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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 16:36

Edyson prod. 2018
Laurence Saltiel (vc), Patrick Villanueva (p), Benoit Dunoyer de Segonzac (cb)


Laurence Saltiel est rare. Trop rare. Et, par là même nous est précieuse.
Il y a déjà une petite dizaine d’année, elle publiait un album dans lequel il était beaucoup question de Bill Evans. Nous entendions alors ses versions de Waltz for Debby ou de My Romance comme jamais nous ne les avions entendu chantées.
Mais depuis ce temps, Laurence Saltiel, très engagée dans la pédagogie à laquelle elle se consacrait corps et âme, avait un peu disparue. Elle revient aujourd’hui en affirmant haut et fort qu’elle est avant tout une grande chanteuse. Et une chanteuse libre, pas prête du tout à se laisser enfermer dans une case de type «  chanteuse de jazz » et hop, emballé c’est pesé.
Car Laurence Saltiel c’est l’amour d’un triptyque indissociable : le chant, la musique et le texte dont aucun de ces trois piliers ne saurait prévaloir sur l’autre.
Qu’elle s’appuie sur les talents de paroliers comme ceux de Lili Chane, qu’elle écrive elle-même les paroles de quelques titres, qu’elle reprenne quelques sublimes titres ( comme le Throw it away d’Abbey Lincoln), qu’elle chante en français, en espagnol ou en anglais, Laurence Saltiel y met à chaque fois son pesant d’âme.
On pleure avec Laurence. On rit aussi avec elle comme sur ce texte drôle et magnifique ( Crime de sang) sorti tout droit d’un univers à la Perec. On jazz avec elle ( Peace again). On s’attendrit à ce très beau et très émouvant texte (Petite Fille) qui mesure le poids des ans passés depuis Waltz for Debby et qui résonne comme l'un des plus bel hommage rendu aux femmes.

Mais avec Laurence Saltiel, la poésie tutoie toujours le swing qu’elle porte comme une seconde peau avec ce mélange de délicatesse, de groove avec un petit air de ne pas y toucher mais qui au final vous fait prendre le beat du bout de la semelle ou en dodelinant de la tête. La richesse expressive de la voix de Laurence Saltiel touche à la perfection, jamais apprêtée et visant au plus juste de l'émotion.
Ses compères font la paire. Benoit Dunoyer de Segonzac maître du tempo et gardien du temple est un compagnon de longue route, tout comme Patrick Villanueva qui ramène son swing élégant.
Ces trois-là sont en phase. En emphase.

Laurence Saltiel chante comme un remède à la mélancolie, comme une façon de dire que toujours la vie, même lorsqu’elle peut nous faire violence, même lorsqu’elle se défend à coup de poings, est belle.
Laurence Saltiel, ivre de vie, est une chanteuse libre, farouchement libre qui prend le vent et nous embarque avec elle.
Jean-Marc Gelin

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 21:57

Jazz Family 2018
Geraud Portal (cb), Cesar Poirier (as), Luigi Grasso ( bs), Quentin Ghomari (tp), Vahagn Hayrapetyan (p), Kush Abadey (dms) + Lauent Courthaliac (p), Joe Sanders (cb)


Manifeste ! Cela sonne comme un manifeste : faisons écouter Mingus à nos enfants ! Let my children hear Mingus. Et puis d’ailleurs, je vais vous dire, pas que les enfants. Les adultes, les ados, les vieux, les mourants et les naissants : du Mingus pour tout le monde !

Faut dire, lorsque l’on entend ce double album hommage au contrebassiste de Nogales ( Arizona) on se dit forcement que la musique de Mingus, ses colères, ses coups de folies, ses coups de génie, ses coups au plexus devraient être obligatoire et pas seulement dans les écoles de musique.

