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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:47

JJJJ MICHAEL BRECKER : « Pilgrimage »

Emarcy 2007


brecker.jpg

 
Bien sûr on ne manquera pas de penser que cette ultime réunion entre amis autour de Michael Brecker avec Metheny, Hancock, Meldhau, Pattituci et de Jack de Johnette a un côté tragique et poignant lorsque l’on sait que cette session enregistrée en août 2006 fut la dernière pour le saxophoniste qui se savait déjà condamné et qui disparut 5 mois plus tard. Laissant au passage la scène américaine orpheline de l’un des plus grands jazzman que compte la scène américaine. On pourrait alors se laisser aller à aborder cet album par sa face mélancolique. Mais pourtant une fois passé l’émotion que l’on peut ressentir en regardant les photos de cet enregistrement c’est une toute autre forme d’émotion qui s’installe face à un album de très haut niveau dans lequel le maître mot est paradoxalement l’énergie ! Car malgré l’état d’immense fatigue qui était le sien lorsque cette session fut enregistrée, dès les premières notes Michael Brecker nous entraîne irrésistiblement dans son univers, dans cet espace fusionnel incandescent entre jazz et rock. Cet espace qu’il a su forger et qu’il a contribué tout au long de ces 20 dernières années à porter haut. Car dans cet album à facettes multiples on retrouve parfois le même esprit que celui qui présidait grandes heures de Steps Ahead. Un morceau comme Anagram ou Tumbleweed dans lequel Brecker avec l’aide du re-re passe du ténor à l’EWI semble ressurgir d’une époque où Mike Stern tenait le manche à la place de Metheny. Mais on entend aussi que Brecker est resté à l’écoute des discours jazzistiques post funk si prisé par toute une génération de saxophonistes New Yorkais actuel et qu’il a certainement influencé pour de longues années encore. Car Brecker avec un art compositionnel  incroyable a toujours constitué une forme de synthèse. Mêlant la complexité de la forme à la fluidité du discours, sa musique s’est toujours inscrite à la croisée de bien des chemins. Alors avec une fougue, pas si assagie que cela Michael Brecker joue avec ce son presque déchiré, acide amer, avec cette  façon de jouer du ténor comme d’autres jouent de l’alto, dans un registre très « affûté». Énergie bouillonnante d’un discours ciselé, découpé fin, au millimètre. Outil de précision d’une grande finesse. Atour de ses compositions de très grands musiciens sont venus lui donner la réplique. Si Metheny reste là dans une réserve qui ne lui est pourtant pas naturelle, en revanche Hancock et Meldhau se partagent la piano rivalisant avec discrétion d’inventions subtiles qui apportent un éclairage remarquable à a musique de Brecker. Et puis enfin il y a l’association de Pattituci et de Jack De Johnette qui sonne comme une vraie révélation. De celles que l’on entendra certainement dans d’autres contextes. Une dernière fois Michael Brecker nous transporte ou nous porte, on ne sait pas trop. Élève en tous cas notre sentiment « tripal » pour cette musique à la fois légère et si forte. Michael Brecker s’y affiche là d’une remarquable actualité. Une actualité que l’on sait éternelle.
Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:45

JJJ OLIVIER CALMEL: “EMPREINTES”

Musica Guild 2007

 


empreintes-small.jpg

Lorsque nous avons reçu cet album on avait encore en tête le précédent et premier album d’Olivier Calmel (Mafate) qui nous avait alors totalement conquis par sa capacité à nous faire voyager. Qu’est ce qui fait que ce deuxième opus se révèle à la fois incroyablement plus riche mais en même temps un peu moins emballant.

Olivier Calmel a fait visiblement un gros travail d’écriture sur cet album où il semble privilégier les frottements harmoniques et les ruptures dans un ensemble de petites pièces plus ou moins courtes où la ligne mélodique se révèle moins. Et malgré tout, tout se passe comme si l’écriture prenait le pas sur l’improvisation et le cadre formel sur l’improvisation (même si une écoute attentive montre que ce n’est pas le cas). Une maîtrise qui ne cède pas au lâcher prise.

