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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 10:00
FLASH PIG invite Pierre de Bethmann, Émile Parisien et Manu Codjia

FLASH PIG : Maxime Sanchez (piano), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)

Invités : Pierre de Bethmann (piano électrique), Émile Parisien (saxophone soprano), Manu Codjia (guitare)

Meudon, 5-6 décembre 2015

NOME 005 / L'Autre Distribution

Après un premier disque enregistré en 2013 (« Remain Still », Plus Loin Music), le quartette des frères Sanchez, créé voici près de huit ans, poursuit sa route sans dévier de sa trajectoire initiale, faite de créativité, d'exigence artistique et de liberté, avec une pointe d'humour. Grand prix en 2015 du concours européen de jazz organisé par l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER/EBU) et le Northsea Jazz Festival de Rotterdam, le groupe confirme son excellence par ce nouvel opus ; il y accueille trois invités, présents au fil des plages, mais choisit de commencer pour lui même, en quartette, avec un thème mélancolique, For B. , d'un lyrisme poignant, et d'une organisation subtile dans son apparente simplicité. Dans les quatre autres plages sans invité, le lyrisme continue de prévaloir, toujours nourri de délicates interactions entre les membres du groupe. On pense parfois aux mélodies intenses et recueillies de Charlie Haden, sans esbroufe, en totale immersion dans la musique. Les thèmes sont signés par le pianiste, sauf deux : Junior , composé par son frère saxophoniste, et The Veil d'Ornette Coleman, où le débat s'anime avec vigueur. Viennent ensuite les invités, que le groupe avait accueillis séparément en 2014 dans le cadre d'une résidence mensuelle proposée par le club parisien « Les Disquaires » : dans 6444, Manu Codjia apporte son lot de fougue et de tension, et dans la plage suivante cet invité guitariste va jouer au contraire la carte d'une sérénité très atmosphérique ; Pierre de Bethmann, fan déclaré de ce groupe dès son émergence, apporte sur Octobre ses lignes cursives, en fuyant les clichés et en usant ingénieusement du timbre si particulier du piano Wurlitzer, précurseur inspiré du Fender Rhodes qui, hélas, le fit disparaître.... ; et sur Spasme , le bien nommé, Émile Parisien vient exprimer son goût des exposés segmentés avant un envol comme toujours vertigineux. Et pour la pénultième, les trois invités rejoignent le groupe sur une espèce de reggae détendu où chacun va s'exprimer, dans un sorte de joie collective.... et communicative. Vient ensuite le terme du CD, en quartette, entre lyrisme alangui et dialogue télépathique : belle conclusion, en somme, pour une voyage au cœur d'une aventure intime et très collective.

Xavier Prévost

Flash Pig jouera le 8 juin à Paris au studio de l’Ermitage, puis le 16 Juillet à St-Omer et le 24 juillet à Amiens. Et en septembre on le retrouvera pour les festivals de La Villette et de Colmar

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 17:35
RÉMI GAUDILLAT – BRUNO TOCANNE « Canto de Multitudes » édition vinyle

Rémi Gaudillat (trompette, bugle, composition), Bruno Tocanne (batterie), Élodie Pasquier (clarinette & clarinette basse), Lucia Recio (voix), Bernard Santacruz (contrebasse)

Montpellier, octobre 2014

Petit Label PLV 001

(nouvelle édition en 33 tours vinyle)

