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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 11:01

PIERRE DE BETHMANN: «  Essais - Vol.2 »
Aléa 2018
Pierre de Bethmann (p), Sylvain Romano (cb), Tony Rabeson (dms)


Pour son volume 2, Pierre de Bethmann nous revient avec un petit bijou ! Un de ces monument dans l’exercice du trio jazz qui fera date sinon dans les belle pages de cette histoire, du moins dans la carrière du pianiste.
Il y a tout dans cet album ! Alors par quoi commencer ? Faut il parler de l’évidence qui semble couler sous les doigts du pianiste, qui s’exprime toujours dans la mesure et dans l’élégance ? Faut il parler de ce sens inoui de l’improvisation ? Sur des thèmes parfois connus, Pierre de Bethmann est ainsi capable de nous emmener sur des terres ignorées. Ainsi sur Je bois, de Boris Vian où le pianiste va loin, très loin sans jamais nous perdre un instant. Et que dire de cette façon de transcender l’anodin. De transfigurer de jolies mélodies ( Belle île en mer) qu’il amène au jazz avec brio. On avait déjà entendu un belle version jazz du Chant des Partisans dont Giovani Mirabassi en avait fait une belle oeuvre ( «  Avanti !). Pierre de Bethmann l’amène encore ailleurs.
Et il ne s’interdit rien, Pierre de Bethmann, Jusqu’à faire de Lascia La Spina ( de Haendel tiré de l’opéra Almira) une sorte de standard.
Il y a chez Pierre de Bethmann une forme d’explorateur des thèmes qu’il va fouiller dans les moindres recoins harmoniques pour se les approprier complètement. Toujours ancré dans les racines du jazz, qu’il joue en trio ou en solo, Pierre de Bethmann exprime ici un sens de l’improvisation intelligent et heureux à la fois. En l’entendant je pense à des illustres aînés comme Sony Clark, Red Garland ou comme Phinéas Newborn. Et parfois, osons-le du Bd Powell comme sur cette version de Miss Ann ( de Dolphy). C’est peu dire !
Et puisque l’on parle du trio, il faut souligner aussi le rôle incroyable de Tony Rabeson qui ose et prend des risques, qui bouscule aussi. Depuis combien de temps n’avait t-on pas entendu un batteur qui affirme autant sa présence sans dénaturer le trio, osant un jeu de cymbales comme un Jack de Johnette flamboyant ?
On vous le dit, il y a tout dans cet album. Il fera date.
Jean-Marc Gelin

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 08:48

Inouïe Distribution 2018
Olivier Hutman (p), Yoni Zelnik (cb), Tony Rabeson (dms)


Il n'y a pas si longtemps Yael Angel avait un rêve S'attaquer à un répertoire bop réputé difficile.
C’est son amour pour cette musique qui l’a amené sur les traces de Trane, de Monk, de Shorter, Miles Davis et de tout ceux qui ont su faire du jazz, une musique aux harmonies complexes portée par le swing.
Et Yael n’a pas froid aux yeux et même une sacrée dose de culot pour s’attaquer à ces monstres sacrés et à ces thème souvent réputés inchantables au point de vouloir se les approprier et de mettre ses propres paroles sur des thèmes souvent complexes. So what revisité, Round midnight fascinant  ou encore Ophélia qui revit.

Dans son graal figure d’ailleurs le regretté Jon Hendricks qui reste en la matière une sorte de monstre sacré ( avec ses compères Lambert & Ross ou encore des Double Six).
Mais pour parvenir à ce beau travail le courage ne suffit pas. Il lui fallait aussi de grands talents d’arrangeuse et de direction pour mener à bien ce projet.
Mais cela ne suffisait pas non plus. Car pour faire chanter le jazz, encore faut il être ….une vraie chanteuse. Une chanteuse libre, capable de toutes les prises de risque. Une chanteuse prête à assumer son propos jusqu’au bout. Un interprète décomplexée. Une chanteuse libre.
Et c’est bien de cela dont il s’agit dans ce premier disque de Yael Angel où la chanteuse se permet à peu près tout. Interprète de ses propres paroles ( essentiellement en anglais), elle monte des les aigus avec un brin de folie, descend dans des graves à la sensualité envoûtante, scatte mais pas trop, emballe son monde et se met au service des merveilleux musiciens qui l’accompagne.
Comme souvent pour un premier disque, il y a la tentation de trop en faire. Mais comment aller au bout d’un projet un peu dingue sans risque ? Sans provoquer les émotions ?
On aimera ou pas mais  au bout du compte le pari est réussi. Celui d’un album qui surprend, qui interpelle et fait parler de lui.
Yael Angel ne va pas révolutionner le bop avec cet album. En revanche elle redonne  au bop chanté des lettres de noblesse. Celle du chant osé.
Chapeau !
Jean-Marc Gelin