Et pourtant cet album diablement intéressant est surtout particulièrement riche et se situe dan une sorte d’entre deux. En effet alors que Frederic Eymard ( jeune violoniste alto soutenu par Didier Lockwood) semble tirer vers le classique, Olivier Calmel lui, tire de son côté vers le jazz dans une exercice qui relève parfois de la rencontre et parfois de l’opposition frontale. D’Humeur changeante ou Epistrophe sont deux morceaux qui à ce titre illustrent bien ce sens des contrastes. On retrouve bien sûr avec Olivier Calmel les inspirations liées au voyage. Travelling Mafate poursuit le travail engagé précédemment du côté de la musique flamenco et  Le Hongrois Déraille s’embarque vers l’Europe de l’Est. Mais il y a là d’autres inspirations beaucoup plus cinématographique ou littéraires où à la manière d’un Darius Milhaud, Olivier Calmel nous conte quelques histoires (Trois messes basses, Préludes des cinq Rameaux). Ces histoires sont parfois trop brèves pour ne pas générer quelques frustrations comme ce Au Lever que l’on aurait tant aimé entendre se poursuivre.

C’est qu’avec Empreintes, Olivier Calmel poursuit un travail commencé il y a déjà quelques années. Soucieux de gagner ses galons bien mérités de compositeur, le pianiste pourtant épaulé d’une admirable rythmique (dont le très grand Jannuska !) semble constamment se brider. Pourtant cela ne fait aucun doute, le salut vient de cette lumière qui semble jaillir au bout de ses doigts de pianiste et qu’il réfrène, à notre sens un peu trop souvent. Lorsque en fin d’album, Olivier Calmel parvient à se lâcher totalement (au risque, dans l’emballement de paraphraser lourdement la référence à My favorite Thing), on sent qu’il y  là une ouverture, une sorte de respiration salutaire. Une voie dans laquelle il hésite pourtant encore à s’engouffrer mais que avec impatience nous attendons pour le prochain album de ce jeune pianiste si talentueux.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:43

JJJJ(J) BILL CHARLAP : « live at the Village Vanguard »

Blue Note 2007

charlap.jpgIl y a dans le jeu du pianiste américain Bill Charlap quelque chose qui tient d’une immense délicatesse. Enregistré en live à l’occasion des 70 ans du Village Vanguard, le pianiste y revisite le territoire des standards de jazz de Autumn in New York à It’s only a paper moon en passant par The Lady is a tramp  ou Rocker de Mulligan et même pour le plus récent un All across the City de Jim Hall. En trio classique, accompagné des frères Washington ( Peter et Kenny) à la basse- batterie, Bill Charlap ne s’éloigne jamais vraiment des terrains bien balisés d’une interprétation classique des thèmes classiques. Mais sous les doigts de Bill Charlap, ces interprétations n’en deviennent pas moins de vrais modèles. Et l’on comprend vite en l’écoutant ce qui fait la différence, ce qui crée un monde entier entre deux pianistes dont l’un est un tout grand. Car il y a là une vraie leçon de chose, une approche d’une incroyable finesse. Celle d’un piano qui se révèle caressant avec cette légèreté qu’ont les amants dans l’art des préliminaires sensuels. Une façon de susurrer, de murmurer, de faire frissonner, de faire courir un souffle léger sur l’épiderme avec autant de sous entendus que de passion retenue. Alors dans ce discours amoureux et avec un sens inouï de la respiration (rythmique) Bill Charlap développe son jeu, dit, retient, ne dit pas, dit quand même, s’enflamme avec tact et élégance. Jamais grossier Bill mais toujours gourmand comme en témoigne ce Lady is a Tramp joué ni devant, ni derrière, juste dans le tempo avec  ce qu’il faut de discrète coquinerie. Alors que le coup d’avant dans Autumn in New York il nous avait promené (réellement je vous assure) quelque part entre Central Park et Soho. Non seulement la rythmique de cet album est irréprochable mais elle est incroyablement en phase avec le discours du pianiste. Magie d’un trio où les frissonnements du jeu de balai de Kenny Washington semblent répondre aux murmures de Charlap. Du grand art ! Ecoutez cette version toute en retenue (monumentale) de It’s Only a paper moon ou cette interprétation grandissime et émouvante de All across the city à tomber par terre et une conclusion en extase sur Last Night when we were young standard sublime et trop rarement joué.  En tous points cet album est une vraie mer veille. Il m’est arrivé parfois de penser à Hampton Hawes dans cet album, puis ensuite à Oscar Peterson ou à Phineas Newborn. Mais en réalité on s’en fiche un peu. Car  ce que l’on entend là c’est une histoire du piano jazz qui vient de très loin. Quand le jazz parle à l’âme et s’installe sous la peau. Body and soul.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:41

