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24 avril 2025 4 24 /04 /avril /2025 11:53

 

Un double album du guitariste maltais devenu parisien voici quelques lustres. Le premier disque est en quartette, et le second en solo

 

SANDRO ZERAFA Quartet «Limestone»

Sandro Zerafa (guitare, compositions), Noé Huchard (piano), Yoni Zelnik (conrebasse), Francesco Ciniglio (batterie)

 

SANDRO ZERFA Solo «Mostly Slow tunes»

Sandro Zerafa (guitare)

PJU Records

https://sandrozerafa.bandcamp.com/album/limestone https://sandrozerafa.bandcamp.com/album/mostly-slow-tunes


 

Parution simultanée, mais deux disque très différents : le premier, en quartette, propose des compositions originales ; et le second se compose de standards, dont certains dédiés à des musiciens avec lesquels le guitariste a joué.

Côté quartette, musique de groupe, avec une vraie attention à l’interaction, même si le guitariste tient le premier rôle. Des mélodies très lyriques, assez mélancoliques, souvent sur un tempo medium, et ce talent de Sandro Zerafa pour phraser et improviser avec une belle expressivité. Des cheminements harmoniques assez sinueux, d’une richesse musicale indiscutable, et des développements aventureux dont le terme est toujours un horizon limpide. Belle réussite que ce quartette.

Côté solo, Sandro Zerafa a choisi des standards qui manifestement sont chers à son cœur de musicien. Pas seulement des chansons de Broadway bien connues du jazz (Sweet And Lovely, I’m Getting Sentimental Over You…..) mais aussi un standard du jazz (le plutôt rare Ugly Beauty de Monk), des thèmes brésiliens, et une chanson d’Elvis Costello. Bref le choix d’un improvisateur qui sélectionne avec soin son terrain de jeu. Riche élaboration guitaristique, avec ces lignes qui se croisent et font penser que le musicien a plus de deux mains dans son escarcelle. Lyrisme toujours, superlatif même, servi par une musicalité sans faille, et une imagination aux ressources largement déployées. Le solo est à l’aune du quartette : brillant et authentique.

Xavier Prévost

Des avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=7tG2o5S1aUs

https://www.youtube.com/shorts/ZEip8C1FGrA

https://www.youtube.com/shorts/AjLbYAtlIWQ

Sandro Zerafa est en concert le 24 Avril à Paris au 38Riv, et le 25 avril sur l’île de Malte (Malta Spring Festival)

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20 avril 2025 7 20 /04 /avril /2025 17:39

 

Myra Melford (piano, compositions), Michael Formanek (contrebasse), Ches Smith (batterie, vibraphone)

Winterthur (Suisse), 29-30 juillet 2024

Intakt CD 436

https://intaktrec.bandcamp.com/album/myra-melford-splash

 

Inspiré par la peinture de Cy Twombly, comme l’était le CDMyra Melford’s Fire and Water Quintet’ (enregistré en 2021 et publié sous le label Rogue Art), ce nouveau disque en trio approfondit encore cette double exigence de liberté radicale et d’audace formelle. Des sections très segmentées cohabitent avec des improvisations très ouvertes, comme si la forme et l’expression dialoguaient, par transitions fluides ou par oppositions. Même si la pochette du CD renvoie à une partie d’une œuvre de Cy Twombly, cette référence ne constitue pas une sorte de décodeur, et encore moins une illustration. Simplement la source d’un désir d’expression, d’expressivité, qui avance à mesure que les titres s’enchaînent, et qu’une insondable liberté s’affirme. La contrebasse, la batterie (et le vibraphone) sont partie prenante de cette œuvre en mouvement. Il n’est plus qu’à s’immerger, non pour se laisser bercer (ce n’est pas ce genre de musique….) mais pour entendre vraiment ce qui nous est dit. Instrumentalement, musicalement et esthétiquement remarquable, ce disque nous confirme que cette musique que l’on appelle ‘jazz’, au sens le plus large, écrit encore, et encore, de nouvelles pages. Passionnant !

