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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 13:14

Clovis Nicolas, Français basé à New York depuis plus de 15 ans, et Michael Formanek, Californien du New Jersey qui enseignait à Baltimore dans le Maryland, ont en commun de publier ces temps-ci un solo de contrebasse. Pour Michael Formanek, ce n'est pas une première : il avait tenté l'exercice en 1998 avec «Am I Bothering You ?» sous étiquette Screwgun Records, le label de Tim Berne. L'Américain va bientôt avoir 63 ans, le Français affichait tout récemment 42 printemps, et s'ils côtoient des familles esthétiques différentes, leurs disques ont en commun, entre d'autres critères, le goût de l'immersion dans l'instrument et ses multiples langages.

CLOVIS NICOLAS «Autoportrait (solo)»

Clovis Nicolas (contrebasse)

New York, septembre 2020

Sunnyside SSC-4117 / Socadisc

 

Clovis Nicolas a commencé à travailler sur ce projet de solo en septembre 2019, avant la pandémie du Coronavirus 19 donc, mais il lui a fallu attendre un an pour le concrétiser. Maturation pendant une période compliquée, mais finalement éclosion d'un objet rêvé depuis que Clovis Nicolas avait assisté, à Marseille, à un solo de Dave Holland. Après une première esquisse, c'est lors d'une rencontre avec le contrebassiste et producteur Daniel Yvinec que le projet a pris forme, jusqu'à sa réalisation. Le disque commence par une sorte de partita , intitulée After Bach pour bien signifier la référence : un univers où la musique et l'instrument sont indissolubles. Au fil des plages Hot House de Tadd Dameron, immortalisé par Gillespie et Parker, et donné ici dans le dépouillement essentiel d'un univers où la ligne mélodique et les accents ne font qu'un ; et aussi Line Up de Lennie Tristano, autre paradis de l'accentuation et de la syncope, sans oublier Lady Bass, course folle du bassiste qui est sa propre section rythmique. Et puis une version très inspirée, et très libre, du célèbre Body and Soul, emporté très loin de ses bases comme le fit naguère Coleman Hawkins. À quoi s'ajoutent des compositions personnelles qui toutes creusent le sillon de la singularité de cette aventure en solo. Plus loin Solitude d'Ellington, comme un chant de mélancolie profonde, puis un hommage de Clovis Nicolas à sa mère qui l'encouragea à poursuivre sur la voie de la musique. Belle surprise aussi que Jubilate Deo, où le solo de contrebasse précède, comme en miroir, la version pianistique de Kendall Durelle Briggs qui fut pour le bassiste un professeur d'harmonie à la Juilliard School. Pièce maîtresse de l'ensemble : Four Steps, premier thème élaboré à la naissance du projet et bel hommage à Dave Holland qui l'inspira. Et pour conclure retour au standard avec Everything Happens To Me, traité avec une sinuosité amoureuse. Très bel autoportrait que cette déambulation dans les multiples facettes de la contrebasse, du jazz.... et de la musique, tout simplement.

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=d-q1-P573uI

MICHAEL FORMANEK «Imperfect Measures»

Michael Formanek (contrebasse)

Baltimore, 10 septembre 2017

Intakt CD 359 / Orkhêstra

 

Pour Michael Formanek, le projet a été conçu, et enregistré avant la pandémie. Le déclencheur fut le moment où le contrebassiste mettait fin, courant 2017 et après de nombreuses années, à son activité d'enseignant à temps plein au conservatoire de Baltimore. Comme il l'explique dans le très éclairant livret du CD, la plupart des pièces sont improvisées, certaines totalement, d'autres conçues à partir d'une esquisse, mais sans partition. De longues improvisations, d'environ une vingtaine de minutes, élaguées et montées pour réaliser le disque. Et tandis que le contrebassiste jouait, son ami le peintre et illustrateur Warren Linn dessinait ; ses esquisses retravaillées donnèrent ensuite des œuvres graphiques qui illustrent la jaquette du CD et son livret. Démarche singulière donc, qui combine le surgissement de l'instant et l'élaboration a posteriori. Le disque commence par Quickdraw, qui peut s'entendre à la fois comme faire un croquis rapide ou dégainer prestement. Bref on est dans le vif du sujet : l'improvisation croquée par le peintre-dessinateur. Après cet incipit très vif, une mélodie lente et profonde, On The Skin, à fleur de peau, s'aventure aussi dans des méandres musicaux qui déjà nous entraînent loin de nos repères. Puis c'est un voyage aventureux dans des modes de jeu, à l'archet ou en pizzicato, qui font parler l'instrument sur le terrain de l'expressivité autant que de la densité musicale. Torrent rythmique ou mélancolie chantante, toutes les facettes de l'instrument, et de la musique, sont dévoilées, avec l'ardeur d'un artiste pour qui la maîtrise instrumentale n'est qu'un moyen de tutoyer les sommets. Et pour conclure The Stand, qui nous ramène aux fondamentaux de l'instrument dans le jazz : belle escapade solitaire dans les immenses possibilités de la contrebasse. Et belle réussite !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Bandcamp

