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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 16:50

Gaëtan Nicot (piano, composition), Pierrick Menuau (saxophone ténor), Sébastien Boisseau (contrebasse), Arnaud Lechantre (batterie)

invité sur une plage : Geoffroy Tamisier (trompette)

Sarzeau (Morbihan), 9-11 janvier 2019

Tinker Label 0119001 / Socadisc

 

Le pianiste nantais, aux multiples facettes, signe avec ce quartette une musique qui annonce la couleur et porte sa marque. Entouré de quelques-unes des plus fines gâchettes du Grand Ouest, il nous offre un disque finement pensé, dans ses compositions originales, majoritaires, comme dans les deux reprises : Ma plus belle histoire d'amour, de Barbara, et le très rare Moon Dreams, composé par celui qui était le pianiste de Glenn Miller à la fin des années 30, mais surtout immortalisé par Gil Evans pour Miles Davis dans les séances que l'on désignera plus tard sous le titre de «Birth of the Cool». Le traitement de ce thème par le quartette dans la plage conclusive du CD mérite une attention toute particulière, car il éclaire l'approche globale de la musique par le groupe. Traiter le motif avec la liberté d'expression propre au jazz, sans se laisser déborder par l'emphase mélodique du thème, et en jouant à fond l'interaction, la réactivté, et aussi quand il le faut la mise en suspens. Approche tout aussi personnelle pour la chanson de Barbara, déconstruite avec amour, en duo dans l'intro, pour magnifier, si c'est possible, sa force d'expression. Et puis laisser le jazz s'emparer doucement de ce standard qui paraît soudain une terre inexplorée.

Aucune malice de ma part dans le fait d'aborder ainsi le disque dont l'essentiel réside dans les compositions du pianiste leader. Cela permet, tout au contraire, de situer tout à la fois l'enjeu en territoire jazzistique, et d'ouvrir l'espace à l'expression individuelle dans le collectif, ressort essentiel d'un tel groupe.

L'intro rhapsodique du thème titre annonce la couleur, mais en trompe-l'œil : on entre en fait, après quelques mesures, dans le vif de l'interaction en quartette. Il y a là autant de retenue que d'expressivité, comme une revendication esthétique. Dans la deuxième plage, Koo-Cool, en quintette avec Geoffroy Tamisier, la composition et l'arrangement me replongent dans le souvenir des années 50, lorsque Gigi Gryce mêlait avec grand talent la pulsation de la Côte Est et les nuances qui faisaient mouche à l'Ouest. J'ai éprouvé en écoutant cette plage un genre de frisson qui m'avait déserté de longtemps. Et tout le disque est à l'aune de ce savant dosage, délicatesse et flamme, parole singulière et sens collectif constamment rejoué. Ici va souffler une légère brise latine, ailleurs on laisse donner le goût des ruptures et des surprises, mais en somme, de bout en bout, c'est une vraie réussite, et un vraiment bon groupe.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?2&v=_JeVf_Bn0qo

https://www.youtube.com/watch?v=h5g8eo7r1rc

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 11:54

Philip Catherine (guitare), Paulo Morello (guitare), Sven Faller (basse). Studio Seven. Juillet 2018. Enja.

 

Quand il se présente, Philip Catherine manque rarement de préciser, Philip, à l’anglaise, et Catherine avec un C. Histoire d’éviter la confusion avec le chanteur fantasque (et fantastique) Philippe Katerine. Le tout dans un sourire.

 

Il est comme cela, le guitariste belge né à Londres pendant la seconde guerre mondiale. Toujours l’air de prendre la vie du bon côté, de plaisanter. Mais quand il joue, finie la plaisanterie. C’est du sérieux, et du léger tout à la fois. Il a beau avoir partagé la scène avec Chet Baker, compter des dizaines de disques à son actif, Philip Catherine conserve cet allant juvénile qui n’en finit pas de séduire.  Il n’a pas besoin de faire ses preuves et d’épater la galerie. Il joue facilement quelque soit le répertoire.

Retrouvé à l’occasion d’un rangement dans ma pile de disques en cette période de retraite forcée, ‘Manoir de mes rêves’, en constitue une (plus que) parfaite illustration.  En trio à cordes, avec les jazzmen allemands Paulo Morello (guitare) et Sven Faller (basse), Philip Catherine se plaît à dérouler le fil de ses passions musicales dans un élégant désordre.