JJJJJ JACQUES COURSIL : « Clameurs »

Universal 2007

 

coursil.jpgEn 1969, il y a 38 ans, Jacques Coursil, alors trompettiste virtuose de la scène free-jazz, compagnon de Sunny Murray, d’Antony Braxton, d’Albert Ayler, de Frank Wright, se retire discrètement de la scène après l’enregistrement de son deuxième album, The way ahead, pour se consacrer à la linguistique, qu’il enseignera à Caen et aux Antilles avant de partir à l’université Cornell aux États-unis. En 2005, à la demande d’un de ses anciens élèves de Cornell, un certain John Zorn, qui l’accueille sur son label Tzadik, il rejoue enfin de la trompette en public et enregistre son troisième album, Minimal Brass. Il a passé dit-il ses trente dernières années à démanteler la trompette, à supprimer de son jeu toutes les affèteries, à travailler inlassablement son instrument, pour ne conserver que le souffle continu. Less is more…ne peut-on que se dire à l’écoute de ce sublime album. Avec Clameurs, Jacques Coursil appelle avec les mots du poète martiniquais Franz Fanon au refus du « «meurtre de ce qui a de plus humain dans l’humain, la liberté ! […] Je demande que l’on me considère à partir de mon désir […] Exister absolument ! » Né en 1939 à Paris, Jacques Coursil ne découvre sa terre d’origine martiniquaise qu’à 40 ans. C’est une terre de brassage culturel, de passage, de lumière, de chaos, de labeur, de blessures, de révoltes mais surtout de cris étouffés. « Le cri de l’esclave, de l’opprimé, s’étouffe dans sa gorge. S’il crie, on le bat, il est mort –le cri à pleine voix est le privilège de l’homme libre. Dans la langue des poètes, le cri noué se mue en écrit », explique Jacques Coursil dans le livret qui accompagne son nouvel album. Son projet ici est à la fois politique, musical et linguistique et se décline en « 4 oratorios pour trompettes et voix ». Coursil rend hommage dans leur langue (français, créole, arabe),  à quatre poètes du cri : Franz Fanon, le révolutionnaire martiniquais mort en Algérie en pleine révolution, Monchoachi et Edouard Glissant, poètes martiniquais contemporains et Antar, poète pré-islamique réduit à la servitude, fils d’une esclave éthiopienne et d’un arabe (« Ignorants, ils blâment le noir de ma peau. Or sans noir, l’aube ne parait [pas] dans la nuit »). Ni violence ni provocation dans leurs cris toutefois, simplement la parole mise à nu pour dire les déchirures de l’histoire et proclamer, envers et contre tous,  la liberté de l’homme, le refus de tout asservissement. «Le malheur du nègre est d’avoir été esclave. Mais je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. Je suis homme et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre –la guerre du Péloponnèse est aussi mienne que la découverte de la boussole…Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ». Grâce au re-recording ce n’est pas une trompette mais un chœur de trompettes, toutes jouées par Coursil qui répondent à cette ode de l’homme debout. Les trompettes s’entremêlent, s’entrechoquent, entrent en conversation dans des combinaisons circulaires, concentriques et répétitives. Le son de Coursil est d’une pureté exceptionnelle. Son jeu est à la fois intense et dépouillé et l’alchimie avec Alex Bernard à la contrebasse et Mino Cinelu est parfaite.   « Je demande que l’on me considère à partir de mon désir », c’est ainsi que Coursil conclut cet album-ovni !

