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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 16:43
SOMEDAY                    MARC  COPLAND  QUARTET

SOMEDAY Marc Copland Quartet

 

Marc Copland (piano), Robin Verheyen (tenor and soprano saxophones), Drew Gress (bass), Marc Ferber (drums)

 

Label InnerVoiceJazz New York

Welcome » Innervoicejazz

 

En réaction à la pandémie et au repli qui s’en suivit, le pianiste Marc Copland éprouva la nécessité de revenir au monde, à la musique et fit appel à des compagnons de route de longue date pour un nouvel album sorti sur son propre label fondé en 2016, le bien nommé InnerVoiceJazz . Signes distinctifs, l’élégance sobre de la pochette et pour tout texte, un poème de son ami Bill Zavatsky.

Le pianiste revint en quartet pour une rencontre créative et mémorable dans un studio du Queens, au début de l’année 2022, d’où sortiront cinq compositions dont deux standards. Marc Copland ne rechigne pas à revenir aux fondamentaux- il sait d’où il vient : il s’est décidé pour un swingant monkien “Let’s cool one” qui n’était pas prévu au départ mais qui apparut possible dans l’humeur groovy du moment et pour le final de l’album, ce “Nardis” que s’attribua Miles en profitant quelque peu de Bill Evans. Pendant la séance surgit une irrépressible envie de jouer et de composer à quatre, la forme de la musique à venir : alors, pendant une heure, sans prendre aucune pause, ils se lancèrent comme ils l’auraient fait en club en un set. Le résultat fut à la hauteur : trois nouvelles compositions et non des moindres furent retenues, “Nardis”, une ballade de Robin Verheyen, “Dukish” qui annonce la couleur, en hommage à Ellington et “Someday my prince will come” qui inspire le titre de l’album Someday, allusif au standard inoxydable Someday My Prince Will Come. La composition de Frank Churchill et Larry Morey est liée à l’enfance et au cinéma, à la chanson de Blanche-Neige et les Sept Nains,  le Disney de 1937 que tous les jazzmen ont repris, Dave Brubeck en premier en 1957, Donald Byrd, Miles avec son sextet où Bill Evans se l’appropria tellement bien qu’il est irrémédiablement associé à ce thème.

Dès les premières notes de “Someday my prince will come” qui ouvre donc l’album, on ressent une intense réciprocité d’écoute, et on devine le propos finement structuré d’un quartet dont l’autorité est à toute épreuve. Il est vrai que des musiciens chevronnés comme le pianiste et le contrebassiste Drew Gress n’ont plus grand-chose à prouver. Ils continuent néanmoins à travailler, explorer les limites de cette musique, faisant entendre ce chant intérieur qui les anime, tendant vers l’esprit même de cette musique, à travers des signes qui ne répondent à aucune nostalgie. Dans le quartet se crée ainsi une combinatoire où chacun suit sa voie tout en retrouvant les autres à chaque occasion, une entente assez idéale dans le partage.

Avec le saxophoniste Robin Verheyen, Marc Copland expose le thème et on sent qu’ils n’ont pas eu à réfléchir longtemps pour s’ajuster, dans une grande fluidité. Marc Copland, quand il écoute le ténor d’origine belge, n’a pas oublié qu’il fut saxophoniste avant de se mettre au piano. Tous deux s’entendent pour développer de nouvelles idées d’harmonie et de mélodie.  Ils réussissent alors ce tour de force de s’inscrire dans l’ histoire du jazz tout en favorisant de nouvelles percées, réinventant les formes d’une musique qui n’oublie jamais le sens de la liberté. Avec la finesse de touches impressionnistes, on savoure cette retenue qui rejoint un art consommé de l’implicite. Rien de mieux qu’une ballade pour apprécier le travail de ces virtuoses, leurs justes couleurs et groove aérien. Mais on ne saurait rester sur cette douceur ineffable quand on écoute “Round she goes” ou “Spinning things” qui nous cueillent à revers, la vitalité irrépressible, le rebond réjouissant de Mark Ferber, la verve narrative de Robin Verheyen rompant alors l’ensorcellement possible de ces tourneries car ils font circuler autrement la poésie du moment. Stimulant!