Geraud Portal s’empare de son sujet avec une gigantesque gourmandise rabelaisienne, armé d’une équipe de tueurs prêts à mourir sur la scène du Duc des Lombards à Paris. Enregistré le 15 et 16 décembre 2017, ce concert fait partie de ceux auxquels on regrette amèrement de ne pas avoir assisté. Quel con, j’aurais dû y aller ! Car tout dans cet album tutoie les sommets et l’on pense en un clin d’oeil au Mingus Big Band qui, avec d’autres moyens lui rend un hommage hebdomadaire dans un club de New York.
Ici  une dizaine de titres phares de la mythologie Mingusienne avec ces célèbres titres à rallonge en passant par O lord don’t let them drop that atomique bomb on me, Orange was the color of her dress  then blue silk, the shoes of the fisherman’s wife are some jive ass slippers, mais aussi bien sûr Fables of faubus ou encore Moanin.
Et pour réciter ce bréviaire de la mort qui tue, Géraud Portal et ses acolytes allument la mèche explosive de ces thèmes d’anthologie et renversent le club parisien cul par dessus tête. Gérard Portan en chef de meute, sonne la charge entouré de ses banderilleros prêts planter leur banderilles. Et ça joue grave, et ça envoie du petit bois et ça décape sévère avec un Luigi Grasso en tête qui se montre juste Enoooorme au baryton.
Ce hommage Mingus ne digresse pas, ne triche pas, ne réinvente pas Mingus mais joue tout simplement sa musique avec les tripes et le talent en bandoulière.
Totalement jouissif !
Jean-Marc Gelin

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 18:57

 

Marjolaine Reymond (voix, électronique, compositions, arrangements), Bruno Angelini (piano, piano électrique), Denis Guivarc'h (saxophone alto), Olivier Lété (guitare basse), Christophe Lavergne (batterie), Régis Huby (premier violon), Clément Janinet (second violon), Guillaume Roy (alto), Marion Martineau (violoncelle), Julien Dubois , Christophe Monniot (arrangements)

Rochefort, 7-9 avril 2017

Cristal Records KPC2017 / Sony Music

 

La compositrice-chanteuse revient, toujours dans un registre inclassable, avec une œuvre très aboutie. Mêlant jazz, rock progressif, musiques électro acoustique et répétitive, poésie, théâtre et mythe de diverses époques, elle a construit un objet musical d'une absolue singularité, en forme de polyptyque à entrées multiples et détours labyrinthiques. Le quatuor à cordes dialogue avec l'électro-acoustique, la voix fait écho au saxophone, les poèmes d'Emily Brontë, Elizabeth Browning et Emily Dickinson s'insèrent dans un univers peuplé de mythes antiques, de bestiaires médiévaux et d'échappées futuristes. Difficile de décrire en détail ce paysage aussi maîtrisé que foisonnant. Une sorte de superproduction cinématographique, mais pour l'oreille. Les jeux rythmiques de la génération Steve Coleman (plusieurs de ses partenaires sont des orfèvres en la matière), les harmonies (avec ou sans les cordes) qui traversent toutes les métamorphoses du vingtième siècle, ce sens de la pulsation qui concilie le meilleur du jazz et du rock, bref ces libertés insolentes font de cet objet sonore à identités multiples une sorte d'art total tel que l'on s'est mis à le rêver, de façon totalement déraisonnable, depuis le milieu du dix-neuvième siècle. Ne cherchez pas l'étiquette qui conviendrait à cette chimère surgie d'un riche imaginaire musical : de la musique, rien que de la (très bonne) musique. Et si, cédant aux démons taxinomiques ou référentiels, j'avoue que son étrangeté me rappelle ce qui me ravissait chez Jacques Thollot à la fin des années 70, c'est juste pour exprimer le plaisir que j'ai eu à m'immerger dans cet outre-monde musical.

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert le 22 juin à Paris au Studio de l'Ermitage

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=kaWBelVjWdk

https://www.youtube.com/watch?v=sG5zwmUGndI

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 14:59

 

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette), Christophe Marguet (batterie), Manu Codjia (guitare électrique), François Thuillier (tuba)

Rochefort, juillet 2017

Cristal Records CR 260 / Sony Music

 

