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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:32

JJJJJ Yaron Herman Trio : « A time for everything »

Laborie 2007

 images-copie-2.jpg



 
Pourquoi ce nouvel album de Yaron Herman est-il si jubilatoire ? Qu’est-ce qui provoque ce sentiment de plénitude et oserais-je le dire de joie à l’audition de ce trio (Matt Brewer à la contrebasse, Gerald Cleaver à la batterie et Yaron Herman au piano)? A time for everything résume ce qu’il nous offre. De tout, depuis les standards  de Björk (Army of me), jusqu’à Scriabine (Prélude n°2 opus 35) en passant par Sting (Message in a bottle) et les compositions de Yaron Herman lui-même. Le passé et le présent se côtoient sans tabou aucun. De tout, des lentes mélopées aux danses endiablées. Et tout cela dans une parfaite cohérence et sans impression de « patchwork » ou de liste à la Prévert : la  mise en scène de l’album est parfaite, sans temps mort, sans baisse d’énergie, sans moment inutile ou fortuit : même l’interlude d’une minute est d’une intensité ravageuse. La liberté d’improvisation et l’énergie des musiciens sont communicatives et nous nous laissons happer par ce voyage insolite et réjouissant. Alors que nous pourrions être tentés de nous laisser bercer par le sublime duo lyrique de Brewer et d’Herman sur Neshima (le souffle, en hébreu) et peut-être de nous assoupir en paix, aucun répit ne nous est accordé puisque la composition d’Herman qui suit, Paluszki, est comme un coup au plexus. Quant aux amoureux de Cathy Dennis, ils seront heureux de retrouver son Toxic, beaucoup plus déjanté que ce qu’en avait fait Britney Spears. On l’aura compris, Yaron Herman, 26 ans à peine, est un prodige (il ne fait du piano que depuis dix ans) profondément ancré dans le présent et ouvert à toutes les sources d’inspiration : un jeune homme libre et donc incroyablement créatif, profondément inspiré (écouter cette élégante interprétation de In the wee, small hours of the morning). Avec lui, toutes les références ou presque sont possibles, dans son Monkey Paradise, ne reconnaîtrait-on pas Bill Evans ?   Il y a également dans cet album beaucoup d’humour, grâce aux touches de post-production de Jean-Pierre Taïeb. C’est avec un à-propos certain que Yaron Herman conclut cet album avec Leonard Cohen, Hallelujah ! Soixante-cinq minutes jubilatoires à écouter de toute urgence.    -
Régine Coqueran

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:31

JJJ ANDREW HILL  – « Change»

Blue Note 1966   Réed 2007

Andrew-hill.jpg

 
Belle idée que la réédition de cet album Blue Note dont l’édition originale remonte à 1966 et qui associait aux côtés du pianiste et compositeur Andrew Hill, le saxophoniste Sam Rivers avec Walter Booker à la contrebasse et JC Moses à la batterie.

Cette réédition est l’occasion d’entendre la fougue déstructurante d’un Andrew Hill passé maître dans l’art de la construction free post monkienne dans laquelle le timbre rauque de Sam Rivers s’engouffre avec urgence. On entend dans le jeu et dans la musique de Andrew Hill dressée autour de thèmes forts (Violence/ Pain/ Illusion/ Hope/ Lust/ Desire), un travail en recherche où Andrew Hill joue avec les ruptures radicales allant même jusqu’à passer au clavecin ( !).

La musique jouée est faite de puissance, d’écoute beaucoup, d’énergie qui circule toujours. Comme souvent avec le free jazz l’improvisation libre se meut dans un espace-temps très dense dans lequel prédomine l’urgence. Mais pour autant la musique du regretté Hill ne tombe pas dans une vision univoque des tempis ultra rapides et des écritures ultra serrés. Lust par exemple marque une sorte de pause inattendue et bien plus calme. Bien plus équivoque.