 


Après Django, l’une de ses idoles, honoré par l’une de ses compositions fétiches reprise comme titre de l’album, voici ‘Jardin d’hiver’ d’Eddy Louiss, ‘Recado’, air brésilien découvert lors de son travail avec Barney Wilen, et plusieurs chansons du patrimoine français signées Brassens (Bancs Publics), Michel Berger (Les Uns contre les autres), Henri Salvador (L’ombrelle et le parapluie, Pas encore). Un voyage musical qui donne à rêver et vient rappeler, si besoin en était, la force tranquille de Philip Catherine.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Jacky Lepage (www.jackylepage.com)
 

 

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 22:10

Alain Blesing (guitare), Bruno Tocanne (batterie)

Montpellier, 5-6 novembre 2019

Le Petit Label PL 059/ http://www.instantmusics.com/impermanence.html

 

Ce qui frappe, dès la première plage, c'est que l'on a affaire à des Artisans des musiques libres. Des Artisans d'Art, évidemment. Nul souci d'entrer par le fracas avec une bannière bien identifiable qui racolerait les esprits distraits dotés d'oreilles qui ne le seraient pas moins (distraites!). Alors on s'immerge, en confiance, et je dois dire que le voyage vaut le détour. Montée progressive des timbres et des sensations qu'ils provoquent ; curiosité croissante de l'auditeur qui cherche ses marques mais sent que déjà il va aimer ce qu'il n'a pas encore réussi à décoder (et c'est tant mieux!). Puis c'est un dialogue virulent entre guitare et batterie, comme la liberté des musiques du siècle (le siècle passé....) en engendra quelques-uns. Virulence du dialogue, mais force de l'expression, car c'est de cela aussi qu'il s'agit. Vient ensuite une sorte de cérémonie secrète, où les sons graves des tambours défient les éclats de guitare dans l'aigu. Puis l'on plonge à nouveau dans le mystère des sons d'outre-monde. Soudain l'on s'échappe en mélodie folky vers un ailleurs qui n'aurait pas dit son dernier mot, juste avant une brève énigme sonore qui nous dit que les étiquettes ne sont pas de mise. Et le voyage continue, bien au-delà de ce que ma pauvre tentative descriptive peut suggérer. Il a là du feu, de la passion, de la densité, de la pensée et du ressenti partagé, échangé, bref une forme d'humanité foncièrement musicale. Alors il ne vous reste plus qu'à plonger dans cet univers de sons riches de sens.

Xavier Prévost

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Un extrait sur Bandcamp

https://brunotocanne.bandcamp.com/track/limpermanence-du-doute

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 20:50

SHANG ZIMING QUARTET : « Bridge of soul »
2020
Christophe Monniot (saxs), Dezsö Olàh (p), Peter Olàh (cb), Shang Ziming (dms)

https://backl.ink/140221633

C’est une sorte de hasard qui fait bien les choses. Magnifiquement bien.
Juste un petit message sur Messenger de Christophe Monniot (mon idole de saxophoniste !) m’informant de l’album qu’il vient de publier sous le nom du batteur chinois Shang Ziming qui, je l’avoue humblement m’était jusqu’alors totalement inconnu.
Ne résistant pas à ma passion pour ce saxophoniste je me suis donc empressé d’ouvrir le lien qu’il m’avait envoyé et là ….. le choc mes amis ! Non, je vous jure, le choc !
Depuis quand n’avais-je pas entendu une formation de cette intensité, de cette force ? De ce genre de formation où tout semble aussi naturel qu’exceptionnel. Où ça joue comme jamais.
Quand tout, absolument tout se retrouve pour porter le jazz vers ses sommets !

Shang Ziming et les deux Olàh formaient déjà un trio ensemble, qui a tourné plusieurs fois en Chine. Ils se sont intéressés à Monniot après que ce dernier a enregistré « Density of Standards » sur le label hongrois BMC, sous le lead du père des musiciens tziganes hongrois actuels, Bela Szakcsi Lakatos. Une première rencontre s’est faite sur un répertoire écrit par Dezso Olah début février 2020 au festival de jazz de Budapest. Ces morceaux existant déjà sur le 1er album de Dezso. Dans la foulée le quartet enregistre à Budapest les 26 et 27 février 2020.

