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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:17

JJJJ aLeXIS tCHOLAKIAN – « Search for peace »

www.tcholakian.fr

 DSC-00629.jpg

   Passons sur le titre un peu maladroit de cet album ( too much !) pour ne rester que sur l’essentiel, la musique. Celle que joue Alexis Tcholakian et qui est faite de ces standards qu’il s’approprie au point de réellement les sublimer. Alexis Tcholakian est inconnu des amateurs de jazz. Il ne fait partie ni du moule ni de la bande et c’est là une bien grande injustice que nombre de programmateurs, d‘éditeurs ou de labels feraient bien de prendre en considération. Car dans l’exercice du piano solo si souvent nombriliste et introspectif, Tcholakian dit tout autre chose. Il y a avec ce garçon qui s’est définitivement choisi pour maître Bill Evans et Keith Jarrett l’expression d’une passion secrète et romantique pour ces mélodies qu’il sait si bien nous rendre bleues à l’âme. Lorsqu’au bout des touches du clavier il y a les doigts du pianiste et qu’au bout de ses doigts se trouvent les bras qui remontent aux épaules et finalement au cœur du pianiste, alors la musique devient l’expression directe de l’âme, le prolongement d’une respiration intérieure et l’inspiration de la respiration même.

L’entrée en matière de cet album sur For all we Know est un choc total. Presque trop pour une entrée en matière. Mais la suite ne décoit pas. Tcholakian rend les choses simples. Jusqu’à ce Luiza de Jobim réputé pourtant impraticable et dont il s’affranchit de toutes les difficultés pour l’habiter totalement comme l’amour que l’on dit à une femme avant de lui faire. Mais Tcholakian se révèle aussi un compositeur particulièrement intéressant qui mêle à ses références classiques (de jazz) une modernité apprivoisée. Ecoutez bien la conclusion poignante de cet album. Certains vous diront certainement « mais, le jazz modal, tout le monde sait le jouer comme ça ! ». Repondez leur que c’est faux, que peu de musiciens n’osent aujourd’hui jouer ce jazz avec ces sentiments qu’il semble à quelques crétins prétentieux urgent de cacher. Et surtout dites leur de ne pas essayer. Car il y en a fort peu qui seraient capables de jouer cette musique comme Tcholakian, avec autant de vérité et de profondeur légère. Mais je suis sûr qu’il y a quelque part dans les nuages quelqu’un qui comprendra bien ce que je veux dire et qui verra en Tcholakian comme la poursuite de son propre rêve, c’est Michel Grailler auquel ce jeune pianiste me fait irrésistiblement penser. Avec tendresse et mélancolie -  Jean Marc Gelin
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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 07:35

Cristal 2007

Eric Plandé (ts), Joachim Kühn (p, as), Jacques Mahieux (dm), François Verly (perc)

plande-between2.jpg  De ses deux derniers opus « Abyss »  et « Jails of Innocence »,  nous avions retenu le son et l’énergie passionnée d’un artiste étonnant et engagé, dont on ne parle guère, même dans les « chapelles » les plus extrémistes. Et pourtant voilà un musicien qui a  traversé de façon exemplaire toutes les modalités du jazz, du début des années quatre vingt  à nos jours, sans exclusive aucune, et sans jamais d'autre recherche que celle exigeante qui découle du désir de musique. On en revient toujours là.  Eric Plandé  impose sa vision grave et épurée d’une musique à vif. Il continue visiblement à réaliser avec rigueur et précision, des albums aussi tranchants qu’euphorisants. A peine plus apaisé mais toujours très déterminé, ce nouvel album  indique une direction potentielle plus  « écrite », littérale, qui puise sa source dans les pages âpres et efficaces d’écrivains comme Eric-Maria Remark, Guy de Maupassant (le Horla) ou de Stephan Zweig (Amok).

