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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 09:40
JEAN PAUL RICARD & JEAN BUZELIN  JAZZ LADIES THE SINGING PIANISTS (1926-1961)


 

JEAN PAUL RICARD & JEAN BUZELIN

JAZZ LADIES THE SINGING PIANISTS (1926-1961)

FREMEAUX & ASSOCIES

Coffret 3CDs
 

Jazz ladies - the singing pianists 1926-1961 - Aretha franklin • camille howard • shirley horn • nina simone • rose murphy • cleo brown • julia lee • blossom dearie - Jazz - La Librairie Sonore

Nous avions salué comme il le méritait, le coffret (Jazz Ladies 1924/1962, FA 5663) de 3 CDs chez Frémeaux & Associés qui redonnait enfin aux femmes dans le jazz un rôle plus conséquent et une plus juste place. Jean Paul Ricard, un ardent défenseur des femmes dans le jazz, persiste et signe avec son copain Jean Buzelin, spécialiste de blues, mais aussi du Montmartre fin XIXème, de l’entre-deux guerres, période exceptionnelle avec des chanteuses de l’envergure d’une Damia, Frehel, Lys Gauty, Marie Dubas.

Second volet de la série Jazz Ladies, cette anthologie rassemble cette fois les pianistes chanteuses. Il est vrai que les femmes qui chantent, les canaris qui se tiennent près du piano, n’ont jamais eu par le passé et jusqu’à aujourd’hui, de problème de visibilité. Jean Paul Ricard et Jean Buzelin couvrent à eux deux toutes les chanteuses pianistes en jazz, blues, rhythm & blues, gospel sur la période qui va de 1926 à 1961, dans les respect des droits, selon une législation injuste du domaine public. Nos deux experts nous invitent à l’écoute, pour notre plus grand plaisir d’un second coffret de 3 Cds qui ne laisse aucune musicienne sur le bord de la route, et Dieu sait que ce fut «une longue marche» comme le souligne joliment JP Ricard. C’est une réévaluation de ces jazz women, souvent inconnues qui ont défriché le terrain pour les musiciennes d’aujourd’hui. Merci pour elles !

30 artistes et 76 plages à écouter, un livret de 24 pages de notes érudites avec les biographies des musiciennes sélectionnées : un travail de bénédictin qui n’omet rien du contexte de l’enregistrement, dates et personnel de la séance pour chaque titre. Un travail de mémoire et de réhabilitation de ces formidables musiciennes dont pour au moins 5 d’entre elles, on ne dispose même pas de leurs dates biographiques. Citons par exemple La Vergne Smith (CD2) autodidacte qui n’a enregistré que 3 albums et qui donne des versions du magnifique «Blues in the night» et de cette torchsong «One for the road» lancée par Fred Astaire dans The Sky’s the Limit, film de 1943, par ailleurs dispensable et immortalisée surtout par Sinatra.

Nos deux auteurs, chacun de leur côté, ont puisé dans leur vaste collection de LPs, et après un examen comparatif, ont déterminé les titres les plus représentatifs de chacune des chanteuses retenues, avant de monter à Paris au studio d’enregistrement pour la préparation du coffret, validé après restauration, mastering et une dernière écoute de la maquette. Du travail de pro !

La thématique choisie et l’époque nous font remonter aux musiques sources du jazz : les cinq dernières plages de chaque Cd sont respectivement dédiées au gospel, blues et boogie-woogie roots. A noter une curiosité Arizona Dranes, pianiste aveugle et son «It’s all right now», le titre le plus ancien, de 1926, mix de ragtime et barrellwoogie. Assurément un document!

Autre originalité de la sélection qui sort des sentiers battus, aucune chanson de la triade capitoline, des divas du jazz (Ella, Sarah, Billie) ni même de la petite cinquantaine de chanteuses que l’on liste souvent dans les magazines de jazz. On découvre des chanteuses qui, au piano s’illustrent dans le stride, le boogie, le blues, viennent de Kansas City, ont été repérées par Fats Waller. Ou ont un style original.