Xavier Prévost

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18 avril 2025 5 18 /04 /avril /2025 16:04

Emmanuel Bex (orgue), Antonin Fresson (guitare), Tristan Bex (batterie), David ‘Catman’ Taïeb (platines, électronique), Arnaud Dolmen (batterie), Dominique Pifarély (violon), Simon Goubert (batterie), Fidel Fourneyron (trombone), Michel Alibo (basse), Arnold Moueza (percussions), Phil Reptil (électronique), André Minvielle (voix), Fréderic Fresson (programmation), Vincent Mahey (électronics), La fanfare de la grande soufflerie, La fanfare du carreau.
Studios Sextant juin-octobre 2024. 
Peewee ! /Socadisc.
Paru le 11 avril.

    

      La Bastille, 1981. Brasserie Bofinger. Emmanuel Bex découvre Eddy Louiss en concert. « Dès que son orgue Hammond s’est mis à ronfler à côté de moi, j’ai eu la sensation qu’un jardin extraordinaire, comme aurait dit Charles Trenet, s’ouvrait devant moi » confiait-il récemment à Jazz Magazine. Séduit par ce « meuble magique », le jeune musicien normand (22 ans) va rapidement faire l’acquisition d’un orgue Hammond B3 déniché par petites annonces à Pau !


      Par un de ces hasards incroyables, c’est en compagnie d’un palois, le chanteur André Minvielle qu’Emmanuel Bex rend hommage aujourd’hui à Eddy Louiss dix ans après sa disparition (30 juin 2015 à Poitiers). Les deux musiciens, qui ont participé à des périodes différentes, au collectif de l’occitan Bernard Lubat à Uzeste, co-signent la composition « Eddy m’a dit » qui donne son nom à cet album plein de fougue et de tendresse. Douze titres qui passent en revue la carrière d’un jazzman d’origine antillaise qui anglicisa son nom, de Louise à Louiss sans pourtant renier ses racines et son père (Pierre) trompettiste.

     Emmanuel Bex a joué la carte de la générosité et de l’éclectisme dans cet hommage. Sont ainsi évoquées les multiples facettes de l’art d’Eddy, en petite formation (les trios avec notamment René Thomas à la guitare ou encore Jean-Luc Ponty, ici avec Antonin Fresson et Dominique Pifarély) ou en big band en format hyper avec un Multicolor Feeling dépassant les 50 interprètes (Bex a ici convoqué deux fanfares).
 

     Côté répertoire, on retrouve quelques-unes de ces compositions qui ont assuré la gloire d’Eddy Louiss (et étonné également entre autres Stan Getz), telles Dum-Dum-Our Kind of SabiCaraïbes, Espanol. A cette sélection, Emmanuel Bex a contribué par des airs de sa plume (Eddy ou Blues for Eddy, ce dernier donné avec son fils Tristan à la batterie) tout en conviant un vieux complice, Bernard LUBAT pour un message en quelques mots (un salut à l’homme libre refusant les contraintes) clôturant cette heure musicale gorgée d’énergie et de tendresse.

       Un album d’une grande beauté qui (ré)unit deux « hénaurmes » organistes.
 


Jean-Louis Lemarchand.

 


 Concert de sortie le 6 mai au New Morning (75010). Le 19 mai au Pan Piper (75011), Emmanuel Bex co-animera avec le saxophoniste Olivier Temime le concert de jazz solidaire "Secours Pop Live" organisé par le Secours populaire de Paris auquel les artistes participent à titre bénévole.

 

 

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8 avril 2025 2 08 /04 /avril /2025 18:46

Bruno Angelini (piano, composition), Sakina Abdou (saxophone ténor), Angelika Niescier (saxophone alto)