Régine Coqueran

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:40

JJJJ KURT ELLING : « Nightmoves »

Concord Jazz 2007

 

elling-nightmoveslg.jpg C’est le premier album de Kurt Elling sous le label Concord Jazz. Tous les autres avaient été signés sous celui de Blue Note et on se souvient encore de quelques galettes magnifiques comme Man in the Air (2003) ou This time it’s love (1998). Celle-ci ne l’est pas moins et disons le tout net, Kurt Elling grave là l’un de ses plus beaux enregistrements. Certes Kurt Elling ne compose pas, n’écrit pas, n’arrange pas c’est juste un chanteur de jazz. Mais quel chanteur ! Alors que d’autres s’amusent comme des gamins à jouer (certes avec  talent) les nouveaux crooners prompts à surajouter dans les effets vocaux, Kurt Elling montre au contraire une immense classe dans sa façon de chanter simplement, avec cet art du swing qui lui semble collé à la peau. C’est bien simple même dans les tempos très lents il swingue. Et même lorsqu’il s’arrête de chanter, il swingue encore ! C’est si naturel chez Elling. Entre Sinatra en moins crooner et parfois Jon Hendricks en plus calme ! Car Kurt Elling est le prolongement de cette catégorie de chanteurs qui va de Mark Murphy ( référence évidente) à Harry Connick. Avec cette voix de baryton posée dans le médium, il sidère par ses « graves » venus sans ténèbre de lointaines profondeurs. Écoutez  le dans Change Partners où l’on entend mêlés Irving Berlin et Carlos Jobim. Ici Kurt Elling s’aventure, à sa façon sur le terrain du Brésil. Mais toujours avec ce phrasé, ce balancement capable de tenir la note tout en la laissant retomber. Sur Where are you my love, il intègre un quatuor à cordes et s’inspire d’un chorus de Dexter Gordon (celui de l’album « Go »). Et dans ces incursions il y a toujours chez Elling une sorte de travail sur le son. Sur And We Will fly il cherche à travailler un registre un peu pus haut mais y perd cependant en intensité. Ce n’est pas vraiment sa tessiture. Et pourtant, juste après dans un duo avec le contrebassiste Rob Amster, tout en restant plus haut perché il continue à séduire. C’est qu’il y a dans cette expression de Kurt Elling des thèmes récurrents, une sorte d’exaltation poétique de la vie, de l’amour et de l’espoir du jour naissant. Au-delà de la perpétuation des leçons de ses maîtres, Kurt Elling semble engagé dans une véritable recherche esthétique qui au-delà du chant visite les textes (un beau poème de Théodore Roethke) et les détours mélodiques difficiles. Écoutez ce Leaving again couplé à In the Wee small hours, vous n’en sortirez pas tout à fait intact. Car Elling s’y montre romantique sans effusion juste avec l’art d’un chant simple mais terriblement efficace. Comme toujours less is more. Cet album créé une émotion de bout en bout depuis le swing qui s’empare de tout votre corps jusqu’à la chanson plus romantique. Kurt Elling peut alors vous mener au gré des morceaux de la joie du groove aux larmes effleurées. Et puis, accompagné de remarquables musiciens comme le saxophoniste Bob Mintzer, le contrebassiste Christian Mc bride et surtout son pianiste attitré Laurence Hobgood, Kurt Elling ne cesse de nous réserver des surprises. En fin d’album il revisite totalement Body and Soul rebaptisé pour l’occasion New Body and soul dans une ambiance très jazz club. On pourra certes faire le reproche de terminer sur un morceau qui n’évite pas les pièges de la production américaine un peu kitsh. Kurt Elling est un chanteur rare et d’une classe incroyable. Qu’il garde cette âme intacte et surtout qu’il évite d’abuser de cette classe et de l’émotion qu’elle suscite sans quoi il pourrait se perdre dans les méandres d’un mauvais gôut que aujourd’hui avec génie il parvient toujours à éviter.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:38