http://www.petitlabel.com

C'est le premier vinyle publié par Le Petit Label de Caen, tiré à 100 exemplaires, sous pochette de l'atelier de sérigraphie coopératif de l'Encrage : déjà une pièce de collection. Et un manifeste aussi : manifeste pour une production phonographique indépendante ; manifeste politique également, puisqu'il puise ses textes dans le Canto General du poète chilien Pablo Neruda. Le réseau imuZZic, de la région lyonnaise, qui a son propre label (Instant Musics Records : IMR), était allé en 2015 publier ce disque en CD chez le collectif normand. Et c'est désormais en vinyle que l'on retrouve ce bel ouvrage. On ne peut pas ne pas penser au « Liberation Music Orchestra » historique, celui de 1969, où Charlie Haden faisait retentir les musiques de la Guerre d'Espagne dans des arrangements de Carla Bley. C'est plus qu'un hasard si trois des cinq membres du groupe étaient partie (très) prenante dans « Over the Hills », inspiré par Escalator Over the Hill de Carla Bley. Ici la chanteuse Lucia Recio donne les textes de Neruda, tantôt en français, tantôt dans la langue d'origine de sa famille, l'espagnol. Les textes sont dits, souvent ; chantés, parfois ; parfois aussi la voix s'envole dans un chant improvisé d'expression radicale. Ici se lisent à la fois la résistance et l'espoir. Les thèmes, composés par Rémi Gaudillat, ont cette solennité lyrique qui va droit au but de l'émoi. De ce grand poème épique de libération, Mikis Theodorakis avait fait naguère un oratorio. Cette réalisation-ci, dans sa modestie affichée, n'en est que plus forte : Pour Le peuple victorieux, l'improvisation vocale, proche du cri, se substitue au poème : « Mon cœur se tient dans cette lutte. Mon peuple vaincra. Tous les peuples vaincront l'un après l'autre ». Ailleurs la voix parlée donne une prosodie du texte qui, plutôt que d'épouser la musique, entre en tension avec elle. Les instrumentistes sont d'une pertinence admirable, dans l'expression collective comme dans les solos. On est capté, emporté par ce chant de lutte à l'horizon d'espoir.

Xavier Prévost

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 21:59
DAVE LIEBMAN & RICHIE BEIRACH « Balladscapes »

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle), Richie Beirach (piano)

Zerkall (Allemagne), avril 2015

Intuition INT 3444 2 / Socadisc

Ils se connaissent depuis les années 60, ils ont enregistré ensemble pour la première fois en 1970 (Dave Liebman & Carmel Six « Night Scapes »), et leur premier duo sur disque date de 1975 (« Forgotten Fantasies »), aventures conjointes prolongées par le légendaire quartette Quest. Autant dire que leur connivence est du plus haut degré. Pour ce disque, enregistré en Allemagne du Nord où réside désormais le pianiste, ils ont fait le choix de jouer des ballades, envisagées comme autant de paysages offerts à leur lyrisme, et à notre contemplation. Il commencent avec la Sicilienne de Bach (Sonate BWV 1031), très prisée des jazzmen (Bill Evans, et plus récemment Kenny Werner....). Le recueillement est intense, le lyrisme favorise la liberté à l'égard du thème : on commence, déjà, en beauté. Et le disque entier effeuille un catalogue imaginaire de ballades souvent magnifiées par le jazz : For All We Know , Zingaro (autrement appelé fréquemment Portrait in Black and White , et originellement Retrato em branco e preto ), Moonlight in Vermont, Day Dream (de Billy Strayhorn-Duke Ellington). L'émotion est palpable, et l'on est assurément dans le cœur du sujet musical. Sweet Pea de Wayne Shorter devient une complainte déchirante ; This Is New , de Kurt Weill, sur un tempo médium, résonne comme un éloge de la mélancolie. Le lyrisme de Coltrane est convoqué (Welcome / Expression), et le tout se complète de compositions des deux compères (Quest, Kurtland, DL ....). A savourer longuement, lentement, souvent : le bonheur musical est à l'horizon de chaque plage. Et l'on profite de l'occasion pour évoquer un autre disque de Dave Liebman, paru l'an dernier en Autriche, non distribué en France, et qui pourtant mérite le détour : « Sketches of Aranjuez »

DAVE LIEBMAN & RICHIE BEIRACH « Balladscapes »

DAVEC LIEBMAN & SAUDADES ORCHESTRA  « Sketches of Aranjuez »

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle), Peter Massin, Jürgen Haider, Klemens Pliem (flûtes), Karin Gram (hautbois), Wolfgang Heiler (basson), Hermann Girlinger, Gottlieb Resch, Akiko Nishimara (cors), Klaus Ganglmayyr, Barney Birlinger, Mario Rom, Sebastian Höglauer (trompettes), Alois Eberl (trombone), Hermann Mayr (trombone basse), Ali Angerer (tuba), Heidi Rich (harpe), Guido Jeszenszky (guitare), Wolfram Derschmidt (contrebasse), Wolfgang Reisinger (batterie), Christoph Schachen, Ewald Zach (percussions), Jean-Charles Richard (direction)

