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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:30

JJJ Frank Woeste trio:”Untold story”

Challenge jazz 2007


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On vous l’avait bien dit que l’on avait pas fini d’entendre parler de lui. Frank Woeste signe un deuxième album en leader d’un trio, avec ses deux complices Mathias Allamane (contrebasse) et Matthieu Chazarenc (batterie) qui l’avaient accompagné  sur son premier opus Mind at play.  Remarqué par les programmateurs de l’AFIJMA (Association  des Festivals Innovants de Jazz et de Musiques Actuelles), le jeune pianiste allemand a entraîné son groupe lors d’une tournée Jazz Migrations et consolidé ainsi son emprise. L’ensemble gagna alors en équilibre et savoir-faire, et dans l’échange confirma une belle sonorité. Après un an et demi, avec assez de matière pour un nouvel enregistrement,  Frank Woeste était décidé à poursuivre l’aventure, dans une certaine continuité, toujours sur le même label Challenge records, produit par le contrebassiste Hein van de Geyn.

Alors, nous direz-vous, un trio de plus qui s’affirme? Peut-être, mais on ne boude pas son plaisir, tout au long des dix compositions du pianiste, à l’exception d’une ballade «  In the wee small hours of the morning », qui ne dépare pas dans le contexte de ces Untold stories. Un bien joli titre d’ailleurs (Enrico Pieranunzi avait lui aussi tenté de dire l’indicible avec son Untold Story, il y a une dizaine d’années) pour un objectif précis : à chaque composition, une « histoire » qui dévoile une autre recherche formelle. La paire rythmique, parfaitement soudée, épouse les désirs de son leader : la structure du morceau est indissociable de l’état d’âme qu’il évoque (délicatesse cristalline de « Naked Moon », tonicité de « Rare Day »,  fascination atmosphérique de « Silent conversation » à la manière de certain « Power  trio » scandinave).  Ces variations n’altèrent en rien la cohérence de l’album, tant cette approche, souvent intime, est d’une fluidité nerveuse, tempérant  ainsi  une sensibilité qui n’est jamais trop appuyée. Efficace au piano comme au fender, Frank Woeste entend mener de front sa recherche sur les deux instruments : la combinaison, simultanée voire superposée des deux instruments (« Mother Adrénaline », « Naked Moon ») confère du charme et une sonorité particulière à ses compositions. S’il suspend provisoirement son histoire, il continuera son itinéraire : gageons qu’un troisième épisode viendra compléter ce premier triptyque woestien.