https://michaelformanekintakt.bandcamp.com/album/imperfect-measures-2

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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 17:33

Joseph Bijon (guitares), Benoît Keller (contrebasse), Clément Drigon (batterie)

Chalon-sur-Saône, août 2020

Ark MO 117406 / Inouïe Distribution

 

Plaisir de retrouver ce trio, entendu au festival 'Jazz à Couches' en 2019. Et plaisir toujours d'écouter les deux jeunes musiciens (le guitariste et la batteur) épaulés par un bassiste qui a une vingtaine d'années de plus qu'eux, et participe pleinement à leur enthousiasme créatif. Il ne signe qu'une composition quand ses partenaires s'octroient le reste (à l'exception du sublime Falling Grace de Steve Swallow). Mais sa présence est forte dans cette entreprise musicale résolument collective. On entre dans le disque par une plongée folky dans ce qui pourrait être l'Ouest états-unien tel qu'une vision fantasmatique et culturelle nous le donne à rêver. On ne peut s'empêcher de penser à Bill Frisell, et aussi à certains groupes scandinaves qui cultivent cette liberté de faire chanter une sorte de mélancolie qui chatoie dans les lignes des guitares et dans le jeu subtil du tandem basse-batterie. Et bien avant de découvrir la reprise de Steve Swallow (l'avant-dernière plage) on sent vibrer cet esprit qui conjugue lignes mélodiques et chemin harmonique dans le scintillement d'une sonorité douce et d'une basse chantante. Puis sur sa composition Benoït Keller nous gratifie d'une très belle intro bluesy, et c'est l'esprit du blues qui flotte ensuite sur le trio. La guitare chante, rit et pleure d'un même geste musical, tandis que la batterie donne une sorte de lancinement retenu : magnifique d'intensité expressive ! Tout le disque est à l'aune de ces contrastes, parfois très vifs, mais toujours négociés avec une grande délicatesse. Beau disque, lyrique et subtil. Quand il se termine, on jurerait que la guitare rêve de musique écossaise, en une sorte de procession flamboyante. Et juste avant, Falling Grace nous a délivré la quintessence du message : la musique est un don d'une divinité qui ne serait, peut-être, que la beauté.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

Plus de détails sur https://arktrio.fr/

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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 13:49
JULIEN BRUNETAUD TRIO        FEELS LIKE HOME

JULIEN BRUNETAUD TRIO

FEELS LIKE HOME

 

Label FRESH SOUND NEW TALENT

 

MUSIC | JULIEN BRUNETAUD

Playground | JULIEN BRUNETAUD

 

Sortie le 9 Avril 2021

 

Le patron exigeant de Fresh Sound New Talent, le catalan Jordi Pujol, en entendant jouer Julien Brunetaud à Barcelone, a reconnu une manière rare chez un jeune musicien actuel, du jazz soul, une approche de styles précise et experte.

C’est une couleur particulière qui s’entend immédiatement dans le nouvel album du pianiste “Feels like home”. Le titre de l’album sonne comme une évidence : on est en terrain de connaissance, rien à dire, Julien Brunetaud connaît ses classiques et l’art du piano en trio, il le maîtrise d’Errol Garner à Nat King Cole, sans oublier Mc Coy Tyner ou Oscar Peterson. S’il ne chante plus comme sur ses précédents albums, son piano le remplace. Venu s’installer à Marseille, il y a 3 ans, alors qu’il est originaire comme le batteur Mathieu Chazarenc d’Agen, il y a pris ses marques. Et ne se sent pas du tout “exilé” comme l’écrivait un journaliste de Sud Ouest! Comme tous les néo-arrivants, il y est heureux, d’autant que, pas fou, il a choisi de s’installer en bord de mer, dans le quartier animé de la Pointe Rouge, tout près des plages et des calanques. Deux de ses compositions font d‘ailleurs référence à la Méditerranée, “Red’s Point” (!) et “Le Grand Bleu”, peut être la seule mélodie plus mélancolique, qui nous prend à revers.