Pernes-les-Fontaines, 9-10 juin 2024

Abalone AB 035 / l’autre distribution


Un disque, et un projet, inspirés par Wayne Shorter, qui décrivait ainsi la fleur de lotus : «La fleur de lotus est la seule à pousser dans le marais qui est comme le monde, trouble et boueux [….] Quand la fleur s’ouvre dans le marais, tout autour de la tige, l’eau s’éclaircit ! C’est un symbole de lumière». Et cela conduit Bruno Angelini à imaginer une suite de compositions dédiées à des militantes et militants qui ont alerté les consciences, de Rosa Parks à Nelson Mandela, en passant par les Mères de la Place de Mai, en Argentine, Berta Cacéres et sa fille Laura qui s’opposèrent à la construction d’un barrage destructeur pour l’environnement au Honduras, et d’autres lanceuses et lanceurs d’alerte…. Plus deux dédicaces à Wayne Shorter et Paul Éluard. Des inserts sonores nous feront aussi entendre les voix de certaines de ces figures tutélaires (Rosa Parks, Nelson Mandela). De plus un titre évoque les pertes croisées d’enfants par les peuples palestiniens et israéliens. De ce programme nourri de références surgit une musique chargée de sens : mais en rien une musique ‘à programme’. Plutôt une musique qui, par sa liberté et son inventivité, secoue notre sens esthétique en faisant éclore des sensations et des émotions qui nous parlent. De cet instrumentarium inusité (deux saxophones et un piano) surgit tout un monde de formes, de langages, d’expressivités croisées et de lyrisme de tous les instants. Lyrisme du compositeur, mais aussi des deux musiciennes dont l’expression, tempérée ou violente selon les plages, épouse les contours du projet dont elles portent l’oriflamme. À découvrir d’urgence, pour en découvrir toutes les nuances, la force, et la beauté.

Xavier Prévost

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7 avril 2025 1 07 /04 /avril /2025 09:13

Géraldine Laurent (saxophone alto), 

Noé Huchard (piano), François Moutin (contrebasse), Louis Moutin (batterie)

Jazz Eleven JZE 11015 / BacoDistrib

 

Une idée qui a germé, par la rencontre de Géraldine Laurent et des Frères Moutin, en vue de réaliser un projet commun. Et ils choisissent pour partenaire le pianiste Noé Huchard, pour cette connexion de créativité et d’énergie que suggère le nom du groupe. Un siècle après le début des années 1920, ils ont l’ l’envie de revoir les chansons de cette époque, dont le jazz a fait ses standards, mais en ouvrant de nouvelles perspectives : le présent, la liberté d’interpréter et d’improviser, le goût de marquer le cadre pour en mieux transgresser les contours. Jouer ‘dedans-dehors’, prenant en compte les harmonies, les rythmes et les mélodies dont un siècle de jazz a paré ces thèmes, tout en s’offrant la liberté de passer outre. Bref faire vivre et revivre, de la manière la plus organique, ce que cette musique a insufflé dans l’histoire culturelle.

Liberté à tous les étages : les tempi consacrés par la tradition du jazz, les métamorphoses rythmiques et harmoniques qui étaient devenues les nouveaux standards normatifs de ces thèmes, tout cela est remis en question, ou plutôt remis en scène : musique intensément vivante, et aussi composition plastique selon une nouvelle perspective.

De ces thèmes qu’une tradition ancienne, partagée par les amateurs et les artistes, qualifiait avec une affectueuse ironie, de ‘vieux saucissons’ (comme ailleurs on parlerait de vieilles rengaines), ce quartette fait son miel : en faisant chanter les mélodies, pour mieux les subvertir, en dynamitant les ingrédients autant que les repères (y compris ceux dont le jazz a fait des versions de référence). C’est à la fois fidèle et transgressif, respectueux et iconoclaste, bref intensément jouissif pour qui aime, dans cette musique, l’inextinguible soif de liberté.

Entre After You’ve Gone (1918) et Ain’t Misbehavin’ (1929), un bouquet de standards de la musique populaire états-unienne devenus des emblèmes du jazz. Des thèmes de Fats Waller, George Gershwin, Kurt Weill, Duke Elligton, Irving Berlin…., mais aussi d’autres mélodies dont les versions de référence dans le jazz ont plutôt émergé à partir des années 50 (Softly As in a Morning Sunrise, Bye Bye Blackbird). Et chaque fois c’est un moment de jazz vivant, estampillé ‘présent absolu’, qui ne néglige pourtant pas, incidemment, les échos du passé. Un manifeste ? Une leçon de vie ? En tout cas une sorte de cri du cœur pour les musiques d’hier conjuguées au présent. D’une plage à l’autre, entre vertiges de l’effervescence et incendies de lyrisme, un bonheur musical....