Ce qui frappe chez Andrew Hill c’est qu’il y a là une sorte de continuation de Monk par d’autres moyens. Cela part toujours des mêmes associations d’accords dissonants qui s’émancipent ensuite. Illusion par exemple montre chez Andrew Hill sa part dans la construction de la musique d’après le free. Et lorsque l’on revient à Lust on y trouve aussi des correspondances avec ce qu’écrivait à la même période Wayne Shorter, la même volonté de débloquer le jeu. Sam Rivers joue alors de ses feulements qui, lorsqu’il en supprime les vibratos, laisse apparaître un saxophoniste plus classique qu’il n’y paraît dans la lignée de Rollins et de Joe Henderson.

Une démonstration intéressante en tous cas, alors que Andrew Hill vient de nous quitter, des portes qu’il parvenait à ouvrir dans cet univers en construction après le chaos du free. Des voies qu’avec beaucoup de prescience il désignait alors.                         Jean-marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:29

JJJJ(J) eLISABETH KONTOMANOU: « Back to my groove»

Nocturne 2007

 

kontomanou.jpg  Et pourtant l’entreprise était risquée ! Elle qui il y a à peine deux ans se trouvait propulsée au sommet de sa gloire, conquérant enfin son public, triomphant sur toutes les scènes, se trouvait devant le choix de tout artiste à ce moment crucial de sa carrière : et maintenant quoi faire ? Et toutes les critiques étaient là à attendre, et l’on sait combien les gloires se font et se défont rapidement et Elisabeth Kontomanou n’allait pas se faire dévorer dans l’arène, et elle qui ne répète jamais deux fois le même album allait nous surprendre à nouveau.

Car une nouvelle fois, Elisabeth Kontomanou nous laisse totalement abasourdis, prenant une claque immense devant l’un de ses meilleurs albums. Un album auquel personne ne s’attendait vraiment et dont le secret était bien gardé. Un de ses albums le plus personnel, ce qui en l’occurrence n’est pas une simple formule puisqu’elle signe paroles et musiques de tous les morceaux (à l’exception de deux titres).

Dès le premier d’entre eux, on est plongé dans une sorte d’Opéra dont ne sait pas si l’issue en sera heureuse ou dramatique. Avec des airs incantatoires de grande prêtresse de la soul music du Rythm and blues et du jazz réunis elle nous convie à l’écoute de la simple histoire d’une femme que la vie ballade d’espoirs en désillusions et en soleils retrouvés. Et l’album se commence par ces simples phrases : «  let me tell you the story of a woman so trapped in love ». On sait que l’on va alors être plongé dans un univers de fissures et de déchirures qui nous bouleversera comme une chanson de Billie Holiday dont Kontomanou ne tait pas qu’elle inspire son travail.

Alors son monde nous est ouvert. Les arrangements de quelques uns des acteurs de cette oeuvre, (le pianiste) Orrin Evans, (le guitariste) Marvin Sewell et Gustav Karlström sonnent merveilleusement et ponctuent les histoires qui nous sont contées par des voicings, des quatuor à cordes et une instrumentation dont le propos n’est que de souligner, de ponctuer le propos de la chanteuse qui se fait alors actrice d’un paysage immense. On aime alors les chorus de Sam Newsome (le saxophoniste soprano qui était à ses côtés lors du précèdent album – écoutez What a life) et surtout les interventions discrètes mais si intelligentes de Marvin Sewell qui de quelques notes plante exactement et comme il se doit le décor, salissant le son lorsque l’histoire devient glauque, exaltant son lyrisme lorsqu’elle devient belle.

Alors Elisabeth Kontomanou prend sa part à la douleur des femmes. Des lame s’enfoncent au cœur comme dans ce Late Night qui renvoie à ces jours sombres d’errances urbaines qui furent le lot de la chanteuse à l’époque où ses enfants et le chant étaient ses seules bouées de survie.

Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:28

JJJ STEVE LACY – ROSWELL RUDD QUARTET: «Early and late »

Cuneiform Records 2007

 stevelacy-roswellrudd.jpg

Il s’agit dans cet album des retrouvailles tardives du saxophoniste (sopraniste devrait on dire) Steve Lacy et du tromboniste Roswell Rudd. Les deux hommes qui s’étaient déjà croisés dans des orchestres de Dixieland avaient poursuivi dans les années 60 avec un petit combo qui explorait la musique de Monk dont on sait combien elle fut chère à Steve Lacy. On les retrouve ici  dans deux séries de concerts donnés pour partie en 1999 (à Amsterdam et à Tucson) avec la formation qui était celle de Lacy à l’époque (le magnifique Jean Jacques Avenel à la cb et John Betsch à la batterie) puis dans un match retour à New York en 2002 soit deux ans avant la mort de Steve Lacy.

