Sinne Eeg & Jakob Kristoffersen Shikiori
Stunt Records
Sortie le 5 Septembre 2025
On retrouve avec plaisir la chanteuse danoise, toujours dans le format resserré du duo, non plus avec le contrebassiste Thomas Fonnesbaek ( un premier album en 2015 et plus récemment ce Staying Back de 2021) mais avec son fidèle pianiste Jakob Kristoffersen qui la suit depuis près de vingt ans. Shikiori ( littéralement a place where hearts return), enregistré en live au Japon mais mixé et masterisé à Stockholm et Copenhagen est leur premier album en duo : réduit à l’essentiel, le tandem fonctionne très bien, la complicité n’étant plus à établir entre eux, ces deux musiciens étant prêts à se lancer et à graver jusqu’aux imperfections même. Le répertoire des Danois reprend avec intelligence certains standards très connus et toujours risqués « Lush Life » de Billy Strayhorn, un titre de la chanteuse pop anglaise Annie Lennox, pas son grand tube « Sweet Dreams » du duo Eurythmics avec Dave Stewart mais « Cold ». On comprend à quel point Sinne Eeg a pu être fascinée par la voix de l’égérie anglaise des années quatre-vingt.
Des versions remaniées à leur manière, variant le tempo, l’étirant au besoin pour laisser espace et respiration. Reconnue comme une voix qui compte dans le jazz européen, la “sirène” de Copenhagena a la classe des grandes chanteuses américaines d’antan. Elle injecte dans son interprétation (y compris en japonais) une aisance toute remarquable et chante sans forcer sa voix claire avec un bel ambitus, un naturel certain dans un jazz intimiste ou scaté légèrement ( « Better than anything » de David Wheat et Bill Loughourough) et s'impose dans le classique des frères Gershwin « But not for me ». Un timbre chaud et rond, des aigus quand il le faut qui ne déchirent ni ne vibrent trop, un swing qui ne trompe pas, jamais dans la performance. Un sens inné du phrasé. Elle ose reprendre sans imiter une quelconque version le « Maria » de West Side Story- elle aurait d'ailleurs l'envergure de jouer dans un musical à Broadway. Son complice, des plus fiables, lui sert un accompagnement précis et précieux au piano et Fender, lyriquement classique, adapté à chaque titre.
Mais ce sont surtout les propres compositions du duo (quatre originaux du pianiste et trois de la chanteuse) sur les 12 compositions de l’album qui retiennent l’attention. Revenons sur la source de leur inspiration qui unit Japon et Scandinavie, tradition et exploration dans des improvisations sans retouche-ils peuvent se le permettre. Ce studio éphémère, maison dans la campagne japonaise au milieu des rizières, des biches et des sangliers sans oublier les dieux animistes est celle de la grand mère du contrebassiste Seigo Matsunaga restaurée à son retour en 2009 de Cape Town où il avait rencontré un autre contrebassiste Hein Van de Geyn lors de son long séjour loin du pays natal. Un temple de paix sous le regard bienveillant de son mentor, N.H.O.P dont la photo est posée sur le piano droit de sa grand-mère, non loin de la contrebasse et d’un petit autel des « lares » shinto. Ecrin de ce projet, ce lieu de résidence encouragea nos Danois à faire de la musique : découvert en 2013, ils y composèrent des chansons que l’on retrouve sur cet album « Soba » et « Hebi ».
2024 fut en somme un retour à Shikiori. Le résultat produit une grande liberté inscrite dans ce qui n’est pas de la nostalgie (Sehnsucht) puisque les Japonais reviennent passer l’été dans leurs maisons de famille comme l’écrit dans ses liner notes le contrebassiste, Shikiori est a timeless landscape of the soul. Un nouveau sanctuaire à retrouver régulièrement. Un endroit où l’on se ressource dans la tradition millénaire de ce pays clivé entre la plus violente modernité et le respect absolu de la nature et du passé.
De bonnes raisons pour déguster cet album aux nuances délicates et y retrouver une certaine sérénité à l’orée de cette rentrée pour le moins troublée.
Sophie Chambon

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