Le disque a paru en avril, mais je l'ai gardé au chaud pour le chroniquer à l'approche du concert parisien de présentation, le 9 juin. Le deux co-leaders jouaient déjà ensemble, voici 25 ans, dans le trio du batteur (avec Olivier Sens à la contrebasse). Je garde un souvenir très vif de leur participation, victorieuse, avec ce trio, au Concours National de Jazz de La Défense en 1995. Depuis ils ont suivi leurs itinéraires singuliers, tout en se retrouvant régulièrement, y compris dans les groupes d'autres leaders. Leur connivence est maximale, et pour ces retrouvailles ils ont choisi deux fortes personnalités, pour lesquelles ils ont tissé un répertoire de compositions originales qui alternent strictement, sous la signature de l'un puis de l'autre, au fil du CD. Le choix de l'instrumentation (très inusitée) est déterminant : le tuba s'impose par ses fondations pulsatoires, mais aussi comme soliste par l'insigne virtuosité de François Thuillier ; et la guitare conjugue la richesse de ses harmonies avec les solos enflammés de Manu Codjia. C'est sensible dès la première plage, signée par le Christophe Marguet, dont le groove puissant n'érode pas le lyrisme, lequel ne craint pas le paroxysme. Le thème suivant, composé par Sébastien Texier en évocation de Cinecitta, fleure bon la mélodie transalpine, en s'offrant aussi la liberté d'une montée en tension des plus vives. La troisième plage, The Same But Different, paraît hantée par le fantôme de 'Round Midnight, avant de décoller en vertige rythmique. Et le voyage continue, entre des thèmes à la segmentation escarpée (Travellers, le bien nommé) et des mélodies sinueuses sur tempo pacifié (Peace Overtures), sans oublier le tremplin de voltige pour le tuba (Hurry Up) ou la guitare (Eddie H). D'un bout à l'autre, un très très bon disque bâti sur un répertoire totalement en phase avec les membres du groupe : une grande réussite.

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert à Paris le samedi 9 juin 2018 au Triton (Les Lilas, Seine-Saint-Denis)

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=_xjlLmcJKLI


 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 11:22
JEAN BAPTISTE BERGER    PERSUASIVE

JEAN BAPTISTE BERGER

PERSUASIVE

Jazz Us / Inouïe Distribution

 

www.jeanbaptisteberger.com

Jamais titre n'a été mieux choisi pour tenter de définir la musique du saxophoniste Jean Baptiste Berger et de son quintet européen, avec des complices belges, luxembourgeois, italien, le leader se partageant aussi entre son Reims originaire et Avignon. Son travail s'est élaboré à partir du désir de travailler avec ces musiciens, frères de musiques et de pratiques, rencontrés lors de concerts ou de festivals, Lorenzo di Maïo (guitare ), Igor Gehenot (piano) qui a remporté les octaves 2018 en Belgique, Tommaso Montagnani (contrebasse) ou encore Jérôme Klein (batterie), complice du précédent CD, Cadillac Palace. Ils ont accroché au projet, compris et entendu sa musique, la faisant sonner de façon inespérée, s'insérant dans une forme où le collectif compte, une oeuvre ouverte à l'autre et à sa perception. L'enregistrement s'est alors fait au centre Césarée de Reims après trois jours de résidence. 

A la première écoute, dès l'ouverture "Black Pattern", la mélodie coule avec une belle fluidité, très accessible. Mais cela mérite d'y revenir, de réécouter pour découvrir que cette étrange familiarité joue un autre jeu, un double jeu. C'est une musique simple en apparence mais sans compromis dont les subtilités (accords, mesures impaires) ne se laissent pas découvrir immédiatement ; elle gagne alors en épaisseur au fur et à mesure des écoutes, traçant de subtiles variations. JB Berger définit sa "grille" au travers de pièces-signatures d'identité et de références/influences, sans se laisser enfermer pour autant par une étiquette précise. 

Il a passé quatre années d'affinage, en somme, à réfléchir pour mettre au point ce qu'il voulait faire entendre : toujours en recherche pour élaborer une musique écrite, construite pour chaque voix du quintet, travaillant sur les tessitures, sans privilégier pour autant les solos.  D'une structure rigoureuse, donnant l'impression d'une création continue, cette architecture de sept pièces, plutôt longues qui prennent le temps de se développer, construit un discours éloquent et cohérent. Un quintet "aux petits oignons" avec un pianiste subtil, au phrasé délié ( "Elbowdy") qui, jamais n'en fait trop, pas du genre effusif avec cascade de notes. Pas de contorsions ni de stridences free non plus du leader au ténor, qui se fond même par moment dans la rythmique, qui danse lentement sur cette "Pavane" évoluant du rêve au dialogue. S'élèvent ainsi des voix harmonisant la lisibilité de l'ensemble, d'où le groove (d'une rythmique essentielle, discrètement efficace) n'est jamais bien loin, comme dans ce "Romy et Lucien" de plus de dix minutes."Jackday" est une chanson pop, mélodie où résonne une guitare lyrique et retenue à la fois. Jamais trop exaltée, elle passe d'une transe rêveuse à de belles envolées sur " Le jardin des esprits" final, un jardin aux sentiers qui bifurquent, où guitare, sax ténor, piano sont d'une nerveuse élégance sans oublier de respirer.