Que ceux qui restaient sur l’image d’un Lacy grave et tourmenté oublient immédiatement tous leurs préjugés. Car dans cette rencontre, portée par l’énergie incroyable de Roswell Rudd, la musique que ces quartets délivre est d’une toute autre nature. Elle serait plutôt de celle que l’on retrouve dans les after hours des clubs New Yorkais poursuivant sur le terreau de Monk et de Cecil Taylor l’exercice post free des poursuivants de Ornette (un peu mais pas trop) et de Mingus (surtout dans l’esprit). Le reste des compositions est signé Lacy, Rudd ou encore du regretté et trop méconnu pianiste Herbie Nichols. Jamais totalement libre, au sens formel, cette musique est totalement espiègle et drôle se jouant des facéties du tromboniste qui à lui seul jette un pont évident entre la tradition (Dixieland) et la new Thing (la musique post free). Car Roswell Rudd ne joue pas, il exprime toute une palette d’expression, de monologues allant du bruitage au râle jusqu’à l’irruption rocailleuse. Il y a de la gouaille dans son jeu que des imbéciles ont pris u jour pour de la vulgarité (Il y a sur la jeune scène des trombonistes un musicien qui nous fait beaucoup penser à Rudd, c’est l’italien Gianlucca Petrella dont Enrico Rava (qui a joué avec Rudd justement) se plaît à dire qu’il s’agit du meilleur tromboniste actuel).

Mais fermons la parenthèse et puisqu’il est question de jeunesse, revenons sur celle retrouvée de Steve Lacy qui affiche ici, résolument mutin mais avec l’air de ne pas y toucher une liberté toute basée sur le sens de l’improvisation moins sinueuse qu’à l’accoutumée mais toujours aussi irrésistible. Toujours empreinte de cette superbe.

Et il est étonnant de voir tout au long de cet album combien chacun des musiciens ne cède pas à l’autre tout en maintenant l’ensemble cohérent. Chaque membre de ces quartets impose une réelle personnalité. Sans jamais trahir ni soi même ni la musique des autres. Non le jazz n’est pas mort dans de sombres perspectives. Vivifiant !   -  Jean-Marc Gelin

 

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:24

JJJJ DAVID LINX & THE BRUSSELS JAZZ ORCH. : «Changing Faces»

