6 juillet 2006
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JJJJ BOJAN z : « Xenophonia »
Bojan Z(ulfikarpasic) (p,fd, xénophone), Remi Vinolo (b), Ari Hoenig (dm), Ben Perowsky (dm), Krassen Lutzakanov (kaval)
Autant dire tout de suite le coup de cœur absolu que nous avons pour ce nouvel album de Bojan Z. Le jazz y est ici réinventé ici avec autant d’énergie à revendre que de trouvailles éclectique voire même avec une bonne dose d’humour. Car Bojan ose tout. Et à ceux qui lui reprochent parfois d’en faire trop dans son jeu, il montre à l’entame de cet album qu’il pourrait s’il le voulait, jouer à la manière d’un Ahmad Jamal. Il est vrai que le premier morceau (Ulaz qui veut dire « entrée ») n’était en fait qu’un morceau réalisé pour la balance son mais finalement conservé. Ambidextre Bojan joue des deux claviers, acoustique et électrique pour un album très border line à la frontière de tout. Ballade dans des univers très légèrement empruntés à ses racines du côté de Belgrade qu’il prend soin de largement dissoudre dans une grande rase de jazz ou de rock. Son fendher se transforme à l’envie en guitare héros allant même avec un son un peu « sale » à reprendre note pour note sur son clavier électrique le chorus de guitare d’une légende du rock serbe (Wheels) . Les morceaux complexes alternent avec des structures très simple. Sur Pendant ce temps chez le Général (l’enregistrement a eut lieu dans un studio boulevard du Général Davout, d’où le titre), Bojan s’appuie sur une rythmique fusionnelle pour aborder un morceau par une face plus improvisée voire un peu plus destructrée. Sur Cd-rom (en hommage aux vendeurs de CD à la sauvette), Bojan part du folklore (un joueur de kaval s’invite ici) pour découdre avec swing un morceau que ne renierait pas Jason Moran. Par ce titre étrange Xenophonia, Bojan entend signifier non seulement qu’il est un peu étranger et chez lui partout mais surtout que ses univers sont sans frontières. A la manière des chanteurs du Delta, Bojan s’offre même la liberté de chanter un blues sauvage ou de reprendre un titre de David Bowie (Ashes to Ashes). Son patrimoine est éclectique et c’est presque avec boulimie qu’il nous montre ce qui a nourrit sa culture musicale. Si Bojan Zufikaprasic est avant tout un immense pianiste de jazz (En 2002 Bojan est nommé Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture. Il a aussi reçu le Prix Django Reinhardt Musicien de l’année de l’Académie du Jazz) il n’oublie pas que ses attaches se situent autant du côté de Clare Fisher que de Jimi Hendricks ou de Franck Zappa dont il revendique une forme d’héritage. Lorsque le jazz se réinvente avec tant de pépites révélées, autant d’énergie jubilatoire, lorsqu’il ne s’enferme pas dans des schémas cloisonnant, lorsque le jazz ne se regarde pas le nombril mais qu’il s’ouvre à tant d’univers et se livre avec autant d’humour, lorsque le talent prend le pouvoir et communique autant de plaisir, on sait que forcément on a affaire à un grand disque et surtout à un immense artiste. Le jazz a décidemment de beaux jours à vivre. Jean Marc Gelin
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5 juillet 2006
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JJJ steFANO BOLLANI : « I visionari »
Label Bleu 2006
Mirko Guerrini (ts, ss, bs, fl), Nico Gori (cl), Stefano Bollani (p, vc), Ferruccio Spinetti (cb), Cristiano Calgagnile (dm), Mark Feldman (vl), Paolo Fresu (t), Petra Magoni (vc)
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8 juin 2006
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JJJ TRIADE: « Entropie»
Minium 2006
Cet album, le deuxième du groupe après celui paru chez le collectif Yolk en 2005 avait un peu végété dans les tiroirs du label Sketch avant que Philippe Ghielmetti ne le sauve de la déconfiture et l’emporte avec lui pour lancer son tout nouveau label, Minium.