Sophie Chambon

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:26

JJJ DAVID PREZ et ROMAIN PILON 

Fresh Sound New talent 2007

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On est carrément fiers de ce côté-ci des Alpes de voir que Jordi Pujol en grand dénicheur de nouveaux talents du label Fresh Sound, en grand chasseur des futurs grands saxophonistes, soit allé chercher de l’autre côté de l’Atlantique nos deux frenchies alors que ceux-ci étaient un temps embusqués du côté de New York. Il faut dire que malgré leur jeune âge ces deux jeunes gens ont déjà un parcours confirmé. Prenez le saxophoniste David Prez. D’abord on serait tenté de lui demander si un tel patronyme n’est pas un  handicap pour devenir saxophoniste ténor eut égard au fait que le dernier qui portait ce blaze en guise de surnom n’était autre que Lester Young ! Rien moins…. Mais on a du lui faire la vanne 2000 fois par an alors vous pensez bien que c’est pas nous qu’on va être lourds ! N’empêche ce garçon (dont on ne connaît pas l’âge mais qui semble à peine tombé du nid) a fait ses classes chez Michael Brecker, Jerry Bergonzi et déjà enregistré un album avec Bill Stewart. Quand au guitariste Romain Pilon (dont on ne connaît pas l’âge non plus), son parcours à la Berkelee de Boston a déjà remporté 3 awards et joué en première parte de Pat Metheny. Rien que ça ! Alors quand on a l’âge qu’ils ont (au jugé entre 25 et 25 ½ ans !), quand on a traîné ses guêtres dans les clubs de New York avec des musiciens de leur génération, que l’on est un saxophoniste et un guitariste, s’il est une référence qui s’impose aujourd’hui sur la scène post New-yorkaise, c’est forcément celle de Kurt Rosenwinkel et de Mark Turner, référence obligé sinon obligatoire pour toute une génération de musiciens actuels. Au point que l’on peut craindre en début d’album que cette référence soit un peu trop appuyée comme une sorte d’hommage ou comme un désir de montrer qu’on peut faire pareil. Et force est de constater que ces jeunes gens impressionnent littéralement.  Le phrasé, la façon de moduler sans jamais donner  dans l’expansif, leur façon de contrôler et le son et la phrase, jamais démonstratifs mais toujours sous contrôle est la marque des grands. Pas grand-chose à redire donc sur le plan technique. Mais ils vont au-delà et l’on entend chez eux d’autres références comme celle du grand frère français, Jérôme Sabbagh (clins d’oeil évidents à l’album North de ce dernier par exemple) ou encore des références à la pop music comme dans Emma’s song qui nous semble tout droit sortie d’un album de Radio Head. David Prez dans un style post Hendersonien affiche une grande maîtrise harmonique et son phrasé bien que tranchant sait prendre des inflexions graves qui le démarquent un peu de la tendance post funk actuelle. Quand à Romain Pilon on adore sa façon de jouer legato avec une discrétion qui n’a d’égale que la chaleur de son discours terriblement efficace. Deux tout bon assurément. Et puis la véritable performance de cet album est celle de sa mis en scène et de sa progression qui parvient à dépasser son côté très formaté. Portés littéralement par une rythmique de très haut niveau et par un Karl Jannuska stupéfiant, le quartet parvient à hisser son niveau de jeu en fin d’album, à imposer un groove (Dark Side). L’association du batteur avec Yoni Zelnik est aussi une vraie révélation. La fin de l’album sur un morceau (Collecting Nights) qui commence très froidement et se termine superbement montre un réel sens de la Direction Artistique  dont le mérite repose en grande partie sur le talent de Jordi Pujol.

Jean-Marc Gelin

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:24

JJJJ ERIC LE LANN ET JANNICK TOP : «  LE LANN-TOP »

Nocturne 2007 

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Ça commence comme un cri de trompette. Du genre de celui que l’on pousserait avant de se jeter dans le vide pour se procurer des sensations fortes. Car c’est bien de cela dont il s’agit d’emblée. De sport extrême ! Décoiffage garanti dans cette rencontre multiculturelle entre le rock pur jus « heavy » de Jannick Top, le jazz au classicisme post Milesien qui rappelle ses échappées urbaines-jazz et les couleurs d’Afrique de Lionel Louéké. Le tout soutenu par un remarquable batteur au drumming bourré de vitamine, Damien Schmitt absolument époustouflant et dont on devrait très certainement réentendre parler.

