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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 21:15

Naïve 2019

Stephane Belmondo (bg, tp, accdn), Sylvain Luc (g)

Ce n'est pas le tout de savoir dialoguer. Encore faut il savoir communier et partager.
Le trompettiste Stephane Belmondo et le guitariste Sylvain Luc se connaissent assez et depuis de longues années pour que cela leur soit aussi naturel que de respirer, de converser. Leur première rencontre en duo date de 20 ans déjà avec l'album AMESKERI. Il y a 20 ans ils s'etaient trouvés à 2h du matin au Baiser Salé (le club Parisien de la rue des Lombards) et avaient joué jusqu'à l'aube.

Entre eux cette histoire est une histoire d'amitié et de musique, et cela s'entend. Fusionnel.
Alors, en toute intimité ces deux-là ont une conversation douce. C'est de velours qu'ils se sont habillés. Et c'est un peu comme une danse à laquelle ils se livrent, ensemble ou séparément dans un chassé croisé en mouvement.
A l'exception de 2 titres signés Philippe Sarde et Stevie Wonder, l'ensemble de l'album a été composé par l'un ou l'autre des protagonistes.
L'astmosphere est ici tamisée et le son  capiteux. Ils se font chanteurs et contre-chantent. Avec le tact et la précision des artisans chacun apporte sa patte  avec une infinie délicatesse en soignant le son et en prenant garde à laisser l'espace à l'autre.
Ils y varient les plaisirs entre la mélancolie (Melancholy of Rita), une valse africaine, des espaces electriques et lunaires Milesien (2.0) ou des couleurs argentines (émouvant  Mort d'un pourri où Belmondo quitte le bugle pour l'accordéon, son premier instrument ) ou encore un blues (On the same road).
Cet album signe une nouvelle étape dans ces multiples rencontre entre le trompettiste et le guitariste qui ont tous les deux en commun d'avoir chacun marqué à leur façon l'histoire du jazz hexagonal.
A deguster lentement et à en extraire toute la douceur.
Jean-Marc GELIN

 

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 17:03

Yvan Robilliard (piano, piano électrique, synthétiseur), Laurent David (guitare basse, effets), Éric Échampard (batterie)

Meudon, 3-5 juillet 2018

Klarthe Records KRJ 021 / [PIAS]

 

Un voyage dans l'espace interstellaire, tel qu'il nous donne à voir la terre mère et son satellite, 'gros caillou brillant' : c'est le concept. Au-delà du discours d'escorte censé conférer au projet son identité, la musique nous parle. Musique de pianiste bien sûr, mais pleinement musique de trio, avec une indéniable communauté de langage entre Laurent David à la guitare basse et Éric Échampard à la batterie, cohésion au service des tourneries effrénées d'Yvan Robilliard, dont le piano passe la rampe, non dans le souci de briller mais par une sorte d'urgence irrépressible. Dès la première plage on se laisse emporter, et les accalmies lyriques ne sont que des reflets, en creux, du maelström. La petite danse de la plage 2 n'est qu'un prélude au groove qui suit, porteur d'un délicieux parfum fusion seventies. Et très vite ça barde. Les inclusions de documents sonore d'Apollo 11 dressent le décor mais la musique nous a déjà fait décoller. Sons technologiques du piano électrique et du synthé, émulation pressante du tandem basse-batterie, tout nous porte vers un horizon lointain. Mais l'espace distille aussi son lot d'excursions rêveuses. De plage en plage, la musique nous dépayse, ou peut-être nous déterritorialise, en tout cas on marche et on suit le trio dans ses pérégrinations musicales. Beauté du piano, méditatif, de la plage 7, avant une inclusion somme toute anecdotique d'Appolo 11, puis la voix parlée de Coltrane en leitmotiv rythmique autant qu'onirique d'une version très renouvelée de Naïma. Encore un délicieux parfum des années fusion (mais avec une effervescence rare) pour le thème qui donne à l'album son titre, puis un retour méditatif, avant de conclure par un groove très hancockien. Beau voyage en somme, dans l'imaginaire, voyage immobile qui fait pourtant vraiment décoller.