Ainsi, dans le premier CD (1926-1961) quelques belles découvertes, des pépites qui donnent envie de se remuer et de claquer des doigts avec une Cleo Brown très fraîche qui swingue dès l’ouverture dans le délicieux«Lookie, Lookie, Lookie, Here comes Cookie» (1935-1936) qui vous reste en tête toute la journée, une Lil Hardin plutôt gouailleuse qui eut sur la carrière de son mari Louis Armstrong une certaine influence (elle apparaît d’abord sous le nom d’Armstrong avec un Swing orchestra en 1938, puis sous son nom en 1961). Una Mae Carlisle de 1938 à 1944, repérée par Fats Waller qui balance des petites chansons formatées, à moins de 3’ souvent lestes. Et aussi un merveilleux «I met you then, I know you know»accompagnée de Slam Stewart et Zutty Singleton.Rien que ça et cet air aussi reste en mémoire... Avec Julia Lee, sur la couverture du coffret, on se paie une bonne tranche de blues, de boogie en trio ou avec ses Boy Friends (!) entre 1945 et 1947 «Nobody knows you when you are down and out». Impressionnante découverte, Camille Howard et Roy Milton & his Solid Senders dans un «Thrill me» sans équivoque en 1947 ou encore «You don’t love me»!

Le deuxième CD (1930-1961) varie aussi les styles, après la révélation d’une Martha Davis ou d’une La Vergne Smith, comment résister à la tornade, au débit aussi vif qu’humoristique, Nellie Lutcher dont on aime sa version de «Sleepy Lagoon». Rose Murphy est évidemment en plein contraste: voix de gamine, la «chee chee girl» créa «I wanna be loved by you» que devait lui chiper, et reprendre avec le succès que l’on connaît, Marylin.

Le dernier CD (1944-1961) évoque une période plus récente (!) et accueille d’ incontournables stars comme Shirley Horn toujours sur le fil, en équilibre instable, voix modulant entre grave et aigu, velouté et rauque ; la grande Nina Simone, éblouissante au piano qui aurait mérité en effet d’avoir une carrière de concertiste classique. Blossom Dearie qui rejoint la catégorie des voix juvéniles, acidulées, savait s’entourer de musiciens hors pair ( Herb Ellis, Ray Brown, Jo Jones, excusez du peu) pour recréer son univers intimiste. On peut préférer des voix plus «adultes», sans affectation, à l’énonciation parfaite comme celles de Jeri Southern «I don’t know where to turn» ou de cette Audrey Morris avec ses Bistro Ballads et un mémorable «Good Morning Heartache». On comprend que Billie et Duke soient allés l’écouter!

Guidés par l’expertise de tels connaisseurs, qui se sont livrés à ce «labour of love», non seulement l’amateur se régale mais se constitue ainsi un bréviaire du jazz, une discothèque vocale idéale et exhaustive de tous les styles de chanteuses-pianistes de cette période. Une anthologie précise, précieuse et indispensable pour l’histoire de la musique. Chapeau bas,Messieurs!

Sophie Chambon
 

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 15:37
LALO SCHIFRIN FOR MANDOLIN  Sonata del Sur –Fantaisie & Works of Nicolas Mazmanian

 

LALO SCHIFRIN FOR MANDOLIN

Sonata del Sur –Fantaisie & Works of Nicolas Mazmanian

Sortie le 1er février 2021 LABEL LA MAISON BLEUE/SOCADISC

Vincent Beer-Demander (mandoline), Nicolas Mazmanian (piano)Gregory Daltin (accordéon)


compagnievbd.org

 

Compositions : Lalo SCHIFRIN

Sonata del Sur for mandolin & piano (2017) – 22’35, dedicated to Vincent Beer-Demander

Fantaisie pour mandoline & accordéon (2019) – 11’16, dedicated to Vincent Beer-Demander & Grégory Daltin

Compositions : Nicolas MAZMANIAN

Variations on a theme of Lalo Schifrin for mandolin & piano (2018) – 12’25 Dedicated to Lalo Schifrin