Voilà une authentique déclaration d'amour au jazz à laquelle on ne restera pas insensible. Convaincant, on vous disait!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 11:24
ICHIRO ONOE MIYABI

 

ICHIRO ONOE

MIYABI

Sortie le 7Juin Promise Land / Socadisc

Concert de présentation Jeudi 7 juin au Sunside Paris

Geoffrey Secco (saxophone)

Ludovic Allainmat (piano)

Matyas Szandai (contrebasse)

Ichiro Onoe (batterie)

 

Le japonais Miyabi peut se traduire en français par "raffinement", "élégance" : le ton est donné pour qualifier la musique du batteur japonais Ichiro Onoe qui vit depuis longtemps en France, à Paris.

Virtuosité et énergie réjouissantes, goût de la mélodie caractérisent ce musicien trop confidentiel dont les fûts sonnent et résonnent de façon mystérieuse, introduisant ce tour ou "twist" asiatique, cette façon inimitable d'utiliser par exemple les tambours traditionnels japonais dans la composition titre "Miyabi".

Amour et tradition d'un jazz pratiqué avec exigence, jamais réfuté (le bebop essentiellement) par un quartet fidèle, complice qui s'est déjà illustré dans le remarqué Wind Child. Avec un sens évident du jeu collectif, ce groupe offre une grande variété de nuances au sein des sept pièces qui touchent immédiatement tant cette musique reste accessible. Et pourtant la simplicité n'est qu'apparente. Des intonations mélancoliques du ténor (formidable) parcourent ce "Despite all", ballade que le martèlement audacieux du batteur zèbre d'élans lumineux. Les superpositions d'accords, les brisures rythmiques avec de soudains silences composent un chant profond et grave, inoubliable. Ichiro Onoe imprime aussi une "Life pulse" indispensable dans une musique qui advient, dans l'instant, balayant la nostalgie que pourraient installer les douces modulations, les irisations tendres du piano ("No regret"). Cet album éveille des souvenirs, tendant un miroir d'ombres insistantes, fulgurantes, une fenêtre ouverte sur les paysages intérieurs du leader.

 

Sophie Chambon

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 18:30
FIDEL FOURNEYRON  ANIMAL

 

FIDEL FOURNEYRON

Animal

Fidel Fourneyron (trombone, compositions)

Joachim Florent (contrebasse), Sylvain Darrifourcq (batterie)

 

Sortie d'album le 25 mai sur ONJ Record /l'Autre Distribution

ONJ Fabric accompagne l'album ANIMAL

http://www.fidelfourneyron.fr/projet/animal/

 

Le tromboniste leader Fidel Fourneyron (actuel ONJ Benoît) aime jouer en trio, on se souvient de sa relecture brillante d' Un Poco Loco. Et avec sa formation, il place la barre haut, jamais à court d'idée pour illustrer son sujet, parvenant à rendre très lisible cette partition qui pourrait partir dans tous les sens. Haute tenue et teneur musicale pour ce programme qui n'est pas la visite guidée d'un zoo, mais se prête aux élucubrations dans huit pièces plutôt enlevées. C'est que le choix de la thématique justifie ces exercices de style, où les instruments, variant nuances et atmosphères, rendent toute la gamme ou presque de sonorités animales.

Ils ne sont que trois (trombone, contrebasse et batterie) mais ils constituent une véritable ménagerie en liberté, qui n'est pas de verre, croyez-moi. Fantaisie, imagination, humour au pouvoir pour célébrer nos amis les bêtes. Evidemment la tentation est grande de suivre le portrait musical de chaque animal ainsi illustré : si le "singe" de l'ouverture virevolte de liane en liane, le "chat" plus feutré, prêt à l'attaque, voudrait bien se jeter sur la "souris" qui s'est heureusement réfugiée plus loin dans le programme. Ce serait trop facile! La "fourmi", toujours industrieuse, tire sur des cordes (très africaines, une kora malienne?) et le chant de la "baleine" est le sonar qui la guide dans l'onde sous-marine. Le "bison" rumine ... Le trombone passe par tous les états, utilisant tous les registres possibles : du son le plus gouleyant à l'attaque la plus vibrante, sans oublier sforzando, glissando, vibrato, feulement, hoquètement. Fidel Fourneyron sait se lover dans la chair musicale de ces petites pièces sur mesure. Un vrai chant d'amour pour cet instrument si proche de la voix humaine.