Xavier Prévost

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Le trio est en concert le jeudi 10 octobre 2019 à Paris, Studio de l'Ermitage

 

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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 18:18

Annie Ebrel, Stella Vander, Pierre-Michel Sivadier, Mike Ladd (voix), Sophia Domancich (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Michel Edelin (flûtes), Vincent Lê Quang (saxophones), Emmanuel Bex (orgue), Simon Goubert (batterie, claviers)

Malakoff, 4-8 & 13 juin 2018

Seventh Ex-tension Records EX 16 / Berthus

 

Le jardin secret de Simon Goubert, que l'on a écouté de longtemps à la batterie dans les contextes les plus divers, mais aussi parfois au piano, et même au vibraphone dans un groupe de Joëlle Léandre. Celui qu'on adorait en trio avec Michel Graillier et Alby Cullaz, ou avec Sophia Domancich et Jean-Jacques Avenel, en duo avec Sophia, ou encore à la tête de ses propres groupes, nous révèle avec ce disque sa passion pour la voix (les voix) : voix de théâtre, de chant médiéval, classique, baroque ou traditionnel, voix du slam, et bien sûr du jazz (Billie Holiday....), de la soul music.... Il déploie ici son rêve, qui de phantasme est devenu réalité, avec la voix bretonne d'Annie Ebrel (sur des textes de Pierre-Jakez Hélias), la voix américaine (et les textes) de Mike Ladd, voix poétique de Pierre-Michel Sivadier, voix d'évasion onirique de Stella Vander, le tout mis en espace sonore par les complices instrumentaux de longue date, ou de plus fraîche connivence. Et Simon tel qu'en lui même, dans la finesse percussive comme dans l'explosion dionysiaque, et aussi aux claviers qu'il chérit et sait dompter. Pour ces voix d'élection il a composé des musiques, sur lesquelles ensuite ses partenaires ont écrit ou choisi des textes. Nous verrons, dit-t-il.... Eh bien c'est tout vu : un disque totalement singulier et absolument réussi, une œuvre d'artiste qui se livre à nous dans toute l'étendue de ses multiples talents.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=1UOVoQxGXvc

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 16:16

 

WALLACE RONEY «Blue Dawn – Blue Nights»

Wallace Roney (trompette), Emilio Modeste (saxophones ténor & soprano), Oscar Williams II (piano), Paul Cuffari (contrebasse), Kojo Odu Roney (batterie),

invités : Lenny White (batterie), Quintin Zoto (guitare)

Englewood Cliffs (New Jersey), septembre & décembre 2018

HighNote Records HCD 7318 / Socadisc

 

Si j'en crois le Chicago Jazz Magazine, c'est le 22ème disque en leader du trompettiste. Il a été enregistré, comme une bonne part des précédents, au studio de Rudy Van Gelder. Il vient nous rappeler que Wallace Roney est bien autre chose que l'épigone de Miles que nous inflige notre mémoire, notamment la vidéo de ce tragique concert de Montreux à l'été 1991, à quelques semaines de la mort de Miles qui avait accepté de faire, sous la direction de Quincy Jones, ce qu'il avait toujours refusé : jouer la musique de son passé, en l'occurrence les magnifiques séances avec Gil Evans. Le regard de détresse de Wallace Roney, doublure de Miles, et jouant au côté les de son génial aîné les notes que celui-ci peinait à émettre, paraissait nous dire 'pourquoi ai-je accepté de participer à cette mascarade', ce regard m'a ému jusqu'au larmes (larmes de honte et de rage) quand j'ai vu ces images sur un programme nocturne d'une télévision française.