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert à Paris le mercredi 9 avril au New Morning

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Des avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/shorts/DDTA1B_JMlM

https://www.youtube.com/watch?v=XKmaTHrXb7I

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4 avril 2025 5 04 /04 /avril /2025 17:41
YVES BROUQUI                MEAN WHAT YOU SAY

YVES BROUQUI             MEAN WHAT YOU SAY

 

 

Label Steeple Chase /Socadisc

Sortie le 4 AVRIL

YVES BROUQUI

 

 

C’est son premier album sur le prestigieux label Steeple Chase et pourtant le guitariste Yves Brouqui  a une belle et déjà longue carrière depuis 1986 : respectueux d’une certaine tradition,  il s'inscrit dans la lignée des grands de l’instrument, les Grant Green, Wes Montgomery, Kenny Burrell...ce qui n'est pas pour nous déplaire. 

Il a su s’entourer de complices aussi doués que lui et le quartet qu’il forme avec son ami le pianiste Spike Wilner est une splendide  jazz machine. Ce pianiste avec lequel il a beaucoup joué en club dans ses années new yorkaises, en particulier au Smalls que possède à présent Wilner est son alter ego. L’un finit à peine sa partie que l’autre le relaie tout aussi étourdissant quand il entre dans la danse. Les deux échangent avec une énergie déconcertante et pourtant décontractée, une inventivité permanente adaptée à la fluidité de la musique. Le pianiste est « venu » avec son trio, une rythmique superlative (Paul Gill à la contrebasse et Anthony Pinciotti hélas disparu dernièrement) qui sait installer un swing généreux et robuste, propice aux envolées délicates du guitariste.

Neuf compositions qui prennent le temps de se déployer et développer des passages improvisés avec goût, parmi lesquelles un arrangement  inventif et réussi de Magali (traditionnel folk) par ce guitariste limpide et trois compositions de son cru qui apportent une touche plus lyrique voire sentimentale  comme dans l'exquise ballade Elsa Rosa . Le quartet reprend cinq standards dont deux de pianistes le Turquoise Twice de Cedar Walton peu revisité depuis sa sortie en 1967 sur lequel le contrebassiste joue  un solo à l’archet impressionnant par sa clarté d’articulation et Mean What You Say de Thad Jones, titre éponyme de l’album, une ballade medium tempo avec une intervention musclée de Wilner. 

Mais c’est à la mitan du CD avec une version du pourtant ressassé Besamo Mucho ( 1932)  jouée plus de cinq cents fois depuis 1943 que le quartet s’envole faisant retrouver à ce classique une fraîcheur surprenante. Contre toute attente la chanson de Consuelo Valasquez est revivifiée sur un tempo en 5/4 ce qui change quelque peu la donne. La rengaine swingue d’un coup et le guitariste soyeux trace sa ligne claire avec élégance. Out of The Town de Cole Porter moins connu peut être que ses « tubes » éternels est interprété sur un rythme plus nonchalant, latin qui bizarrement souligne combien  cette mélodie mélancolique est inspirante. Tout à fait dans l’esprit de Cole Porter avec encore un solo à l’archet de Paul Gill. Quant à For John L, cette autre composition de Brouqui m’a fait revenir aux grandes heures d’un jazz  post bop qui n’existe plus guère aujourd’hui, en France du moins, une pulse chaleureuse irrésistible, pas du tout hypnotique mais euphorisante.

Le quartet termine en beauté « tranquillement » avec la valeur sûre qu’est Caravan. Enfin pas si quiètement puisqu’ils finissent sur un up tempo très impressionnant. Un épilogue énergique et emballant. C’est la musicalité et la cohésion de ce groupe que l’on retient d’un bout à l’autre de cet album lumineux qui s’écoute d’une traite et donne une furieuse envie de se retrouver en club entre amis ou sur une piste de danse. Voilà une musique que ne décalquera pas cette sacrée Mademoiselle I.A.

 

Sophie Chambon

 

 

 

YVES BROUQUI                MEAN WHAT YOU SAY
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27 mars 2025 4 27 /03 /mars /2025 18:09
Matteo  Pastorino     Lightside

MATTEO PASTORINO LIGHTSIDE

 

Matteo Pastorino - Jazz Clarinet - Official Web Site

 

Matteo Pastorino (clarinette basse & compositions) 

Domenico Sanna (piano)

Dario Deidda (contrebasse) 

Armando Luongo (batterie)

 

Label A. MA Records / Distribution I RD

Sortie le 21 mars 2025 

Concerts : 17 avril au Sunside, 

                  18 avril 2025 à la Jazz Station (Bruxelles).