Pour se fixer les idées dans cet album qui nous empêche de nous rattacher avec certitude à des balises connues, on se référera à la définition officielle de l’entropie : « fonction définissant l’état de désordre d’un système, croissante lorsque celui-ci évolue vers un autre état de désordre accru ». Car cet album est pour tout dire assez déroutant. Se refusant à tout cadre formel, échappant aux repères mélodiques sans toutefois verser dans le free, il raconte une histoire à plusieurs facettes. Plusieurs reflets à l’image de Cedric Piromalli jonglant d’une main avec le piano acoustique de l’autre avec le fender Rhodes. Tendant parfois vers le son des guitares saturées, on assiste alors à une sorte de free jazz poétisé. Un peu comme la rencontre d’un jazz chaotique avec le monde de Edgar Allan Poe s’il fallait tenter une approche littéraire. Parfois l’album nous ramène à des inspirations pop évidentes dans lesquelles on trouverait certaines analogies avec la musique des Pink Floyd. Du coup ces changements de décors ont quelque chose de théâtral, comme une scénographie bien réglée où il est moins question de cadre formel (refus souvent de la contrainte mélodique) que de créer de véritables climats au gré des morceaux. Et dans cette histoire Nicolas Larmignat qui ne cache pas sa passion pour Paul Motian excelle dans le jeu de coloriste raffiné et incroyablement inventif. Une sorte de relation télépathique s’installe entre lui et Sébastien Boisseau. Quand à Cédric Piromalli, habile improvisateur ambidextre, son jeu se montre ici d’une incroyable variété capable de descendre dans les plus basses profondeurs au fender au jeu le plus dépouillé. Dans cette douce machinerie qui se met en branle sous nos yeux, qui s’amuse souvent à nous perdre dans son dédale poétique il apparaît quelques oasis plus ou moins inquiétantes aux titres mystérieux qui se plaisent à nous interroger (Suis encore des miens, Des bras à Glacière) et nous ramènent de rares fois à quelques repères mélodiques (comme musica riccercata n°7). Pas de balises donc, pas de repères mais juste un questionnement philosophique, une sorte de réflexion musicale. Un chaos organisé.
Jean Marc Gelin
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6 juin 2006
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JJJJ(J) "TIM BERNE’s Caos totale": « Nice View »
Winter & Winter 1993 Tim Berne (as), Marc Ducret (g), Steve Swell (tb), Herb Robertson (t), Django Bates (p), Mark Dresser (b), Bobby Previte (dm)
Sous ces deux titres se trouvent trois plages différentes, trois suites de 21’, 17’ et 38 minutes enregistrées en 1993 pour des sessions produites par Stephan Winter et co produites par Tim Berne. Image fidèle de ce que produisait alors une partie de la scène New Yorkaise post colemanienne faite de furie, de matériau en fusion malaxant le jazz avec le rock le plus sombre et le plus furieux. Trois véritables suites pour formation élargie autour d’une musique écrite autour des pivots que sont Ducret, Bates, Robertson, Berne ou Swell. Chacun apporte là son énergie créatrice, destructrice, sa froide violence voire même son cynisme si l’on en juge par les growls facétieux de Herb Robertson à la trompette. Difficile de rester insensible à ce qui apparaît comme un monument d’écriture où il ne s’agit pas d’une simple alternance de solistes mais d’alternance de séquences incarnées par un instrumentiste dans une sorte de mise en espace, en équilibre, échafaudage incertain des différentes parties du puzzle. Album polychrome assurément où tout semble pouvoir basculer d’un instant à l’autre du calme à la furie satanique menée par un Ducret en super forme. Basculer aussi d’un jazz colemanien au jazz inspiré de Mingus, entre part du soliste et unissons des cuivres. Tim Berne que l’on retrouve pour un époustouflant solo sur le premier thème de l’album (It could have been worse) s’amuse à emboîter les formes les unes dans les autres, les solos répondant aux dialogues qui eux même répondent à l’ensemble uni. S’amuse à nous dérouter avec des systèmes métriques impairs, des formes polyrythmiques et des harmonies dissonantes sans jamais perdre une rythmique portée par un Bobby Previte qui seul semble garder toujours la tête sur les épaules. Car chacun, alternativement semble perdre le contrôle, Django Bates en tête mais surtout Marc Ducret dans un solo out of control sur The Third rail. Notamment. Dans la mouvance de ce que pouvait réaliser John Zorn de l’autre côté de la scène New Yorkaise, Tim Berne réinventait lui aussi une superbe plage du jazz post free. Ce qui l’amènera à créer plus tard Big Satan autre groupe mythique dont les jours se poursuivent encore pour notre plus grand bonheur avec Ducret et le génial Tom Rainey. La révolution New Yorkaise alors était déjà en marche.