C’est un quartet de rêve dont il s’agit ici, mené par l’absolument incroyable batteur chinois, Shang Ziming (qui enseigne par ailleurs dans une grande université du nord de la Chine) et qui regroupe outre notre Monniot national, un pianiste hongrois absolument fabuleux (Dezsö Olah) et un non moins superlatif contre-bassiste Peter Oláh ( de la même nationalité mais sans lien de parenté).
À eux quatre, ils forment un véritable power quartet de très très haute volée digne des plus grandes formations de jazz. Où chacun pris individuellement y excelle tout en donnant force à un collectif hors du commun.
Il faut écouter sur ce bien mal nommé -30° la ligne de basse de Peter Olàh et le drive brûlant de Shang Ziming ( à écouter aussi, surnaturel sur Invisible door – mais d’où sort cet énergumène ? de l’espace assurément !).  Il faut entendre  l'intelligence du jeu du pianiste  Dezso Olàh sur Night in Budapest et encore les enluminures du batteur.
Ecouter aussi cette intelligence collective sur Dream theater emporté par la fougue de Monniot suivi l'apaisement lorsque le rideau tombe ( et toujours et encore ce drumming de folie  de très haute volée )
Et Monniot ! Vous dire encore et encore qu’il s’agit certainement, et selon moi du plus grand saxophoniste de la scène hexagonale. Capable de mettre le feu sur toutes les hanches.
Ecouter où il emmène son soprano sur - 30°. Avec une telle intensité cela devrait fondre vite !
Monniot exprime tout, toute la palette de ce qu'il peut exprimer. On l'entend chanter, s'échapper libre, rugir, caresser, pointer et piquer. Il y a de la fougue et du lyrisme maîtrisé. Grand saxophoniste !
Entre écriture et libres improvisations cet album témoigne avant tout d'une vraie rencontre entre des musiciens qui ont la musique en partage avec un sens du jazz en commun. Hors du commun. Grâce à Monniot nous découvrons ici des jazzmen que nous n'aurions certainement pas écouté sinon.  Non, le monde du jazz ne tourne pas autour des américains et de la France. Il franchit toutes les frontières. Merci de ce rappel.

A tous les programmateurs : quand le déconfinnement sera une réalité,  ne passez pas à côté de cette véritable révélation d’un immense groupe qui devrait mettre le feu sur toutes les scènes où il passera.
Choc absolu !
Jean-marc Gelin

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 17:26

Guillaume Orti, Stéphane Payen (saxophones altos)

Quincerot (Yonne), juin 2006 & octobre 2019

Diatribe Records DIACD 029 / https://shop.diatribe.ie/album/volume-i

 

L'aboutissement de 25 années de collaboration musicale dans de multiples contextes (le collectif Hask, le groupe Thôt....), et l'expression éloquente d'un goût vivace pour l'engagement musical, la quête de l'inouï et le goût du risque. Le résultat est éloquent. Il balaie l'ensemble des champs musicaux d'ici et d'ailleurs, d'un fragment de L'Offrande Musicale de Bach revisité comme terrain de jeu jusqu'aux rêves harmolodiques d'Ornette en passant par tous les jeux de rythmes, de timbres, de formes établies et de formes conquises sur le vertige de l'instant. Un duo suscité par une pièce composée pour eux par le guitariste David Lacroix (la dernière plage du disque), et qui s'est nourri au fil des compositions et des improvisations de ce goût de «faire musique ensemble», pour aboutir, 15 ans plus tard, à ce disque publié par le label Diatribe Records de Dublin. Il y a là tout ce qui fait le prix d'une musique, entre le goût du jeu, la passion de communiquer et de vibrer, et le désir ardent de faire chaque fois, si c'est possible, un bond vers l'inconnu et l'avenir. Passionnant, de bout en bout.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr ici

https://shop.diatribe.ie/album/volume-i

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 16:22

Mirtha Pozzi (percussions mutiples : tambours, métaux, objets sonores, mots, bruits vocaux...)

Alfortville, sans date

NowLands TAC 017

 

En prélude, une partie des mots du percussionniste Pablo Cueco, compagnon de route de Mirtha Pozzi, dont quelques sons électro-acoustiques ont alimenté 4 des 16 plages du disque, et qui signe le texte du livret : «Il faut savoir choisir ! 'On n'est pas obligé de tout dire, partout, à chaque fois' comme dit Mirtha Pozzi... Le musicien n'est ni omniscient, ni omnipotent et ne peut être partout à la fois. On ne peut pas jouer tout, partout tout le temps. Il doit parfois aussi laisser ses oripeaux et bagages sur la rive et se plonger dans les eaux turbulentes d'une musique inconnue. Inouïe jusqu'alors. 'Toute licence en art !' dit-on...»