Sophie Chambon

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18 novembre 2022 5 18 /11 /novembre /2022 10:36

Rémi Gaudillat & Fred Roulet (trompettes), Loïc Bachevillier (trombone), Laurent Vichard (clarinette basse)

Invitée : Sophia Domancich (piano)

Renaison (Loire), 14-15 octobre 2021

Label Z-Production (Inouïe Distribution)

https://www.possibles-quartet.com/no-work-songs.html

 

Une œuvre très singulière, née comme beaucoup d’autres de la sombre période de la pandémie, de ses confinements et de son absence de concerts in vivo, si peu compensée par la musique jouée pour des diffusions (filmées ou pas) sur les ondes et sur la toile. Objet musical d’autant plus singulier que, publié en vinyle et en support numérique, il s’associe à des textes de Patrick Dubost, conçus pour être lus à l’écoute de chaque séquence musicale, et à des dessins d’Olivier Fischer qui figurent sur la pochette du disque, et que l’on voit naître en musique sur le vidéo ci-dessous

Art transversal ? Art total ? En tout cas belle conception collective d’un objet artistique non identifié, dont la singularité fait la valeur.

La musique procède à certains égards d‘une fibre mélancolique issue des circonstances de sa genèse. Très belle écriture (et interprétation) des ensembles (cuivres/clarinette), entre consonance et tensions, velours et friction. Solistes inspirés et investis dans le collectif, et renfort de la présence en invitée, sur une suite qui occupe toute la face ‘A’ du vinyle, de Sophia Domancich au piano, laquelle avec son talent de prendre les chemins de traverse, apporte une touche supplémentaire d’aventure. On a aussi des instants de jazz pulsé qui réveille chez l’amateur le souvenir de Mingus. Bref liberté, beauté et inspiration : que demander de plus ? Des concerts évidemment, afin que cette musique très vivante renaisse en public.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert au Périscope de Lyon le 18 novembre, avec en invitée Sophia Domancich. Il sera de retour sur scène le 13 janvier 2023 au Théâtre Pêle-mêle de Villefranche-sur-Saône

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17 novembre 2022 4 17 /11 /novembre /2022 01:08

    Leïla Olivesi (piano, composition), Baptiste Herbin (saxophone alto et flûte), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Jean-Charles Richard (saxophone baryton et soprano), Quentin Ghomari (trompette et bugle), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie).
Invités : Chloë Cailleton (voix), Géraldine Laurent (saxophone alto).


Juin 2022. Studio Sextan La Fonderie, Malakoff.
Attention Fragile/L’autre distribution.
Disponible le 18 novembre.

    Les talents de compositrice de Leïla Olivesi ne sont plus à prouver. Après Utopia (2015), la Suite Andamane (2019) distinguée par l’Académie Charles Cros vint confirmer l’opinion des observateurs attentifs de la scène parisienne sur la pianiste franco-mauritanienne : nous avions affaire à une « architecte musicienne » pour reprendre l’expression d’un expert (Vincent Bessières).

 

    C’est à nouveau avec un grand ensemble que Leïla Olivesi nous propose aujourd’hui « ASTRAL ». Si l’on fait abstraction d’une œuvre de Mary Lou Williams, grande inspiratrice de la pianiste (Scorpio), nous sommes en présence de compositions personnelles et originales. « Un jazz acoustique contemporain de très haut niveau », apprécie dans le livret le pianiste américain Geoffrey Keezer. Dérogeant au classique thème-improvisations, le grand ensemble nous prend par la main pour découvrir des contrées surprenantes, chacun des interprètes apportant son écot à ces œuvres collectives séduisantes. Réussir à marier modernité et classicisme, c’est le pari relevé haut la main par Leïla Olivesi.