 

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 11:41
Jean Michel Bernard plays Lalo Schiffrin
Jean Michel Bernard plays Lalo Schiffrin
Cristal Records / Sony Records Entertainment
sortie 19 janvier 2018
www.cristalrecords.com
 
 
Cristal records réunit deux passions, le jazz et le cinéma via la musique de films. Le nom de Stéphane Lerouge, l'auteur de notes de pochette très substantielles, comme on les aime, n'est pas inconnu de ceux qui s'intéressent aux bandes originales et aux compositeurs au cinéma. Il faudrait aussi rendre hommage à l'infatigable Thierry Jousse qui ne perd jamais une occasion de parler de cinéma à la radio, sur France Musiques, dans Ciné tempo actuellement, le samedi à 13h.  C'est dans une autre émission disparue aujourd'hui, sur cette même chaîne, Cinéma Song que j'ai entendu la musique de Jean Michel Bernard pour la première fois. Ce talentueux pianiste/compositeur/orchestrateur  est reconnu par ses pairs,  de Ray Charles avec lequel il a tourné en quintet de 2000 à 2003 et évidemment  de Lalo Schifrin qui le considère comme un "soul brother", ce qui n'est pas rien. En France, c'est avec les films de Michel Gondry qu'il a commencé à se faire entendre ( La Science des Rêves et le formidable Soyez sympas, rembobinez, dont le générique trotte encore dans ma tête).
Vous saurez tout en allant sur le site de ce musicien pour musiciens, quasiment inconnu du grand public.
 
Pour l'heure, ce CD porte essentiellement sur un projet visant à reprendre en les réinterprétant les thèmes fameux de Lalo Schifrin, son idole et modèle. Il arrange les orchestrations des musiques de film composées par le pianiste argentin, l'un des plus importants compositeurs d'Hollywood, élève de Messiaen. On entend donc les thèmes de Bullitt, L'inspecteur Harry, Luke la Main froide, les Félins, Le Kid de Cincinnati, car Schifrin a entretenu des liens étroits avec Don Siegel, Clint Eastwood, John Boorman, Norman Jewison, Sam Peckinpah... Puisque les séries tendent à supplanter les films dans le coeur du public, rappelons-nous des génériques de séries-culte des années soixante et soixante dix : le survitaminé Mannix avec son roulement de tambours et timbales dès l'ouverture sur split screen.http://www.bing.com/videos/search?q=jean+michel+bernard+youtube+mannix&view=detail&mid=2F6B23DEEA2013517B072F6B23DEEA2013517B07&FORM=VIRE
 JM BERNARD reprendra en clôture ce thème si énergique, au piano seul, dans une relecture intimiste, ballade à quatre temps. Mission Impossible est incontournable. Avec Mannix, voilà bien "deux Everest d'efficacité et de sophistication mêlées". 
Egalement musicien de jazz, Lalo Schifrin a été l'un des accompagnateurs privilégiés du grand Dizzy Gillespie pour lequel il a composé la suite "Gillespiana" en 1961. On retrouvera avec plaisir les thèmes "Manteca" et "Chano" en hommage au percussionniste cubain des années quarante, à l'énergie atomique, Chano Pozo, pour veiller au respect de la note afro-cubaine. Quand Schifrin parle de JM Bernard comme de son "double", c'est que, chez ses musiciens, n'existe aucune ségrégation entre les styles de musiques mais un éclectisme savant, une interpénétration ludique et jouissive.  Des surprises aussi comme cette version vocale de The Fox, "the Night", chantée par l'épouse de JM Bernard, Kimiko. Pour réaliser ce CD, Jean Michel Bernard a fait appel à une belle et fine équipe, des musiciens classiques, d'orchestre (dont un corniste), des jazzmen formant "un combo abrasif" avec Pierre Boussaguet et François Laizeau en section rythmique. De nombreux invités dont Lalo Schiffrin lui même sur 3 titres, Kyle Eastwood sur "The Dirty Harry Suite" évidemment, le violoniste Laurent Korcia sur un tango épicé... la crème de la crème...
Point besoin de faire de longs discours, mettez ce disque dans votre lecteur et vous embarquez pour une heure de musiques et d'images qui ont bercé notre imaginaire. Une musique lumineuse ancrée dans l'harmonie jazz et dans les rythmes latins, ainsi que la tradition classique. Une vision de la musique joyeuse et réfléchie. Tout ce qu'on aime...
 