O+ Music 2007

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Si les chanteurs de jazz vocal ont tous ce vieux rêve d’enregistrer avec un big band, celui de David Linx prend une autre dimension tant il est vrai qu’enregistrer avec l’orchestre de son propre pays lui tenait particuièrement à cœur et depuis longtemps. Et force est de constater qu’en s’octroyant les services du BJO, David Linx s’offrait ainsi un modèle de luxe, du genre de ce qui se fait de mieux en Europe. Un orchestre à la dimension du Vienna Ort Orchestra de Matthias Ruegg ou dans une moindre mesure du nééralndais Metropol Orchestra de Vince Mendoza. Car avec le BJO David Linx dispose d’un formidable terrain de jeu. Et lorsqu’en plus Linx fait appel à un grand nombre d’intrevenants extérieurs, on se dit que l’on a affaire à une sorte de super méga production dont on peut attendre le meilleur comme le pire. Car dans cet album protéiforme, Linx ose tout, change les formats et les angles d’attaques dans un exercice où c’est presque (une fois n’est pas coutume) le chanteur qui met en valeur l’orchestre avec lequel il joue et non pas l’inverse. La voix de David Linx comme un écrin pour l’expression des cuivres magnifiquement dirigés. Quel orchestre et quels solistes ! Et pour réussir ce tour de force, cette prise de risque qui l’amène à alterner les passages seul avec le big band avec d’autres chanteurs invités, il faut une réelle science de l’arrangement à laquelle se frottent plusieurs musiciens de grand talent. Entre autre Stéphane Guillaume apporte sa patte ainsi que Laurent Cugny. Et si David Linx reprend des thèmes qu’il a déjà chanté ( the land of joy par exemple), ce n’est jamais dans la facilité et toujours avec une grande mise en danger de lui-même dans une sorte de redécouverte totalement réussie de ces thèmes que le format exigeait d’entendre autrement. Ainsi le duo sur Bilhete avec Ivan Lins n’est pas forcément convaincant sur le plan du chant mais c’est assurément un grand moment musical formidablement arrangé par S. Guillaume. On a le droit d’être agacé par la présence de Nathalie Dessay (elle est franchement pénible !) sur Home in the spring qui grince un peu. En revanche comment ne pas tomber sous le charme de cette rencontre habitée avec Maria João (Linx est allé enregistrer au Bresil en une seule prise avec elle) qui illumine l’album de sa présence déjantée et délicieusement folle (Miziane). La fin de l’album plaira ou énervera c’est selon. Elle désapointera  ceux qui verront dans ce beau jouet confié aux cordes géniales de David Linx poindre le début d’une dérive un peu mégalo. Elle plaira en revanche à ceux qui verront dans cette suite ultime la marque d’un travail très exigeant qui abouti à cette forme magistrale de la musique intégrée au chant. Un travail jamais frileux puisque Linx est l’homme de toutes les audaces. Derrière l’exigence d’un travail musical totalement réussi Linx parvient à préserver l’essentiel : la liberté du chanteur et la sponatnéité de son expression. Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:22

JJJ(J) GILLES NATUREL – « Belleville »

Cristal 2007

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Voilà bien le type de nouvelle réjouissante : celle de découvrir sur notre palier l’album que l’on attendait tant, celui de Gilles Naturel qui depuis belle lurette figure en bonne place dans notre panthéon de nos contrebassistes préférés et se trouve être l’un des plus demandé aujourd’hui en France. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le label Cristal nous propose un double album correspondant réellement à deux projets différents.

Dans le premier le bassiste est associé à Rick Margitza (ts), Alain Jean-Marie (p), et Philippe Soirat (dm). Un album dans une veine néo bop qui groove terrible. Pas le genre qui va à 100 à l’heure mais plutôt du genre  groover en prenant son temps, sans flâner mais en restant bien au fond du temps. Alain Jean-Marie reconnaissable entre 1000 donne une réplique affûtée et Rick Margitza ici dans une forme splendide s’entend  à merveille avec le contrebassiste qui signe sur ce premier album toutes les compositions révélant ainsi un réel talent d’écriture où il montre sa parfaite connaissance de son histoire du jazz, de ce qu’elle doit à la pulse et à la façon de faire traîner les choses qui, passées par le filtre du blues n’en sortent jamais très clean.

Dans le 2ème album il n’est pas non plus question de s’énerver. Tout reste calme sous la houlette d’un Lenny Popkin d’une grande classe, d’une élégance absolue et d’une suprême sensualité. Qu’un saxophoniste ténor puisse nous évoquer à ce point Paul Desmond en est véritablement troublant.

Et dans ce double travail remarquablement bien réalisé, Gilles Naturel ne montre pas simplement deux facettes de son talent. Il révèle aussi dans la  continuité son jeu qui au-delà de son assise rythmique parvient à dessiner derrière une vraie ligne mélodique un talent qui n’est pas sans évoquer le génial NHØP. Du bel ouvrage.                                                         Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:19

JJJ Damien Prud’Homme Quartet – « Reflets »