JJJJ Jean Marc Foltz, Stephan Oliva, Bruno Chevillon

« Soffio di Scelsi »

Harmonia mundi  2007

 

Philippe Ghielmetti (Illusionsmusic)  et le studio La Buissonne  peuvent se vanter d’être de formidables « porteurs de projet » : ils sortent en cette fin de mois de juin un album étrange, qui a tout d’un specimen, futur « collector » peut-être ! C’est qu’ils ont encouragé l’enregistrement d’un projet étonnant, déconcertant même pour qui n’est pas familier avec le  travail du compositeur italien, Giacinto Scelsi, mort en 1988.

Les puristes  ne seront pas satisfaits : ce n’est pas à proprement parler du contemporain (le trio ne JOUE pas du Scelsi) et encore moins du jazz, au sens de swing et cha-ba-da. Mais la question ne devrait même plus se poser, puisque ce Soffio di Scelsi qui porte admirablement son titre, flirte avec les marges, soulignant le rapport plus qu’étroit entre musiques improvisées et contemporaines.

 Scelsi touche en plein centre le musicien qui improvise ; c’est à l’intérieur du son que naît sa musique’, avoue Jean Marc Foltz, qui, encore clarinettiste au sein de l’Intercontemporain,

a découvert puis joué dès 1992, la musique du compositeur italien. Jusqu’à son dernier souffle,  Scelsi a cherché à transposer dans une démarche visionnaire, l’univers en sons, qu’il

voyait même colorés en jaune et rose.

Le trio, constitué de Stephan Oliva  au piano, Bruno Chevillon à la contrebasse et Jean-Marc Foltz aux clarinettes, est idéal pour interpréter librement et poétiquement une suite de quatorze petites pièces, incluant, dans le Sogno XIII, des citations originales, dites par Bruno Chevillon,  pour éclairer cette vision « cosmologique » ? de « rythmes profonds surgissant du dynamisme vital ».

L’écoute de cet ensemble si peu académique, suppose donc un engagement complice :  le souvenir de la création au théâtre de la Minoterie, en mai 2005, à Marseille, puis une seconde version , toujours la même année,  au Bordeaux Jazz festival cette fois, confirme tout l’intérêt de cette réinterprétation par un trio de musiciens chevronnés.

La prise de son est essentielle dans un tel projet : le « quatrième homme », Gérard de Haro, le maître de la Buissonne, était tout indiqué pour capter cette aventure, car non seulement il connaît ces musiciens, mais il sait aussi anticiper leurs désirs, et les guider de sa parfaite connaissance du son.

Cet album se découvre lentement au fil d’une traversée initiatique, d’une plongée au cœur du son et de la musique des sphères. Une musique de rêve éveillé, où résonnent des accords mystérieux et troublants, des sonorités étrangères à nos perceptions ordinaires. De climats nettement percussifs  en moments de plus intense méditation, on se laisse guider par une musique sans nostalgie, ouverte au monde.  Un album à recommander fortement.