Fantaisie concertante « L.A » for mandolin & piano (2016) – 14’31 Dedicated to Vincent Beer-Demander

 

Présentation et interview de Lalo Schifrin

 

Vincent Beer Demander fait souffler un air de nouveauté sur le répertoire de la mandoline, instrument baroque du XVIIème, “a petite soeur de la guitare” à la tessiture du violon ( du sol grave au la suraigu). Les sonorités, le style évoluent. La rencontre avec Vladimir Cosma qui a pu composer une symphonie, une fugue, une chanson, un thème jazz, lui a ouvert de nouvelles perspectives et il a sollicité alors cet autre compositeur de musiques de films, tout autant éclectique, Lalo Schifrin. D’une brève rencontre à Paris en 2016, est né le projet d’un Concerto pour mandoline. Schifrin s’est pris au jeu: d’une grande curiosité, il n’a jamais écarté aucun instrument, et a utilisé, parfois en les isolant ou en les mettant en valeur la flûte dans The Fox, le basson dans The Kid of Cincinnati, ou encore le cymbalum dans Le Village des Damnés. Alors pourquoi pas la mandoline, même si ce qui l’intéresse est la forme du concerto, son organicité. De retour à Los Angeles, Lalo Schifrin compose le «Concierto Del Sur» pour mandoline et orchestre, créé l’année suivante au Festival de Chaillol en France puis à Washington et dans le Maryland aux États Unis.

Vincent Beer Demander fait alors entrer dans le mouvement son collègue enseignant pianiste du conservatoire Nicolas MAZMANIAN ( l’un des derniers élèves de Pierre Barbizet), et lui fait rencontrer à U.C.L.A, Schifrin lors de la création pour le Concierto del Sur. Il s’ensuivra 2 deux pièces inspirées de Lalo Schifrin dont

Variations on a theme of Lalo Schifrin for mandolin & piano (2018) – 12’25 Dedicated to Lalo Schifrin qui débutent le CD.

Les Variations sont un hommage d’un compositeur à un autre, à l’image de celles de Beethoven pour Diabelli. Ou celles de Brahms pour Paganini. La musique créée retraverse la vie du compositeur argentin Lalo Schifrin à travers le choix d’un thème qui fit sa renommée, celui de la série Mission : impossible. De manière plus ou moins évidente, le thème va revenir dans les 7 parties de cette composition. Ce qui paraît intéressant dans la démarche de Nicolas Mazmanian est d’avoir amené toutes ses variations vers le thème et non l’inverse qui est appliqué d’ordinaire.Argentina” pose le cadre, le tango emblématique des origines, “Nostalgia” évoque directement le thème, mais pas à la manière d’une poursuite comme dans la série : la mandoline, d’une délicatesse extrême étire le temps, l’instant seul compte. Puis, on retrouve les trois premières notes dans un “Preludio” inpiré de Bach piano arpégé; “Cancion” ouvre plus gaiement avant “la vida coloreada” aux rythmes sud américaines tout en effets percussifs. “Armonizacion” s’inspire des couleurs et modes du maître Messiaen. Et la conclusion est sans appel : le thème que tous connaissent et aiment, y compris les plus jeunes, aujourd’hui encore, celui de la série, sortie en 1967!

 

La Sonata del Sur, for mandolin and piano ( 2017) de plus de 22 minutes, en 3 mouvements, remaniée par Lalo Schifrin à partir de son Concerto créé en 2017 est le morceau de bravoure du CD, bien plus qu’une réduction piano de l’orchestre, une oeuvre de musique de chambre, écrin aux performances des deux instrumentistes. On est très vite perdus dans un mouvement fluctuant sans cesse, des métamorphoses qui s’enchaînent, ne ménageant aucun répit aux spectateurs et plus encore aux instrumentistes. Comme dans une oeuvre classique, trois mouvements se succèdent : une Fantasia joyeuse, Balada, sur un tempo plus lent, a l’atmosphère d’une sérénade donnée sur une gondole glissant mystérieusement sur le Gran Canal. Des ruptures de ton, des passages très brefs d’une mandoline endiablée. Le dernier mouvement Fuego est en correspondance avec son titre, une musique solaire du sud, que ce soit Marseille et la Méditerranée ou L.A et la Californie, plus rapide et excitant, souligné plus par les aspects dynamiques et percussifs que par des dissonances.