    Nous garderons pour la fin, en guise de couronnement, l’hommage rendu à Claude Carrière, auquel la liait une passion pour le Duke : une ‘’Missing CC Suite’’ en deux parties (Portrait, Missing CC) qui donne à entendre mouvements d’ensemble et solos de saxophones (Jean-Charles Richard, Baptiste Herbin), trompette (Quentin Ghomari) et de la pianiste-compositrice elle-même invitant à la rêverie sans oublier le swing. Un régal vivement conseillé !

 

    Jean-Louis Lemarchand.

 

    En concert le 1er février 2023 au Bal Blomet (75015) ; Leïla Olivesi participe au festival Pianorama aux Bouffes du Nord (Paris) le 20 novembre.

 

    ©photo Jade Brunet

 

 

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16 novembre 2022 3 16 /11 /novembre /2022 15:54

 

 

Cécile Cappozzo (piano, composition), Guillaume Bellanger (saxophone ténor), Jean-Luc Cappozzo (trompette), Patrice Grente (contrebasse), Étienne Ziemniak (batterie)

Meslay-du-Maine (Mayenne), 13 janvier 2022

Ayler Records AYLCD-179 / Orkhêstra / http://www.ayler.com/cecile-cappozzo-quintet-hymne-dautomne.html

 

Mélancolie de saison, doublée d’escapades libres et fougueuses : cet hymne d’automne est en tout point conforme à l’idée que l’on peut se faire d’une musique ouverte, hardie, et cependant soucieuse de la forme, fût-elle une forme ouverte. De belles compositions, des partenaires assurément investis dans l’urgence collective du programme, et un goût manifeste de franchir le seuil du probable pour ouvrir un terrain d’aventure. Un thème s’intitule Carla, et c’est à Paul que je pense parfois, dans ces lignes qui bifurquent dès qu’un intervalle prévisible montre le bout de son nez. Mélodies sinueuses et tendues, dans les règles de l’art, qui se diffusent ou se résolvent (ou pas) dans des improvisations mesurées, et soudain la liberté explose et nous saute aux oreilles. Intense et jouissif pour l’amateur de jazz aventureux, ‘à l’ancienne’, que je n’ai pas cessé d’être. Dans l’art, la musique, et le jazz en particulier, l’inattendu du devenir est toujours lié, d’une manière ou d’une autre, au passé, proche ou lointain, et au présent immédiat. Comme au bon vieux temps, le piano n’est pas idéalement accordé. Mais ce n’est pas grave, et n’a en rien altéré mon plaisir….

Xavier Prévost

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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 07:41
Philip CATHERINE  Paulo MORELLO  Sven FALLER        POURQUOI

Philip CATHERINE  Paulo MORELLO  Sven FALLER

POURQUOI

 

Label ENJA Yellow bird / l’Autre Distribution

 

Pourquoi - YouTube

 

Philip Catherine résiste à l’épreuve du temps.

Des musiciens doués en harmonie mutuelle qui ont plaisir à se retrouver, il sait ce que cela veut dire. Ainsi de ce nouveau trio avec le guitariste Paulo Morello et le bassiste Sven Faller constitué en 2017, avec un premier album Manoir de mes rêves (Enja). Avec des héritages musicaux différents, les affinités et complémentarités se sont révélées à chaque fois qu’ils ont joué ensemble d’où cette envie de se retrouver régulièrement et à quatre-vingts ans, le guitariste sort, toujours sur le label ENJA un album enregistré en studio intitulé justement Pourquoi. Non une question mais l’affirmation d’une évidence! Compatibilité de jeux, compréhension mutuelle et créativité. Une entente instinctive...

Chaque titre dessine une histoire et un petit univers en soi depuis l’hypnotique “Pourquoi” inaugural où les guitaristes semblent respirer ensemble, comme s’ils se connaissaient par coeur. Un rêve éveillé dans lequel on évolue dès une introduction vaporeuse, mais le propos reste structuré autour de ce halo soyeux. Comme si les musiciens nous murmuraient à l’oreille, réconfortants. .Va t-on vers un éloge de la lenteur, de la douceur? Le sentiment d’intimité n’en est que plus partagé.