On ne saurait rêver meilleure propédeutique pour l'écoute de cette musique, afin d'en respecter l'absolue singularité. Quatre séquences de quatre plages où s'entremêlent des objets sonores, conçus selon des modalités différentes, et issus de quatre pièces distinctes en quatre parties : Musique mixte, Claviers de sons indéterminés, Poèmes sonores et enfin CUIK-PLAK-TRI-GÜAMIK. Au-delà de ce projet structurant, le cheminement d'une liberté où le préconçu croise l'improvisé, avec une sensation de constante liberté, et ce qu'il faut d'audace. En prime, l'insertion de quelques fragments de poésie sonore signés Bernard Réquichot et Hugo Ball. Voyage sonore, aventure perceptive, émois inédits, tout y est, sous le signe d'une pulsation tantôt tendue, tantôt ténue, toujours intense jusque dans la retenue. Et la prise de son, signée Christophe Hauser, est remarquable. Que dire de plus : un voyage, pour exister, doit être accompli, même un voyage onirique ; alors : ATTENTION AU DÉPART !

Xavier Prévost

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Quelques avant-ouïr

https://www.youtube.com/watch?v=nRWAIzXSflE Tzimx »

https://www.youtube.com/watch?v=z_3ycDPhk3s

https://www.nowlands.fr/tzimx-mirtha-pozzi/

 

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 11:31
MUSIC FROM THE EARLY 21st CENTURY  PREVITE/ SAFT/ CLINE

MUSIC FROM THE EARLY 21ST CENTURY

 

BOBBY PREVITE/ JAMIE SAFT/ NELS CLINE

RARE NOISE RECORDS

www.rarenoiserecords.com

 

https://www.rarenoiserecords.com/releases/music-from-the-early-21st-century/

 

 

 

 

J’aime les albums de Bobby Previte, de Jamie Saft… A chaque nouvelle production sur le très singulier label Rarenoise records, j’écoute et ne suis jamais déçue, me demandant s’ils vont se renouveller ou si dès l’intro, on retrouvera leur marque? Un peu de ces deux sensations me parcourent en ces temps étranges et leur dernière production, enregistrée l’an dernier, colle à l’ambiance surréelle de ces temps de confinement.

Le titre fait immédiatement écho à la pochette du 21st century schizoïd man de King Crimson (1969), cette musique rock progressive qui a laissé une empreinte forte dans ma mémoire. A bien y réfléchir, jusqu’à la fin de l’écoute, je me dis que c’était une fausse piste. Et pourtant…

La photo de la pochette cette fois induit une autre image, celle du film, FIRST MAN de Damien Chazelle sur l’aventure spatiale avec une B.O étrange au theremin, éminemment mystérieux. Jusqu’ à ce que j’apprenne que c’est la photo du téléscope spatial HUBBLE qui révèle des galaxies en train de naître, les plus proches étant bien résolues, les autres presque des points. On les voit telles qu’elles étaient alors, plus jeunes, plus actives, un miroir magique!

Qu’en est il de la musique de ce jazz trio avec orgue, ainsi étiqueté pour faire vite, où trois sorciers d’un son planant font un va et vient stylistique sur une bande étroite cependant! Les titres très énigmatiques, voire "nonsensiques" s’enchaînent : “Paywall” plus dub qu’hard rock, “Parkhour” avec la guitare à fleur de cordes, fulgurante et énergique de Nels Cline, le mini moog de Jamie Saft et une belle ligne de basse. “The Extreme Present”, plus familier, tisse une trame obsédante aux motifs répétitifs. “Totes” a une langueur rêveuse, jamais inconsistante.

Ces trois musiciens expérimentateurs, maîtres du son et de la technique vont ainsi improviser sur dix pièces assez longues, pensant à une éventuelle postérité? Comme une bouteille à la mer, ils jettent leur musique dans la galaxie. Pour l’instant, nous n’en sortons pas indemne de ce son sourd, mat, une musique hors sol et hors âge. Universelle? Le fredon du futur que nous ne connaîtrons pas?

Une matière travaillée, affinée, organique aussi qui peut  être caressante et mélancolique, ouatée dans cet “occession” déroutant; les bougres, ils arrivent à nous communiquer leurs sentiments. La forme fait sens. On aimera aussi “The New Weird” comme en demi teinte, où la guitare pose la mélodie, mène la danse, avant que l’orgue Hammond ne la rejoigne. Le trio sort de la brume en un fin crescendo, plus de dix minutes avant que la musique ne se perde en un murmure, dans les limbes? Comme en live. Un live où le dernier larron, Bobby Previte, que l'on ne présente plus, qui s'était intéressé dans un album de 2001 aux 23 Constellations de Joan Miro  est merveilleux dans ce groove un peu différent, apocalyptique de “Machine learning”.