De l’aisance et de la fluidité, une légèreté sans aucune facilité, toute la beauté de musiques qui font dériver loin des ennuis quotidiens. Julien Brunetaud aime le blues, il vient de là, première constatation. Il raconte que c’est le pianiste chicagoan Otis Spann, accompagnateur de Muddy Waters qui lui a donné envie d’apprendre le piano. Et pas la guitare. Le blues comme une approche simple pour se lancer dans l’improvisation, jouer modal sur tout un morceau.

Il a acquis une belle expérience en faisant le métier sur les routes, en accompagnateur de lharmoniciste Nico Wayne Toussaint, dans la grande tradition de la musique américaine. On croirait entendre un vieux routier des clubs outre atlantique, tant son toucher est ferme avec une redoutable maestria dans les attaques. Il connaît les standards et cela s’entend, même si ce CD, son 5 ème, est composé de dix compositions originales et d’une seule reprise de “Let it be”, suffisamment arrangée par ses soins pour que l’on ne pense pas trop à l’original.

De la fusion rhythm & blues, soul et jazz, il se tourne vers la pop et le funk et cet univers composite ne lui fait pas peur. Il connaît aussi le boogie “Emma’s smile”, le stride, et avec ses comparses, ils arrivent à improviser, atteignant la véritable essence de cette musique; dans “Garfield’s groove”, ça joue, ça chante, on entend comme des effluves de Francis Lai, ce qui ferait une B.O de rêve. “Sael” est un portrait lumineux, une très jolie mélodie, une chanson délicate comme celles que savait écrire Trenet, subtil équilibre entre rêve de vie et joie de vivre!

Privilégiant le rythme autant que la mélodie, Julien Brunetaud arrive à un compromis idéal avec un trio soudé favorisant l’échange, multipliant à l’envi des fragments de citations, comme des petit bouts rimés, avec un entrain communicatif “Nola”

Le montage est habile, la musique gagne en intensité, allant crescendo sans qu’aucune chanson ne se ressemble, emportant tout en un tourbillon enivrant. Le dernier titre commence comme une attaque de Mc Coy, une tournerie légère et rapide.

Julien Brunetaud a trouvé les partenaires idéaux et du cru, qui savent s’adapter à toutes circonstances. Sam Favreau à la contrebasse a cette solidité terrienne qui en fait le pilier du groupe et Cédric Bec, léger, voire aérien aux balais, drive de façon enjouée et rebondissante.

Il faut absolument l’écouter en live ce groupe, il “mettra le feu”, ce trio; et si cet album ne vous rend pas euphorique, ne cherchez plus d’excuse, votre cas est sérieux, consultez ou allez-vous faire vacciner!

 

Sophie Chambon

 

 

JULIEN BRUNETAUD TRIO        FEELS LIKE HOME
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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 22:41

Nicolas Stephan (saxophones ténor & alto, voix), Basile Naudet (saxophone alto, guitare), Louis Freres (guitare basse), Augustin Bette (batterie)

Bagnolet, juin 2020

Discobole Records SD 012021 / Modulor

 

Paar Linien, groupe et disque éponymes : le saxophoniste Nicolas Stephan, compositeur du répertoire, familier de la culture et de la langue allemandes, précise que cela peut se traduire par «quelques lignes». Quelques lignes musicales lancées dans le travail collectif pour que surgissent les inspirations et les accidents, les deux se révélant fécond(e)s. Le saxophoniste ne nous est pas inconnu : membre actif du Surnatural Orchestra, il nous avait aussi livré en 2017  'Unklar' et un très étonnant CD Roman & Musique, chroniqués en leur temps ici même. Avec ce groupe, c'est une sorte de déconstruction/reconstruction musicale qui se joue. Le groupe a surgi d'une rencontre de Nicolas Stephan & Basile Naudet au sein du Surnatural Orchestra. Le rock et son désir souvent sous-jacent de continuum se conjugue aux glissements rythmiques et aux audaces mélodico-harmoniques issu(e)s du jazz contemporain, d'Ornette Coleman et Henry Threadgill à l'autre Coleman, Steve. On croirait cheminer dans un dédale mais les formes surgissent, tout à tour, avec acuité, nous entraînant dans une sorte de vertige où la taxinomie n'est plus de mise. C'est grisant. Et la magnifique couverture du CD, une photo signée Julie Blackmon, qui se pare des ambiguïtés de la peinture hyperréaliste états-unienne, ajoute encore au vertige. On se laisse embarquer, sans réserve(s).