Jeux de miroir, de doubles entre mandoline et piano, deux voix, plusieurs lignes mélodiques qui ne se jouent pas souvent en même temps, qui montrent toutes les possibilités de la mandoline, d’une grande palette expressive. On joue sur une corde, ou sur les doubles, usant du trémolo tenu ; on pousse les notes au plectre entre pouce et index, on peut aussi faire entrer en résonance tout l’instrument pour produire le son de la table d’harmonie au dos de l’instrument.

On entend ensuite la Fantaisie Concertante L .A for mandolin et piano, la première composition écrite pour Vincent Beer Demander par Nicolas Mazmanian.

Une forme libre qui fait se succéder le motifs, cousus et recousus, pour solistes. C’est un exercice de style en hommage au mandoliniste à son énergie indomitable et son humour avec trois mouvements : un prélude à la manière de musique ancienne, avec des trémolos vifs; un “humoreske” appuyé et saccadé marche rock pour finir par une “Rêverie” plus “classique mais d’une énergie fluide.

Le CD se termine avec une dernière pièce de Lalo Schifrin très originale et qui porte pourtant sa griffe, la Fantaisie pour mandoline et accordéon de 2019 qui met en en valeur l’alliage des timbres de la mandoline et de l’accordéon; on retient particulièrement un chorus d’accordéon sur fond d’ostinato de mandoline, mais aussi les qualités percussives des deux instruments.
 

Ce CD est une double découverte : un instrument, la mandoline dans un contexte insolite, et des instrumentistes classiques, jeunes et passionnés des musiques de Lalo Schifrin. Tout le monde a entendu en effet ses musiques de séries ou de films, mais les amateurs de jazz le connaissent évidemment pour son parcours jazz qui a commencé avec Dizzy Gillespie.
 

Sophie CHAMBON

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 11:32

Clément Janinet (violons), Clément Petit (violoncelle), Benjamin Flament (percussions)

Nantes, sans date

Green Lab Records GLR 001SPG1 / Muséa

 

Trois esprits libres portés par le désir ardent de faire musique sans œillères ; et surtout les oreilles grandes ouvertes sur les bruits du monde (monde musical, mais pas que....). Le disque a paru en novembre, et j'attendais chaque fois pour le chroniquer de pouvoir en même temps annoncer les concerts prévus (Pantin, Nevers, Besançon, Paris....). Tous annulés/reportés, hélas ! Alors j'ose partager mes (très bonnes) impressions à l'écoute de ce disque. Ces trois francs-tireurs ont plus d'une cartouche dans leurs besaces respectives, et c'est ce qui fait le charme, et la force, de ce CD. L'intitulé est déjà une pétition de singularité : les galvachers étaient les charretiers itinérant du Morvan, qui jadis mettaient leurs attelées de bœufs au service du débardage. Charretier de l'espace : vaste programme qui ouvre toutes les portes de l'imaginaire. Et l'imagination ne fait pas défaut. On circule librement entre une foule de traditions musicales, des pulsations fragmentées d'un instrumentarium éclaté à un paysage extrême-oriental en passant par la continuité feinte d'une ligne de basse (enfin de violoncelle) comme le jazz se plaît à en sécréter. La musique répétitive rôde aussi dans les parages. Le tout servi par une précision instrumentale qui fait merveille, dans l'improvisé comme dans le préconçu. Tous les instruments circulent librement de l'acoustique à l'électronique. Beaucoup de sonorités littéralement inouïes, dans un parcours aussi libre que cohérent. On se précipite !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 00:34

Archie Shepp (saxophone ténor et soprano, voix), Jason Moran (piano).
Paris Jazz à La Villette, 12 septembre 2017.
Manheim, festival Enjoy Jazz, 9 novembre 2018.
ArchieBall/L’autre distribution.