Between the lines est le titre bien choisi de ce cri d’amour d’Eric Plandé pour ces mots brûlants d’auteurs qui ont souvent payé de leur personne leur engagement dans l’écriture. Des mélodies fortes, sensibles, et terriblement prenantes, intemporelles comme la souffrance dont elles témoignent, puisque ce sont les textes de ces écrivains « maudits » qui sont le conducteur de cet album étrange que l’on écoute recueilli, en songeant à la lecture. On retrouve la même intransigeance pour faire entendre un jazz vif sans frontières et repères, libre en un mot, avec des musiciens dans le feu de l’improvisation, toujours  au rendez vous quand il s’agit de jouer  avec lyrisme, tout en assurant la rigueur de l'échange.  Le saxophoniste au seul ténor est entouré d’une  rythmique efficace, d’autant plus complice qu’il retrouve le frémissant Jacques Mahieux à la batterie, que rejoint le brillant François Verly aux percussions. Une rythmique splendide donc, qui se moque des genres et des contraintes de style et laisse chanter la pulsation, ternaire ou binaire dans les compositions personnelles du saxophoniste. Pas de contrebasse mais  le formidable Joachim Kühn qui, au piano et sur deux plages à l’alto, donne la mesure une fois encore de tout son talent. La sonorité toujours aventureuse du saxophoniste  ténor est rejointe par le piano tourmenté et rebelle de Kuhn. C’est en effet le partenaire rêvé pour une entreprise de ce type, une aventure du corps et de l’âme.  Il se laisse traverser par la musique violemment et ardemment aussi, son phrasé plus harmonique que mélodique, se combine aux  emportements  tout de même très mélodiques du saxophoniste

Cette musique encore austère résonnera immédiatement aux oreilles de ceux qui partagent le même territoire  dans lequel on peut s’immerger, en confiance si ce n’est en toute sérénité.

Une musique vivante qui s’écoute de l’intérieur, sans concession aucune à la mode, exprime une colère non rentrée, l’audace étant une constante, comme  cette exacerbation lyrique, très coltranienne. Sophie Chambon

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 07:35

JJJJ lEiLA OLIVESI : « L’étrange fleur »

Nocturne 2007

Leïla Olivesi (p), Boris Pokora (ts), Manu Codjia (g), Elisabeth Kontomanou (vc), Chris Jennings (cb), Donald Kontomanou (dm)

NTCD430-RECTO.jpg


Cette fois c’est sûr Leïla Olivesi a trouvé la bonne formule autour de laquelle elle semblait tourner depuis un bon moment. Depuis l’époque en fait de son premier groupe, le Brahma Sextet. On entendait à l’époque Leïla Olivesi dans les clubs parisiens comme à la recherche de sa formation idéale, essayant un tel ou une telle. Chaque fois des musiciens de grand talent (Jeanne Added, Magic Malik pour ne citer qu’eux) mais chaque fois aussi des musiciens qui s’envolaient vers d’autres sphères. Leïla Olivesi semblait alors peiner à trouver ceux et celles avec lesquelles elles s’engagerait dans le projet qui lui tenait le plus à cœur. Ce projet auquel son rapport très intime exigeait de la compositrice qu’elle en bâtisse l’ossature idéale.

La part de l’intime

Mais cette fois, avec cet album là, c’est sûr, Leïla Olivesi a trouvé sa pierre philosophale. Il y a déjà quelques années, elle nous confiait son désir de composer une sorte de suite dont le fil conducteur seraient les poèmes écrit par sa mère. Ces textes à l’étrange force d’envoûtement qui racontent l’histoire de Aïcha Kandicha, ce personnage mythique qui, au-delà de l’image de la sorcière telle qu’on la raconte aux enfants, se révèle au fil de ces poèmes comme la représentation de la femme universelle. Un divinité faite femme, à la sensualité farouche, libre et donc insaisissable. Une femme détentrice des secrets de l’univers qui pourrait libérer ses forces de vie si seulement les hommes atteignaient à cette sagesse à laquelle seul le vieillard rencontré au cours de ces pages semble avoir accédé. Par les temps inquiétants qui se révèlent aujourd’hui, et qui en Orient comme en Occident semblent plus que jamais emprisonner la femme derrière toute forme de prisons, du voile lourd jusqu’aux pages glacées de quelque magazine glamour, ces beaux poèmes pourraient alors avoir valeur de message fort. Et qui d’autre mieux que Elisabteh Kontomanou pour chanter ainsi libre sagesse de Aïcha Kandicha !

Il y a donc dans le travail de Leïla Olivesi, fille et femme à la fois quelque chose de très intime. Il y a cette sincérité émouvante dans l’hommage qu’elle rend à sa mère qui rend elle-même hommage aux femmes. Mais plus qu’un hommage c’est la continuation du travail de la mère par la fille qui lui donne une force certaine.

Mais à partir de là, Leïla Olivesi fait preuve d’une très grande maturité dans ses compositions. Par rapport à ce que nous avions entendu dans le Brahma Sextet, la pianiste a en effet fait un chemin impressionnant jusqu’à se hisser au rang d’une compositrice de très grand talent. Des  compositions qui évoquent parfois Wayne Shorter ou parfois Pat Metheny si on état obligé de se raccrocher  quelques sublimes références.