Sophie Chambon   
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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 10:55

Enrico Pieranunzi (piano), Mads Vinding (contrebasse), Alex Riel (batterie)

Copenhague, Jazzhouse, 11 novembre 1997

Stunt STUCD 17072 / Una Volta Music


 

Sous titré «Mads Vinding Trio Live in Copenhagen 1997», c'est un enregistrement de concert contemporain du disque publié par le même label sous le nom de Mads Vinding et intitulé «The Kingdom (Where Nobody Dies)», disque qui avait connu une belle reconnaissance. Ce trio est en effet exceptionnel, qui associe le pianiste italien à deux figures danoises de la scène européenne : Mads Vinding, l'un des contrebassistes favoris de Martial Solal, et de bien d'autres ; et Alex Riel, qui a joué avec plusieurs générations de jazzmen américains, de Don Byas et Ben Webster à John Scofield en passant par Bill Evans, Kenny Drew, Dexter Gordon, Jackie McLean, Wayne Shorter.... C'est dire que l'on est en présence de Maîtres de l'idiome, qui pourtant ne se contentent pas de rejouer l'histoire dans sa version formolisée. C'est très vivant, dès les premières secondes, avec une version de Yesterdays qu'inaugure une introduction mystère et qui prouve, une fois de plus, que l'on peut jouer les standards sans redonder. C'est un enregistrement sur le vif, avec la liberté que procure ce type de circonstance, et les trois partenaires ne se privent pas de l'espace offert par ce contexte. Standards, oui, mais au sens large, avec ce standard du jazz créé par son compositeur, Gary Peacock, dans l'un de ses premiers disques en leader («Tales of Another», 1977) dont le pianiste était.... Keith Jarrett : il s'agit de Vignette, dans une vision renouvelée qui n'a rien à envier à la version princeps. Après une relecture incroyablement inventive de Jitterburg Waltz, le trio s'offre un détour par une très belle composition de Pieranunzi, avant de replonger dans les classiques : My Funny Valentine (version revisitée, et avec de beaux contrepoints) , My Foolish Heart (métamorphosé aussi), et de conclure sur une chanson assez peu jouée par les jazzmen (parmi lesquels Coltrane, Tal Farlow, Laurent Coq.... et Pieranunzi déjà en 1984), If There Is Something Lovelier Than You, de Howard Dietz et Arthur Schwartz (et non de Howard Schwartz comme l'indique le verso du CD....). Tout cela respire l'invention, avec de beaux solos de basse, des improvisations inspirées du pianiste, et une pertinence du jeu de batterie qui fait regretter que, parfois, l'enregistrement ne lui donne pas davantage de présence. Beau trio, et un enregistrement qu'il aurait été vraiment dommage de condamner aux outrages de l'oubli.

Xavier Prévost

 

Enrico Pieranunzi sera présent à Paris, avec un autre trio (Diego Imbert & André Ceccarelli) le samedi 13 janvier 2018 à Radio France (20h, au studio 104) pour un concert 'Jazz sur le Vif' ; en première partie du concert le duo Claudia Solal-Benjamin Moussay

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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:51

THE WEST LINES « The Eye »

Cédric Piromalli (orgue Hammond B3), Antoine Polin (guitare), Étienne Ziemniak (batterie)

Tours, 2017

Bruit Chic BC 009 / http://www.bruitchic.com/

Dans la profusion automnale de parutions, ce disque était à remarquer, et à plus d'un titre : d'abord parce que ce groupe régulier, peu enclin à multiplier les enregistrements, frappe par la qualité de sa musique, dans le format (abondamment illustré dans les années 50 à 70) du trio orgue-guitare-batterie ; et aussi parce que c'est une nouvelle occasion d'entendre à l'orgue l'un des pianistes les plus originaux des deux décennies écoulées, hélas mal connu et reconnu, en dépit de ses très grandes qualités.