Figure de proue du free jazz, Archie Shepp a endossé ces derniers temps le costume de l’apôtre apaisé de la musique afro-américaine.
Aux saxophones et de plus en plus souvent à la voix, le jazzman n’a pourtant rien perdu de son engagement. S’il ne dispose plus du souffle de ses jeunes années, l’artiste désormais octogénaire (83 ans) conserve cette expression touchante, bouleversante même par sa fragilité.

 

Dans un format qu’il affectionne -le duo avec un pianiste-  Archie Shepp plonge dans les racines du jazz. C’est une sorte de retour aux sources qui nous est ici proposé en compagnie de Jason Moran. Le terrain choisi leur est majoritairement bien connu : des airs traditionnels - Go Down Moses, Sometimes I Feel Like a Motherless Child - et des standards : Lush Life (Billy Strayhorn), Isfahan (Strayhorn-Ellington) ou encore Round Midnight (Thelonious Monk-Cootie Williams).
Shepp n’oublie pas un hommage à John Coltrane en reprenant une de ses compositions (Wise One). Une occasion de rappeler son admiration pour celui qu’il considère toujours comme « un modèle » (« Coltrane était comme un gourou mais il était très humble et avait une discipline très forte. Il était très passionné, très motivé. Il a fait de la musique très sérieusement » nous confiait-il en 2007 dans 'Paroles de Jazz' (Editions Alter Ego).

 

Enregistré en concert en 2017 et 2018, cet album vient enrichir la production d’Archie Shepp en duo saxophones-piano qui comprend, sans viser l’exhaustivité, des rencontres avec Joachim Kühn, Abdullah IbrahimSiegfried Kessler ou encore Horace Parlan.  L’amateur pourra se reporter à l’album gravé en 1977 à Copenhague avec ce dernier (‘Goin’Home’, pour SteepleChase).

Alors dans sa quarantaine, le saxophoniste avait déjà inscrit à son répertoire, ‘The Troubles I’ve Seen’, ‘Deep River’, ‘Swing Low, Sweet Chariot’, ‘Sometimes I Feel Like A Motherless Child’, ‘Go Down Moses’.  

 

A des titres différents, ces deux albums méritent de figurer dans votre discothèque. Deux témoignages d’un parcours rare, d’un talent qui ne laisse jamais indifférent.

 

Jean-Louis Lemarchand.

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 22:07

Pascal Bréchet (guitare), Thierry Waziniak (batterie)

Soissons, 30-31 janvier 2020

label Intrication Tri 003 / Orkhêstra

 

La musique de Monk, traitée sur le mode de l'allusion à mots couverts. Dix thèmes du Grand Thelonious, et un seul thème original, intitulé Three or Four Shades of Monk's Blues : on pense à un titre de Mingus, et aussi au cheminement mélodico-harmonique de Misterioso, mais c'est surtout très libre. D'ailleurs, l'intitulé de ce 'duo libertaire' annonce la couleur. Libre mais pétri d'intensité recueillie autour de cette musique. Ce n'est pas trahir un secret : la musique de Monk hante le guitariste Pascal Bréchet. En 1996, en compagnie des Amis regrettés, Jacques Mahieux et Jean-François Canape, et avec Phil Abraham et Marc Buronfosse, il avait signé «Autour de Monk» pour le label AA. Seuls trois des titres alors choisis en quintette se retrouvent pour ce duo. Ici on retrouve le goût prononcé pour l'inimitable claudication monkienne, souvent soulignée, et magnifiée, par le jeu du batteur Thierry Waziniak. L'accent souvent se place là où il n'est pas attendu. Et même quand on connaît les thèmes, on est toujours surpris par ce cheminement, qui jamais ne sombre dans la routine. Et pourtant ça swingue ! Plus qu'une allusion, c'est une grande déclaration d'amour à cette musique. Un amour libre, évidemment !