Formule gagnante

Leïla Olivesi a trouvé la formule gagnante en associant le saxophoniste Boris Pokora (primé l’an dernier aux trophées du Sunside) au guitariste Manu Codjia toujours aussi impressionnant dans cette puissance tout en détachement qui émane de son jeu. Derrière rien à dire. Chris Jennings et Donald Kontomanou se connaissent bien et tournent admirablement. Le jeune batteur que l’on a l’habitude d’entendre, toujours très réservé lorsqu’il joue derrière sa chanteuse de mère, se libère littéralement lorsqu’il se met au service du quintet. On l’a déjà dit ailleurs, ce batteur c’est sûr deviendra assurément un très grand.

En réussissant dans cet album à conjuguer la mise en voix des poèmes de sa mère, en alternant ceux-ci avec des compositions instrumentales très riches au groove sous jacent, Leïla Olivesi réalise une réelle performance dont on imagine bien tout le travail préalable que cela a dû lui demander. Et l’on reste alors totalement acquis à la cause de cet album dans lequel les résonances réverbérées de la guitare de Manu Codjia répondent aux sinuosités puissantes et assurées du saxophoniste et contribuent ainsi à la mise en espace d’un univers mouvant à la poésie étrangement fantomatique et aux contours sensuellement mystérieux. Jean-Marc Gelin

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 10:05

Black and Blue  2007

 cbcfd-album-voice-messengers.jpg

 

 

 Cela faisait près de 10 ans que l’on attendait un nouvel album du groupe de jazz vocal animé et conduit par Thierry Lalo. Plusieurs années durant lesquelles la formation s’est largement renouvelée avec l’arrivée de nouveaux talents comme Vincent Puech ( un ex de Octovoice) ou le chanteur canadien Sylvain Bellegarde ou encore le trompettiste américain Larry Browne, bien connu des aficionados du feu Studio des Islettes. Le premier disque datait en effet de 1998 et l’on se souvient encore d’une tournée mémorable où le groupe avait tenu l’affiche plusieurs soirs de suite à l’auditorium Saint Germain, se permettant même le luxe d’inviter Steve Lacy a leur donner la réplique. Rien que ça. Souvenirs…..
Presque 10 ans donc d’attente pour arriver en à cet album dont on aura bien du  mal à  faire la chronique tant le moins que l’on puisse dire est que le bon (mais alors là le très très bon) côtoie parfois le plus incertain.

C’est avec pas mal de malice que Thierry Lalo, le grand manitou et pianiste de ce groupe a choisit de ne pas choisir et alterne comme i l’avait déjà fait les parties a capella avec les parties accompagnées d’une bien belle rythmique  ( Gilles Naturel, François Laizeau ou Philipe Soirat), invite des guests stars aussi exceptionnelles que David Neerman (le merveilleux vibraphoniste de Youn Sun Nah), Jérôme Barde (et son bardophone), Papa Dieye (perc), Jean Lou Longnon ( le trompettiste que l’on ne présente plus, était déjà là il y a 10 ans et l’on a plaisir à l’entendre autour notamment d’une sympathique Danielhuckerie sur Mademoiselle) et last but not least un Glenn Ferris dont le chorus au trombone, mama mia, nous laisse encore la chair de poule rien que d’y penser je meurs sur la carpette du salon et je sais pas si je vais me relever tellement que c’est bon  (When the night turns into day)

Du côté des réussites de cet album, il est bon d’entendre combien le groupe a gagné en énergie, capable avec un sacré sens du swing de réellement intéresser l’auditeur du tout début jusqu’à l’extrême fin. Tout cela avec une belle homogénéité des voix. Les arrangements qui (et c’est la grande différence par rapport à l’ancienne version des Voice) gagnent en simplicité tout en restant efficaces en diable, en misant presque toujours sur la percussivité du propos. L’album commence magistralement avec un superbe Stolen Moment qui débute l’album et vous laisse sur un solo de Amélie Payen, véritable tuerie genre réincarnation de M’dame Mimi. Je meurs une première fois ! Mais si on fait pas gaffe, on pourrait bien mourir aussi sur les deux versions (a capella ou non) de Chanson d’Automne écrite par Lalo et qui pourrait bien devenir comme une sorte de tube pour un grand nombre de groupe de jazz vocal. Superbe arrangement sur un beau texte Vladislas Milosz. Tout le chant a capella dans ce morceau : homogénéité, pulse, unissons, intentions, crescendo. Admirable ! On retiendra aussi un Have you meet miss Jones ou un It’s Only a Paper moon bouillonnants d’énergie. On aime la belle voix de Vincent Puech dépouillée de tout le superflus sur Que reste t-il alors que les autres garçons du groupe qui ont tous un fort bel organe ont une tendance excessivement virile à en rajouter 10.000 tonnes dans le genre crooner. Bien sûr on aime la venue de Patricia Ouvrard, la chanteuse des 6 ½ (mais diantre pourquoi faire venir de l’extérieur une chanteuse à scatter…). On est moins séduits en revanche par quelques versions un peu datées comme That’s the way  ou comme cette fâcheuse tendance dans les groupes de jazz vocal à rajouter des Doo Wha, Da et Whee en voicing univoques comme dans In a sentimental mood dont le thème est déjà assez beau en rajouter. On regrettera aussi cet arrangement pas très heureux des Cloches dont le texte de Apollinaire passe ici difficilement l’épreuve du chant. 