Mais déjà les trois complices s’amusent avec esprit et ça valse plus gaillardement avec le titre suivant, impulsant envie et couleur dans “Robert’s waltz”. Et il y aura plusieurs occasions de glisser sur le rythme éternel de la valse dans les onze titres de l’album dont 6 du guitariste, 2 de Paulo Morello, et une reprise “Inutil Paisagem” de Carlos Jobim qui se marie parfaitement avec le climat de l’ensemble.

Fluide et aventureux, avec une inspiration qui vagabonde volontiers, reposant sur une maîtrise technique à tout épreuve, Philip Catherine est un compositeur doté d’un sens mélodique à toute épreuve. Avec ce trio, il insuffle tout du long finesse et imagination créative. Philip Catherine continue à explorer et tisser des liens entre les époques traversées depuis sa passion pour Django, avec le tendre “Méline” où se juxtaposent aussi divers styles de jeu, un sens rythmique dans l’agencement des compositions, des percussions des accords. Aucune battle de guitaristes, mais au contraire une écoute attentive et une interaction réussie. Comment se répartissent ils les rôles? Philip Catherine s’affirme plus volontiers avec l’électrique : lyrique mais pudique, sensible, le guitariste joue comme il est, sans se prendre pour un guitar hero. Il joue à la note égrenée, dans des envolées mélodiques très contrôlées, d’une imaginative rigueur. Plus rythmique est Paolo Morello, proche de la bossa “Chateau Plagne”. Il suffit d’une contrebasse dans“To Martine” ou “Ozone” pour créer un contrepoint délicat et assurer la base rythmique sur laquelle s’envolent les deux guitaristes. Point de batterie dans ce trio d’où cette douceur extrême, cette légèreté qui n’a rien à voir avec un rythme qui s’amenuiserait. Le courant passe, il suffit de se laisser entraîner, soutenus sans effort apparent, puisque l’on entre dans un fantasme de l’instrument avec ces guitaristes pluriels. Une fois dans ce sillon, on ne demande qu’à y rester douillet et quiet à écouter les subtilités du jeu.

Sophie Chambon

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 08:45
EXUDE   FRANCESCA HAN    RALPH ALESSI

FRANCESCA HAN    RALPH ALESSI

EXUDE

 

www.hanji.fr

www.francescahan.com

 

Sortie le 6 octobre

Francesca Han / Ralph Alessi 'Exude' teaser - YouTube

 

C’est à JP Ricard que je dois la découverte de ce trompettiste exceptionnel et plutôt rare en France. Il l’avait programmé à Jazz in Arles il y a quelques années, déjà en duo dans un intrigant Only Many, avec ce pianiste remarquable Fred Hersch qu’il rêvait d’inviter.

Pour la parution de ce duo Exude, en compagnie cette fois de la pianiste Francesca Han, Ralph Alessi n’est passé pour l’instant qu’à l’AJMI Avignonnais (dont Julien Tamisier assume la direction artistique à présent avec un goût très sûr) puis aux Caves de l’Abbaye de Beaune. On ne les verra pas dans un des grands festivals d’automne mais c’est dans une atmosphère feutrée que l’on apprécie le mieux l’échange de deux musiciens en accord, formés au classique et au jazz. Jamais dans une brillance forcée, ils sont moins soucieux d’envolées électrisantes que de jeux sur les timbres et couleurs, exprimant la plénitude de leur art.

Le Californien mise sur une complicité de longue date à présent avec la pianiste coréenne Francesca Han qui, après s’être frottée à diverses cultures autres que la sienne, s’est installée dans le sud de la France.

L’enregistrement a eu lieu à la Buissonne et cela s’entend immédiatement : ce duo raffiné et subtil pratique un jazz de chambre qu’affectionne particulièrement Gérard de Haro, mettant en valeur la qualité du son et du silence. Plutôt enclins à des confidences mélancoliques, ils se livrent tous deux à une sorte de récital, tout un art de pièces vives, libres, délicatement impressionnistes.