Sophie Chambon

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:34

JJJ JULIEN LOURAU VS RUMBABIERTA

Label Bleu 2007

lourau.jpg Pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion d’entendre Julien Lourau en concert ces derniers temps, la parution de cet album va faire l’objet d’une grande surprise. Car ceux qui en étaient resté à « Fire » and « Forget » où régnait une atmosphère plutôt funky, l’étonnement sera grand de voir notre saxophoniste s’entourer d’un groupe de chanteurs et percussionnistes cubains pour un album finalement dédié à la Rumba. Et l’on précise bien la rumba et non la salsa qui fut à la mode dans les milieux du jazz dans les années 60 lorsque Dizzy Gillespie faisait le boeuf avec l’Afro-Cuban. Non ici on n’est pas dans le domaine des cuivres mais dans celui du chant porteur d’une autre tradition plus créole qu’africaine. Et si la rencontre avec notre saxophoniste est inattendue, elle n’en est pas moins une totale réussite. Mélange de polyrythmie cubaines, de percussions sur lequel se greffe le discours presque coltranien de Julien Lourau ( Nigeria). Couleur tout à fait nouvelle dans notre paysage jazzistique où il est moins question de collage que de fusion, où les incises rauques du saxophoniste parviennent à prendre leur place. Son entente avec la section des percus est remarquable comme dans cet Instrumental Loco où dans un entendement commun ils se jouent ensemble des rythmes impairs, des décalages, des accélérations lorsque les percussionnistes s’amusent avec les décalages rythmiques comme d’autres parviennent à l’atonalité dans l’harmonie. Rien n’ets facile mais tout y est toujours évident. Et lorsque ces percus viennent au rock (Batacash) cela coule de source de la même façon. Et puis il y a les chanteurs qui semblent venir d’un vieux cuba largement moins visité que celui des Calle 54. On est pas dans la mode Buena Vista mais dans une musique portée par le chant des vieux sages qui, dit sa part de créolité, et montre qu’il peut se fondre sans se perdre dans d’autres musiques, dans d’autres sons. Un thème traditionnel chanté comme Oduddua se poursuit dans une intervention d’une guitare « rock » en toute continuité, sans rupture. Mais dans cet exercice l’équilibre est difficile et l’un doit passer devant l’autre. Julien Lourau qui place la rumba au centre d’un recherche comme pouvaient l’être en leur temps les recherches menées par d’autres jazzmen sur les musiques africaines réussit pourtant le tour de passe passe de ne jamais  disparaître tout à fait et, toujours à l’affût et sans y perdre son âme, fusionne à merveille. On est alors totalement séduits par cette belle rencontre sans être forcément convaincu qu’elle ouvre à de nouvelles voies jazzistiques.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:33

JJJJ ONJ : « Electrique »

Le Chant du Monde/ Harmonia mundi

  onj.jpg

 

Electrique est le nom du dernier album de l’ONJ Franck Tortiller et il est  réussi, plus électrisant encore qu’électrique. Après le succès mérité de  Close to Heaven, dédié au flamboyant et mythique Led Zep

anglais, Franck Tortiller et ses hommes ne délaissent pas la période des seventies (« décade prodigieuse »  qui court de 1967 à 1976 ) et reviennent au jazz . Coltrane allait disparaître en juillet 67,  et son influence ne cesserait  de s’étendre-certains ne s’en sont toujours pas remis quarante ans plus tard-  et avec le free jazz, la « New Thing » s’imposait comme un courant musical très affirmé qui répondait avec éclat aux préoccupations politiques et sociales des Noirs américains en lutte pour leurs « Civil Rights ». Se développait parallèlement  le style prénommé « fusion » avec des groupes qui allaient s’incrire dans l’histoire de cette musique :  Hancock and The Headhunters, Weather Report et le Miles électrique  ( des albums  Miles in the sky,  Filles de Kilimandjaro, In a silent way, ou Bitches Brew, tous issus entre 68 et 69 !).