"Jean Marc Gelin"
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6 juin 2006
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JJJ Susanne Abbuehl: « Compass »
ECM 2006

Avec ce deuxième opus, la chanteuse suisse néerlandaise, Susanne Abbuehl affirme un peu plus son singulier style fait de mots chuchotés, de sons distendus, de notes en suspens, de silences expirés. Elle ouvre tout en légèreté et sensualité un espace où le temps n’est plus une contrainte, où le chant traverse les êtres. Avec l’auditeur, elle crée une subtile intimité. Un éloge à la lenteur pour mieux toucher notre âme. Le dialogue inspiré des deux clarinettes de Michel Portal et de Chritof May (que l’on regrette de ne retrouver que sur deux morceaux), l’accompagnement religieux et parfois trop sage de Wolfert Brederode au piano ou le jeu aérien de Luca Niggli à la batterie et aux percussions, transcendent un peu plus la poésie de son chant. Son précédent album « April », une véritable perle, sorti en 2001 chez ECM, était un patchwork de chants indiens, de poèmes d’E.E Cummings et de morceaux de Carla Bley, un tourbillon d’émotions et de sons, tout en retenue. Ici, il y a une plus grande unité artistique. Elle nous balade entre jazz et folk songs, du côté de chez Joyce, Berio, Sun Ra, Chick Corea, Feng Meng-Lung, un poète de la dynastie Ming. Ses arrangements comme ses compositions sont dépouillés et sont construits sur des systèmes cycliques : la répétition et le retour du même. Inspirée par ses maîtres, Jeanne Lee et Prabha Atre, qui lui a transmis le chant indien, elle réinvente son propre langage. Un rien mystérieux. Preuve en est cette très personnelle interprétation de « Black is the color…» à mille lieux de l’interprétation free et dramatisée de Patty Waters ou le magnifique «Flamingos Fly», autrefois chanté par Jeanne Lee accompagnée de Ran Blake. Ses confidences nous ensorcèlent jusqu’à l’emprisonnement. De guerre lasse, nous l’abandonnons avant la fin de l’album, pour y revenir plus tard avec la même béate admiration.
Régine Coqueran
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6 juin 2006
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JJJJSébastien Jarrousse / Olivier Robin Quintet : « Tribulation »
Aphrodite records - 2006
Titre éponyme, la première plage donne le ton. Dès la première note, le quintet de Jarrousse et Robin nous jette dans un hard bop fiévreux et tumultueux guidé par un climat énergique.
Les tribulations musicales de Jarrousse et Robin traduisent une détermination esthétique précise quand aux chemins choisis pour cet opus. En effet, les influences se font immédiatement sentir : on entend des phrasés propres à Kenny Garrett chez l’altiste Olivier Boge et une atmosphère coltranienne dans le sax ténor de Jarrousse. Sur « Au bout du rouleau », le style posé de Jarrousse rappelle cette particularité chez Steve Grossman. Disons le sans ambages, les premières choses qui frappent à l’écoute du cd sont une très sérieuse envie de jouer de la part des musiciens et une joueriez à l’américaine terriblement efficace qui assène un swing tranchant. L’homogénéité et la constance esthétique et artistique de l’œuvre et la sincérité de la musique sont telles que l’on croit que les pièces sont toutes des premières prises enregistrées « straight ». Sans excès, et peut être légèrement sur la réserve pour Jean Daniel Botta à la contrebasse plus musical que ses comparses, la section rythmique piano/contrebasse/batterie est très cohésive et responsable de cette jouerie qui tourne comme une horloge suisse, en particulier sur les morceaux enlevés. On retient en particulier le drive sûr et swinguant de Robin. Soutenus par la rythmique, les saxophonistes ne sont pas en reste. La masse sonore qu’ils dégagent et les arrangements de Jarrousse rendent leur jeu incisif et éclatant à tel point qu’ils sont les deux locomotives de ce train à grande vitesse Si la rythmique s’emploie à ne jamais relâcher la tension, Emil Spanyi retient toute notre attention. Son accompagnement est très riche et novateur en particulier par ses accents