Xavier Prévost

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Le disque vient de paraître. On aurait dû pouvoir écouter le duo en février à Villeneuve d'Ascq, près de Lille (Jazz à Véd'A). Mais les circonstances épidémiques en ont décidé autrement : patience !

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 10:17

Florin Niculescu (violon), Hugo Lippi (guitare), Philippe Aerts (basse), Bruno Ziarelli (batterie). Invité : Stochelo Rosenberg (guitare).
Théâtre de Longjumeau, novembre 2019. Label Ouest/L’autre distribution. Sortie le 5 février.

Trente ans déjà que Florin Niculescu arpente la scène française. Le temps du souvenir est arrivé pour le violoniste formé à l’école classique de sa Roumanie natale. Il prend la forme d’un album en petite formation qui rend hommage à ses idoles françaises de l’instrument.

 

Un titre, pièce maîtresse de cet enregistrement, résume cet esprit de révérence, ‘Suite for Michel, Stéphane, Jean-Luc et Didier’.  Dans le livret, Florin s’explique : Michel Warlop* « merveilleux violoniste et concertiste », Stéphane Grappelli* « mon père spirituel », Jean-Luc Ponty « un des premiers à avoir introduit des éléments rock et pop », enfin Didier Lockwood* « avec un système de pédales d’effet, il s’exprime de façon unique ».


Après les mots, les notes. En quelque treize minutes, déroulées en quatre mouvements (The Classician, Swing Wave, The Romantic, The Fusional) Florin Nicolescu retrace ainsi l’histoire du violon jazz à la française. Loin de l’hommage compassé, le violoniste délivre tout au long de ce disque où alternent compositions personnelles et standards (Stardust, The Nearness of You, Fascinating Rhythm) un salut bien vivant à ces maîtres de l’archet qui met en lumière sa virtuosité et sa sensibilité.
Stardust

Le Temps des Violons

 

Dans ce parcours vagabond, Florin Nicolescu peut compter sur deux guitaristes d’excellence, Hugo Lippi (prix Django Reinhardt 2019 de l’Académie du Jazz) et, sur trois titres, Stochelo Rosenberg. Un album qui met en joie ... hautement recommandé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Concert de sortie prévu le 23 mars au Studio de l’Ermitage, Paris.

 

SYMPHONIC Violin Jazz Classical Gipsy Tzigane
Florin Niculescu - Opportunity (Grappelli)
Florin Niculescu "La chanson des rues"
Florin Niculescu

 

*Michel Warlop (1911-1947),
Stéphane Grappelli (1908-1997),
Didier Lockwood (1956-2018).

 

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31 janvier 2021 7 31 /01 /janvier /2021 17:44

Rose Kroner, Neïma Naouri, Vanina de Franco, Emmanuel Lanièce, Augustin Ledieu (voix), Sylvain Bellegarde (voix, direction, réalisation), Stéphane Crochet (piano), Gille Naturel, Raphaël Devers (contrebasse), Frédéric Delestré (batterie)

Invité.e.s : Anne-Marie Jean, Chloé Cailleton, Solange Vergara, Emmanuel Inacio, Larry Browne, Edward Randell, Laurent Naouri (voix), Glenn Ferris (trombone), Jean-Loup Longnon (trompette), David Sauzay (saxophone ténor)

Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), Peillac (Morbihan), Verrières-le-Buisson (Essonne), sans date(s)

Black & Blue BB 1085.2 / Socadisc

 