Ce que propose Eric Le Lann dans cet album qui, au départ était axé essentiellement sur sa rencontre avec l’ancien bassiste de Magma, Jannick Top, maître d’œuvre d’une post production exemplaire, est d’une absolue modernité. Se faisant fi des frontières et des clichés musicaux, le quartet mixe, mélange et pétrit plusieurs influences dont la principale viendrait d’une sorte de jazz-rock  (Babylone où Louéké fait avec brio ce qu’il fait habituellement avec Herbie Hancock) à moins qu’il ne s’agisse de rock-jazz (Middle Access) un peu à la manière de ces fameux quartet de Miles où toute expérimentation était possible du moment qu’elle était homogène et qu’elle conservait le son et le groove. Dans des formes plus classique Le Lann (une fois n’est pas coutume) sait aussi emboucher son pavillon (Back time trip ou The Silent track) et Louéké délivre sur la nylon quelques patern à l’African-fusion comme il les affectionne ( It’s so blue) et dans lequel Le Lann se glisse avec merveille. Le trompettiste, jamais à la recherche de la note juste mais plutôt de la note jouée avec l’intention la plus juste, donne toujours le sentiment de redoubler d’énergie avec la complicité et l’encouragement d’une rythmique puissante, de mordre, tranchant dans le lard à coup d’incises aiguës tandis que derrière les musiciens trament et tissent une couleur unique issue d’un mélange inédit et dont la rondeur n’existe jamais au détriment de la pulse. Qu’il s’agisse de Mysterious City ou encore de The Silent Track ( le summum de l’album selon nous), le groupe parvient à créer au delà de l’énergie cette intensité dramatique à coup de groove sourd sur lequel contraste la brillance du son. Une grande part du mérite en revient au travail de post production qui réussit cet alliage surprenant en bien des points remarquablement moderne. Le Lann revient en force. En tous points irrésistible.

Jean-Marc Gelin

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:22

J SUSI HYLDGAARD : « Magic Words »

Enja 2007


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Reconnaissons à tout le moins à la chanteuse danoise une immense liberté qui tangente avec l’inconscience. Car au risque de se planter sur toute la longueur, la chanteuse ose tout. Certes chanteuse de jazz avant tout elle reprend avec une sacrée personnalité des standards comme teach me tonight, when I Fall in love ou une Love for sale reprit à la mode soul. Mais dans un grand melting pot, voilà la chanteuse qui va chercher dans un répertoire R&B (in a summertime), puise dans la chanson française avec un  talent très incertain, se donne des airs (juste des airs je vous rassure) de Bjork (Kemo Kimo) et voudrais même nous faire le côté très sympa du genre comédie musicale (It’s cold outside qui ne tient que par les arrangements au demeurant plutôt réussis). Aldo Romano pourtant d’habitude si prompt à donner des cours de jazz à certains trompettistes de talent (qui va certainement bien rire ici), chante (mal) avec la chanteuse avec le pathétique d’un Higelin chantant Trenet et le ridicule consommé de celui qui voudrait bien mais qui ne peut pas. Triste, vraiment triste.

Pourtant pas de doutes, on entend bien une chanteuse remarquable, capable certainement d’aller chercher quelque chose. Quoi ? On ne sait pas trop. Mais que voulez vous sur cet album là, ça ne passe pas. Aucune authenticité. A force de varier les registres et les répertoires, Susi Hyldgaard ne convainc sur aucun d’entre eux. On a beau le réécouter plusieurs fois en se disant que l’on passe à côté d’un truc, l’émotion n’est jamais là et l’album fait alors l’effet d’une goutte de pluie sur une toile ciré au soleil, rapidement il n’en reste plus rien. Tout est propre et sec. Bien trop sec.