Y-a t-il un effet du hasard? Cette musique d’un formidable power trio ne pouvait tomber mieux en ce moment….. Strange days….

Sophie CHAMBON

 

 

 

 

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 17:13

Nulle intention, malgré l'accroche visuelle, de faire référence au célèbre film de JLG. Rien que le clin d'œil générationnel d'un désormais vieux cinéphile qui, juste avant 1968, s'enthousiasmait autant pour Godard que pour Albert Ayler, Coltrane, Pharoah Sanders, Ornette Coleman, André Hodeir ou le disque «En Liberté» de Martial Solal.... Bref déjà un indécrottable guetteur de nouveaux émois esthétiques et d'émotions fortes. Alors, en ce premier semestre, le chroniqueur a tendu l'oreille vers quelques nouveautés états-uniennes glanées dans une production aussi pléthorique là-bas que dans notre vieille Europe.

WILL VINSON «Four Forty One»

Whirlwind Recordings

 

Le premier coupable est un saxophoniste alto (et soprano), le Londonien de New York Will Vinson, avec un projet singulier mais très pluriel : des rencontres avec cinq pianistes parmi les plus prestigieux : Sullivan Fortner, Tigran Hamasyan, Gerald Clayton, Fred Hersch & Gonzalo Rubacaba. Et presque autant de sections rythmiques différentes, avec la crème des bassistes et des batteurs. Au final un beau catalogue d'excellence, auquel manque ce soupçon de flamme qui nous consumerait. Deux exceptions peut-être : les rencontres avec Sullivan Fortner, où l'on sent percer le goût du risque, et celles avec Fred Hersch, où s'installe un vrai lyrisme. Un peu décevant donc, au regard de l'ambition d'un tel échantillon.

 

DELFEAYO MARSALIS & Uptown Jazz Orchestra «Jazz Party»

Troubadour Jass Records

 

Le quatrième rejeton de la dynastie Marsalis (dont le patriarche, Ellis Marsalis Jr., est mort le 1er avril 2020) est un tromboniste plein de verve. Avec un copieux big band, et une brochette de vocalistes du meilleur aloi, il fait une belle plongée dans un jazz assez classique, avec ce qu'il faut de résurgences néo-orléanaises, une constante effervescence, et même une excursion funky ; avec aussi, en prime, une plage torride qui fait revivre les folies mingusiennes. Un régal sans œillères !

Un avant ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=OjjXg1KuZaI

et sur AllMusic

https://www.allmusic.com/album/jazz-party-mw0003339021

 

GORDON GRDINA SEPTET «Resist»

Iragabast Records

 

Un pas de côté jusqu'au Canada anglophone, avec un disque enregistré à Vancouver, et publié sous le label de l'États-Unien Jon Irabagon. Un septette qui combine le East Van Strings qui associe Gordon Grdina (guitare) à un trio à cordes, et un trio contrebasse, batterie, avec les saxophones de Jon Irabagon. Une musique très singulière, qui combine jazz très ouvert, musique savante façon début du vingtième siècle, et aussi plus contemporaine : très dense, plutôt neuf et audacieux, et assez passionnant.

 

JASON PALMER «12 Musings for Isabella»

Giant Step Arts

 

Avec Mark Turner, Joel Ross, Edward Perez & Kendrick Scott, le trompettiste nous propose 12 rêveries inspirées par des peintures dérobées en 1990 au musée Isabelle Stewart Gardner de Boston : Degas, Rembrandt, Manet, Vermeer.... et aussi la tradition graphique chinoise. Une porte ouverte vers un monde multiforme où le souci de la forme demeure constant. Une incontestable réussite esthétique et musicale, servie par des solistes improvisateurs de haut-vol. Bravo !