L'hommage des Voice Messengers à leur fondateur et leader, Thierry Lalo, mort en 2018, et qui avait inventé en 1992, et porté avec passion, ce 'big band vocal' unique. Des arrangements qui n'avaient pas été enregistrés sur disque, et des pièces inédites, comme une composition de Vladimir Cosma, extraite de son opéra Marius et Fanny. Au renfort de chanteurs et chanteuses qui participèrent à l'aventure à différentes époques (Anne-Marie Jean, Solange Vergara, Chloé Cailleton, Larry Browne....), ou qui sont de fervents admirateurs (le baryton-basse Laurent Naouri, grand jazzfan devant l'éternel) s'ajoutent des instrumentistes-solistes amis (Jean-Loup Longon -qui signe un arrangement-, Glenn Ferris, David Sauzay). Un pur régal, de plage en plage, avec en apogée Mimi Medley, un florilège des adaptations vocales de Mimi Perrin pour les Double Six (Fascinating Rhythm, Tickle Toe, For Lena and Lennie, Rat Race....). Il en existait une formidable version dans le DVD filmé en concert voici plus de cinq ans -chronique sur le site des DNJ en suivant ce lien-, avec en soliste, notamment, Chloé Cailleton). Celle-ci ne démérite pas, loin de là. Et pour la plage conclusive, la voix de Thierry Lalo, en répétition : hommage à celui qui inventa ce groupe hors du communBref il faut se précipiter vers ce magnifique travail de jazz vocal, ou plutôt de jazz ET de voix. Des concerts avaient été prévus fin janvier pour la sortie du disque, concerts hélas annulés. On attend avec impatience de les retrouver sur scène, où ils donnent à chaque fois une formidable performance de musique intensément VIVANTE !

Xavier Prévost

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Vous ne saurez jamais, poème de Marguerite Yourcenar, musique de Thierry Lalo

Mimi Medley, version de concert 2015, sur le DVD «Spring Tout Live !»

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4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 08:49

 

Alexandra Grimal (saxophones ténor, soprano & sopranino, voix), Edward Perraud (batterie, percussions)

enregistré en 2014

unsui | Alexandra Grimal & Edward Perraud | Alexandra Grimal (bandcamp.com)

 

Sans édition CD ni label, et donc seulement accessible en fichier numérique via la page bandcamp d'Alexandra Grimal, un duo enregistré voici plus de six ans, qui vient d'être publié, et dont le titre a été inspiré par la lecture de François Cheng : 'Unsui' est un terme chinois qui dans la tradition zen désigne simultanément le nuage et l'eau, ce qui glisse comme le nuage et coule comme l'eau. Et cette musique improvisée est comme un flux mouvant, une matière diaphane qui poursuit son essor et se répand dans notre esprit et nos sens, tantôt comme un baume qui nous envelopperait de ses sortilèges, tantôt comme une danse qui nous conduirait sur des chemins insoupçonnés. Un dialogue incessant entre les deux artistes, conversation qui procède simultanément de la puissance matérielle du son et de l'exercice spirituel en quoi s'accomplit la musique. Et le lyrisme aussi s'empare des saxophones, stimulé par la frappe ou les frottements qui font chanter les percussions. On se laisse embarquer, suivant un fil que l'on perd forcément (le luxe de l'auditeur, c'est qu'il a le droit de perdre le fil), et l'on arrive au terme de ce voyage improvisé après un texte qui nous égare comme en un rêve. Une très belle page de musique scénarisée, à laquelle il suffit de s'abandonner, avec bonheur et recueillement.

Xavier Prévost

 

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 18:31

François Lana (piano, synthétiseur), Fabien Iannone (contrebasse), Phelan Burgoyne (batterie)

Vevey, mars & août 2019

Leo Records CD 884 / Orkhêstra

https://francoislana.bandcamp.com/album/cath-drale

 

Un oublié de l'automne : l'album est arrivé en octobre, au moment de sa parution, quand attendaient un foule de CD à paraître en novembre mais reçus dès septembre. Une revendication d'influence explicite, dans le texte du livret, qui cite Monk, Paul Bley, Andrew Hill (une plage lui est dédiée) et le plus rarement évoqué Herbie Nichols. Et c'est bien cette dernière influence qui m'a frappé de prime abord : thèmes fragmentés, sinueux, mais forme cohérente, servie par des jaillissements soudains qui sont la vie même. Entre deux improvisations collectives (la première et la dernière plage), des compositions tissées d'inventivité, d'énergie, de swing. Du piano pensé mais qui déborde de vitalité, une interactivité manifeste entre les membres du trio, et le goût de faire chanter les instruments sans étouffer l'énergie. Au fil des plages le très troublant Hillness, dédié comme son titre le laisse supposer à Andrew Hill, avec aussi tous les jeux de mots implicites qui peuvent nous entraîner ailleurs.... Une intro sur des harmonies tendues, un basculement vers un climat de blues 'à la Monk', et quelques escapades qui fleurent bon la revendication de singularité. La plage suivante lance des fusées qui me rappellent Herbie Nichols, que j'adore. Et partout de la liberté, de l'inventivité, de l'audace. Et, du début à la fin, un vrai bon disque de jazz (très) moderne !