Jean Marc Gelin

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:20

JJJGrupa Palotaï – Singapore

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Surprise ! Autour des nouvelles compositions du guitariste hongrois Csaba Palotaï et de ses comparses parisiens Thomas de Pourquery et Rémi « Wildmimi » Sciuto aux saxophones, Nicolas Mathuriau à la batterie et Didier Havet au soubassophone. Grupa Palotaï est fondé en 1999 à Paris. C’est un troisième album qui consiste à plonger nos oreilles dans le monde du « road-jazz ». Teinté des couleurs de musiques de l’Est naviguant du post-rock au jazz
contemporain, ce nouvel opus intitulé « Singapore » promet une fantaisiste et visionnaire façon de faire de la Musique. Singapore, c’est probablement cette ville humide au bout du monde avec des gratte-ciels entourés de bidonvilles, sur la dernière île des pirates. Déjà, il faut noté en ouvrant la pochette du disque qu’il s’agit d’une réunion de drôles d’oiseaux. Une préparation à être malmené est-elle possible ? Pas dans le cas où la palette d’images que proposent ces musiciens vous transporte aussi du coté des douces rêveries printanières et régénératrices. Des thèmes simples comme « Fleur de Glace » suffisent à vous conduire au relâchement des sens. Le travail du son est lui aussi conséquent. Sylvain Thévenard au son, explore les possibilités électroacoustiques. Les guitares « cowboy-gitan » et les saxes sur-réverbérés s’entremêlent de boucles lo-fi non-quantisés, ou encore les sons ralentis ou accélérés, inversés, ou superposés. Un vacarme me direz vous. Non, une parfaite prise de son et un mixage de grande qualité. Un projet digne d’une production de Goran Bregovitch, le traditionnel en moins. Cela nous amène à cette pluralité qu’apporte le métissage des musiques, et notamment sur le sol français. Parlons de Hongrie avec Emil Spanyi le pianiste installé à Paris, tout comme Gabor Gado, autre fleuron d’une esthétique européenne de l’est. Ce n’est pas seulement le simple et médiatique résultat de l’immigration, Il s’agit là aussi d’un appel que nos oreilles font aux autres cultures que la nôtre. Un besoin. Retour au disque et aux enchaînements de scènes extraverties. La Musique cherche manifestement à sortir de la chaîne hi-fi dans laquelle on l’a inséré, par n’importe quel moyen. Une folie de l’écriture, alliée à celle de l’impro, on obtient une rare qualité de l’ébauche, de la tranche de vie superposée, du rire aux larmes, et toujours avec poésie. Ce frappant retour au Jazz dans « Adieu Printemps part 1 » est touchant de ressemblance avec la thématique d’Ornette Coleman. Encore et toujours, les blagueurs aux premiers rangs (mais au fond de la classe) prêts à bondir sur la note étrange. Le rire en Musique, c’est comme l’humour dans la vie. Comment dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Tristan Loriaut

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:18

JJJJ ANDRE JAUME : « Sapto Raharjo - Gamelan Project first session»

2 CD Celp

Distribué par les Allumés du jazz

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Le label sudiste Celp s’engage depuis longtemps dans une action aventureuse autant que difficile (actuellement, sa distribution n’est  plus assurée que par les Allumés du Jazz )  pour  éclairer le travail de quelques acteurs jazz en région. Le jazz a toujours été une musique d’urgence, de liberté, de prise de risque. Ce qui signifie que ces musiciens dits « régionaux » doivent s’engager dans une passe terriblement  étroite. Et pourtant leur justification est de donner à voir et entendre leurs musiques.

André JAUME, un des maîtres des saxophones et de la clarinette basse, est à ce titre particulièrement emblématique de cette démarche.

Cofondateur du label bleu  CELP avec Robert Bonaccorsi,  bien que totalement enraciné dans la réalité méditerranéenne, il a été toujours ouvert sur le monde, multipliant les expériences avec les musiciens et cultures planétaires, du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Cette recherche de métissages sans préjugés ni effets de mode l’a conduit à parcourir le monde et c’est ainsi qu’en 1995, invité par le Centre Culturel  Français de l’île de Java, à Yogyakarta, il a tenté et réussi une expérience mémorable que l’on pourrait intituler «  Jazz et gamelan », objet d’un double Cd que l’on peut se procurer sur le site des Allumés.

Le gamelan  est un ensemble de percussions constitués de gongs isolés ou en carillon, de métallophones accordés, fonctionnant  comme un clavier éclaté entre différents instrumentistes. A Java comme à Bali, les gamelans se rencontrent lors de diverses cérémonies, fêtes de cour, processions religieuses, théâtres d’ombres ou de masques, danses.

« Expérimenté, prêt à toutes les audaces, André Jaume a rencontré son équivalent-miroir en Sapto Raharjo » comme l’écrit joliment  André Billy, à l’initiative du projet.  Lors de cette rencontre qui eut lieu juste  après la visite du temple de Borobodur, décision fut prise collectivement d’enregistrer librement selon l’émotion du moment : deux pièces en forme de suite furent ainsi enregistrées en deux jours.