Cristal 2007

Damien Prud’homme est saxophoniste de Jazz. C’est à l’âge de 35 ans qu’il signe un second album de compositions intitulé « Reflets », entouré d’un trio de mouvance Hard-Bop avec Sergio Cruz au Piano, Gautier Laurent à la Contrebasse et Christian Mariotto à la Batterie. Toujours dans une recherche d’un son acoustique et singulier, le leader au ténor détient une remarquable technique de son instrument. La patte de velours et la solidité rythmique du contrebassiste offre l’assise à une énergie de groupe, ainsi que le batteur coloriste et ses univers multiples. Sous le label Cristal Records, cet album est enregistré les 21 et 22 Novembre 2006 au Studio Bop City, dans les faubourgs enfumés de Paris. La Musique est fraîche d’inventivité interactive. Un quartet machine de guerre ou de paix, comme on veut. En témoigne ce magnifique duo question-réponse entre le sax et la batterie sur le titre « Duo (interlude 1) », suivi d’une magnifique intro d’un pianiste au touché raffiné à l’extrême. Malheureusement, il est possible de trouver le mixage et la prise de son assez limités en qualité. Les studios Bop City proposent, c’est bien connu, une offre de services d’enregistrement de disques aux musiciens, à des prix défiants toutes concurrence. Il est donc imaginable d’y retrouver là bas une certaine inexpérience dans l’enregistrement de ce genre de Musique. On retrouve aussi dans le répertoire, en plus des compositions de Sergio Cruz et de Damien Prud’Homme , le tube interplanétaire qu’est Here’s That Rainy Day, magnifiquement déstructuré avec plaisir par ces derniers. Se dégage de l’ensemble une remarquable énergie, bouillonnante d’interactivité, de surprise, de magie. On sent une certaine affiliation aux grands saxophonistes comme Chris Potter avec des projets comme « Gratitude » par exemple. Mais toujours dans un souci de respect d’une tradition Jazz éternelle, qui se transforme, de jour en jour. La preuve nous est donnée à chaque instant dans ce disque : une partie du Jazz et son histoire vont enfin passer au rayon de l’archéologie comme l’est devenu la Musique Baroque par exemple, avec des musiciens comme Jordi Savall pour n’en citer qu’un. Peut être que le métier de Jazzman sera enfin mieux considéré. Dans ce nouvel opus, Damien Prud’Homme , attaché à son œuvre et à l’époque dont il s’est inspiré, examine chaque reflet de la beauté de Musique, par le biais des mélodies du cœur. Un disque fort en émotion. Tristan Loriaut

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:17

JJJJ aLeXIS tCHOLAKIAN – « Search for peace »

www.tcholakian.fr

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   Passons sur le titre un peu maladroit de cet album ( too much !) pour ne rester que sur l’essentiel, la musique. Celle que joue Alexis Tcholakian et qui est faite de ces standards qu’il s’approprie au point de réellement les sublimer. Alexis Tcholakian est inconnu des amateurs de jazz. Il ne fait partie ni du moule ni de la bande et c’est là une bien grande injustice que nombre de programmateurs, d‘éditeurs ou de labels feraient bien de prendre en considération. Car dans l’exercice du piano solo si souvent nombriliste et introspectif, Tcholakian dit tout autre chose. Il y a avec ce garçon qui s’est définitivement choisi pour maître Bill Evans et Keith Jarrett l’expression d’une passion secrète et romantique pour ces mélodies qu’il sait si bien nous rendre bleues à l’âme. Lorsqu’au bout des touches du clavier il y a les doigts du pianiste et qu’au bout de ses doigts se trouvent les bras qui remontent aux épaules et finalement au cœur du pianiste, alors la musique devient l’expression directe de l’âme, le prolongement d’une respiration intérieure et l’inspiration de la respiration même.

L’entrée en matière de cet album sur For all we Know est un choc total. Presque trop pour une entrée en matière. Mais la suite ne décoit pas. Tcholakian rend les choses simples. Jusqu’à ce Luiza de Jobim réputé pourtant impraticable et dont il s’affranchit de toutes les difficultés pour l’habiter totalement comme l’amour que l’on dit à une femme avant de lui faire. Mais Tcholakian se révèle aussi un compositeur particulièrement intéressant qui mêle à ses références classiques (de jazz) une modernité apprivoisée. Ecoutez bien la conclusion poignante de cet album. Certains vous diront certainement « mais, le jazz modal, tout le monde sait le jouer comme ça ! ». Repondez leur que c’est faux, que peu de musiciens n’osent aujourd’hui jouer ce jazz avec ces sentiments qu’il semble à quelques crétins prétentieux urgent de cacher. Et surtout dites leur de ne pas essayer. Car il y en a fort peu qui seraient capables de jouer cette musique comme Tcholakian, avec autant de vérité et de profondeur légère. Mais je suis sûr qu’il y a quelque part dans les nuages quelqu’un qui comprendra bien ce que je veux dire et qui verra en Tcholakian comme la poursuite de son propre rêve, c’est Michel Grailler auquel ce jeune pianiste me fait irrésistiblement penser. Avec tendresse et mélancolie -  Jean Marc Gelin
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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 07:35