A partir d'une idée de départ assez farfelue, le trio avance avec élégance et cohérence, avec jubilation même : l'exécution est précise, la mélodie toujours accessible, le rythme intense, le swing impressionnant jusqu'au "loup" final...L'album qui a la bonne longueur s'écoute d'un trait et on en redemande. Galvanisant!

 

Sophie Chambon

 

FIDEL FOURNEYRON  ANIMAL
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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 17:50

Philippe Milanta. Wash,

Philippe Milanta, piano solo.

Studio -Cordibay, Chérisy. 27-29 décembre 2012. Camille Productions/Socadisc.

Non, il n’y a pas de coquille sur la pochette. Cet enregistrement de Philippe Milanta date bien de décembre 2012. Par un de ces (heureux) hasards de la production discographique, ces séances sortent seulement aujourd’hui. De l’eau a coulé sous les ponts, l’Elysée a changé de locataire, mais Philippe Milanta a conservé cette fluidité qui contribua largement au succès de ses deux précédents albums « For Duke and Paul » (pour Ellington et Gonsalves), en duo avec André Villéger (prix du jazz classique de l’Académie du Jazz 2015) et « Strictly Strayhorn » en trio avec le complice Villéger et Thomas Bramerie, basse (2017). En sauvant de l’oubli cet enregistrement de 2012, Michel Stochitch (Camille Productions) complète ainsi son œuvre éditoriale consacrée au pianiste en le présentant en solo. L’exercice est toujours déroutant et permet de révéler la personnalité du pianiste, sans aucun filet face à son clavier. Philippe Milanta évolue avec aisance dans le répertoire de Duke Ellington et le démontre ici dans un pot-pourri –Solitude, In a Sentimental Mood, A Single Petal of Rose-enrichi d’un extrait de Reflets dans l’eau de Debussy. Une même délicatesse élégante caractérise cette heure de musique quasiment consacrée aux compositions du pianiste. Il n’est pas question ici d’épater la galerie ni d’exposer sa science.  Nous sommes près de la confidence et chacun est invité à prêter l’oreille et à s’abandonner au charme discret,  désuet,  tout simplement classique du piano de Philippe Milanta.
Jean-Louis Lemarchand
En concert le 30 mai au Sunside (75001) à 21 h.

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 11:07

Dom 2018
Olinka Mitroshina (p, vc), Georges Guy (g) + Serge Haessler (tp), Marine Thibaut (fl), Pascal Pistone (p) Thescam (elect)

Fascinating rhythm, Nice work, I got rhythm, But not for me, It ain’t necessarily so etc… autant de monuments de Broadway et de Guerswhin qui ont alimenté les meilleurs pages du real Book.

Inusable matière au jazz et… au blues.

Lorsqu’en septembre l’on s’apprêtera à fêter les 120 ans de la naissance du compositeur, les manières de lui rendre hommage seront délicieuses lorsqu’elles s’exprimeront sous la voix et l’inspiration d’Olinka Mitroshina.
La chanteuse et pianiste, droit venue de ses terres russes ( qui savent ce que le blues veut dire) et que l’on commence à voir et à entendre animer les jams sous les voûtes des caves parisiennes , embrasse son sujet avec un délice gourmand avec une pointe de désuétude qu’elle noie dans sa propre modernité.
Il y a chez Olinka une sorte de truc amoureux avec ces grands standards et avec l’une des plus grandes interprètes du blues, la grande, l’immense , l’incommensurable Bessie Smith. Alors Olinka ne l’imite pas ( ce serait fou !) mais s’en inspire. Que ce soit  sur Bess, you is my woman now ou encore sur ce Bessie’s mood écrit des mains de la chanteuse).
Tout dans les arrangements respire l’amour du blues. Qu’il s’agisse du blues du delta ou de celui (autre subtilité) qui vient de ses digressions comme thème d’étude sur I got rythm qui avec une intelligence malicieuse jette des ponts entre le classique ( à la mode Ravel) et le ragtime. Jerry Roll Morton dit pas mieux !