Face au groupe, au véritable collectif des musiciens indonésiens qui jouent à tour de rôle des divers instruments sans que l’on puisse même  les identifier, André Jaume  est sur touts les fronts, improvisant brillamment au saxophone ténor et soprano, relançant le jeu, équilibrant la donne avec talent, toujours  inventif. Il soutient furieusement l’échange, développe le dialogue, fiévreux, virevoltant, toujours expressif, rarement mélancolique ou dans le registre de la plainte. Plutôt dans l’exaltation du chant.

Ainsi, on se surprend  à reconnaître ce que l’on croyait impossible, la fusion devient effective et  par extraordinaire, cette association de timbres ne se révèle jamais détonante, elle atteint très vite une qualité et une évidence troublantes pour une oreille occidentale. L’accord est parfait entre les saxophones vifs, acérés parfois ou rauques, plus sombres et les sonorités métalliques, percutantes, brillantes du gamelan.

Si les tambours indiquent  pulsation et changements de rythme, les gongs marquent les cycles, en fournissant  des frappes éparses, la mélodie principale est  rehaussée de contrepoints complexes. On ne s’embarrasse pas longtemps à essayer de déchiffrer cette musique savante, mais on s’abandonne vite au lancinant  vertige, à l’ivresse poétique du moment. Combinant spontanéité, lyrisme, rigueur des échanges  cet album saisissant conduit sans violence vers de nouveaux territoires aux frontières toujours repoussées, selon la capacité d’ouverture de l’auditeur.

Il nous entraîne de climats percussifs en moments de méditation et de rêve éveillé, sous la protection du volcan, au coeur des stupas, tout au  long de la Borobodur suite. Entre réflexion et transe, maîtrise et croyance. Jusqu’au bout de souffle

Sophie Chambon

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:16
JJJ JEAN-PIERRE FOURMENT : « La danse du papillon »

Cristal 2007


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Le propos poétique de l’album de Jean Pierre Fourment est évident. Un propos qui privilégie une couleur à la fois douce et tendre. Un parfum de nostalgie légère. Le contrebassiste Jean-Pierre Fourment privilégie en effet un jeu d’archet qui met la mélodie en avant. Chaque acteur de ces longues pièces improvise derrière Fourment qui, à tout seigneur, bénéficie d’une prise de son qui lui est très favorable. A l’exception d’un tromboniste pas toujours à son aise, rien à dire sur cet album. C’est très joliment exécuté et totalement maîtrisé. Everything under control pourrait on dire. On aime l’énergie de Jean-François Angles au ténor qui apporte à cet album sa couleur aux contours plus nets, à la chaleur toute méditerranéenne. Les 5 acteurs de cette pièce en 7 actes s’amusent beaucoup à jouer sur les variations de tempos et gardent sous jacent un swing pas débridé mais plutôt contrôlé. Car fil directeur de cet album, c’est une sorte de grande pudeur qui semble s’en dégager et qui les empêche peut être se livrer totalement. De mordre dedans un peu plus. On aurait peut être aimé aussi un peu plus de concision pour ce premier album. A la fin du 3° morceau il s’est déjà passé plus de 20mn sur un mode assez linéaire. Mais il est vrai que cette lenteur si elle n’est pas extrêmement pesante est parfois inutile. Ainsi la conclusion de  Makiguchi (12’18) sur un solo de batterie rajoute certainement quelque chose dans l’esprit du compositeur sans que l’auditeur en comprenne réellement la logique compositionnelle ni même l’intention littéraire. Il n’empêche que cet album bien joliment exécuté et dans la forme et dans le fond est un album sans risque que vous aurez le plaisir à entendre. Le doux plaisir d’une rêverie innocente.