Wallace Roney donc, par et pour lui-même, entouré de jeunes musiciens (dont son neveu, un batteur âgé de 15 ans, le fils du saxophoniste Antoine Roney), avec aussi sur trois plages le concours en invité d'un déjà vétéran, le batteur Lenny White. Répertoire composite : un standard du groupe Toto (Don't Stop Me Now, que jouait aussi Miles), une compo de Lenny White, un thème de Dave Liebman (New Breed), et des contributions du pianiste et du saxophoniste du quintette ; le leader leur a laissé la main et n'a pas apporté ses compositions. Mais il a inscrit au programme Why Should There Be Stars, un thème qu'il avait joué, en accompagnateur (avec aussi Geri Allen) dans une disque de la chanteuse Mary Stallings voici près de 15 ans (et qu'il me paraît jouer ici en pensant à The Peacocks, le chef-d'œuvre de Jimmy Rowles). La musique est profondément vivante, un peu à l'ancienne, en ce sens que l'on semble avoir privilégié l'esprit du live plus que la production sophistiquée. Tous ont voix de soliste, et le chorus du leader s'efface parfois dans les brumes du mixage (New Breed). Je ne sais pas pourquoi, mais en l'écoutant je pense parfois à Art Farmer et à Booker Little. Bref c'est un (très) bel et bon disque de jazz.

Xavier Prévost

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Le quintette sera en tournée cet automne : à Limoges le 15 novembre, à Saint-Malo le 16, et à Paris (Sunside) les 22 & 23

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Un extrait sur Soundcloud

https://soundcloud.com/highnote-savant-records/bookendz-from-blue-dawn-blue-nights

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 15:31
LES QUATRE VENTS  Perrine Mansuy, Christophe Leloil , Pierre Fenichel, Fred Pasqua

LES QUATRE VENTS

Perrine Mansuy(p), Christophe Leloil (tp et bugle), Pierre Fenichel (cb), Fred Pasqua( dms).

Label Laborie LJ56/ Socadisc

Sortie le 27 septembre.

 

Cinquante septième disque de Laborie, label découvreur de talents d’ Emile Parisien à Yaron Herman, de Paul Lay à Anne Paceo, Les quatre vents est sorti la semaine dernière, pendant le festival de l’ERMIJAZZ, au Studio de l’Ermitage (Paris 20 ème). Perrine Mansuy a déjà deux CDs à son actif avec le label limougeot, Vertigo Songs en 2011 et Rainbow Shell en 2015. Elle apparaît donc logiquement comme le fil conducteur de ce nouvel album.

Mais Les Quatre vents est aussi un collectif sudiste, créé en 2017, qui travaille avec la structure marseillaise Arts & Musiques. Normal, puisque les musiciens qui le constituent, s’ils ne sont pas tous marseillais d’origine, habitent à présent dans la cité phocéenne, et dans le même quartier, qui plus est. Le vent dont il est question pourrait-il être ce bon vieux mistral qui libère le ciel des nuages et autorise ce bleu si pur? Ou comme dans le titre du contrebassiste Pierre Fenichel, “Libeccio”, ce vent chaud, venu du sud, de Corse. Toujours la Méditerranée. Mais il n’est pas question sous les cieux de cette “mare nostrum” d’exalter le tragique mais la libre circulation du souffle (en l’occurrence, celui de Christophe Leloil, à la trompette) et des échanges animés entre ces quatre voix complices et complémentaires. Pas de leader en effet, leurs 9 compositions, de durée sensiblement égale, ont une cohérence qui puise dans une énergie  commune inspirée des éléments, l’eau, l’air, mais aussi le feu, selon leurs humeurs et tonalités.

Parti sur un tempo rapide, Christophe Leloil caracole en tête sur “Time eats up alive”, pune composition de la pianiste qui souligne la frénésie,  l’agitation inutile de notre temps...Le rythme s’adoucit avec “Kin hin”, délicieuse ballade aux cordes enveloppantes de Pierre Fenichel, arrimée par un chorus de sa contrebasse subtile, à la deuxième partie de ce qui constitue une petite suite “Prima Luce”.

Les énergies libérées se déploient dans plusieurs directions dans une musique généreusement expansionniste qui donne à chacun espace et liberté. Un jazz toujours vif avec les interventions agiles, brillantes de Christophe Leloil, qui stratosphérise volontiers de ses aigus clairs, tranchants, puissants. Même s’il est capable de pianissimos voluptueux, le trompettiste normand, Marseillais de coeur à présent, prend des chorus volontiers solaires, soutenu par le drive rebondissant, continu de Fred Pasqua qui doit décidément aimer les trompettistes puisqu’il joue aussi beaucoup avec Yoann Loustalot. C’est le seul des quatre à ne pas avoir donné (encore) de compositions au groupe mais il a su trouver sa place et se couler dans l’esprit de ces camarades de jeu.