Linz (Autriche), 12 avril 2011

PAO Records PAO11220 / www.pao.at

 

Depuis environ une décennie, Dave Liebman a joué une dizaine de fois cette relecture de « Sketches of Spain » de Gil Evans / Miles Davis, avec des orchestres différents, dans des instrumentations différentes, s'écartant généralement un peu de l'instrumentation originelle. Ce fut notamment le cas en 2007 au festival de Marciac avec un orchestre issu du Conservatoire de Toulouse, dirigé par Jean Charles Richard (voir plus bas les liens vidéo pour deux extraits) ; et en 2008 à Paris, Cité de la musique, puis à la Manhattan School of Music de New York, sous la direction de Justin DiCioccio (édité en 2009 sous le label Jazzheads) ; enfin en 2011, à nouveau sous la direction de Jean Charles Richard, à Linz en Autriche, où ce concert a été enregistré à l'initiative du très dynamique Herbert Uhlir, producteur de la radio publique autrichienne (ORF). Le disque reprend les cinq thèmes de l'œuvre originale, en modifiant parfois la durée et la structure des pièces. Le parti pris est celui de la très grande expressivité, dans l'écriture d'ensemble comme dans la partie soliste. Le souci, comme chez Gil Evans, est de faire retentir l'intensité émotionnelle de l'Espagne, avec les mêmes emprunts à Joaquim Rodrigo et Manuel De Falla  (Concierto de Aranjuez et El Amor Brujo); et Dave Liebman fait ressentir aussi très profondément l'atmosphère des pièces de Gil Evans inspirées par la tradition ibérique (Saeta , Solea , The Pan Piper ). Lyrique et profondément engagé dans la musique, Dave Liebman est une fois encore pour nous une indispensable source d'émotion(s).

Xavier Prévost

 

Deux extraits de Marciac 2007 sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=RwzYGUC5IXM

 

https://www.youtube.com/watch?v=b34NXsJranI

 

Extraits du CD

http://www.allmusic.com/album/sketches-of-aranjuez-mw0002815547

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 21:48
TOUS DEHORS / Laurent Dehors / Marc Ducret / Matthew Bourne « Les Sons de la Vie »

Laurent Dehors (composition, saxophones, clarinettes, harmonica), Catherine Delaunay (clarinettes, accordéon diatonique, cor de basset), Denis Chancerel (guitare électrique sept cordes, banjo), Gabriel Gosse (guitare électrique sept cordes, tres), Jean-Marc Quillet (marimba basse, vibraphone, xylophone, timbales, accordéon chromatique), Bastien Stil (piano, piano électrique, tuba, trombone), Gérald Chevillon (saxophones basse & soprano, flûte à bec), Damien Sabatier (saxophones alto, baryton et sopranino), Franck Vaillant (batterie, batterie électronique, percussions), Marc Ducret (guitares), Matthew Bourne (piano)

Saint Étienne du Rouvray, octobre 2015

Abalone AB 023 / L'Autre distribution

Le point de départ, c'est une commande de l'Opéra de Rouen Normandie : une œuvre pour un orchestre symphonique et le big band Tous Dehors, avec pour projet d'illustrer les différentes étapes de la vie, de la conception jusqu'à l'ultime souffle. Passé le stade de la création, il n'a pas été possible de rejouer la partition sur scène ni de faire un enregistrement avec l'effectif originel (une cinquantaine de musiciens). Laurent Dehors s'est donc remis à la tâche pour une version en effectif réduit : neuf musiciens, plus les deux solistes invités (Marc Ducret et Matthew Bourne) qui dialoguent avec l'orchestre. Le résultat est plus que convaincant de vitalité, de vivacité et de pertinence. Les rythmes nous emportent, que l'on soit dans le groove ou dans des segmentations obsédantes, à la façon de Stravinski (Laurent Dehors en connaît un fameux rayon de ce côté-là, car il avait déjà à sa manière arrangé/dérangé L'histoire du soldat ). Et l'on entend parfois le souvenir du Sacre du printemps dans des accords larges où intervalles majeurs et mineurs se superposent). La forme est virtuose, mais sans affectation : la surprise, l'humour et la fantaisie prévalent. Les alliages de timbres sont parfois saisissants, les embardées des solistes inattendues : on jubile souvent. La rythmique est d'une impeccable solidité, sans lourdeur, avec au contraire souplesse et agilité. Chacun semble jouer et se jouer, en toute espièglerie. Le fait qu'il s'agisse d'une musique « à programme », sensée illustrer les étapes de la vie, devient très vite secondaire : ce qui importe ce n'est pas le programme, mais la vie même. La gestation, le cadre enfantin, les émois adolescents, la vie d'adulte, les deuils et le naufrage de la vieillesse : toutes ces étapes se fondent dans une forme qui a sa logique propre et efface l'éventuelle pesanteur de l'argument. C'est assurément une vraie réussite.