Jean-Marc Gelin

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:14

DUPONT T : « Spider’s dance »

Ultrabolic 2007


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JJJ
Le contrebassiste Hubert Dupont a une énorme envie de jouer et cela s’entend. Celui qui s’occupe de la grand-mère avec le groupe Thôt ou Kartet développe une toute autre approche de l’instrument dès lors qu’il s’exprime sous son nom. Un rôle de soliste pleinement revendiqué. Cela avait d’ailleurs donné lieu à un album solo à haut risque paru il y a deux ans (Ultraboles) et cela s’entend évidemment dans ce quartet de haut vol où la contrebasse est constamment mise en avant au profit de multiples solos ou d’une prise de son avantageuse. Un peu à la manière d’un Avishai Cohen, Hubert Dupont revendique pour l’instrument une place déterminante, voire prédominante. On n’est effectivement jamais mieux servi que pour soi même.

Et l’exercice est d’autant plus difficile que la musique proposée par ce quartet est ici particulièrement exigeante. Derrière la poésie du propos, cette musique là, superbe, se faufile sinueusement entre la polyrythmie, l’atonalité, les pattern tirés de la musique indienne ( Irid, Orientable comme de très légers prétextes) avec une                approche quasi mathématique de l’harmonie, la digression improvisée et l’énergie du propos toujours. L’occasion est belle de découvrir ici, aux côtés de Hubert Dupont le nouveau talent de la scène New Yorkaise, le jeune saxophoniste Rudresh Mahanttappa régulièrement encensé par la presse américaine et dont on avait aimé les album très originaux qu’il avait signé en 2004 et 2007, Mother Tongue ou Codebook sur lequel il jouait avec la notion de language. Et à l’entendre ici on ne peut qu’être impressionnés par la force qui se dégage de son jeu, une sorte de puissance à la fois sauvage et animale (sur 1010 ou sur Irid par exemple), un son ravageur qu’il aborde à l’alto comme on soufflerait dans un ténor. Le prolongement ailleurs de la puissance de son d’un Steve Coleman. Une sensibilité faite de lyrisme puissant et donc rare. Yvan Robillard n’est pas en reste qui impressionne lui aussi par le mordant de son jeu. Quand à  Chander Sardjoe lui aussi apporte à la batterie l’aisance polyrythmique de ses racines indiennes.

La difficulté pour ce groupe réside alors pour ces quatre là à trouver un vrai « son » homogène qui ne soit pas le résultat de la performance individuelle de chacun. Trouver la voie qui va de la puissance du jeu à l’expression d’un son de groupe. Parce que tous restent toujours dans la même intensité de jeu, tout se passe comme si chacun des acteurs avait un peu à cœur d’être leader de l’ensemble. Cela créée alors une belle émulation et tire tout le monde vers le haut. Il faudrait juste alors un peu de nuance en plus pour que l’émotion rare ici, s’installe enfin.

Jean-Marc Gelin

 

JJJJ Après avoir tissé sa toile, elle nous tient, le fil à la patte, cette araignée dont la danse enchante tout le disque du nouveau groupe du contrebassiste Hubert Dupont.

Pour le situer, il faudrait replacer ce musicien singulier au cœur de la nébuleuse de groupes dans lesquels il a su se forger une identité, de Kartet dont il est le contrebassiste depuis 1990, à Thôt où il s’électrise au contact de Stéphane Payen sans oublier Hask créé en 1993, ou encore Aka Moon.

 La liste de ses collaborations en tant que sideman est impressionnante mais c’est l’aventure d’un nouveau groupe que l’on salue ici avec ce Spider’s danse, premier album de la formation Dupont T, en compagnie du pianiste Yvan Robillard, de Chandler Sardjoe, batteur de Kartet, et donc vieux complice, et du saxophoniste alto new yorkais d’origine indienne Rudresh.K. Mahanthappa. La rencontre ne pouvait être que propice à l’imagination coloriste du compositeur qui aime les polyrythmiques un peu complexes et subtiles (« Douj », « Possib », « Orientable »).