sur les temps forts qui terminent les phrasés du batteur et l’engagent sur de nouvelles idées. Sur à peu près tous les morceaux à tempi up, la complicité entre Spanyi et les deux saxophonistes est palpable tellement le jeu d’accompagnement du pianiste est peuplé de répons et d’à propos tout en conservant une densité de jeu à la Mc Coy Tyner. Pour ses chorus, Spanyi s’appuie beaucoup sur la force rythmique du batteur. Il dispose ainsi de tous les repères nécessaires pour libérer une énergie lumineuse et épanouie et un discours qu’on déguste la bouche ouverte. Toutes les compositions et arrangements sont de Jarrousse. On devine une ferme maîtrise du métier de la composition chez le saxophoniste qui parvient à combiner habilement mélodies et fulgurance. Dans un style qui date mais avec une modernité surprenante, ce quintet peut le crier haut et fort : le bop est en pleine forme ! Jérôme Gransac
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6 juin 2006
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JJJJ Erik Friedlander : « Prowl »
Cryptogramophone 2006
On peut remercier William Russel qui lui a donné son « 1er vrai violoncelle », et les « papotes » qu'ils ont taillées ensemble chez Buster's ou dans Bourbon Street. Erik Friedlander en a tiré l'art "d'entre-potes" et un goût malicieux de l'impro plein d'images inspirées. « Mon but est de créer une musique la plus concise et concentrée possible puis de faire confiance au groupe au moment fort du jeu... » Il continue ce bon pari dans ce 2ème album du groupe : "Prowl" qui rôde en effet dans les sphères colorées de l'Afrique avec un petit détour clin d’œil à la New Orleans in "A Closer Walk With Thee"(la surprise!). Mais Topaz (du nom du quartet) c'est aussi beaucoup le sens du voyage dans la recherche d'une culture essentielle. Un genre de synthèse finement assimilée, ouverte, qui nous raconte des histoires de différentes régions Africaines à travers, par exemple, les rythmes spécifiques "d'un coucou démonté" venu de la forêt de Guinée où les traditionnels djembes sont habilement substitués sauce Topaz (Howling circle), ou encore dans l'ouest Africain Agaya (Anhinga), en Kundabigoya (Prowl) et en Djolé (Rain Bearers). Des noms qui sonnent et déjà annoncent une teinte, une ambiance, un rythme particuliers.
Belle énergie oui soutenant cette musique d'une étrangeté fascinante qui met en valeur la complicité des musiciens, leur spontanéité cohésive à l'atmosphère délicate. Stomu Takeishi à la basse est présent "just' c'qui faut" mettant un petit accent moderne à ce joyeux mélange de genres pendant que Satoshi Takeishi fraternalise aux percussions. Puis du violoncelle dans le jazz voilà qui est suffisamment rare pour interpeller! Et quand la clarinette (ou le saxo alto) de Andy Laster vient doucement se mêler à l'unisson
d'Erik (Anhinga) c'est...chouète (pour changer du coucou!). On y retrouve d'ailleurs un petit accent funky de son premier groupe qui ajoute de l'éclectisme au déjà bel éventail d'univers de ce groupe. Après les hennissements obsessionnels du "cercle mugissant", on passe à une balade printanière, puis on revient à l'obsession du rôdeur, et de nouveau un doux cheminement scandé, au crescendo palpitant et ainsi de
suite on cahote dans ces fantaisies troublantes qui mêlent coquinement à l'art de l'impro celui de l'intrigue. Très intéressant.
Anne Marie Petit
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6 juin 2006
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JJJJ LAURENT DE WILDE : « Present »
Nocturne 2006
La langue française est bourrée de pièges trompeurs et si nous avions manqué de vigilance nous aurions sans hésité parlé d’album de « variétés ». Mais assurément il y aurait eu confusion, misunderstanding, gourance sur toute la ligne en somme. Nous lui préférerons donc la notion d’éclectisme qui nous semble mieux coller à la très grande richesse de cet album. Album dans lequel le pianiste de surprises en surprises nous laisse d’un bout à l’autre de l’ouvrage scotché à la plage suivante avec une sorte de plaisir frénétique.