Cristal 2007

Eric Plandé (ts), Joachim Kühn (p, as), Jacques Mahieux (dm), François Verly (perc)

plande-between2.jpg  De ses deux derniers opus « Abyss »  et « Jails of Innocence »,  nous avions retenu le son et l’énergie passionnée d’un artiste étonnant et engagé, dont on ne parle guère, même dans les « chapelles » les plus extrémistes. Et pourtant voilà un musicien qui a  traversé de façon exemplaire toutes les modalités du jazz, du début des années quatre vingt  à nos jours, sans exclusive aucune, et sans jamais d'autre recherche que celle exigeante qui découle du désir de musique. On en revient toujours là.  Eric Plandé  impose sa vision grave et épurée d’une musique à vif. Il continue visiblement à réaliser avec rigueur et précision, des albums aussi tranchants qu’euphorisants. A peine plus apaisé mais toujours très déterminé, ce nouvel album  indique une direction potentielle plus  « écrite », littérale, qui puise sa source dans les pages âpres et efficaces d’écrivains comme Eric-Maria Remark, Guy de Maupassant (le Horla) ou de Stephan Zweig (Amok).

Between the lines est le titre bien choisi de ce cri d’amour d’Eric Plandé pour ces mots brûlants d’auteurs qui ont souvent payé de leur personne leur engagement dans l’écriture. Des mélodies fortes, sensibles, et terriblement prenantes, intemporelles comme la souffrance dont elles témoignent, puisque ce sont les textes de ces écrivains « maudits » qui sont le conducteur de cet album étrange que l’on écoute recueilli, en songeant à la lecture. On retrouve la même intransigeance pour faire entendre un jazz vif sans frontières et repères, libre en un mot, avec des musiciens dans le feu de l’improvisation, toujours  au rendez vous quand il s’agit de jouer  avec lyrisme, tout en assurant la rigueur de l'échange.  Le saxophoniste au seul ténor est entouré d’une  rythmique efficace, d’autant plus complice qu’il retrouve le frémissant Jacques Mahieux à la batterie, que rejoint le brillant François Verly aux percussions. Une rythmique splendide donc, qui se moque des genres et des contraintes de style et laisse chanter la pulsation, ternaire ou binaire dans les compositions personnelles du saxophoniste. Pas de contrebasse mais  le formidable Joachim Kühn qui, au piano et sur deux plages à l’alto, donne la mesure une fois encore de tout son talent. La sonorité toujours aventureuse du saxophoniste  ténor est rejointe par le piano tourmenté et rebelle de Kuhn. C’est en effet le partenaire rêvé pour une entreprise de ce type, une aventure du corps et de l’âme.  Il se laisse traverser par la musique violemment et ardemment aussi, son phrasé plus harmonique que mélodique, se combine aux  emportements  tout de même très mélodiques du saxophoniste

Cette musique encore austère résonnera immédiatement aux oreilles de ceux qui partagent le même territoire  dans lequel on peut s’immerger, en confiance si ce n’est en toute sérénité.