C’est l’esprit de cette époque que Franck Tortiller, dans ses compositions et arrangements, s’est attaché à évoquer plutôt que de plonger le revival d’une musique très connotée aujourd’hui. Ce n’est donc pas vraiment une relecture d’un répertoire précis, mais une interprétation très libre avec un  programme original qui  fonctionne parfaitement, avec ces dix musiciens soudés autour de leur chef : deux vibraphonistes, un batteur, une contrebasse, et cinq souffleurs ( 2 trompette-bugle, 1 tuba, 1 trombone et 1 saxophone). Sans oublier des effets électroniques et des samples utilisés avec pertinence, sans insistance (remix final de « Last Call before midnight »).

La référence (plus que l’hommage à Miles) est explicite dans la mini-suite  « Electrique » ou dans « The Move » servi par deux trompettistes Jean Gobinet et Joel Chausse qui se font l’écho de « l’ange noir »,  mais comment faire autrement sur un programme qui se revendique de cette période ?

Néanmoins, il ne nous semble pas que ce soit pas là-dessus qu’il faille « évaluer » l’album, paradoxalement.  D’une façon très personnelle, le chef de l’Onj réussit à faire revivre une époque définitivement  révolue,  qui réveille la nostalgie,  une certaine envie (« doux oiseau de jeunesse » ou simplement insouciance des « Trente Glorieuses »). Mais cette musique est ancrée dans notre époque et c’est moins dans la rock attitude ou les fulgurances davisiennes que dans une certaine image fantasmée, qu’elle se réapproprie un climat, s’en jouant et déjouant  par un bel effort sur des rythmiques qui changent tout :  ainsi, les moments de grâce sont  nombreux, mais ils ne reposent jamais  sur l’énergie pure, la puissance électrique.

Avec cet album, les solistes de l’ ONJ chantent, planant au-dessus de mélodies délicates, avec des crescendos très purs (« Les Angles » ou « Last call ») ou le chant sacré des soufflants dans « In April » que survole le solo « breckerien » d’Eric Séva. Tous ces traits concourent à une beauté apaisée, avec ce grain de nostalgie, cette légère mélancolie qu’éveille le tuba de Michel Marre dans la composition de Prince « Sometimes it snows in spring ».

Electrique souligne que cet ONJ, malgré son engagement éphémère, ne ressemble à aucune autre formation, il est parvenu à créer une alchimie qui lui est propre,  un son, une couleur  qui resteront  liés à l’Onj Tortiller.

Sophie Chambon

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:29

JJJ DAVID TORN : « Prezens »

ECM 2007



 
Il y a dans la guitare de David Torn quelque chose qui n’est pas loin de la folie de Marc Ribot. Une façon de mettre dans sa guitare 1001 sons. Une expressivité rare dans une posture free-rock qui navigue entre les saturations acides et les errances à la Ry Cooder. Ce n’est pas pour rien s’il se définit lui même comme « texturaliste ». Dans ce contexte, ce qui est alors surprenant est moins de le retrouver entouré de ces musiciens post-underground de la scène New Yorkaise que sont Tim Berne (as), Craig Taborn ( fender, hammond) ou Tom Rainey (dm) que de les voir tous réunis sur le label de Manfreid Eicher tant l’esthétique développée ici semble éloignée de celle du label Allemand. Mais il est vrai que le guitariste avait déjà signé sous le label ECM dans le passé.