  

Teaser : Matteo Pastorino - Lightside

 

Bien qu’il vive à Paris depuis 2008, qu’il y ait étudié, qu’il ait aussi fait ses classes à New York, le Sarde Matteo Pastorini n’a jamais pu oublier d’où il vient. Adoubé par son compaesano le trompettiste bugliste Paolo Fresu qui lui a montré la voie, il revient souvent dans son île et y a fondé lui aussi un festival à San Teodoro en 2016. “Une île n’est une île que si elle devient le point de départ pour mieux y revenir” écrit Fresu dans un texte introductif.

Ce Lightside dont le clarinettiste signe les neuf compositions est son troisième album en leader avec son quartet italien. Du jazz instrumental à fleur de vent, un rêve éveillé que poursuit le soliste en se laissant dériver au fil des mélodies. C’est en somme un concept album autour du thème de l’exil, empreint de nostalgie, du besoin impérieux de retrouver ses racines après les remous de la vie. Un sentiment que connaissent nombre d’Italiens du Sud mais aussi les migrants de toutes origines. Aussi loin d’un revival folklorique sarde, le quartet explore les liens entre tous les immigrés méditerranéens par le jazz. Mais ce sujet des plus actuels est abordé ici avec sérénité, voire un groove certain dans ce Coming back enlevé, thème de (l’éternel) retour où brille la section rythmique.

S’il commence à Gorée, lieu éminemment symbolique de toutes les servitudes et départs obligés, Matteo Pastorino  a choisi de ne jouer que de la clarinette basse qui sait être une basse discrète, d’une extrême douceur dans les nuances. Il recherche la lumière, celle de la Méditerranée, évoque le cycle de la vie avec un titre tendre dédié à sa fille Elvira et finit sur une ballade sensuelle plutôt élégiaque au printemps (Marzo) après une pirouette, esquisse malicieuse d’auto-portrait (Scarabucchio qui peut signifier “gribouillage” mais aussi “barbu”). Les titres et la musique s’offrent comme la matière même de cette réflexion que le texte  de Fresu encourage. Pour sortir Lightside, commande de 2021 du Festival Time in Jazz du trompettiste, Matteo Pastorino a pris du temps, attendu le moment propice. Une énergie positive se dégage du travail collectif où tous dans cette osmose au long cours semblent plus libres de laisser aller les compositions à leur rythme, donnant chair et vie au projet.

La musique du clarinettiste suit unchant intérieur quasi ininterrompu, nourri de toutes les influences puisées au coeur de ses voyages, dilatant le temps et l’espace. Plongeant dans de sobres vertiges de mélodies limpides et accrocheuses, le quartet tisse une toile intimiste, souvent mélancolique, aux textures douces mais insistantes. Entre rêveries liquides et réminiscences douces, le jazz demeure, fidèle : ce Lightside où tout est léger et grave mérite qu’on s’ y attarde.

 

Sophie Chambon

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24 mars 2025 1 24 /03 /mars /2025 10:50

Claudia Solal (voix, textes & composition), Benjamin Moussay (piano, piano électrique, synthétiseur & composition)

Malakoff, 19 novembre - 1er décembre 2023

Jazzdor Series 22 / l‘autre distribution


 

Retour d’un duo qui nous enchante depuis plus de deux décennies. Duo très singulier, qui rassemble un pianiste de jazz (mais pas que….) et une chanteuse de jazz…. et d’ailleurs. L’anglais pour les textes, comme toujours, car Claudia entretient une relation privilégiée avec cette langue, émaillant ses disques précédents de poésies britanniques et anglo-américaines. Un goût et une connaissance de cette langue qui lui viennent de sa grand-mère maternelle, qui était écossaise. En parfaite complicité musicale, le pianiste et la chanteuse ont conçu un objet musical tissé d’étrangeté foncière & de liberté fantasque. Les textes, d’une très forte charge émotionnelle, sont à savourer (le livret nous les délivre intégralement), non seulement pour leur qualité d’écriture mais aussi pour leur absolue adéquation à la musique. Très belle production sonore exploitant toutes les ressources du studio pour construire une esthétique imparable. On pourrait parler à ce propos d’une sorte de pop très sophistiquée, mais ce serait décidément réducteur. De la musique avec voix, liée à la voix d’une manière fusionnelle : de la grande musique ; bref de l’Art musical.