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Bandcamp

https://nicolasstephan.bandcamp.com/album/paar-linien-2

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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 18:21

Edward Perraud (batterie, composition), Bruno Angelini (piano), Arnault Cuisinier (contrebasse)

Invité sur 2 plages : Éric Truffaz (trompette)

Amiens, 8-12 septembre 2020

Label Bleu LBLC6740 / l'autre distribution

 

Un musique inspirée par un poème en prose de Baudelaire, Anywhere out of the world, qui commence ainsi : «Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit». De ce sombre incipit le poète fait une exhortation à l'évasion qui se conclut à la page suivante par ces mots : «N'importe où ! N'importe où ! Pourvu que ce soit hors de ce monde». Edward Perraud en fait son miel, pour nous entraîner loin de nos bases. Pourtant souvent la composition part d'un terrain harmoniquement familier, sur quoi se greffe une mélancolie mélodique qui nous parle. Et chaque fois le développement, les bifurcations et les improvisations nous ouvrent les portes d'un ailleurs insoupçonné. Formidable pertinence des trois instrumentistes : Bruno Angelini et Arnault Cuisinier sont comme Edward Perraud les maîtres d'infinies nuances. Et le trompettiste Éric Truffaz n'est pas de reste, posant son expressivité retenue sur ces univers diaphanes sans chercher jamais à briller, mais seulement à se joindre à l'émoi collectif. Sur les plages où le rythme s'emporte, la densité de l'émotion demeure. Dans le livret du CD Edward Perraud énumère une foule d'expressions qui nous entraînent hors de tel univers, référence, règle, comparaison ou conduite. «Hors du temps... HORS TEMPS» est sa conclusion. C'est là que nous le suivrons, avec enthousiasme, en contemplant sur la jaquette et dans le livret les belles photos prises par le batteur compositeur, qui est aussi photographe. Et nous effleurons un autre univers baudelairien : L'Invitation au voyage....

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 11:29

BAPTISTE BOIRON, BRUNO CHEVILLON & FRÉDÉRIC GASTARD «Là»

Baptiste Boiron (saxophones alto & ténor), Bruno Chevillon (contrebasse), Frédéric Gastard (saxophone basse)

Bignan (Morbihan), 21 février 2020

Ayler Records AYLCD 166-167

https://ayler-records.bandcamp.com/album/l , ou Orkhêstra

 

Instrumentation singulière, et singularité de cette musique qui porte la marque de de son initiateur, le saxophoniste Baptiste Boiron, et de son itinéraire personnel : formé à la musique contemporaine, mais aussi baigné de Bach ou Debussy, ce musicien s'est également frotté aux improvisateurs du jazz d'aujourd'hui, de Jacques Di Donato à Médéric Collignon en passant par quelques autres saute-frontières experts en expressivité transgressive.... Et les partenaires qu'il s'est choisis pour ce trio, créé lors d'une résidence au Centre d'Art de Kerguéhennec, sont des orfèvres en audace, liberté et maestria instrumentale autant que musicale. Il en résulte un double disque qui fourmille d'escapades esthétiques. La musique est exigeante, les formes sont élaborées, et pourtant tout cela respire la liberté, le bonheur de créer, de risquer, de découvrir au détour d'une barre de mesure une bribe d'inouï, pour la cultiver, la magnifier. La première plage du premier CD (c'est un double) part sur une ligne de basses (contre- et sax itou) comme en produit le jazz, mais on s'engouffre vite dans un univers répétitif (pas rigide, mais souple, bondissant) pour s'évader en vertige improvisé. Puis ce sont des sons et modes de jeu extrêmes, dispensateurs d'un ailleurs plus que dépaysant. Plus loin encore une procession concertante de sons mélancoliques, une joyeuse farandole qui se dissout dans une sorte de drame lyrique, et au fil des plages l'intimité de la musique de chambre qui croiserait des univers de tensions radicales. Je ne vais pas poursuivre un vain catalogue pauvrement descriptif, mais plutôt vous inciter à découvrir ces paysages aussi riches que mystérieusement imprévisibles. Au fil des plages vous croiserez un thème d'Ellington, un autre de Coltrane, une mélodie de Jarrett, sans oublier de multiples hommages travestis d'anagrammes autour des noms de musiciens inspirateurs. Un petite incursion sur Bandcamp vous permettra de goûter cette chasse aux mystères de l'admiration. Et un tour du côté de Youtube vous procurera un avant-ouïr qui devrait vous donner le goût de persévérer dans ce labyrinthe hautement créatif, et très jouissif.