Une musique vivante qui s’écoute de l’intérieur, sans concession aucune à la mode, exprime une colère non rentrée, l’audace étant une constante, comme  cette exacerbation lyrique, très coltranienne. Sophie Chambon

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 07:35

JJJJ lEiLA OLIVESI : « L’étrange fleur »

Nocturne 2007

Leïla Olivesi (p), Boris Pokora (ts), Manu Codjia (g), Elisabeth Kontomanou (vc), Chris Jennings (cb), Donald Kontomanou (dm)

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Cette fois c’est sûr Leïla Olivesi a trouvé la bonne formule autour de laquelle elle semblait tourner depuis un bon moment. Depuis l’époque en fait de son premier groupe, le Brahma Sextet. On entendait à l’époque Leïla Olivesi dans les clubs parisiens comme à la recherche de sa formation idéale, essayant un tel ou une telle. Chaque fois des musiciens de grand talent (Jeanne Added, Magic Malik pour ne citer qu’eux) mais chaque fois aussi des musiciens qui s’envolaient vers d’autres sphères. Leïla Olivesi semblait alors peiner à trouver ceux et celles avec lesquelles elles s’engagerait dans le projet qui lui tenait le plus à cœur. Ce projet auquel son rapport très intime exigeait de la compositrice qu’elle en bâtisse l’ossature idéale.

La part de l’intime

Mais cette fois, avec cet album là, c’est sûr, Leïla Olivesi a trouvé sa pierre philosophale. Il y a déjà quelques années, elle nous confiait son désir de composer une sorte de suite dont le fil conducteur seraient les poèmes écrit par sa mère. Ces textes à l’étrange force d’envoûtement qui racontent l’histoire de Aïcha Kandicha, ce personnage mythique qui, au-delà de l’image de la sorcière telle qu’on la raconte aux enfants, se révèle au fil de ces poèmes comme la représentation de la femme universelle. Un divinité faite femme, à la sensualité farouche, libre et donc insaisissable. Une femme détentrice des secrets de l’univers qui pourrait libérer ses forces de vie si seulement les hommes atteignaient à cette sagesse à laquelle seul le vieillard rencontré au cours de ces pages semble avoir accédé. Par les temps inquiétants qui se révèlent aujourd’hui, et qui en Orient comme en Occident semblent plus que jamais emprisonner la femme derrière toute forme de prisons, du voile lourd jusqu’aux pages glacées de quelque magazine glamour, ces beaux poèmes pourraient alors avoir valeur de message fort. Et qui d’autre mieux que Elisabteh Kontomanou pour chanter ainsi libre sagesse de Aïcha Kandicha !

Il y a donc dans le travail de Leïla Olivesi, fille et femme à la fois quelque chose de très intime. Il y a cette sincérité émouvante dans l’hommage qu’elle rend à sa mère qui rend elle-même hommage aux femmes. Mais plus qu’un hommage c’est la continuation du travail de la mère par la fille qui lui donne une force certaine.

Mais à partir de là, Leïla Olivesi fait preuve d’une très grande maturité dans ses compositions. Par rapport à ce que nous avions entendu dans le Brahma Sextet, la pianiste a en effet fait un chemin impressionnant jusqu’à se hisser au rang d’une compositrice de très grand talent. Des  compositions qui évoquent parfois Wayne Shorter ou parfois Pat Metheny si on état obligé de se raccrocher  quelques sublimes références.

Formule gagnante

Leïla Olivesi a trouvé la formule gagnante en associant le saxophoniste Boris Pokora (primé l’an dernier aux trophées du Sunside) au guitariste Manu Codjia toujours aussi impressionnant dans cette puissance tout en détachement qui émane de son jeu. Derrière rien à dire. Chris Jennings et Donald Kontomanou se connaissent bien et tournent admirablement. Le jeune batteur que l’on a l’habitude d’entendre, toujours très réservé lorsqu’il joue derrière sa chanteuse de mère, se libère littéralement lorsqu’il se met au service du quintet. On l’a déjà dit ailleurs, ce batteur c’est sûr deviendra assurément un très grand.

En réussissant dans cet album à conjuguer la mise en voix des poèmes de sa mère, en alternant ceux-ci avec des compositions instrumentales très riches au groove sous jacent, Leïla Olivesi réalise une réelle performance dont on imagine bien tout le travail préalable que cela a dû lui demander. Et l’on reste alors totalement acquis à la cause de cet album dans lequel les résonances réverbérées de la guitare de Manu Codjia répondent aux sinuosités puissantes et assurées du saxophoniste et contribuent ainsi à la mise en espace d’un univers mouvant à la poésie étrangement fantomatique et aux contours sensuellement mystérieux. Jean-Marc Gelin

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