Voilà un trompettiste qui saisit par une fragilité apparente vite démentie, une fausse douceur injectant puissance et expression dans le moindre de ses traits et une sûreté d’exécution quel que soit le registre, avec des aigus qui ne passent jamais en force, virevoltant sur l' équilibre. Un chant qui se projette avec quelque vigueur, demande attention mais captive très vite, enveloppe dans une claire gravité comme ce délicat “Chrysantemum”.

Brillant contradicteur titrait un article de Jazz Times qui notait les oxymores des titres d’albums et de morceaux parfois, comme ce “Humdrum”, en rien monotone, et soulignait la ferme résolution du trompettiste à déjouer les attentes, avec un certain plaisir à subvertir les formes, comme dans ces formes d’études pour piano et trompette. Toujours sous tension sans que cela n’entraîne crispations et rigidité. Les thèmes, concis, servent de points de départ à des extrapolations aérées sans être éthérées, sophistiquées et rigoureuses. Les Américains parlent de jazz progressiste post moderne pour qualifier cette musique difficile, exigeante que le duo nous délivre sans faillir. Parce que leur univers très poétique s’appuie sur des connaissances techniques, harmoniques et rythmiques, ils créent des moments de grâce. Si le jazz leur colle à la peau, ils en font une musique vivante, plus «savante» aujourd’hui, une exploration très personnelle, une écriture dense qui prend des libertés avec, par exemple le traditionnel très connu en Corée “Arirang” que chante Youn Sun Nah de façon plus classique. Car, de toute façon, c’est la manière de jouer qui fait le jazzman, plus que le répertoire. Ils ne reprennent pas de standards en effet, sauf pour le final  avec ce ”Pannonica”, plutôt fidèle, moins heurté, sans chercher à se distancier ou à déconstruire la mélodie de Monk.

Attardons nous enfin sur la conception très étudiée de l’album, du titre sobre, le seul mot “exude”, à l’image de la musique pour évoquer ce qui perle, est secrété.  Une notion distillée jusqu' à la pochette, bleue… “quand tout au long s’écoule une sorte de bleu” comme l’écrit joliment JP Ricard dans les liner notes . Une pochette bleue intense que strient finement les entailles de Lucio Fontana. La classe!

 

Sophie Chambon

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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 17:26

Matthieu Mazué (piano), Xaver Rüegg (contrebasse), Michael Cina (batterie)

Pernes-les-Fontaines, juin 2022

Jazzdor Series 14 / l’autre distribution

 

Dans son texte de présentation Philippe Ochem, directeur du festival Jazzdor (qui est aussi la raison sociale de ce label), évoque la figure tutélaire de Mal Waldron, en particulier pour la première plage. C’est profondément juste et justifié. Dans ce goût d’une certaine lenteur, d’un labeur en train de s’accomplir, je vois une approche matérialiste -au sens philosophique- de la musique. Un peu comme dans le génial (et trop méconnu) film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Chronique d’Anna Magdalena Bach. J’y vois aussi une trace du labeur monkien, comme lorsque chez le Grand Thelonious la musique résiste à l’instrument, à la forme convenue, aux diktats de l’esthétique dominante. J’y entend aussi de cette liberté foncière qui s’est épanouie chez Paul Bley. Bref une constante de la préoccupation esthétique, placée en priorité devant l’ostentation musicale et instrumentale. Un très beau disque à écouter, et réécouter, car il ne livre pas tous ses secrets dès la première écoute.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert le 3 novembre 2022 au festival Jazzdor de Strasbourg, puis en Suisse à Lavin le 12, Yverdon-les-Bains le 26, et Baden le 28

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8 novembre 2022 2 08 /11 /novembre /2022 16:51

