout sens rythmique et harmonique, perdu dans un flot démonstratif et parfois peu ressemblant avec l’original, seule cible à atteindre. Dommage aussi de ne pas trouver non plus d’innovation dans le timbre de chaque instrument, donnant un point commun avec une quelconque Musique de Variétés. Il faut malgré tout quand même souligner l’incontournable hommage au folklorisme ethnique résidant dans ce disque. Un incomparable voyage au sein des cultures, toutes aussi vastes que diverses. Laissons nous bercer quand même par le côté festif de ce travail colossal réalisé en studio par des musiciens aux qualités, disons plus que redevables. - Tristan Loriaut

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 20:55

JJJ Fred Borey : «  Maria »

Fresh Sound New Talent

 

Frederic-Borey.jpg Fred Borey est un saxophoniste et compositeur Franc Comtois qui n'est connu ni d'Eve ni d'Adam aux dnjs. Pourtant, Fred Borey participe activement au développement du jazz dans sa région natale et a joué avec Charlier et Sourisse dans son propre trio. De plus, il est loué par ses pairs (Jérôme Sabbagh, Lionel Loueke) qui lui prédisent de beaux horizons artistiques et a signé chez Fresh Sound New Talent, le label de Jordi Pujol.

Fresh Sound est ce label qui finit par obtenir une image de débusqueurs de talents dans le milieu du jazz mainstream moderne bien propre sur lui. Tout d'abord représentatif de la mouvance new-yorkaise, son catalogue s'est enrichi de productions françaises, comme celle de David Prez et Romain Pilon. Et au final, derrière un packaging bien maîtrisé et un courant musical peut être un peu formaté, Fresh Sound prend des couleurs reconnaissables de l'extérieur. Une esthétique comme celles qu'on peut rencontrer chez ECM ou Criss Cross. Au terme formatage, on pourra préférer celui de mode. Nous avons là  encore une collaboration sax/guitare plus une section rythmique. Comme pour le cd de David Prez et Romain Pilon ou celui de Michael Felderbaum avec Pierre de Bethmann.

Pourtant on ne doute pas de l'authenticité de la musique proposée par Fred Borey. Celui-ci fait partie intégrante de ce mouvement mainstream moderne aux sonorités à a Rosenwinckel et aux développements mélodiques subtils, parfois abstraits et sous-jacents aux chorus. Et associé à Pierre Perchaud, la musique de Borey prend une dimension de sérénité et d'onctuosité. Pierre Perchaud est un guitariste à découvrir car son talent n'est plus à démontrer, mais à soutenir et encourager.

Les deux musiciens font respirer la musique encore et toujours; les notes défilent selon un canevas très structuré et se dégustent une à une sans étouffer le propos. Le saxophoniste et le guitariste se cherchent, se trouvent délicatement et soumettent posément chacun des idées expressives à exploiter, le tout forme un son! Tout en restant dans une esthétique veloutée et sans véritable escalade, le quartet de Borey crée une musique tendue mais souple où l'auditeur a le loisir d'apprécier le talent de musiciens qui prennent leur temps. Jerôme Gransac

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 09:18

JJJJ YVES ROUSSEAU : «  Poète, vos papiers »

 Harmonia Mundi 2007

 

Rousseau.jpg Il est urgent de (re)découvrir le Verbe haut de Léo Ferré. Au-delà de ses succès populaires (Jolie Môme, C’est Extra ou Avec le temps), que connaissons-nous véritablement de l’œuvre de ce poète de combat ? (« Les plus beaux chants sont des chants de revendications. Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations. A l’école de la poésie et de la musique on n’apprend pas, on se bat ! »1). Nous sommes-nous un instant risqués au-delà de ses coups de gueule d’anar révolté à goûter ses mots crûs. Il ne nous parle que de notre humanité étriquée (« N’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale c’est que c’est toujours la morale des autres »1), ficelée, vide mais aussi de notre humanité aimante, miséreuse, souffrante et mourante. Ferré n’est pas un misanthrope, il aime trop la vie et la liberté pour cela. Ce sont ses mots libres, vindicatifs, emphatiques qu’Yves Rousseau nous donne à entendre car « la poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie. Elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. »1  C’est cette chair sensuelle et généreuse que nous donne à goûter Jeanne Added et Claudia Solal, deux muses inventives et inspirées. Deux muses en liberté. Les chuintements de l’une et la verve de l’autre ; les mots qu’elles font leur : des mots cognés, jetés, hachés, tranchés, croqués, moqués et toujours respectés ; le swing dans chaque syllabe détachée ; la musicalité de la phrase superbement déclamée :