Xavier Prévost 

 

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 19:38

Clément Janinet (violon, violon ténor), Élodie Pasquier (clarinette, clarinette basse), Bruno Ducret (violoncelle)

Pantin, sans date

Gigantonium GIG015LIT1 / https://www.gigantonium.com/label

 

Singulière instrumentation, et musique tout aussi singulière. Ça commence par un blues (tel est son titre), en fait une variation très libre (mais totalement pertinente) autour de ce qui fonde cette forme musicale. Lancinement, retour mélancolique sur le motif, avec parfois la voix (celle de Bruno Ducret doublant sa ligne de basse au violoncelle ; à un autre moment celle probablement d'Élodie Pasquier, tissant furtivement au côté du violon une sorte de contrechant). Les compositions pour la plupart sont de la plume de Clément Janinet, mais ce blues introductif est co-signé par un compagnon de route, le saxophoniste Hugues Mayot, et par la chanteuse malienne Nahawa Doumbia. De plage en plage on effleure une foule d'univers, du jazz aux musiques du monde en passant par un subtil mélange d'abstraction contemporaine, de musique de chambre et de musique répétitive. C'est vivant, surprenant, les solistes sont formidables, et un esprit de groupe et d'écoute mutuelle irradie chaque séquence. Une sorte de traversée d'un paysage qui allie le jazz créatif (depuis la fin des années 50 jusqu'à aujourd'hui) à tous les courants musicaux préoccupés de ce qu'il faut bien appeler une forme d'authenticité, d'évidence presque organique. Un vrai bonheur pour mélomane, jazzophile ou non.

Xavier Prévost

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concert en ligne au Festival Détours de Babel de Grenoble le dimanche 28 mars 2021 à 17h 

 

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 09:52


Avec Kenny Wheeler, Jean-Louis Chautemps, Roger Guérin, Maynard Ferguson, Dusko Goykovic, Toots Thielemans, Sahib Shihab, Albert Mangelsdorff, Mark Murphy, Philly Joe Jones…
Jazzline Classics – D 77091/ Socadisc (3 CD).
Sortie le 26 mars.

 

Séquence rétro avec cette sélection d’inédits intéressants à trois titres au moins : un grand orchestre européen, un répertoire original différent des Big Bands états-uniens, un programme évoluant sur la période d’activité de la formation (1957-1974).

 

Extraits des archives de la radio de Cologne Westdeutscher Rundfunk (WDR) ces 40 titres viennent (re)mettre en lumière le travail du chef d’orchestre allemand Kurt Edelhagen (1920-1982) caractérisé, aux dires de ses musiciens cités dans le livret, par la discipline et la précision (jusqu’à une douzaine de prises !).
Dans ses œuvres, Kurt Edelhagen, même s’il a invité quelques stars américaines (Philly Joe Jones, Maynard Ferguson, Sahib Shihab, Kenny Wheeler…) s’est appuyé sur les forces vives du vieux continent :


- Des interprètes : son compatriote, le tromboniste Albert Mangelsdorff , les français Jean-Louis Chautemps, saxophone ténor engagé dans le premier groupe à 27 ans, Roger Guérin, trompettiste, et ses confrères l’écossais Jimmy Deuchar et le serbe Dusko Goikovic, Toots Thielemans, harmoniciste belge…


- Des arrangeurs qui le secondaient, comme le belge Francy Boland qui partageait son temps avec le Big Band de l’exilé américain à Paris, Kenny Clarke.

 

 

...Une sacrée phalange ! Dix sept personnalités qui devaient être fortes, relevait leur chef, pour jouer en concert à la demande un jour ‘Rhapsody in Blue’, un autre ‘St Louis Blues’. Cette alchimie devait, dans des formations différentes, perdurer une quinzaine d’années, avec un répertoire présenté régulièrement dans des émissions de radio (la WDR) et de télévision, qui donnait aussi bien dans le be-bop, le cool, et même (de manière modérée) le free jazz.