Ellinoa (voix, composition musique et paroles), Christelle Bakhache (textes additionnels), Sophie Rodriguez (flûte), Balthazar Naturel (cor anglais, clarinette basse), Illyes Ferfera (saxophone alto), Pierre Bernier (saxophone ténor), Paco Andreo (trombone), Héloïse Lefebvre (violon I), Widad Abdessemed (violon II), Séverine Morfin (alto), Juliette Serrad (violoncelle), Matthis Pascaud (guitare), Thibault Gomez (piano), Arthur Henn (contrebasse), Gabriel Westphal & Léo Danais (batteries), Philippe Heck (son)

Ludwigsburg (Allemagne), 2020

Les Petits Cailloux du Chemin / l’autre distribution / Believe

 

Un hardi projet d’Art Total. Un thème : une fable écologique et dystopique, une sorte de conte d’anticipation. Une ambition : un spectacle immersif en 3D sonore, un diptyque vidéo et un jeu vidéo. Et pour ce CD, de la musique instrumentale et vocale, et des textes parlés. Il y est question d’une ville sinistrée, recluse et soumise à l’oppression dans laquelle la nature reprend ses droits, envahit les espaces bâtis et crée un nouvel espoir en forme de résistance. Dystopique, assurément, mais avec une lueur d’utopie.

Et la musique fait vivre toutes les étapes de cette métamorphose. Le grand orchestre, la voix d’Ellinoa, sa composition, ses orchestrations, et les improvisations des autres solistes dessinent une autre fiction, musicale, où le mouvement porte les étapes de cette aventure. Très belle écriture, intensité d’interprétation, ferveur des improvisations, puissance des mélodies et des rythmes, tout nous porte à embarquer dans ce périple de l’imaginaire. Un projet d’une très belle ambition, artistiquement aboutie. Bravo !

Xavier Prévost

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L’orchestre sera en concert le 9 novembre à Paris au Café de la Danse, en version de concert ;  en attendant une prochaine version façon ‘art total’ avec l’immersion en 3D sonore, et en images.

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Un avant-ouïr sur Facebook

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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 22:31

Bruno Angelini (piano, compositions), Régis Huby (violon, violon ténor, électronique), Claude Tchamitchian (contrebasse), Edward Perraud (batterie, percussions)

Pernes-les-Fontaines, 7-9 juin 2021

Label La Buissonne RJAL 397043 / PIAS

 

Le retour au disque de ce quartette, après «Instant Sharings», enregistré en 2014 (chronique ici), et «Open Land», en 2017 (chronique itou), tous deux pour ce même label. Inclassable formule instrumentale et musicale, qui procède tout à la fois de l’esprit de la musique de chambre et de l’aventure du jazz, en équilibre constant sur le fil du devenir. À l’exception d’un thème qui figurait sur le récent «Transatlantic Roots», ce sont de nouvelles compositions. Le pianiste revendique d’avoir pour ce disque avoir été inspiré par la poésie, de William Carlos Williams et ses errances à quelques autres dont j’ignorais jusqu’au nom, comme Ada Mondès ou Chandak Chattarji. C’est tout un monde de lenteur, de suspens, et d’infinies nuances, avec de soudaines saillies de lyrisme, des figures rythmiques obsédantes qui se fondent sans crier gare dans un chant qui nous happe. Une valse impromptue va nous embarquer vers un paysage plus dépouillé, plein des mystères d’instruments qui, en élargissant leurs modes de jeu, nous égarent. Inutile de préciser que cet égarement est un délice…. Et voici qu’un rythme obstiné nous emporte comme un torrent, bousculé par la batterie qui pose ses accents comme autant de météores qui ensoleillent la nuit. Une seule solution : s’abandonner au sortilège de cette musique,comme on céderait à une croyance magique ; le bonheur est au bout du chemin. Décidément Bruno Angelini, ses partenaires et leur Open Land sont comme des magiciens malicieux et bienveillants. Il suffit de succomber au charme, qui n’est pas maléfique mais magnifique !