La musique se crée dans l’instant sous leurs doigts experts: une sérénité teintée de mélancolie dans les variations de Perrine Mansuy, parfois encline à la contemplation comme dans les miroitements de sa “First Light on Muskoka”, qui traduit ses impressions d’un soleil levant sur un lac canadien. La pianiste fait entendre une voix de plus en plus affirmée, lyrique sans oublier d’être aussi percussive.

Voilà une musique de grande fluidité mélodique, se révélant pleine d’élan et d’allant jusqu’au final, une "chanson" de la pianiste “West of the Moon”(clin d’oeil au “East of the Sun, West of the Moon?”).

Une aventure collective réussie à qui l’on prédit un bel avenir, avec Laborie, “au sud du nord”, en quelque sorte…

 

Sophie Chambon

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 11:49

 

Jacky Terrasson (piano, clavier, chant), Thomas Bramerie, Géraud Portal, Sylvain Romano (basse), Ali Jackson, Gregory Hutchinson, Lukmil Perez (batterie). Recall Studio, Pompignan, 12-19 juin 2019. Blue Note-Universal.

 

Une séquence rétro pour commencer : le premier concert de Jacky Terrasson qui me revient en mémoire eut lieu en 1996 au New Morning pour les 15 ans du club fondé par Eglal Farhi, disparue ces derniers jours. Le pianiste y jouait aux côtés d’un maestro de la basse, Ray Brown.  Peu après le lauréat du prix Thelonious Monk  surprit le milieu du jazz par une version toute pacifique de La Marseillaise qui aurait du plaire à Jacques Chirac, fan de musiques militaires et de Frank Sinatra.

 

L’actualité du pianiste franco-américain, c’est la sortie de son quinzième album en leader, intitulé simplement 53, pour rappeler son âge (il les fêtera le 27 novembre prochain). Comment marquer les esprits après trois décennies sur scène ? Jacky Terrasson  est revenu à la formule classique du trio (« celle où je me sens le plus libre ») tout en proposant uniquement ses propres compositions, si ce n’est une évocation brève (moins de 90 secondes) du Requiem de Mozart (Lacrimosa).


Pour mettre tous les atouts de son côté, le pianiste a retenu trois rythmiques différentes. Au gouvernail, Jacky Terrasson mène son équipage avec une main ferme, véloce, et un lyrisme séduisant.  Un hommage de belle manière à quelques maîtres (Ahmad Jamal dans le titre d’ouverture, ‘The Call’, Keith Jarrett dans ‘Kiss Jannett for Me’),  des accents bop, funky, pop :  en seize titres bien concentrés, le pianiste transmet à chaque note une jubilation de haut vol.  La classe !

 

Jean-Louis Lemarchand

 

En concert : le 4 octobre à La Rochelle, le 30 novembre au festival Jazz au fil de l’Oise, le 7 décembre à Bordeaux et le 12 décembre au New Morning (Paris).

 

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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 19:07

MIGUEL ZENON : «  Sonero, the music of Ismael Rivera »
Miguel Zenón (as); Luis Perdomo (p); Hans Glawischnig (cb); Henry Cole( dms)
Miel Music 2019

Un peu décevant.
Aïe, pas sur la tête ! On a bien conscience qu’en se montrant un peu déçus par ce nouvel album de Zenon l’on risque de se mettre à dos tout le fan club du saxophoniste porto-ricain. Et de fait, s’il a les apparences d’un petit bijou qui ne manquera pas de séduire, ce nouvel album de Zenon nous lasse néanmoins un peu sur notre faim.

Bon, (re)disons le tout net : Miguel Zenon est un saxophoniste au lyrisme superlatif ! La cause est entendue. L’un des plus grands. Ce qu’il livre ici met la barre très très haut dans l’inspiration lyrique des grands saxophonistes. Il faut dire qu’il y a des sujets qui l’inspirent et semblent le porter aux tripes. C’est qu’il est toujours dans une sorte de quête identitaire Miguel Zenon et qu’il ne cesse en effet de jeter des ponts entre le jazz et ses origines portoricaines. Et ceci album après album.
Ici, c'est de la musique du chanteur-compositeur Ismael Rivera (1031-1987) dont il s'agit.
Et dans ce registre, il faut bien le dire, Zenon est un alchimiste pour transformer en jazz la musique de ses propres racines.
Avec une fougue et un souffle Parkerien, le saxophoniste fait ainsi s'envoler les volutes mélodiques dans une sorte de monologue intérieur et néanmoins passionné.
Ca brûle autant que ça caresse, ça emporte dans un flot d’émotion intérieure. Ca embrase.