Parfois Olinka pose ses doigts sur la piano avec talent et avec l’énergie qui vibre. Parfois elle ajoute par-ci par là une touche hyper discrète d’électrique, parfois le son d’un trompette qui chante avec elle. Et puisil y a aussi la guitare de Georges Guy comme sortie tout droit du Delta.
Et puis au delà de ces arrangements, il y a cette voix, grave comme il faut , un peu crade parfois comme il convient au blues lorsque celui-ci vous colle aux basques et flotte dans des vapeurs d’alcool et de trucs pas corrects. Une voix avec ses modulations qui charrient l’histoire de cette musique, comme on porte son bagage léger, son jean préféré ou ses souvenirs d’amoureux perdus. Il y a de l’âme dans cette voix. Et une sacrée personnalité ( écoutez bien l’album jusqu’au bout, une surprise vous attend à la fin du chemin :-) )
Cet album s’écoute en boucle. Je ne m’en lasse pas. Il m’a fait voyager aux confluents du Mississipi , il m’a fait voyager dans les bouges de Chicago, il m’a fait voyager dans le temps dans lequel notre monde restait pourtant bien présent, il m’a fait voyager immobile mais léger.
Parce que dans cet album il est question de joies, de peines, de larmes.
De blues , quoi !
Jean-Marc Gelin

 

OLinka Mitroshina anime tous les jeudis soirs la jam du Port Du Salut. Prochain concert le jeudi 31 mai à 21h45....

 

 

 

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 10:04

 

Fabrice Martinez (trompette, bugle), Fred Escoffier (piano, claviers), Bruno Chevillon (contrebasse, guitare basse), Éric Échampard (batterie)

Paris, février 2016 & Meudon, septembre 2017

ONJ Records JF007 / l'autre distribution

(CD simple & double Vinyle)

 

Un belle idée : réenregistrer, en acoustique, un répertoire qui a été capté, et publié, en version électrique. La matière du disque originel («Rebirth», publié en 2016) avait été produite au studio Ferber. Pour cette relecture unplugged, cela s'est fait dans la Chapelle Saint-Philippe de Meudon. Parti pris très acoustique, donc. Les 8 premières plages donnent les versions 'Reverse', sans électricité ni électronique, du disque «Rebirth». C'est très éloquent, comme une réflexion philosophique sur le même et l'autre, l'identité et l'altérité. Mais cette philosophie-là est incarnée, enracinée dans la matière sonore, qu'elle soit sans artifices technologiques ou au contraire nimbée dans ses atours électro-numériques. Il y a plusieurs manière d'écouter le disque : analytique, en allant chaque fois chercher la version électrique pour la rapprocher, avant ou après, de l'acoustique ; ou au contraire hédoniste, en s'immergeant dans la continuité du CD, sons 'naturels' d'abord, puis sons 'technologiques'. J'ai testé les deux modalités d'approche, et très honnêtement je serais bien incapable de privilégier une approche plutôt que l'autre, d'autant que mon choix initial (l'ordre du CD) conditionne déjà ma perception, et ma réception. Donc vous savez ce qui vous reste à faire : écouter le disque pour vivre cette riche expérience. Quoi qu'il en soit, plugged ou unplugged, la musique est sans arrêt intensément présente, nous rappelant, si nécessaire, que dans le sentiment esthétique l'art et la technique ne sauraient se confondre. Nous rappelant aussi que Fabrice Martinez est décidément un musicien de haut vol, et qu'il serait tragiquement irresponsable de le négliger, fût-ce par distraction !

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera, pour la sortie du disque, le 28 mai 2018 à la Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin, au même programme qu'un autre groupe qui publie également un nouveau CD sous le label ONJ Records, celui du tromboniste Fidel Fourneyron. Fabrice Martinez et son groupe 'Chut !' joueront également le 31 mai à Quimper, au Théâtre de Cornouaille

 

Infos et extraits sur le site de l'ONJ

http://www.onj.org/record-label/fabrice-martinez-chut-rebirth-reverse/

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