Les compositions sont signées par le guitariste et le pianiste, et c'est ce dernier qui ouvre le CD avec une sorte de choral justement intitulé Vieille Europe, qui respire la nostalgie des marches harmoniques de la musique sacrée des siècles passés telle que la chérissait le Vieux Continent. Après une intro de batterie qui installe le balancement, pour planter le décor, l'orgue pose des accords très ecclésiaux et la guitare, gommant les attaques, surgit comme une pure vocalité. Évidemment cela tourne immédiatement plein jazz, mais avec cette forme de lyrisme élaboré qui échappe aux clichés. Le son de l'orgue ne renie pas la tradition du genre, mais l'entraîne volontiers vers d'autres horizons, comme le fit naguère Larry Young. Pour le thème suivant le guitariste, signataire de la composition, s'offre une intro qui respire le cheminement sinueux des standards, avant un exposé en trio qui explore des intervalles peu convenus, comme aimait à le faire Thelonious Monk : et l'on débouche sur un blues tourmenté qui ne lésine pas sur les altérations. Bref il y a de la (très bonne) musique à écouter, suivre et vivre dans l'intensité de l'instant. Le thème qui lui succède, encore signé par Antoine Polin, résonne comme un clin d'œil dissonant aux Nuages de Django Reinhardt. Et ainsi de suite. Cette musique, pratiquée dans une instrumentation canonique, se garde bien de l'enfermement dans les codes, codes qu'elle traite, à distance, avec la liberté qui sied au geste artistique. Bref, si vous êtes curieux de savoir ce que l'on peut, encore aujourd'hui, extraire de cette formule instrumentale adoubée par l'histoire, tendez l'oreille !

Xavier Prévost 

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 10:41
KAMI OCTET SPRING PARTY
 
KAMI OCTET
Spring Party
Pascal Charrier(g), Julien Soro (as), Léo Pellet (tb),Yann Lecollaire (cl,bcl), Christine Bertochi (voc),Bruno Ruder (p), Frederic B.Briet (cb), Nicolas Pointard (dms) 

Nouvelle aventure ou aventure qui se poursuit pour Pascal Charrier qui présente avec ce Spring Party sorti chez Neuklang records, un nouvel et excitant répertoire?
Formation en évolution continuelle, créée en 2004 sous forme de quintet http://lesdnj.over-blog.com/article-kami-quintet-human-spirals-102849717.html
par le guitariste Pascal Charrier, Kami est devenu octet et s'est donc étoffé avec des solistes venus enrichir la palette sonore. Les climats voulus par le compositeur, les thèmes choisis voient dominer orchestration et direction d'ensemble. Kami , c'est moi, mon ressenti, ma pensée politique , mon histoire.
Si Kami a suivi un certain chemin en quatorze ans, la marche est au centre des préoccupations actuelles de son auteur qui lie l'écriture musicale à une pensée politique et poétique. L'image de la pochette prend alors sens, s'anime de pieds en action qui marchent sur des galets tout en étant frôlés, caressés de papillons. Exils, migrations, quête désirée ou forcée d'un "ailleurs", tel est le fil conducteur de cet album pour nouvelle formation. Une marche répétitive qui conduit à la transe, un parcours transitoire qui correspond aux mouvements amples, amplifiés, soulignés par la voix, les cris  "qui apportent de l'air" de Christine Bertochi, instrumentiste à part entière. On ressent très bien la force qui décline, l'épuisement des corps dans ces envolées lyriques et dures de l'orchestre dans le justement nommé "la marche". Un son massif, lourd et rageur qui peut aussi se faire léger, aérien au sein d'un même titre, comme dans ce "spring party" qui fonce droit vers le drame avec un sens du mystère qui transmet excitation et frissons...
Tous les musiciens partagent un beau sens du collectif : on apprécie les interventions solistes très équilibrées, "essentielles" et jamais solitaires des trombone, clarinette et sax alto, au cœur de cette construction sonore; le piano subtil est toujours bienvenu pour créer une tension frémissante dans cette narration, la rythmique s'adaptant finement selon le climat voulu de profondeur, densité. Le leader ne se taille pas la part du lion mais ses interventions soulignent les effets recherchés de jeux sur les timbres et les couleurs créant des tableaux sonores différents pour chaque titre.  Le dernier "Fleurs" en bonus, va nous laisser une impression décisive.
Saluons une réelle réussite dû au travail abouti du compositeur et au choix d'une belle équipe qui joue un jazz actuel, vif et brillant.  ( A noter que Fred Maurin est de la partie, en coulisse).
 