« Madame la misère écoutez le tumulte
Qui monte des bas-fonds comme un dernier convoi
Traînant des mots d'amour avalant les insultes
Et prenant par la main leurs colères adultes »
2

 

Sur ces mots du recueil de Ferré paru en 1956, « Poètes, vos papiers » d’une saisissante modernité, les compositions et arrangements d’Yves Rousseau sont un travail d’orfèvre. Ils accentuent un tumulte (Préface), prolongent une émotion (Le plus beau concerto), accompagnent le cri de rage (Où va cet univers) ou portent la revendication (Tête à tête). Si bien que l’on ne sait plus reconnaître les chansons de Ferré de celles de Rousseau, ce dernier ayant su s’inspirer des créations du poète pour mieux libérer sa poésie du livre fermé. A ce titre l’arrangement de Signora Miseria (traduction en italien de la chanson de Ferré Madame la misère) ou du Testament (avec violons saturés) sont flamboyants. Tout le contraire de la tiédeur affectée que Ferré détestait tant. Yves Rousseau est de la même engeance que Ferré. Et puis il y a aussi Jeanne Added. Quelle personnalité ! Une jeune chanteuse au tempérament de feu : portez attention à Où va cet univers ou à A toi, elle ne fait pas dans la mesure ou la demi-mesure, elle brûle tout et ce tempérament convient parfaitement au libertaire Ferré. Quand on etend chanter Added, on comprend qu’il y a urgence et que c’est une question de vie et de vie. Il y a aussi Claudia Solal, improvisatrice fantasque, exigeante, barrée. Dans ce rôle d’interprète, elle garde la juste distance avec les textes, sans pathos et avec ce grain de voix à nous damner. Écoutez sa ferveur mystique sur Signora Misera ou sa souriante hauteur sur Mannequin.  Voici un projet né de la rencontre magique d’artistes rares qu’il est urgent de découvrir pour sa brûlante radicalité. - Régine Coqueran

 

1 Léo Ferré – éditions La Mémoire et la Mer

2 Léo Ferré – Madame la Misère

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 07:34

JJJ HAL GALPER : «  Now hear this »

Enja 2007 – Réédition 1977

 galper.jpg

 

Réédition d’un album paru sous le label Enja dans lequel on retrouvait à l’époque un quartet aussi explosif qu’éphémère composé de Hal Galper au piano, du trompettiste désormais un peu oublié Terusmasa Hino, de Cecil Mc Bee à la contrebasse et de l’immense Tony Williams à la batterie.

C’était en 1977 et, à côté du jazz électrique perdurait un jazz très ancré dans la tradition hard boppienne sous l’égide de quelques meneurs.

Ici le label Enja donnait carte blanche au pianiste Hal Galper qui signe la totalité des compositions à l’exception de Bemsha Swing (de Monk). La musique s’inscrit dans un répertoire très classique et quasiment bâti pour le  « live » des clubs. Car l’on a affaire ici à de (jeunes) vieux briscards de la scène rompus à ces sessions d’enregistrements où il n’est pas question d’autres choses que de jouer avec conviction des partitions amenées pour l’occasion par le pianiste. Sous l’impulsion d’un Tony Williams (First song in the day) toujours aussi bouillonnant dans le feu de ses cymbales, celui qui fut un moment le pianiste du quintette de Cannonball Adderley y affiche un goût prononcé de ce jeu qui évolue entre hard et bop avec une assise tantôt basée sur un jeu en block chords un peu à la manière de Wynton Kelly et tantôt dans un lyrisme que ne renierait pas Mc Coy Tyner.  La musique y est alors explosive et le trompettiste japonais Terumasa Hino, l’ami des grands boppers comme Joe Henderson ou Jackie Mc Lean apporte avec son phrasé agressif la brillance d’une trompette incisive et sacrément mordante. Enfin Cecil Mc Bee apparaît à cette poque à son apogée dans une forme absolument sidérante, véritable pilier de cette formation et totalement boosté par la présence de Tony Williams. Cet album prend alors valeur de témoignage de la vivacité de cette musique qui pouvait sembler un peu à contre courant dans le contexte de l’époque et que certain comme Galper, Mc Lean ou Woody Shaw maintenait en vie avant qu’une autre forme moins convaincante de revival ne finisse par l’affadir un peu.                                                                                                                                  Jean- Marc Gelin