Mais parce que cette quête identitaire est une affaire personnelle, Miguel Zenon en devient un poil égocentré, ne livrant pas une musique ouverte et offerte mais laissant libre cours au plaisir très intime de l'improvisation lyrique. Miguel Zenon est certes un saxophoniste parkerien mais sa mise en avant occulte parfois la force d'un groupe qui pourtant est composé de trois autres musiciens de haute volée. Et c’est ce discours intérieur qui nous place parfois dans la position de spectateur ébahis, envahis mais étranger à cette histoire distanciée.
Jean-Marc Gelin

 

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 08:06

 

 

John Coltrane, saxophone ténor, McCoy Tyner, piano, Jimmy Garrison, basse et Elvin Jones, batterie. Van Gelder Studios. Englewood Cliffs. NJ. 24 juin 1964.

 

Tout amateur de Coltrane sait que l’année 1964 fut historique dans la carrière du saxophoniste. Celle qui vit l’enregistrement de Crescent le 25 avril (« l’album le plus lyrique et apaisé » de Trane, selon Nicolas Fily, in ‘John Coltrane, The Wise One’. Editions Le Mot et le Reste. 2019) et de Love Supreme, le plus gros succès du saxophoniste (600.000 copies vendues à ce jour) le 9 décembre.

 

Ayant échappé à la plupart des exégètes, une séance est restée dans les studios de Rudy Van Gelder, celle du 24 juin au cours de laquelle le quartette majeur de Trane enregistra pour la musique d’un film du réalisateur canadien Gilles Groulx, ‘Le Chat dans le Sac’.


55 ans après, Impulse sort l’intégrale (37 minutes) de cette séance dont 10 minutes seulement avaient été utilisées dans ce film visible aujourd’hui sur YouTube. L’intérêt est indéniable même si les thèmes joués figurent parmi les classiques de Coltrane tels Naima (2 prises présentées) ou Village Blues (3 prises) et que l’enregistrement n’atteint pas la qualité habituelle du maître Van Gelder.
Le quartette de Trane était bien à son sommet, après trois années de coopération fructueuse et studieuse.

Une demi-heure de plaisir intense, marqué par la sérénité de l’ex ténor en colère.

 

Jean-Louis Lemarchand
   

 

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 10:41

DAL SASSO BIG BAND : «  The Palmer suite »
Jazz & People 2019
Julien Alour ( tp, fgh), Joël Chausse ( tp, fgh), Quentin Ghomari (tp, fgh), Jerru Edwards (tb), Denis Leloup (tb), Bastine Stil (tuba), Dominique Mandin (as, fl), Sophie Alour (ts, cl, fl), David El-Malek (ts), Thomas Savy (ts, clb), Christophe Dal Sasso (fl, dir), Pierre DeBethmann (p), Manuel Marchès (cb), Karl Jannuska (dms)