Alors de quoi s’agit il ? Dès le premier morceau s’installe un sens de la construction, du récit et de la mise en espace. On entre dans un univers un peu en dehors du monde, dans un univers étrange aux contours mal définis. C’est comme arriver dans une ville inconnue par un vol de nuit où la cité ne se dévoile qu’à coup de flash et de repères très flous. Il faut alors attendre un peu pour sortir de cette atmosphère hypnotique et  découvrir de la ville ses aspects plus nets et les plus tranchants. Dans cette lente maturation la progression des morceaux s’inscrit dans une sorte de logique intellectuelle (Bulbs). Rejetant souvent le ternaire le guitariste se décide alors à frapper plus fort et s’installe dans un système qui n’est pas sans évoquer les substances fortes que distillaient Zappa hier et Sonic Youth aujourd’hui. Une sorte de synthèse Zornienne passionnante où l’on entend Tim Berne dans une veine dérivant du free entrer dans les systèmes de David Torn qui dérivent du rock. Il est étonnant d’entendre la partition si différente des deux musiciens sur Transmit Regardless où sur une tournerie coltranienne, les deux jouent de leurs contrastes. Entre les deux, le liant est assuré par Craig Taborn un peu effacé ici mais surtout Tom Rainey, l’éternel compagnon du saxophoniste toujours aussi incroyable d’expressivité et de relance frénétiques. Une sorte de nervure de l’ouvrage. Quelques touches electro créent alors des riffs où l’ambiance hésite entre chiens et loups dans une lumière un peu glauque et blafarde. Ça surprend toujours, parfois ça crée le malaise mais ça ne laisse jamais indifférent.

Jean-Marc Gelin

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 07:58
medeski.jpgJJJJ(J) MEDESKI, SCOFIELD, MARTIN & WOOD : « Out Louder »

Emarcy 2007

John Medeski (kybd), John Scofield (g), Billy Martin (dms, perc), Chris Wood (cb)




En voilà un qui ne va pas inspirer la mélancolie. Si vous n’avez rien contre la déjante grave (mais ils fument quoi ces gars là ?) et la musique kitsh où les vétérans s’amusent comme des potaches, ruez vous vers cet album totalement inclassable. Le groupe de Medeski, Martin and Wood n’est pourtant pas tombé du nid même s’il n’est pas très connu chez nous. Pourtant cette bande d’allumés tout droit sortis du Conservatoire de Boston tourne depuis plus de 15 ans. Installés depuis à New York ce trio ne cesse de secouer les clubs de la grosse pomme. Car avec MMW il y a une sorte de vent frais qui asse sur le paysage du jazz. Pas intello pour un rond, juste l’envie de s’amuser à faire tourner des riffs blues , pop et rock et à improviser dessus comme des fous avec une énergie débordante et une sacrée envie de se faire du bien. Alors forcément lorsqu’ils ont proposé à John Scofield de se joindre à eux, celui-ci mutin en diable n’a pas trop hésité à rejoindre la cour de récré. Et il fat dire qu’avec ces quatre musiciens c’est toujours border line, remarquablement joué, c’est crade à souhait, Medeski sature son orgue à la pop des années 70 et vous sors au moins 3000 sons différents alors que Scofield tombé là comme un gamin s’en donne à cœur joie avec des tonnes d’effets, jouant des distorsions et des abus de pédales wha wha comme un mort de faim. De toute évidence ces quatre là s’amusent, jouent à faire tourner des phrase mélodiques à deux balles avec lesquelles si on les arrêtaient pas ils joueraient encore à l’heure où je vous parle. S’amuseraient avec les sons, les pâtes sonores et les osmoses. C’est parfois criard, on est parfois dans un pop années 80 (Cachaca) qu’on jurerait tiré d’un Bowie éculé et plus loin cela se vautre dans un rock-pop où comme dans What Now ils se roulent dans la fange des salisseurs de son au groove qui dépote mon gars que t’en est tout grimaçant de plaisir, yeah ! Et même quand ils reprennent un Julia plus kitsh que ça tu meures ou un Amazing Grâce qui semble sorti d’un vieux rade country du Texas (mais sérieusement rafraîchi), ça ta laisse jamais de bois….  L’album se double d’une version live et c’est tant mieux par ce qu’avec un pied comme ça, dans un trip toujours émoustillant on n’a juste pas envie que ça s’arrête. Je ne sais pas si c’est du jazz mais ça y ressemble vu que les gars improvisent à tour de bras,  je sais pas si c’est de la pop ou du rock qui rappelle Hendricks. Le seul truc que je sais mon gars c’est qu’en tous cas avec celui là tu peux y aller,  c’est de la bonne !

Jean-Marc Gelin

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