Mais attention, les Voice Messengers sont de retour ! Enfin ! Après 10 ans d’absence. Les Voice reviennent gorgés d’énergie et de swing. Courrez les voir en concert car il y a peu de chances que cette nouvelle formule vous laisse indifférente. La précédente version vous faisait mourir d’ennui. Avec celle-ci nul doute que votre dernier soupir sera un soupir de plaisir.

Jean-Marc Gelin

 

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 10:04

ECM 2007

John-Surman.jpg


Il y a dans cet album de John  Surman avec un  quatuor à cordes un formatage marketing à l’esthétique ECM si poussé qu’il en prend presque des allures de « trop attendu ».  Jouant du saxophone baryton avec un son d’une incroyable pureté (sur lequel il excelle absolument) autant que du soprano et de la clarinette basse, le saxophoniste anglais se laisse aller, quatuor oblige à des compositions aux  références classiques explicites qui peinent à surprendre. Ces compositions justement, tournent en effet autour d’une forme d’académisme basé sur l’influence d’une certaine école musicale qui va de Satie à Britten. John Surman s’empare alors de cet univers pour nous inviter à un voyage intérieur auquel on reprochera peut être un manque d’énergie – quoique -. Les pièces s’enchaînent aussi belles les unes que les autres. On est loin du jazz mais plutôt dans une sorte de ballade fantomatique (très «  ECM ») dans un siècle qui n’est pas le notre et qui amène jusqu’à nous les réminiscences de quelques dramaturgies disparues. On assiste alors à quelques moments magnifiques comme ce « Now and again » à la poésie filante où Surman réussit l’alchimie rare de dialoguer tant avec la contrebasse qu’avec la quatuor. Chacun dans le sillage de l’autre. Il crée alors un univers triste et sombre, des couleurs automnales ou sépulcrales frôlant des ténèbres saisissantes qui semblent relever de quelques terreurs shakespeariennes. C’est parfois absolument splendide – quoique. A l’heure de la disparition de Bergman on pense à des univers que le génial réalisateur auraient pu filmer. Mais cet album où tout est affaire de couleurs pastelles et sombres à la fois peut aussi émouvoir que laisser indifférent face à une froideur glaçante. Il exigera donc de l’auditeur une écoute très attentive pour en percevoir les mystères. Il en est de cet album comme de la promenade dans un univers qui nous serait très (trop) connu. Le risque est de passer alors à côté de sa beauté familière et finalement si singulière.

Jean-Marc Gelin

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 10:01

one-hope.jpg

Kind of blue 2007

 