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31 décembre 2017 7 31 /12 /décembre /2017 14:25

Alexandra Grimal (saxophone ténor, voix, appeaux, composition), Sylvain Daniel (guitare basse), Éric Échampard (batterie)

Orléans, 2017

ONJ Records JF005 /l'autre distribution


 

Cette suite d'environ 55 minutes est une sorte d'opéra de poche pour trois musicien(ne)s, issu(e)s de l'Orchestre National de Jazz dirigé par Olivier Benoit. Elle avait été créée en avril 2016 dans le cadre du festival 'Jazz Or Jazz' d'Orléans, et commandée par la scène Nationale d'Orléans, dans les locaux de laquelle elle a été enregistrée l'année suivante pour ce disque (publié avec le concours du label MFA-Musique Française d'Aujord'hui). La forme générale mêle des espaces écrits et des plages improvisées, entre lesquels le tuilage se fait en une sorte de fondu-enchaîné. La voix d'Alexandra Grimal paraît être à la fois le déclencheur du discours et de la forme, tandis que les appeaux, les effets électroniques, et surtout le saxophone en seraient la substance matérielle, l'horizon concret où l'abstraction prend corps. Le dialogue entre les trois instrumentistes est primordial, même si le projet d'ensemble et le matériau composé sont l'apport de la saxophoniste-vocaliste-compositrice. C'est une sorte de glissement progressif vers un horizon mobile, présumé insaisissable, et que pourtant rejoint la cohérence de la forme en mouvement. Le(s) langage(s) est (sont) celui du jazz contemporain envisagé comme une forme de la musique dite contemporaine. Il suffit de saisir le fil : plus que de narration, il est ici question d'élan(s), de dérive(s), d'aventure perceptive et émotionnelle. Le titre Kankū fait référence à une figure d'art martial qui signifie 'contempler le ciel'. C'est à la fois un geste, une action, et une sorte de chemin de vie dont cette musique pourrait être l'expression, si exprimer était le but. Mais l'enjeu paraît autre : simplement susciter une forme inédite de la beauté ; une beauté faite de sérénité et de tension mêlées. En progressant vers le terme, on rencontre la mémoire d'un jazz libre, ouvert, pétri d'urgence et de références, qui se résoudra en une mélopée chromatique et tendue, jusqu'à un silence brutal. Et après 3 minutes et 33 secondes de ce silence mystérieux surgira la voix d'Alexandra Grimal, décrivant ce qu'est une supernova : en l'occurrence ce qui n'est déjà plus à l'instant où les yeux le découvrent. Beauté fugitive en somme, presque le projet d'un art idéal....

Xavier Prévost

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 19:00

Bernard Santacruz (contrebasse solo)

Rouen, 21 novembre 2015

Juju Works #2 / 2017 / Absilone-Socadisc

 

Gardé sous le coude durant plusieurs semaines après une première écoute, ce CD attendait que vinssent les mots pour dire ce que j'avais perçu, ressenti (compris ?) de ce solo absolu, livré dans le dépouillement le plus brut de la 'Salle des Nus' de l'École des Beaux-Arts de Rouen, dans le cadre du festival Jazz À Part. Un son relativement mat, pas de ces réverbérations exagérées pour planeries formatées : juste la pureté du son, dans sa rondeur essentielle, comme un défi. La première plage est comme un long poème (un poème de novembre qui peut rappeler à quelques amateurs de contrebasse certains poèmes de décembre....), où l'on chemine d'aspiration mélodique en foucades imprévues, mais toujours en parfaite maîtrise du son, du timbre, de la hauteur, de la matérialité constitutive de la musique dans ce qu'elle a de plus concret. On croit progresser par vagues successives, et c'est pourtant l'unité d'un mouvement qui nous porte, l'esprit d'un 'sujet improvisant' qui s'incarne dans l'épaisseur de l'objet musical, qui est cette vibration modulée, pour nous qui l'écoutons porteuse de sens : est-ce le sens qu'insuffle celui qui joue ? Là est le mystère de toute musique. Et l'on se laisse porter jusqu'au terme de la première séquence, à 26 minutes et 35 secondes, quand surviennent les applaudissements provisoirement conclusifs. C'est ensuite un pizzicato caracolant, qui se résoudra en procession mélodique, puis en percussions bruitistes, avant de livrer les secrets de l'archet. Et la troisième séquence, ouverte en majesté comme un mélodie médiévale, va se poursuivre en boucles obstinées jusqu'à la résolution finale. En bref, c'est une forme qui s'est donnée à entendre, pas à pas, mesure pour mesure, dans une sorte de rituel (celui du concert) où nous sommes invités, par l'effraction douce de l'enregistrement. Belle expérience, vraiment.