Laurent de Wilde qui vient de passer ces 6 dernières années dans les sphères de la musique électro dans laquelle il n’y a pas si longtemps il jurait avoir trouvé son meilleur vecteur d’expression (son dernier groupe « Organics » en était la parfaite illustration) fait ici un retour gagnant au tout acoustique. Sans pour autant qu’il ne s’agisse d’un retour en arrière. Bien au contraire car Laurent De Wilde a grandi au passage, s’est nourri d’une nouvelle approche du clavier, s’est imprégné des nouveaux pianistes apparus ces dernières années de part et d’autre de l’atlantique, a emprunté aussi à de nouvelles musiques. Il en résulte un fondu enchaîné dans lequel De Wilde nous ballade dans ses musiques entre swing, blues, free, reggae. L’album démarre à un très hauts niveau avec les deux premiers thèmes qui sont des adaptations de ce qu’il faisait en électro : The Present était dans l’album « Time for change » -2000 et Move on dans « Stories » - 2003. On comprend alors que le maître mot, le fil conducteur, la base irréductible pour De Wilde c’est le groove sous toutes ses formes. Il peut s’agir d’un swing ternaire sous toutes ses formes comme dans Move on où De Wilde s’amuse faire passer le morceau par tous les stades allant jusqu’à accélérer/ralentir les tempos à volonté. Dans un thème plus posé comme Fleurette africaine où l’on sent poindre rythmiquement et structurellement des univers svenssonien, De Wilde comme une seconde nature en revient toujours au groove et lui impose une pulse à l’africaine d’où émergerait bien un Randy Weston. Entre autres. Sur Quiet but not quite joué au départ sur quelques notes simples ponctuées par des battements d’horloge De Wilde crée de larges espaces sonores puis tel un démolisseur s’emballe, les remplit frénétiquement et s’ingénue à tout déstructurer comme l’aurait fait un pianiste free pour en revenir finalement à la structure lente. De Wilde se permet ensuite une incursion du coté du reggae dans un thème joué en hommage à Ernest Ranglin, chantre jamaïcain de la guitare reggae et avec qui le pianiste a eu l’occasion de jouer (One for Ernie), puis nous entraîne dans un club aux allures techno funk totalement irrésistible. Dans un fondu enchaîné tout cela finit par un bon gros blues ultra facile dans lequel il n’est certainement pas question de se faire du mal.
Et l’on comprend que ce travail suppose une rythmique impeccable capable de s’adapter à tous les univers, sorte de pâte à modeler que le pianiste triture sans cesse pour lui donner formes et couleurs multiples. Darryl Hall contrebassiste d’exception nous fait entendre au moins une dizaine de son à son instrument au gré des univers explorés.
Certains reprocheront alors peut être à De Wilde son côté zapping et touche à tout. Mais s’il est vrai que le pianiste brasse large dans l’histoire récente de la musique il a le mérite de donner un sérieux coup de jeune au piano jazz sans jamais ennuyer et sans oublier jamais ce que le jazz doit au swing, éternel point de ralliement de cet album. Et De Wilde nous en apporte ici une savoureuse et torride illustration.
Jean Marc Gelin
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9 mai 2006
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JJJJ THOMAS SAVY: « Archipel »
Nocturne 2006
Beaucoup pensent ne pas connaître Thomas Savy qui signe là son premier album. Et beaucoup se trompent. Car Thomas est pour beaucoup de jazzmen l’un des sideman les plus recherché. On le retrouve chez Vincent Artaud, Pierrick Pedron ou Christophe Dal Sasso sans compter le nombre incalculable de prestations en sideman dans les clubs. Et chaque fois cette même constante qui en fait un partenaire particulièrement recherché : le « son » Thomas Savy à la clarinette basse, instrument qu’il s’est approprié au point d’incarner aujourd’hui l’instrument sur la scène française du jazz. Cet élève doué qui a quitté ses études classiques pour rejoindre les bataillons de Jeanneau et Théberge au CNSM a quasiment abandonné tous les autres anches pour ne se consacrer qu’à cet instrument. Au point que l’on croit y entendre à la fois le clarinettiste Jimmy Giuffre dans l’oreille droite et dans les aigus et le sax baryton Pepper Adam dans l’oreille gauche lorsqu’il descend dans les graves. Car Thomas Savy possède cette sorte de respiration profonde et chantante qui le porte à mettre en valeur les structures mélodiques et rythmiques les plus évidentes. Un discours épuré, simple et beau. Le capiteux de la clarinette basse. Le son délicat du bruit des clés. Un art de la mesure en toute chose. Jamais dans la surexpressivité. Un murmure caressant. Les clarinettistes ont parfois de ces pudeurs !
Et pourtant dans « Archipel » Thomas Savy avec Vincent Artaud à la direction artistique se révèle d’une grande audace. Car il est audacieux de passer, tout en restant cohérent, du rock furieux « ma non troppo » (Rock on où Thomas Savy transcende son instrument) à un classique et très Ravelien Pour Pierre, à un jazz modal pour jus (single track road ) voire plus free (comme le bien nommé Solo) ou encore comme au très Strayhornien 19/08/03 dans lequel Thomas Savy, dans les graves parvient à faire trembler les murs. Le titre éponyme, Archipel, est un des points culminant de l’album, un morceau dans lequel chaque membre de la formation ajoute sa patte pour, en surimpression les uns par rapport aux autres construire un thème aux arrangements magnifiquement poétiques. Une Exploration Debussienne. L’audace aussi d’insérer dans un disque de jazz une très jolie comptine enfantine à la ligne mélodique simple, aux contrepoints enchevêtrés mais bouleversante d’émotion simple.