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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 16:21

JJJJ Louis Armstrong : « rétrospective 1923/- 1956 »

Saga 2007

(1901-1971)

armstrong.jpg Un petit bijou que l’on regrette de ne pas vous avoir conseillé avant les fêtes. Bien sûr les spécialistes ne trouveront aucun inédit, aucune perle inconnue sur lesquelles se ruer. Et pourtant, grâce à une sélection judicieuse sur une période assez large qui démarre logiquement avez King Oliver (1923) et s’achève en 1955 avec un morceau qui clôturait un concert donné en Espagne avec Trummy Young ou Edmond Hall les instigateurs de ce bel ouvrage nous proposent en trois volumes un remarquable parcours en pays Pops.

Qui n’a pas entendu le contre chant de Louis Armstrong derrière Bessie Smith sur Saint Louis Blues en 1925 n’a rien entendu. Oui derrière la trompette de Louis il n’ y a pas que la rage de vivre, il u a l’érotisme de la morsure à pleine dent. C’est chaud bouillant et c’est pas plus tard les enveloppements dans le manteau de Johnny Dodds qui vont vous rafraîchir. Ça non ! Il y en a qui prétendent que la qualité des très grands musiciens de jazz tient aussi de ceux dont ils s’entouraient. Ben on peut pas vraiment leur donner tort lorsque l’on entend cette formation exceptionnelle que constituait le Hot Five puis le Hot Seven. Comme in dit aujourd’hui : ça joue grave mon pote ! Replongez vous dans le fameux Potato head Blues. Pas un seul aujourd’hui qui arrive  jouer comme ça. Même maintenant. Epoustoufflant ! Ou encore ce West end Blues avec Earl Hines les deux rivalisant d’ingéniosité dans l’improvisation après une intro que personne, ni Armstrong lui-même ne parviendront à reproduire. Un morceau qui pour beaucoup reste encore aujourd’hui la quintessence du jazz.

Il est émouvant aussi d’entendre Lionel Hampton alors batteur dans le groupe Sebastian new Cotton Club orchestra, faire à la demande du trompettiste ses premières armes de vibraphoniste sur Memories of you. Cette version de Stardust si émouvante ou encore cette énergie incroyable avec laquelle Stachmo enchaîne sur Swing That music pas moins de 17 contre ut (piano). Et d’entendre avec quelle simplicité Louis interprète Nobody nows the trouble I’ve seen en 1938 avec une chorale de Gospel, j’en ai encore le frisson qui me parcours de haut en bas.

Travail remarquable et surtout travail de grande qualité qu’il s’agisse du remastering et du nettoyage absolument remarquable des bandes. Qualité du support aussi avec un très beau fonds documentaire au niveau du crédit photographique mais aussi et c’est assez rare dans ce genre de travail, des liner signées Daniel Nevers qui présentent le coffret mais aussi commentent et éclairent chacun des 63 morceaux de ce beau coffret. On regrettera simplement que dans ces liners, Daniel Nevers semble enterrer la période créative de Louis à 1930 soit quelques temps après la disparition des Hot Five. Les deux derniers volumes de ce coffret illustrent à quel point Armstrong ne cessa toute sa vie durant d’insuffler au jazz son génie que l’on se plaît à écouter comme des monuments toujours insurpassables aujourd’hui.                                                                                      Jean-Marc Gelin

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:42
JJJJ Camisetas

Chief Inspector 2007


images-copie-3.jpg  
Voilà un nouvel album passionnant à découvrir, résultat d’une volonté affirmée d’évoquer une musique des lisières, dans un sud imaginaire et théâtral (toujours des photos de pochette très originales avec Chief Inspector), avec un titre qui chante,«Camisetas», du nom de ce groupe improbable, devenu réalité par la bonne volonté de tous et le soutien dePhilippe Ochem et la scène strasbourgeoise Pôle Sud. Une rencontre organisée par le label indépendant avec le batteur Jim Black qui était déjà intervenu pour Chief Inspector avec son groupe Alasnosaxis. Un projet fut concocté comprenant le guitariste Maxime Delpierre, habitué du label, le claviériste Arnaud Roulin, sans oublier, cerise sur le gâteau, à la demande même de l’américain, Mederic Collignon. Si cette rencontre traduisait le désir de Jim Black de travailler avec notre homme-orchestre, si singulier vocaliste-bugliste-cornettiste, celui-ci était bien entendu ravi de participer à cette nouvelle aventure, tant il est vrai qu’il n’est jamais opposé aux échanges, cultivant les affinités électives et transversales, voulant décloisonner les genres.