Xavier Prévost

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 22:57

Martial Solal (piano)

Glendale (Comté de Los Angeles), 18, 19 & 21 juin 1966

Fresh Sound Records FSR -CD 943 / Socadisc

Moins d'un mois après le disque « En direct du Blue Note », en trio (23-24 mai 1966), Martial Solal répondait à l'invitation de Ross Russell, producteur en 1946-47 des sessions californiennes de Charlie Parker, et qui publia au début des années 70 une biographie du saxophoniste. Rien de surprenant donc si les sessions font la part belle à Parker, dont Martial Solal revendique volontiers l'influence. Comme il l'écrit dans son autobiographie (Ma vie sur un tabouret, Actes Sud, 2008), évoquant le tout début des années 50 « Pour la plupart d'entre nous, jeunes musiciens français, il n'y avait aucun doute : ce style serait le nôtre. Nous ne jurions que par Parker et par ceux qui avaient enregistré avec lui ». Le répertoire de ce disque l'atteste : Parker (ses compositions, et les standards qu'il affectionnait), Gillespie, Monk, Bud Powell .... Le résultat musical est éblouissant : liberté de traitement, surprises à tout va, déboulé vertigineux des phrases et bifurcations inattendues ! SurEmbraceable You, comme le faisait Parker dans une des versions de 1947 pour le label Dial, Solal ne fait qu'effleurer le thème et musarde autour de Lover Man. Et sur l'ensemble des plages la liberté est au programme. La plupart des thèmes sont joués dans leur tonalité originelle, ce qui n'exclut naturellement pas les escapades extra-(ou poly)-tonales. L'enregistrement n'est pas parfait : du pleurage sur certaines plages, et ici ou là un diapason différent qui trahit une variation de vitesse de défilement. L'écouter sur une chaîne de très haute qualité, qui met ces défauts en relief, peut engendrer une légère frustration, mais pour l'avoir aussi écouté en voiture (au risque d'un manque de concentration sur la conduite ! ), je puis vous assurer que ces relatifs défauts n'altèrent en rien le plaisir de l'écoute. On peut donc remercier Jordi Pujol, de Fresh Sound, d'avoir exhumé ce joyau, d'autant qu'un autre volume s'annonce.

Xavier Prévost

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25 décembre 2017 1 25 /12 /décembre /2017 15:21

Tony Tixier (piano), Karl McComas-Reichl (contrebasse), Tommy Crane (batterie)

New York, 29-30 avril 2016

Whirlwind Recordings / Bertus

 

Cinq ans, déjà, que ce jeune pianiste français est parti s'établir aux U.S.A., à New York d'abord, et désormais en Californie. Sideman de haute volée (Wallace Roney, Christian Scott, Seamus Blake....), il poursuit également un itinéraire personnel, pour la seconde fois dans la configuration du trio, après des albums en solo, septette et quartette. Tonalité mélancolique sur la première plage, qui évoque le temps révolu de la petite enfance, comme sur la photo de couverture qui le montre dans les bras de sa mère. Mélancolie encore dans la deuxième, mais les couleurs harmoniques sont riches, les traits vifs et les phrases d'une belle diversité. Changement de climat à la plage suivante, avec une surprise : une version très personnelle, et mise au goût du jour, deTight Like This, conçu et immortalisé voici près d'un siècle par Louis Armstrong. C'est, dit-il, parce que sa grand mère aimait à chanter ce thème. Vient ensuite un titre à la fois rêveur et obsédant qui se développe en dialogue avec la basse et la batterie vers une fin en suspens. Après une échappée vive et volubile du côté du blues, un thème original, marqué par l'esprit des chansons du temps présent (mais enrichies de denses interactions entre les deux mains du pianiste), conduit à un standard inoxydable, Darn That Dream, exposé avec ce qu'il faut de tensions harmoniques exogènes pour revendiquer le refus de toute routine. Et le dialogue avec la basse dans l'improvisation prolonge ce léger dépaysement qui sied à toute incursion dans le champ des thèmes déjà balisés. Suit une composition originale qui virevolte, rythmiquement et harmoniquement, ouvrant ainsi un fécond espace de dialogue avec les partenaires du pianiste. Après une exploration brève et très fine des ressorts d'un tube de Stevie Wonder (Isn't She Lovely), Tony Tixier nous entraîne dans les méandres harmoniques de deux compositions personnelles qui vont conclure un album révélateur d'un indiscutable talent de leader, d'improvisateur et de pianiste : nul doute que Tony Tixier figure désormais dans la corporation (richement dotée et presque encombrée) des pianistes avec lesquels il faut compter, et ce d'une rive à l'autre de l'Atlantique.

Xavier Prévost

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