Une suite riche que signe-là Christophe Dal Sasso. Un peu ampoulée parfois tant les revirements rythmiques et harmoniques sont nombreux, foisonnants et qui nous perdent de temps en temps, en mal de lignes conductrices. La musique évolue entre classicisme à la Française ( on pense aux frères Belmondo dont Dal Sasso est très proche) et les grandes suites du jazz (Ellington ou Marsalis).
Sauf que la ligne mélodique se perd au milieu des méandres harmoniques. Et le swing peine sur plusieurs titres à trouver sa place. Mais il s’agit d’un all-stars et les solistes sont là, hyper concentrés et font le job peut être impressionnés par l'environnement majestueux de Château Palmer, le célèbre domaine viticole du Bordelais qui s'est fait une tradition de marier le jazz et le vin depuis quelques années.
Le travail est néanmoins remarquable. Un vrai travail d'assemblage pareil à celui des vignerons amoureux de leur art. Et il y a ce temps de « jazzification » qui ne se donne pas à ceux qui boivent leur vin d'une traite mais à ceux qui prennent le temps d'en savourer les couleurs, les arômes et des goûts. Et c'est lorsqu'il évoque le Plus Grand des Domaines que Dal Sasso met des bulles dans son vin et  le transforme  (sacrilège chez Palmer).....en champagne pétillant.
Avec Dal Sasso pas de jazz linéaire et prévisible. Il fait de l'assemblage et y mêle pas mal de références du jazz orchestral : Duke, Thad Jones voire même Schiffrin parfois. Velouté souvent, tanique parfois il se déguste comme le vin. A ceux qui savent découvrir qu'après l'attaque c'est une explosion de saveurs et d'arômes pour qui prend le temps, non pas de boire mais de déguster. Les saveurs se juxtaposent en contrepoints et la jambe est souvent longue lorsque les lignes s'etirent (Une transition douloureuse). Il y a quelques notes épicées portées par des solistes au sommet comme ce morceau de bravoure à la clarinette basse ( Thomas Savy) sur La saga des feres Pereire.
Et le tout relevé par quelques épices et un drumming incroyable et haut en couleurs de Karl Jannuska.
« The Palmer Suite » raconte l’histoire de ce domaine Bordelais et fait de cet album un grand cru dans l’oeuvre de Dal Sasso.
Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 21:18

Ramona Horvath (p), Nicolas Rageau (cb)

L'été c'est bien ! Il y a des albums que l'on reçoit durant l'année et que l'on met de côté en se disant qu'on les écoutera quand on aura le temps. Et l'été on a le temps.
C'est comme ça que j'ai découvert une petite pépite à laquelle je n'avais pas vraiment prêté attention : l'album de la pianiste Ramona Horvath en duo avec le contrebassite Nicolas Rageau.
Et finalement cet album, ben voyez-vous il ne m'a pas quitté de toutes les vacances !
Je le connais par coeur. J'en connais toutes les modulations et tous les renversements d'accord. Totalement sous le charme.

Ramona Horvath est une pianiste roumaine sortie du conservatoire de Bucarest il y a quelques années et qui, depuis 2010 a fait de Paris sa terre d’élection. Ramona n'est certes pas une révolutionnaire du jazz et son coeur penche du côté des classiques : Duke Ellington et Billy Strayhorn, Bill Evans, peut être aussi Chet Baker et tous les standards de Broadway. Je jurerai même qu'elle a dû écouter un jour le remarquable et ignoré Phineas Newborn.
Nicolas Rageau, on le connait mieux. Vieux briscard de la scène jazz nourri aux mêmes influences avec une petite touche de NHOP ( enfin, je crois), il fut un moment un pilier du Smalls, le petit club mythique de New-York.
Tous les deux se sont trouvés. Remarquablement trouvés.
Leur album on l'a dit ne révolutionne rien. Mais Dieu que c'est bon !
Avec une rare élégance, un phrasé aérien et léger, un sens de la réinvention des thèmes (avec fidélité toutefois), et un placement rythmique d'enfer, Ramona Horvath respire le jazz. Il faut l'entendre caresser le swing au fond du temps sur le Sucrier Velours (Duke), le faire légèrement rebondir sur la pulse profonde de Nicolas sur Drop me off in Harlem (Duke toujours dont Ella livra une bien belle version). Prenez cette version enjouée de Pennies From Heaven lancée sur une fausse piste avec l'intro de But not for me et sur laquelle Ramona fait preuve de la légèreté du swing. Ou encore ce beau thème de Bill Evans, My Romance réharmonisé à sa façon sans jamais trahir.
Ramona et Nicolas s'écoutent, s'attendent, se devancent  avec une parfaire osmose.
Il faut écouter leur communion sur Esmeralda et cette musicalité de Ni comas Rageau qui fait chanter sa contrebasse.
Au final cet album est un pur moment de plaisir de bout en bout.
On vous l'a dit, il respire le jazz !

Jean-Marc Gelin

 

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