 Pour beaucoup ici le pianiste Marc Soskin est un inconnu. Malgré ses 54 ans peu en effet le connaissent de ce côté ci de l’Atlantique. Il faut dire que Marc Soskin ne compte pas parmi les supers stars américaines. A la limite quelques aficionados de la série TV « Sex and the City » savent qu’il en a signé la BO. Mais pour le reste bien peu savent que Marc Soskin fut un compagnon de route de Sheila Jordan et surtout qu’il a accompagné près de 14 années durant, Sonny Rollins dans pas mal d’aventures (écoutez l’album «  falling in Love with Love » ou «  Don’t stop the Carnival » par exemple). Rien d’étonnant alors à ce que ce pianiste New Yorkais s’adjoigne ici les services d’un saxophoniste ténor comme Chris Potter, le ténor le plus Rollinsien de la scène actuelle après Rollins lui-même. S’appuyant au passage sur une rythmique de très haut vol où Pattituci (b) donne la réplique à Bill Stewart (au drumming d’ailleurs toujours incroyable de luminosité), Marc Soskin propose un album composé de reprises de standards, dans la droite ligne de ce que propose ce nouveau label qui creuse une fois encore le vieux sillon post-revival ici modernisé à fines touches (nous avions d’ailleurs chroniqué  le mois dernier un album très classique et assez moyen du Los Angeles Jazz Ensemble). Ici le résultat est tout autant convaincant qu’il est énergique. Tout repose en grande partie sur Chris Potter, dans le feu d’un son en fusion (sauf malheureusement quand il s’exprime au soprano), toujours imaginatif dans le flot lyrique d’un discours parfaitement maîtrisé. Avec Chris Potter on a toujours le sentiment que rien ne peut être tout à fait conventionnel et lorsqu’il s’empare d’un standard c’est toujours une redécouverte du thème alors débarrassé de tous ses oripeaux et auquel il donne un nouvel éclairage, un peu comme si ces thèmes avaient été écrit pour lui. On l’entend avec bonheur dans Bemsha swing (de Monk) ou dans un magistral Inner space (de Corea). Et du coup Marc Soskin n’est pas en reste, se plongeant là dedans comme dans un bain de jouvence, prenant un plaisir suprême à se jeter avec l’eau du bain et tout le saint Frusquin dans le plaisir de jouer. Mais porté par cette énergie il tend parfois à s’emballer et se retrouve quelques fois à la limite d’un dérapage toujours hyper bien contrôlé. Sur deux titres John Abercrombie tient sa guitare en embuscade pour une brève mais remarquable apparition (notamment sur Strive, une des compositions de Soskin). L’album se conclut finalement sur un très beau solo de Marc Soskin donnant à cet album un couleur un peu détonante où l’on entend alors combien Soskin est aussi à l’aise dans le latin jazz que l’on sait, il affectionne particulièrement. Dans cet exercice remarquablement bien exécuté on n’a toutefois pas le sentiment d’assister à la naissance d’un groupe mais à l’heureuse association d’immenses talents de la scène américaine. Marc Soskin avec un jeu très directif parvient à insuffler à cet ensemble, un surcroît d’énergie.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:25

JJJJJ MARIA SCHNEIDER : «  Skye Blue »

http://www.mariaschneider.com/

2007

mariaschneider.jpg On a tous encore à l’esprit le sublime « Concert in the Garden » qui avait littéralement soufflé la critique américaine en son temps. A l’époque la chef d’orchestre avait rompu avec son label pour prendre son autonomie sur son propre site web avec l’aide de la plate forme Artisthare. Le Sky Blue qu’elle livre aujourd’hui atteint un nouveau sommet dans le travail de la compositrice. Une étape de plus franchie là. Car il est vrai que rarement comme ici une musique écrite pour un big band n’aura réussi à porter la musique à ce niveau d’exaltation. Chaque morceau écrit par Maria Schneider pour ce Sky Blue  est très explicite en ce qu’il raconte une histoire très personnelle de la compositrice. Elle exprime avec autant de pudeur que de grâce subtile des souvenirs qui touchent au plus intime d’elle même. Mais ce qui est absolument magique c’est qu’elle semble parvenir avec un génie communicatif à insuffler à ses propres solistes, tous exceptionnels sa propre histoire qui se transforme au gré de leurs propres chorus en véritable ode à la vie.

Car Maria Schneider a encore franchi une nouvelle étape dans son travail. Rarement elle n’a avec autant de grâce réussie cette alchimie de l’expression avec un sens rare de l’arrangement et de l’orchestration ici portés à un modèle du genre. Jamais lourds, ses morceaux extrêmement construits sur la base d’une véritable dramaturgie sont empreints de finesse et de délicatesse et valorisent toujours ces solistes brillantissime qui s’emparent alors motif principal pour en insuffler l’intention et l’intensité désirée.

Dans Pretty road c’est la trompettiste Ingrid Jensen qui nous accompagne sur ce chemin qui mène à la petite maison d’enfance de Maria Schneider et à cette petite colline qui domine ce paysage chéri du haut de laquelle l’enfant qu’elle était alors contemplait ce paysage merveilleux.  Et l’on est alors littéralement submergés par cette exaltation de l’âme. Plus charnel, Aires de Lando est un thème à la structure harmonique et surtout rythmique très complexe issu de son travail au Pérou. Pour s’attaquer à cette forme de tango particulier, son soliste Scott Robinson livre un chorus absolument époustouflant, de ceux qui feront peut être date dans l’histoire de la clarinette. Rich’s pièce est une pièce écrite pour son saxophoniste Rich Perry. Une sorte de climat d’apesanteur, comme un lent glissement sur l’eau plane où l’on est frappés par la finesse de l’orchestration et la subtilité des arrangements harmoniques. Dans Cerulean skies, pièces qu’elle avait interprété lors de son concert à la Villette l’an dernier, Maria Schneider n’a pas peur de la paraphrase et utilise en début du morceau des sons d’oiseaux pour en évoquer leur long voyage migratoire. Ensuite c’est un voyage fabuleux auquel nous assistons, un voyage aussi tempétueux, aérien et nous regardons avec les yeux de ces oiseaux le monde minuscule sous leurs ailes. Encore une fois l’exaltation du beau, de la sérénité, de la souffrance et du courage aussi. Un formidable chant d’espoir et de rédemption vers la terre promise. L’album se termine sur Sky Blue. Requiem déchirant écrit pour la mort de sa meilleure amie. La pièce s’ouvre comme une symphonie et se poursuit par l’ultime et poignant chant-cri d’amour exprimé au soprano par Steve Wilson pour son amie disparue.