La cohésion de cette formation ne contribue pas qu’un peu à la cohérence de cet album mosaïque. Synthèse audacieuse des univers chers au clarinettiste qui signe là toutes les compositions. Audace vagabonde que Thomas Savy peut se permettre dans la mesure où il possède dans le son de sa clarinette basse toute l’histoire de l’instrument dont il porte l’héritage. Ce son magnifique, c’est sa propre cohérence. Jamais dénaturé. Jamais caricaturé. Sorte de fil directeur, d’âme conductrice de cet album merveilleux.
Jean Marc Gelin
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6 mai 2006
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Alors que Stéphane Oliva et François Raulin sortent un «Echoes of Spring» en hommage aux pianistes de stride, revenir sur Ellington s’impose régulièrement comme un passage obligé bien que risqué. Avec "Echoes of Ellington", le hautboïste Jean Luc Fillon, musicien au parcours original, qui a toujours souhaité faire se croiser les chemins de la musique, est allé braconner sur les terres voisines de l'improvisation. Après un remarqué Oboa, où il tentait déjà le passage, il sort résolument du répertoire de son instrument et s‘attaque à un des géants du jazz classique. Reprendre Duke Ellington n’est jamais facile, car dans l’œuvre démesurée du Duke ne retrouve-t-on pas le jazz dans son intégralité ? L’instrumentation mérite une mention particulière : le cor anglais -encore plus rare en jazz que le hautbois, est un instrument étrange encore plus qu’étranger : ni cor ni anglais, il fait partie des vents, anche double qui sonne aussi une quinte au-dessous du hautbois. Le hautbois n’a pas en général les faveurs du grand public (le son parfois décrié comme aigrelet et nasillard, se rapproche tout de même du soprano) : instrument noble -il donne le "la" à l’orchestre- fragile et complexe, il lui faut s’adapter aux paysages du jazz avant de prétendre à une légitimité qu’il peut acquérir avec l’adaptation des classiques du grand orchestre de Duke. Claude Carrière, le génial producteur sur France musique, de la série des « Tout Duke », ne s’y est pas trompé : dans des notes de pochette impeccables, il présente le travail précis, original et néanmoins fidèle à l’esprit de ces thèmes éternels qui retraversent une bonne partie de l’histoire du jazz : de l’inoxydable « The mooche » (1928) à « Wig wise » de 1962 qui marque la rencontre "moderne" de Duke avec Mingus et Roach, excusez du peu. Comme le chef savait écrire pour « ses » hommes, les Cootie Williams, Johnny Hodges, Lawrence Brown, Ray Nance et braquer les projecteurs sur eux, ces partitions redonnent la part belle à des « solistes » brillants. Le trombone velouté, enjôleur de Glenn Ferris assure l’alliage-alliance rutilant autant qu'indispensable, tout en virevoltes et caresses. Il peut aussi reprendre avec vigueur et jubilation « Caravan » et « Perdido » , les chevaux de bataille de Juan Tizol avec une rythmique entraînée à jouer ces compositions rendues "simples" par un swing imparable (l’impeccable contrebassiste Jean Jacques Avenel et le percutant Tony Rabeson entretiennent une belle tension ). Le pianiste coloriste, fidèle complice de JL Fillon, le portugais Joao Paulo prend de belles échappées en duo sur « I got it bad » ou dans le final « Warm valley ».
Jean Luc Fillon montre qu’il sait s’emparer d’une forme musicale en plasticien stylé, user de la paraphrase et de la variation, s’inspirer tout en détournant de façon pertinente, revivifier de façon astucieuse la tradition sans que l’on puisse un seul instant oublier l’original (« I'm beginning to see the light »). Car si rejouer serait contraire à l’esprit du jazz, phagocyter les thèmes ellingtoniens est impossible. Cette relecture de toute une époque dans une perspective moderne, qui n’oublie pas la lisibilité, est le coup de chapeau d‘un arrangeur qui sait aussi s’effacer devant son héros.
La caravane continuera de passer longtemps.
Sophie Chambon
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