Sans se risquer à vouloir comprendre la « fabrique » de la musique, on se laisse très vite prendre au jeu, envoûté mais non paralysé par le jeu de l’araignée qui ne s’agite pas qu’au plafond. L’altiste subtil et exaltant  mène la danse avec une extrême mobilité, souple et  infatigable, créateur de volutes entêtantes : son phrasé s’insinue jusque dans les replis de la musique, sans jamais vouloir en finir de nous hynotiser.  

Chacun prend sa place avec sensibilité, finesse, souvent lyrisme  (phrasé délicat et insidieux dans « Ladies on board » d’un pianiste singulier et pluriel). Batteur et contrebassiste semblent avoir toujours le même plaisir à se retrouver et à partager. Sardjoe joue à l’envie des timbres et des rythmes qu’il alterne, superpose, redistribue. Toujours dans le registre du chant, le contrebassiste exalte sa partition, orchestrée avec des textures, des alliages inusités qui confèrent à cet ensemble un style particulier.

Un disque que l’on aime pour ce qu’il éveille dans notre imaginaire, un exotisme  authentiquement raffiné. 

Sophie Chambon

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:12

JJJJ(J)SOPHIA DOMANCICH Pentacle : « Triana moods »

Cristal 2007

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 Immédiatement ce Triana inspiré par un voyage à Séville nous ramène à d’autres contrées. Des contrées tout autant hispanisantes que les plaines mexicaines et les villages des gringos en lutte qu’évoquaient en leur temps le premier Libération Music Orchestra de Charlie Haden. Même esprit décalé des fanfares cuivrées.  Mais le Triana de ce pentacle évoque aussi le grain de folie déstructurée de Mingus et l’on ne s’étonnera pas des clins d’œil comme ce Triana Moods qui nous renvoie bien sûr au fameux Tijuana Moods du contrebassiste. C’est qu’il y a présent tout au long de l’album un vrai esprit des Brass band, des bandas des pays du soleil, une spontanéité et une liberté  qui évoque l’émergence de la création directe ou des happening façon Ornette Coleman.  A ce titre, la version sublime de ce qui est aujourd’hui le tube planétaire du jazz, Lonely Woman nous a rarement autant bouleversé avec ses phrases décalées, son atonalité flirtant avec le jeu faux mais spontané qui dit le thème avec une rare intensité. A la bordure de la folie. De la genèse aussi. Comme si tout se terminait et naissait dans le chaos. Si l’on ne connaissait pas le titre du morceau, on l’aurait deviné. Car cet album possède une rare puissance évocatrice. Funerals par exemple que l’on suit comme la fanfare d’un très triste cortège nous semble traverser on ne sait quel barrio de Tijuana. Sophia Domancich jette tout dans la bataille avec une décomplexion totale dans le fond et la forme qui lui permet de proposer tout ce dont elle a envie avec une solide connaissance de son histoire du jazz. Pourquoi pas jouer avec un thème post bop aussi joyeux que fantasque (Monkey Business un nouveau clin d’œil à Don’t be afraid the clown is afraid too) ou encore conclure l’album avec un thème magnifique de Ellington ( Creole Blues). Mais au-delà des compositions qu’elle signe avec Simon Goubert, Jean Luc Capozzo ou Claude Tchamitchian Sophia Domancich continue de s’affirmer comme une pianiste rare se jouant des sonorités graves et des silences. Car voilà, Domancich nous montre qu’il y a autant de déstructuration dans la musique désorganisée que dans le silence spontané. Dans ce morceau au si beau titre , Démons et mères veillent se jouent des moments de suspension comme dans un sommeil paradoxal. Un entre deux à l’évanescence onirique. Triana Moods dit la vie. La vie éclatante, la vie inquiétante, la non vie qui n’est pas vraiment la mort et dans laquelle Sophia Domancich y met autant de joie que d’espièglerie. Y met une âme forte. Une vitale passion.