 

Kurt Edelhagen and His Orchestra 1965

 

L’avènement du rock’n roll à la fin des années 60 conduisit Kurt Edelhagen à emprunter pour survivre les voies de la musique commerciale et à finalement dissoudre son All stars le 31 décembre 1972 quelque temps après une dernière commande publique pour les J.O de Munich. Reste ici, dans ce coffret finement mitonné, une sélection hautement recommandable d’une époque glorieuse pour les Big Bands.


Le All Stars de Kurt Edelhagen n’avait pas à rougir face au grand orchestre de Thad Jones - Mel Lewis, Comme en témoigne non sans humour le tromboniste américain Jiggs Whigham, invité du groupe dans les années 70 : « Un jazz band allemand qui avait le sens du groove et du swing, c’était assez unique ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

 

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 13:53

Laurent David (guitares basses, composition), Stéphane Galland (batterie, composition), Stéphane Guillaume (saxophones, flûtes, clarinette basse, composition), Malcolm Braff (piano, pianos électriques, composition)

Boulogne-sur-Mer, sans date

Alter-Nativ AN 300 CD / Socadisc & Bandcamp 

Vinyle https://shijin.bandcamp.com/album/theory-of-everything-full-length

 

Autant le dire tout de suite : GRAND DISQUE ! Indépendamment du concept un peu décoratif qui fait référence à la Théorie Du Tout (qu'on l'envisage sur le plan de la physique comme de la philosophie) et qui fait office de discours d'escorte, ce qui tend à prévaloir c'est le caractère éminemment collectif de cette création musicale. À partir de séquences de travail en duo s'est élaborée une œuvre commune, où chacun au fil des plages joue un rôle de compositeur. Le tout repose sur des paramètres majeurs : la complexité rythmique qui s'aventure parfois vers les constructions les plus folles ; le travail sur le son de tous les instruments ; et pour finir dans chaque titre l'élaboration d'une forme lisible à son terme, quand son déroulement nous a déroutés, séduits, bouleversés. Et des instrumentistes qui sont constamment solistes, tant chaque note, chaque son, chaque rythme, contribue à la cohérence globale. Par rapport au très très bon disque précédent (chronique sur ce site en suivant ce lien), dont le saxophoniste était Jacques Schwarz-Bart, il y aurait comme un saut qualitatif, produit par l'aboutissement d'un projet, d'une méthode de travail (pour éviter le mot de concept). C'est un peu comme si Weather Report était passé dans la centrifugeuse M'Base. Grand disque, donc !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 18:41

LYNN CASSIERS – ALEXANDRA GRIMAL «Hybrids - Hi Birds»

Lynn Cassiers (voix & traitements électroniques)
Alexandra Grimal (saxophone soprano & voix)

Albi & Anderlecht-Bruxelles, 2017

https://alexandragrimal.bandcamp.com/album/hybrids-hi-birds

 

La musique surgit d'un lieu singulier, fait de nature et d'intervention humaine (culture autrement dit). Tout ici paraît mystère, magie, surgissement de l'inattendu. Et nous voilà embarqués. Le sax soprano survole un paysage de fréquences presque surnaturelles et de métallisations de synthèse. Puis la voix chuchote des mots d'outre-monde, jusqu'à un seuil de crissements qui se perdent dans le silence. D'autres sons, d'autres mystères, une mélopée qui pourrait avoir des siècles, ou tout aussi bien naître de l'instant. Des textes d'Alexandra Grimal croisent des extraits du livret d'Antoine Cegarra pour La vapeur au-dessus du riz, 'opéra clandestin' donné sur scène à Orléans en 2017, et récemment publié sur disque (Ovni records 2020). La musique et les sons tutoient les limites, toujours à la recherche de l'inouï, qui est bel et bien là. Ça bouge, ça s'emballe, puis ça se fond dans une aura de mélancolie. Dépaysement assuré, avec les émois qui s'imposent. Comme je disais dès l'abord, on est embarqué. Très beau voyage, qui semble nous ramener pour conclure aux premiers grondements de l'univers. Beau travail sur le son. Bienvenue à bord. Attention au départ !

Xavier Prévost

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