Xavier Prévost

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Un vidéo de 2019 filmée à la Halle Papin de Pantin

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 10:17
CHRISTOFER BJURSTRÖM PIANO SOLO    L’ECUME DE MAI

CHRISTOFER BJURSTRÖM

L'ECUME DE MAI

SORTIE DECEMBRE 2020

MZ Records – Label de disques

 

 

 

L’écume de mai surgit en bord de mer, souvent au printemps. Produit du bouillonnement de la mer, elle est portée par le vent vers le rivage. Christofer Bjurström évoque dans cet album ce qui nous constitue dans les diverses temporalités de nos vies, comment nous sommes présents au monde. Comme des tableaux sonores qui ouvriraient une fenêtre idéale dans laquelle s’inscrit le visage intérieur du pianiste.

Explorant les possibilités d’un instrument complet, il affirme une dimension narrative, qui ne va pas sans émotion. Il choisit ainsi de se portraiturer à travers un choix de textes et par des plages improvisées. Travail solitaire et plus ingrat mais adapté sans doute à cette période introspective. Rappelons que le disque fut enregistré en juin dernier pour le label Marmouzic records. Une musique sensible, qui nous met aussi à l’épreuve, qui trace au fil de 9 compositions le relief de ses humeurs troublées, sceau du confinement?
Cette aventure toujours risquée du piano solo décline donc 9 pièces libres, vives, inspirées de poèmes de Jules Supervielle, Abdellatif Laâbi, Claude Roy, Bo Carpelan, Emily Dickinson, Sylvia Plath et Raymond Carver.

Ce qui est devenu écume, le tout premier titre, en réponse à Supervieille dans Oublieuse Mémoire, éclaire le projet sans ambiguïté:

C’est tout ce que nous aurions voulu faire et n’avons pas fait,

Ce qui a voulu prendre la parole et n’a pas trouvé les mots qu’il fallait,

Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret …

Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait ...

Ce qui avance dans les profondeurs et ne montera jamais à la surface, Ce qui avance à la surface et redoute les profondeurs;

 

La musique est plus que jamais une tentative de fixer l’éphémère même siRien de ce qui arrive ne demeurera” écrit Raymond Carver dans La vitesse foudroyante du passé.

Ce qui demeure, trace de l‘instant qui se joue, de la musique qui advient, fait de la place à nos images mentales, à nos paysages intérieurs. Christofer Bjurström parvient à produire une musique à la fois résistante et liquide, avec des formes qui naissent et s’évanouissent, en une plongée dans les tréfonds de l’intime. Notes en pluie serrée et persistante, ou qui perlent et rebondissent un un friselis moutonnant, martèlement audacieux du clavier ou bruit sourd dans les bois et cordes quand le piano est préparé, superpositions d’accords et de brisures rythmiques composent un chant jamais plaintif mais lucide, une mélodie souvent heurtée, des tressaillements qui remontent avec le souffle du temps. Avec l’appréhension d’un certain vide qui devient silence, dans une tonalité volontairement grave, s’inscrivent pauses, ruptures, blancs. Un rythme souvent insistant, obsessionnel parcourt ses solos qui racontent presque toujours une histoire. Surgissent aussi des mélodies plus fluides, impressionnistes, des élans lumineux réparant les horizons éclatés, qui ramènent vers des rivages connus, avec l’espérance.

Ainsi écoutons nous ce piano en archipel, singulier pluriel qui sait accompagner les images d’un film qui se projette dans notre imaginaire.

Sophie Chambon

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