Et c’est alors par une coupure  nette que l’album se termine. Presque brutalement, en nous laissant après le silence qui suit la mort les images fortes et inaltérable dans notre mémoire de cet album à l’exaltation merveilleuse et sublime.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:22

STEPHANE OLIVA: « Ghosts of Bernard Hermann »

2007

 

 POCHETTE-20OLIVA-20.jpg

JJJJ Certains jugent très durement la musique de films, par trop illustrative, véritable aubaine commerciale auprès du public ado, cœur de cible des « blockbusters ». Mais certaines musiques deviennent partie intégrante du film au même titre que le cadrage, la lumière, le découpage.  Ce serait oublier que « Faire du cinéma, c’est faire de la musique. » Alain Corneau    Jazzman spécial jazz et cinéma  mai 1998 p.10

Si Miles a improvisé avec son quintet français la musique d’ «Ascenseur pour l’échafaud » en regardant les images de Louis Malle, que serait le cinéma de Fellini sans Nino Rota, les westerns spaghettis de Sergio Leone sans Ennio Morricone? Bernard Herrmann est célèbre pour avoir «accompagné», doublé, la plupart des films d’Hitchcock. On songe au thème simple et fort de‘Psychose’ qui place instantanément dans la juste perception du film ou à l’envoûtant Vertigo qui, dès le générique nous embarque, par la répétition de formules rythmiques, dans la spirale colorée de la névrose du personnage principal (James Stewart), fasciné par la double Kim (Novak) blonde et châtain. Mais beaucoup d’autres talentueux metteurs en scène comme Orson Welles («Citizen Kane», François Truffaut «Fahrenheit 451», De Palma «Sisters» et «Obsession» ont fait appel au compositeur, dont la musique participait activement au processus créatif soulignant les tensions de l’intrigue, les ressorts de l’action, identifiant au besoin les personnages à un thème comme dans l’opéra wagnérien.

Depuis très longtemps sa musique inspire Stephan Oliva, qui avait déjà abordé Vertigo dans «Jazz n’emotion», il y a une dizaine d’années. Avec l’aide des producteurs Philippe Ghielmetti (Illusions), graphiste de formation et dingue de cinéma, de Stephane Oskeritzian ( Bleu sur Seine) et de Gérard de Haro (studio La Buissonne), le pianiste a choisi douze films dont ils aimaient particulièrement la musique d’Herrmann ( avec quelques surprises comme les thèmes des films de SF « Journey to the center of the earth» et «The day the earth stood still»).  Lors d’un concert privé à la Buissonne (où nous étions) le disque fut enregistré, le 2 décembre 2006. Le travail que réalisa ensuite au montage et à la masterisation, Nicolas Baillard, est une véritable réussite : précision, cohérence, justesse du son sur un piano arrangé et préparé par Alain Massonneau (autre habitué de la Buissonne).

Le travail de Stephan Oliva a commencé par une analyse soignée de cette écriture musicale cinématographique si originale*. Mais, où il se révèle magistral, c’est dans le processus d’arrangement: laissant agir émotions,  mémoire des images, il réussit à faire remonter, à travers ses improvisations, ce qui subsistait en lui des mélodies.  Comme dans le délicieux « The Ghost and Mrs Muir de Joseph Mankiewicz », dont l’arrangement débute le CD,   où l’héroïne se crée un rêve de vie, inventant son capitaine Cregg, personnage fictif et pourtant réel,  Stephan Oliva parvient à faire revivre le complexe Bernard Herrmann, à travers son imaginaire et sa sensibilité. Les divers motifs de films s’enchaînent à leur tour, écrivant la B.O d’un autre film-miroir, synthèse du pianiste qui a désormais intégré l’univers de B. Herrmann à ses propres fantasmes et à sa «manière» propre. Le disque s’achève sur la dernière BO de Bernard Herrmann, mort la veille de Noel 75 après l’ultime séance d’enregistrement de la musique de Taxi Driver de Martin Scorcese **.