C’est une musique très actuelle, («no radio»), improvisée entièrement sur certaines plages, un rock planant et progressif grâce à la guitare de Maxime Delpierre que l’on suit avec le plus vif intérêt depuis Limousine ; mais aussi des claviers bien déglingués, des sons trafiqués, saturation et échos, un cornet ou un bugle électrifiés comme dans ce« pneu lisse ».La batterie dure, parfois funky, précise, redresse les écarts de langage. Un montage intelligent révèle des plages plus atmosphériques « Mime Marcel », d’autres plus secouées quand intervient  vocalement Mederic Collignon avec ses cris rarement étouffés en chuchotements, comme ce « Backeoffe » très réchauffé ou cette vraie tournerie, « la meinau ».

Un son particulier que l’électronique revisite encore, une atmosphère immédiatement perceptible, Camisetas plaît tout de suite, avec ses bruits parfaitement dérangés qui parfois enflent en sirènes légèrement hystériques, tous ses trafics d’influence parfaitement assimilés ( on croit avoir rêvé, on entend comme un écho des premiers Genesis avec Peter Gabriel à la flûte, sur le très angélique « Legend of the dangerous bean »).

 Un album très réussi à recommander à tous les amateurs d'une certaine modernité, décomplexée, qui n'a pas peur d'hybridations savamment contrôlées.   Sophie Chambon

 

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:39

JJJ FREDERIC COUDERC : «  Kirkophonie »

Cristal records 2007


couderc.jpg
 
Il y en a des qui sont vraiment amoureux de leur sujet. C'est visiblement le cas du saxophoniste (multi-anchiste) Fréderic Couderc qui voue une passion absolue pour le génial Rashaan Roland Kirk dont nous célébrons cette année le 30ème anniversaire de sa disparition. Comme lui Frédéric Couder joue de plusieurs saxophones en même temps, adopte les mêmes mimiques scéniques (comme ce petit coup de sifflet à la fin des morceaux qui ponctuaient souvent les concerts de Roland Kirk).

Dans cet enregistrement réalisé en live au Duc des Lombards, Couderc rend hommage de belle façon au génial saxophoniste le tout dans un concert où il est question de beaucoup de choses sauf de se prendre trop au sérieux. Plutôt bonne ambiance pour jouer du bon jazz.

Frédéric Couderc y est assez impressionnant sur tous les registres du saxophone qu’il s’agisse du ténor, du baryton, du soprano et même du « coudophone », saxophone de son invention (sorte de saxophone ténor droit en Ut majeur). Jouer de plusieurs sax en même temps devient alors très anecdotique tant on est bluffés par le « son » que ce saxophoniste maîtrise dans tous les registres sans jamais donner l’impression de démonstration. C’est juste the right sound for the right tune. Alors ça bouge terrible dans le registre des morceaux portés par le légendaire saxophoniste fou (dont une reprise de son célébrissime Inflated tears ou encore Roland ‘s theme) entre un swing très Ellingtonien (3 morceaux d’Ellington – Black and tan fantasy, Isfahan, Oclupaca ) et un groove de bopper à la Pepper Adams (Conjuration). L’album ne tombe pas le piège de rester centré sur Couderc et ce dernier laisse la place à ses partenaires notamment pianistes. Ainsi dans la suite de Paul Le Lay (qui joue sur 4 titres)  Vincent Bourgeyx confirme ce que l’on sait de lui à savoir un pianiste très à l’aise et totalement convaincant qui ne se contente pas de servir la soupe mais apporte sa science du bop avec un réelle efficacité. Reste que même dans la bonne humeur de cet album, il manque à ce travail quelque chose qui relève de la folie fantasque du personnage, quelque chose d’incontrôlable chez ce Roland Kirk qui était capable dans l’extravagance de tous les traits fulgurants du génie. Pas de quoi cependant bouder notre plaisir. D’abord parce qu’il nous donne avec Frédéric Couderc l’occasion d’aller à la rencontre d’un superbe saxophoniste actuel. Mais aussi parce que l’intention de  cultiver la mémoire de ce génie d’hier, trop peu célébré aujourd’hui devrait être par les temps qui courent classée mission de service public.               Jean-Marc Gelin