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert le 11 novembre à Paris au 360 Paris Music Factory

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Des avant-ouïr sur Youtube

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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 11:08
MADELEINE & SALOMON    EASTERN SPRINGS

Madeleine & Salomon Eastern Spring

 

Clotilde Rullaud (vocals and flute) Alexandre Saada ( piano, vocals) Jean Paul Gonnod Fx effects

Label Tzig'art

 

Un duo étonnant (piano voix) qui reprend des chansons pop du bassin oriental de la Méditerranée, des années soixante et soixante-dix inconnues pour la plupart d’entre nous. “Chansons d’amour, de mort, de révolte”, des thèmes simples, universels même s’ils s’inscrivent dans un espace géographique très particulier ( Israel, Egypte, Liban, Turquie, Maroc, Tunisie ).

Après un travail de sélection minutieux sur un corpus patrimonial de plus de 200 titres, pour n’en conserver que 9, le duo a opéré un travail de traduction, en anglais le plus souvent-ce qui modifie la donne. Ainsi tout naturellement, sur l’hymne de la pop iranienne “Komakon Kon”après les mots que scande avec ardeur la chanteuse, le duo a inséré des fragments du mythique “Howl”, le cri d’Allen Ginsberg, le poète de la Beat géneration. Mais ce n’est pas tout: le duo a travaillé des arrangements de ces versions originales en improvisant des fragments personnels, intitulés justement “Rhapsodies”, c’est à dire des pièces libres utilisant des effets folkloriques et souvent électroniques.

Un répertoire révolutionnaire, humaniste, inscrit dans un temps certes révolu, qui entre hélas singulièrement en résonance avec l’actualité des dernières années, l’échec des printemps arabes, d’où ce titre d’Eastern Springs. Si les langues arabes sont sensuellement poétiques, métaphoriques, jouant toujours avec la censure impitoyable dans tous ces pays, Madeleine (le second prénom de la Française Clotilde Rullaud) ne voulait pas, selon ses propres termes, coudre un "patchwork" linguistique. L'anglais domine donc, une seule chanson est en français “De l’Orient à Orion”, extraite du patrimoine tunisien. Si le duo a gardé les mélodies et leurs rapports harmonico rythmiques, il n’en demeure pas moins que cette suite est remarquable par la sobriété, la volonté de ne laisser qu’un chant épuré dès le premier titre, où sur le piano élégiaque et subtil s’élève la voix fragile sculptant les mots du poète palestinien Mahmoud Darwich (“Matar Naem” libanais du groupe Ferkat Al -Ard).

Quel effet produit cet album, une fois exposé le propos généreux et ambitieux du duo? On est assez loin du monde originel du jazz commun à tous deux. Comme s’ils avaient voulu faire un pas de côté, essayer d’adapter leur regard passionné sur le monde et ses cultures à leur façon de travailler le duo. Pourtant, il fait retour,  le duo poursuit en un sens le travail du précédent album sur les “protest songs” de chanteuses américaines de la même période. Madeleine a d'ailleurs  gardé quelques inflexions de Nina Simone, ce qui contribue à augmenter le trouble. Après quelques écoutes, certains airs deviendraient ritournelles, fredons étrangement familiers. C’est le cas avec les comptines et berceuses israéliennes, plus proches de notre sensibilité occidentale? En particulier “Ha’Yalda Hachi Yafa Ba’gan”.

La voix de Clotilde Rullaud est plus qu’attachante, grave sans être trop profonde, sur cette petite fiction égyptienne “Ma Fatsh Leah” du groupe Al Massrien, qu’entraîne un piano vif, au groove hypnotique. Ou aiguisée sur le rock anatolien "Ince Ince Bir Kar Yagar".

Alexandre Saada (dont le second prénom est Salomon, on commençait à s’en douter) chante aussi. Il n'est pas que l'accompagnateur du duo, il souligne sans effort la ligne de chant, adaptant son jeu à chaque thème, impressionniste, syncopé, uni avec sa partenaire dans une même respiration jusqu’au final libanais "Do you love me?" qui s’achève en un murmure. Parfait.

 

Sophie CHAMBON

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