Ultime pirouette : c’est le seul  exemple d’introduction du jazz dans l‘univers très «classique» du compositeur, véritable mélodie, où s’illustrait, dans un style de jazz plutôt symphonique le solo du saxophoniste alto Ronnie Lang.

Sophie Chambon

 

*Lire à ce sujet le très intéressant travail d’analyse du pianiste dans l’article «Taxi Driver» : anatomie d’une mélodie  dans le numéro de Jazzman de juin 2007

 

**It doesn’t matter what language you speak, it affects you emotionnaly and psychologically,

because the music is universal.” Martin Scorcese about B.Herrmann’s music.

 

 

 

L Dieu sait que nous sommes les premiers à nous être enthousiasmé pour ce magnifique « Itinéraire Imaginaire » qu’il signa chez Sketch. Emballés par cette nouvelle esthétique à laquelle contribuait avec talent Philippe Ghielmetti, nous avons applaudi des deux mains à toutes ces belles œuvres que ce dernier poursuivait avec le label Minium qui n’était autre que la continuation de Sketch par d’autres moyens. Donc le projet  Lonely Woman nous avait transporté aussi. Mais l’on se demandait déjà si Stéphane Oliva pourrait un jour sortir de ce parti pris et de cette linéarité dont le relief ferait un peu penser à la vue d’un champ de patates sur une plaine briarde par un soir d’hiver. Aujourd’hui Stéphane Oliva part d’un nouveau concept, celui des musiques de film de Bernard Hermann qui compte à son palmarès des œuvres aussi marquantes dans l’histoire du 7ème art que Citizen Kane, Vertigo, Taxi Driver etc…  Mais dans sa dramaturgie Stéphane Oliva est bien trop univoque pour véhiculer la même inspiration. Chez Stéphane Oliva, toujours les mêmes clichés pianistiques : Comme si pour donner une couleur sombre il fallait obligatoirement jouer dans l’ultra grave du piano (écoutons donc plutôt Ibrahim Abdullah !). Comme si pour créer le suspens il fallait jouer avec les silences ici toujours stéréotypés (N’est pas Ahmad Jamal qui veut). Du coup tout est prétexte à l’exposé de la neurasthénie Olivienne qui met un art certain à s’écouter jouer beaucoup. Stéphane Oliva tourne en rond, se répète inlassablement d’album en album, de thème en thème. Le fantastique voyage en technicolor de Voyage au Centre de la terre est devenu gris foncé, la folie errante de Robert de Niro dans Taxi Driver se perd dans quelques méandres d’un ennui mortel, et Citizen Kane se transforme en loque traîne savate.

Prions pour que Ghielmetti ne confie pas à Stéphane Oliva un projet sur les musiques festives ! Parce que la Cucarracha pourrait bien alors nous tirer des larmes.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:20

JJJ DAVID MURRAY: “Sacred Ground”

Justin Time 2007

 murray.jpgIl y a dans cet album de David Murray qui compte parmi les saxophonistes actuel les plus prolixes (parfois jusqu’à 12 albums /an), quelque chose de terriblement gênant. En effet loin de ses habitudes, il s’agit d’un de ses albums qui de prime abord pourrait paraître comme le plus impersonnel. Alors que d’habitude Murray se donne le temps d’élaborer de vrais projets dans lesquels son investissement intime est réel et dense on est ici en face d’un album fourre-tout dans lequel Murray jette pèle mêle du post free aylérien, de la rumba, quelques morceaux faciles voire funky à deux balles et, histoire de ne fâcher personne, du bon gros blues qui tâche sur une grille simplissime. Pas de quoi se faire du mal. On est donc bien loin de ses projets les plus personnels, loin du World Saxophone Quartet, loin de son travail sur Pouchkine, très loin de ce qu’il fait sur la musique Gwo Ka et il y a pour tout dire dans cet album quelque chose de très commercial qui ne serait pas loin de nous fâcher tout rouge. Cerise sur le gâteau, la galette nous est présentée avec en featuring, Cassandra Wilson herself, ce qui bien sûr ne manque pas d’appâter les chalands curieux que nous sommes. Tout cela pour se rendre compte qu’en réalité la divine chanteuse n’apparaît que sur deux titres (en début et en fin d’album), juste un passage éclair (mais dense néanmoins) histoire de préciser tout de même qu’elle reste effectivement l’une des plus grandes chanteuses de jazz actuelle (impressionnante Cassandra).