Xavier Prévost

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à paraître le 1er Mai

KARUNA TRIO :Adam Rudolph, Ralph M. Jones, Hamid Drake «Imaginay Archipelago»

Meta Records

https://www.youtube.com/watch?v=6nBT2-OY1y0

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(prévu le 8 mai ) SORTIE REPORTÉE au 5 JUIN

MARIA SCHNEIDER «Data Lords»

ArtistShare

disponible exclusivement sur https://www.mariaschneider.com

https://www.artistshare.com/Projects/Experience/1/510

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à paraître le 15 mai

WALTER SMITH III & NATHAN STEVENS «In Common 2»

Whirlwind Recordings

https://www.youtube.com/watch?v=CMsNaIe8JZE&feature=youtu.be

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à paraître le 19 juin

RUDRESH MAHANTAPPA «Hero Trio»

Whirlwind Recordings

https://www.youtube.com/watch?v=c9PMsGLYNgk

 

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 14:36

Avishai Cohen (trompette, synthétiseur, effets), Uzi Ramirez (guitare), Yonatan Albalak (guitare, guitare basse), Aviv Cohen (batterie), Ziv Ravitz (batterie, échantillonnage)

Pernes-les-Fontaines, août 2019

ECM 2680 / Universal

 

Je l'avoue, et je le confesserais même volontiers, si un relent de religiosité dans telle expression ne m'en dissuadait, j'aime la musique d'Avishai Cohen, sa façon d'incarner la musique tout en la nimbant d'un atour exquisément abstrait. Je l'écoute sur disque, j'ai eu le bonheur de le voir (et de l'entendre !) en concert et, pour céder à une familiarité non exempte de vulgarité, 'je suis client'. J'étais donc curieux de découvrir ce nouveau groupe et cette nouvelle escapade esthétique. Le terrain, étendu autant qu'escarpé, balaie l'univers pop-rock, ses descendances et ses écarts. Belle production, netteté sonore, on navigue dans un univers dont le flou est absent. Les compositions du trompettiste, dont deux sont aussi travaillées par l'influence du producteur chez qui le groupe a répété en Israël, révèlent un souci mélodique constant, avec ce qu'il faut d'échappées où l'improvisation se libère. Une synthèse en somme entre ce qui semble être le projet spécifique du groupe et sa prestation.

Dans Teardrop de Massive Attack, je ne retrouve pas le côté organique et lyrique tout à la fois qui m'avait un peu séduit dans la version d'origine, même si ce n'est pas la musique qui me captive. En revanche, au fil de l'impro d'Avishai Cohen, un renfort d'expressivité exacerbée parvient à me transporter. J'aurais trouvé la reprise de la quatorzième Sonate, dite Clair de Lune, de Beethoven, un peu niaiseuse, malgré ses légères inflexions mélodiques, si elle n'était sauvée dans l'improvisation par quelques hardiesses surexpressives. Et l'onirisme sonore de certaines plages m'a charmé. Donc, malgré ces quelques réserves et frustrations, je serai heureux d'écouter ce groupe en concert dès que possible. Hélas pas de date française dans la salve annocée du 30 avril au 8 mai (si le virus l'autorise), mais peut-être une escapade à Tournai/Doornik, en Flandre belge, pas loin de Roubaix et du Pévèle chers à mon cœur, le 2 mai. L'espoir fait (re)vivre.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube  

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 01:07

Kurt Elling (voix), Danilo Perez (piano et fender Rhodes), Clark Sommers (contrebasse), Chico Pinheiro (guitare), Miguel Zenon (saxophone alto), Jonathan Blake (batterie), Rogero Boccato et Roman Diaz (percussions). Studio Sear Sound. New York. Edition Records/UVM.

 

Nous avions quitté Kurt Elling avec un album engagé, ‘The Questions’ (Okeh-Sony Music), qui lui valut le Prix du jazz vocal de l’Académie du Jazz 2018 et le Prix du chanteur de l’année au referendum 2019 des lecteurs de Downbeat ... Un cri d’alarme : « Nous devons dans cette époque effrayante et perplexe relever un défi politique, idéologique », nous avait-il alors confié.

 

Aujourd’hui, le baryton de Chicago revient -pour un label anglais indépendant, Edition Records- avec une œuvre pleine de sérénité, toujours marquée du sceau de la poésie, ne serait-ce que par des hommages à des poètes et écrivains états-uniens, Franz Wright, Robert Bly, Toni Morrison.

 


Kurt Elling s’est alloué la complicité du pianiste Danilo Perez, coproducteur du disque et présent sur chacun des onze titres, formant un tandem tout en harmonie. Le chanteur nous fait apprécier un phrasé délicat, élégant, maîtrisé. L’entente entre Kurt et Danilo atteint un sommet dans ‘Stays’, une pièce de Wayne Shorter que le pianiste connaît bien, membre permanent du combo du saxophoniste. Le saxophoniste portoricain invité Miguel Zenon amène une touche latino bienvenue (Beloved) dans un album qui respire la classe de bout en bout.

 


Jean-Louis Lemarchand.

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