JJJJJ Jimmy GIUFFRE: “The cool man” (Four brothers et Tangents in jazz)
Cherry Red Giant Steps – Reed. 2007
Dans les fameuses sessions Capitol, qui remontent aux années 1954-1955, rééditées par le label Cherry Red, « Jimmy ne joue pas encore free » comme l’écrira justement mais non sans malice Philippe Carles, le rédacteur de Jazzmagazine.
Giuffre s’inscrit alors dans le courant West Coast (encore appelé Jazz cool), qui a constitué une étape importante dans l’aventure du clarinettiste et poly-instrumentiste texan. En symbiose avec le trompettiste Shorty Rogers ou le batteur Shelly Manne, Jimmy Giuffre participait, dans ces années-là, à l’avènement d’un jazz moderne, par la recherche féconde et libertaire de formes ouvertes. Des thèmes virevoltants ou mélancoliques, mais toujours ciselés et lyriques constituent l’essentiel de cette réédition où s’illustre le merveilleux trompettiste Jack Sheldon, omniprésent sur toutes les faces gravées pendant ces séances à Los Angeles entre février 54 et mai 55.
Deux albums sont regroupés pour notre plus grand plaisir : le Four brothers du nom de la composition qui rendit Jimmy Giuffre célèbre et Tangents in Jazz. Dans des ensembles à géométrie variable (sur quatre titres du premier album Four Brothers, la formation comprend jusqu’à sept musiciens), le chant choral est d’une délicatesse rare dans la maîtrise des canons à deux, trois ou quatre voix. Le clarinettiste révèle sur ses propres compositions une époustouflante virtuosité contrapuntique entre écriture et improvisation. Mais les reprises elles mêmes ont de quoi stupéfier : il suffit d’écouter l’introduction et la reprise du thème de Gershwin « Someone to watch over me » pour en être convaincu.
On aime tout particulièrement Tangents in Jazz : l’équipe est réduite à quatre membres mais la rythmique fine et pertinente assure bien plus que l’assise d’accompagnement. Le contrebassiste Ralph Pena et le batteur Artie Anton ont un véritable rôle mélodique, joignant leur voix aux soufflants. Les interventions du percussionniste sont calculées à merveille pour que l’effet soit haletant dans « Finger snapper », « the Leprechaun », dans une course-poursuite où l’échange est toujours vif. Quant au contrebassiste, il se révèle l’interlocuteur idéal, à la sonorité chaude et profonde, capable de répondre aux nuances de l’écriture de Jimmy Giuffre.
Une apparence simplicité mélodique, une extrême fluidité, l‘agencement des « voix » qui se mêlent ou se répondent, en un permanent dialogue font de ces titres de véritables miniatures. Un même thème « Scintilla » est repris quatre fois sur les diverses sessions qui composent cet album, exemple parfait pour signifier l’intelligence et le charme de cette musique ludique, espiègle, qui swingue en toute légèreté. Si « Rhetoric » frappe par la fragilité, la transparence du son de Giuffre, « Lazy tones » aux accents de western rappelle l’enracinement dans le blues et le folk de ses origines.
Le phrasé est d’une limpidité saisissante, l’attaque franche et ferme, les capacités d’invention semblent inouïes. Et avec Sheldon, la complicité est totale dans un entrelacement sensuel autant que compliqué.
Une musique épurée, un jazz exquis : rien n’est superflu dans ces albums là, il faut absolument tout garder !
Sophie Chambon

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