Mais à la réflexion on est en droit de se demander finalement s’il n’y a pas dans la travail qu’il livre ici quelque chose de beaucoup plus intime qu’à l’accoutumée. Un peu comme s’il jouait pour le plaisir et sans arrière pensée, un simple set,  Murray semble ici débarrassé de toutes ses exubérances caricaturales pour revenir aux racines du jazz. Et c’est avec une très grande force de conviction que l’on entend dans son jeu l’histoire du saxophone jazz avec une lignée qui va de Coleman Hawkins (Believe in love) à Albert Ayler (Pierce city)  dont il est assurément l’un des émules émérite. Rollins aussi qui comme d’habitude chez lui ne traîne pas bien loin. Il y a toujours chez Murray ce vibrato superbe et cette propension à riper dans le cri rauque. Comme le continuum de cette déchirure Aylérienne toujours prégnante. Et l’album devient alors une sorte de leçon de saxophone hissant quasiment chaque morceau au rang de modèle. Lorsqu’il s’empare de la clarinette basse pour un morceau (Banished) c’est aussi l’occasion de montrer alors la profondeur incroyable de son jeu sur cet instrument, profondeur doublée ici par la ligne d’archet. Quand le blues arrive, comme la conclusion d’un set, il est là encore un modèle du genre dans la pure tradition, Murray et Cassandra s’entendant à merveille pour faire tourner  la grille avec classe. Même dans les moments les plus simples, David Murray reste encore et toujours le digne héritier de ce jazz éternel. Une sorte de collossal géant.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:19

JJJJJ ABBEY LINCOLN  « Abbey sings Abbey »

Universal 2007

 Ne boudons pas notre plaisir. Les occasions étant désormais rares de la voir sur scène, profitons de ce dernier opus pour prendre le temps d’écouter Abbey Lincoln. Ce disque regroupe l’essentiel : onze titres composés et écrits par Madame Lincoln - nom de scène qu’on lui a choisi en 1955 en l’honneur d’Abraham Lincoln, vain libérateur des esclaves dit-on – et un titre composé par Thelonious Monk sur lequel elle a écrit des paroles. Comme une tragédienne, elle proclame et transmet la mémoire de ses ancêtres plus qu’elle ne chante. Des ballades et des folks songs qui sont des histoires fortes, sur sa vie, sur l’amour perdu, sur la solitude, sur le chant d’un oiseau, qu’elle chante avec classe et dignité, sans doute transcendée par la foi. On entend une immense lassitude dans sa voix, ou plutôt un total abandon : aucune affèterie ou minauderie, aucun ornement pour ne conserver que l’essentiel, le sens profond des mots. Elle met d’elle-même dans chaque mot qu’elle prononce, à la manière d’un prêcheur ou d’un griot. Et c’est poignant ! Dans son chant, on entend Billie Holliday, dont elle se sent si proche, mais aussi toutes les grandes chanteuses de blues, au premier rang desquelles, Dinah Washington. Elle nous transmet ce précieux héritage de la culture noire avec une immense générosité et un engagement radical. Et bien sûr, elle nous tend le miroir. Cette femme fut une des icônes de la révolte noire, son portrait peut encore se reconnaître sur certains murs de Harlem. « En 1960, lors d'un concert, j'ai présenté, avec Max [Roach], un manifeste musical intitulé Freedom Now Suite. Sur un des morceaux - voix, batterie - je hurlais, pleurais, chantais, gémissais... J'exprimais émotionnellement tous les sentiments d'une population meurtrie. Une heure après le concert, Max se fit tabasser dans un commissariat de police. Aucune chanteuse n'avait crié jusqu'à ce moment! Elles miaulaient, faisaient dans l'ironie, mais de cris, jamais! », rappelle Abbey Lincoln à Paola Genone dans une interview parue dans l’Express en juin 2007. Aujourd’hui le cri a disparu, restent l’émotion et l’âme meurtrie. L’âge n’a pas apaisé sa quête personnelle et identitaire. Being me (Être moi) conclut cet album splendide avec ses mots, « Being me, I laugh seeing now and then, So many things have changed and yet somehow, There will always be a stage, a song for me, Hold the curtain open, it's time to take a bow ». (Être moi, je ris de voir çà et là, que tant de choses ont changé mais d’une manière ou d’une autre il y aura toujours une scène ou une chanson pour moi, tenez le rideau ouvert, il est temps pour moi de tirer ma révérence).

Régine Coqueran

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