Jean-Marc Gelin

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:09

JJJJ Christian BRAZIER : « Sazanami » 

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La tentation est grande pour un musicien-compositeur de se lancer dans l’aventure du solo, cette traversée périlleuse  de certaines limites. Si  nombre de pianistes de jazz s’y sont essayé dernièrement  avec plus ou moins de bonheur, ce n’est pas encore un passage obligé pour d’autres musiciens dont l’instrument peut s’avérer moins « complet ». Christian Brazier, lui, en rêvait depuis longtemps. Pour ce contrebassiste sudiste, il s’agit effectivement d’un pari, d’une tentative issue d’une tentation avouée.

Grand admirateur de Barre Philips, installé en France dès 1968 avec les improvisateurs libres (écoutez « Journal Violone 9 » chez Emouvance, autre label du Sud), il ne voulait pas pour autant se lancer dans une œuvre expérimentale, ni donner une leçon de contrebasse  avec ou sans archet, en 25 séquences.  Il avait plutôt envie de faire partager ce qui a traversé son horizon musical,  de s’arrêter un instant sur ce qui passe, cet éphémère qui demeure trace : ainsi est né  « Sazanami »  (rides à la surface de l’eau, en japonais), recueil de petites pièces pas si faciles, qui coulent pourtant avec bonheur sur une durée idéale de 45 minutes.  On le voit, on est loin de l’achèvement,  du définitif. Le choix de la composition de ce livret d’éclats,  de ce florilège de haikus,  tient à un rien qui est tout : le temps. Temps de la musique, de l’écriture, temps suspendu, temps anachronique.  Architecture sonore de  XXV Haïku /Miniature  à prendre comme un geste, un affleurement, qui, même répété, éclaire le lieu de la cristallisation,  du « mémorable ». Ces compos et impros que l’on ne différencie que par le numéro, conduisent sans violence  dans un univers singulier et impressionniste qui s’accorde aux cordes frottées, pincées, aux pizzicati nets et droits.  Christian Brazier a sculpté le temps, autorisé des respirations qui font entendre la musique dans tous ses états,  dans tous ses éclats : la pulsation, qui bat avec une mystérieuse simplicité est enfin perceptible. Rien de sévère ni de docte dans ces petites pièces  qui s’enchaînent avec une ferme douceur, coupées de superbes interludes  cuivrés, reflet de sensibilités bienveillantes, de l’ouverture au final (Christophe Leloil, grand trompettiste, que l’on peut entendre chez Sylvia Versini  avec le tout jeune tromboniste Bastien Ballaz ,  et  Philippe Renaud, le tromboniste ami, complice des  trois derniers  albums du contrebassiste) .  Variant les nuances de l’instrument, Christian Brazier joue  sur deux basses choisies avec soin pour leurs qualités de résonance, leur boisé, ou leur puissance. Il explore les possibilités de l’instrument, toujours avec une grande fluidité  mélodique,  alternant des pièces vibrantes avec d’autres aux cadences moins rapides.  Si les basses pouvaient parler, elles nous diraient que l’on entend s’exprimer  un artiste qui raconte une histoire très personnelle, avec une grande maîtrise de son instrument, intégrant audacieusement le temps du  silence, d’un certain vide, qui demeure musique. *Rendons hommage encore au label sudiste CELP produit par  Robert Bonaccorsi (directeur artistique de ce festival formidable de la Seyne sur mer ) et André Jaume, clarinettiste et saxophoniste immense, figure incontournable du jazz . Avec  une belle couleur d’azur méditerranéen et des œuvres picturales en couverture (ici,  « Le clochard et la geisha » du peintre Alain Paparone, Celp a  su se créer une identité, même si la distribution est  horriblement difficile (actuellement, seuls  Les ALLUMES DU JAZZ s’en chargent). 

 Sophie Chambon

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