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:37

JJJJ Miles Davis : «  The complete on the Corner sessions »

Columbia 1972 – 1975 ( rééd 2007)

davis.jpg
Après nous avoir gratifié il y a un an environ de la rééédition de «  tribute to Jack Johnson », Columbia relance l’inépuisable filon Miles Davisien en sortant un magnifique coffret de 6 albums censés représenter les sessions comprises entre novembre 1972 et février 1975, soit juste avant que Miles ne disparaisse de la scène et ne choisisse un exil doré qu’il ne rompra qu’en 1980 avec Marcus Miller ( « The man with a horn »).

Ces sessions qui nous sont proposées ne montrent pas un Miles en très grande forme, ce dernier jouant finalement très peu de sa trompette électrisée (il utilise beaucoup la pédale wha-wha) et apparaissant ici ou là pour quelques maigres chorus. Mais là n’est pas la question car même lorsqu’il semble absent, le génie de Miles reste à l’œuvre. Toujours précurseur (à l’époque), toujours dans la construction du son à venir à partir du matériau d’aujourd’hui, Miles s’inspire des sons du jazz-rock, de la funk music et de la pop planante pour construire un univers musical totalement fascinant. Il est vrai que dans cette démarche esthétique qui, reconnaissons le, faisait du surf sur la mode du moment, l‘association de Miles avec la griffe de son mentor et producteur, Théo Macero est, (comme toujours avec Miles) l’histoire d’un ticket gagnant.

La musique ici se déroule au kilomètre derrière un groove sans fin où la place est laissée aux électriques (guitares et claviers) et à la basse de Michael Henderson et enfin à la batterie de Al Foster, éléments fixe de ces formations à géométrie variable (depuis le quintet jusqu’au nonet). Les sax de Dave Liebman ou de Sonny Fortune tranchent dans le vif et Miles navigue entre grincement et feutre. Il s’agit alors de musiques hypnotiques, de tourneries un peu psychédéliques prétexte ouvert à l’improvisation, qui véhiculent avec elles les images de leur époque où l’on imagine des femmes aux robes Castelbajac, des meubles blancs et rond en plastique et des fauteuils «globe ». Tout n’est pas du même niveau et si l’on est séduits par les  vraies sessions de 72 « On the corner », le reste est relativement décevant. Il n’empêche, en créant un univers qui mariait alors la musique sérielle avec les matériaux du moment, Miles contribuait alors à une nouvelle esthétique qui, si elle fut un peu rejetée l’époque, apparaît aujourd’hui comme les chefs d’œuvre de la funk music électrique en devenir.

De quoi se précipiter pour les fêtes de fin d’année sur ce coffret superbe magnifiquement designé où l’éditeur réalise un joli coup tant sur le plan marketing que sur le packaging admirablement stylé et inspiré de la pochette originale de « On the Corner » avec un coffret métallique en relief. Dommage qu’à l’intérieur les liner soient si brouillonnes, à la limite de l’illisible et surtout peu ou mal documentées. Alex Dutilh rapporte dans Jazzman des erreurs de titres (sur Turnaround ou sur Mtume), le CD 6 n’est absolument pas renseigné ni daté, on se perd entre les éditions originales et les masters inédits et enfin les sessions en live enregistrées à Osaka notamment en février 75 n’y figurent pas.

Pas de quoi cependant bouder notre plaisir à entendre en boucle cette musique jubilatoire qui par magie nous ramène autant à hier qu’à ce que pourrait encore être demain.                                                                        Jean-Marc Gelin

 

 

A noter que le site Amazon propose gratuitement un film intéressant émaillé d’extraits de concerts et d’interview autour de ce coffret :

http://www.amazon.com/Complete-Corner-Sessions-Miles-Davis/dp/B000TLMWMO/ref=pd_lpo_k2_dp_k2a_1_img/103-4898513-8717457?pf_rd_m=ATVPDKIKX0DER&pf_rd_s=lpo-top-stripe-2&pf_rd_r=14KXMCDMBDYPKCSTMRB4&pf_rd_t=201&pf_rd_p=304485601&pf_rd_i=B00004VWAF

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