Xavier Prévost

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Le duo sera en concert le mercredi 26 mars à Budapest, et à Paris le jeudi 27 mars, à l’Atelier du Plateau

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=I1EqwUkeTYY

https://www.youtube.com/watch?v=-N-2lV9PhOc

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19 mars 2025 3 19 /03 /mars /2025 16:39

 

Géraldine Laurent (saxophone alto), Jean-Marc Larché (saxophones soprano & sopranino), Jean-Charles Richard (saxophones baryton & soprano), Clément Janinet (violon), Christophe Marguet (batterie), Yves Rousseau (contrebasse, composition)

Coutances, 24-26 septembre 2024

Alla Luna AL300725 / l’autre distribution

 

L’enregistrement d’un programme donné plusieurs fois en concert depuis sa création en 2022. Dix ans après la parution du CD «Akasha», en quartette, qui s’articulait sur les quatre éléments augmenté de l’éther, le contrebassiste-compositeur revient avec ce disque à l’inspiration ayurvédique, tournée cette fois vers le son. Mais au-delà de l’intention programmatique et des références à l’Inde antique et au sanskrit, nous plongeons avec délices dans une sorte de suite, finement orchestrée, composée de thèmes déjà joués ou conçus pour cette circonstance. Car l’auditeur que je suis perçoit l’ensemble comme une grande forme, très orchestrée (on jurerait souvent qu’ils sont plus de six à jouer), qui se déploie avec évidence de l’ouverture introductive jusqu’au titre conclusif. Des envolées lyriques pleines de souvenances, qui se jouent en écriture autant qu’en improvisation : c’est un orchestre de solistes où tous les protagonistes trouvent leur espace d’expression, conduisant par là à une forme d’élaboration collective. Très très belle réussite, à la hauteur d’ambitions artistiques et musicales pleinement accomplies, et qui nous rappelle que le ‘jazz augmenté’ est un terrain de jeu formidable pour les artistes qui connaissent les règles, autant que les espaces de liberté transgressive. Chapeau bas !

Xavier Prévost

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https://vimeo.com/1046341664

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https://www.youtube.com/watch?v=fBEvg5JuRw0

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18 mars 2025 2 18 /03 /mars /2025 18:42

John Taylor (piano), Palle Danielsson (contrebasse), Martin France (batterie)

Ludwigsburg, octobre 2006

CAM Jazz / l’autre distribution

 

Beaucoup (dont je fais partie) se souviennent de John Taylor : sous son nom, et dans le trio ‘Azimuth’ (avec Norma Winstone & Kenny Wheeler) ; avec Charlie Haden (mais aussi avec Stéphane Kerecki), et même en trio de pianos avec Martial Solal et Franco D’Andrea, au Festival de Jazz de Paris en 1983…. Pris d’un malaise sur la scène d’un festival français en 2015, il mourut dans les heures qui suivirent.. Des inédits ont déjà paru (notamment un concert avec Norma Winstone en 1988, publié voici 3 ou 4 ans). Nous le retrouvons en trio avec des partenaires qui lui étaient familiers, dans cet enregistrement exhumé par CAM Jazz, label qui l’a publié durant les dix dernières années de sa vie.

Des compositions du pianiste, sauf une empruntée à Kenny Wheeler. Et une musique d’une belle intensité, d’une plage à l’autre, entre nuance, sophistication harmonique et liberté d’improvisation, le tout avec de soudains éclats d’expressivité. Et une interaction avec ses partenaires qui fait de cette musique, que l’on croirait paisible, un bouillonnement de passion(s) musicale(s). Palle Danielsson et Martin France sont morts l’un et l’autre en 2024, et cette très belle publication nous rappelle un trio que l’on peut qualifier, sans exagération, d’exceptionnel.

Xavier Prévost

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