Xavier Prévost

Tous Dehors se produira avec ce programme, et les deux invités du disque, le 1er octobre prochain à la Maison de la Radio dans le cadre des concerts « Jazz sur le vif » programmés et produits par Arnaud Merlin.


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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 19:00
DOMINIQUE PIFARÉLY QUARTET « Tracé Provisoire »

DOMINIQUE PIFARÉLY QUARTET « Tracé Provisoire »

Dominique Pifarély (violon), Antonin Rayon (piano), Bruno Chevillon (contrebasse), François Merville (batterie, percussions)

Pernes -les-Fontaines, 22-24 juillet 2015

ECM 478 1796 / Universal

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Le CD paraîtra le 10 juin 2016

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Autant l'avouer tout net : j'ai pour ce groupe, ces musiciens et cette musique un attachement sentimental. C'est avec eux en effet que s'est achevée, le samedi 26 juillet 2014, ma carrière de radioteur professionnel, après 32 ans de (très) loyaux services à France Musique. J'avais été informé quelques semaines plus tôt que l'on mettait fin (prématurément à mon goût, et à celui d'un grand nombre de mes amis, musiciens notamment) à ma collaboration avec ma radio préférée. J'ai présenté le groupe ce soir-là, sur la scène de l'amphithéâtre du Domaine d'O, dans le cadre du festival de Radio France et Montpellier, où j'œuvrais pour la 29ème année consécutive. Et, franchement, je ne voyais pas de meilleure manière, puisqu'il fallait quitter l'estrade, que de le faire en compagnie de musiciens que j'admire, et dont de surcroît j'apprécie infiniment les qualités humaines. Ma chronique, vous l'aurez compris, sera hyper-subjective !

Après avoir parcouru tous les territoires du jazz, et en partie aussi ceux de la contemporaine (la musique dite telle), le violoniste s'est lancé dans une nouvelle aventure, à la fois formelle et humaine. Beaucoup d'amateurs se rappellent, à l'orée des années 90, l'Acoustic Quartet, qui associait Dominique Pifarély à Louis Sclavis, avec la complicité superlative de Marc Ducret et Bruno Chevillon. Nous revoici un peu dans une configuration comparable : excellence des instrumentistes, considérables talents d'improvisateurs, fermeté de la pensée alliée au goût du risque et du franchissement des frontières esthétiques. L'écriture est très présente, et cependant elle paraît n'être là que pour ouvrir grand les portes de l'improvisation, de l'invention, de l'expression. Les premiers sons semblent surgis du chaos originel, notes éparses et timbres riches (un violon qui offre la rondeur troublante d'une flûte japonaise!). Puis le discours s'organise. Nous sommes embarqués. Rythme et tempo convoquent ensuite le jazz, dans une liberté tonale qui sera de mise tout au long du disque. Le violon se fait tour à tour puissamment lyrique, acide, incisif ou d'une exquise rondeur. Le dialogue avec les autres instruments est permanent, comme si la voie, malgré l'incertitude de l'improvisation, était déjà tracée en connivence. Le tracé provisoire, c'est une composition, qui ouvre l'espace de l'improvisation. Chacun se fait soliste au moment opportun, et pourtant la musique ne cesse jamais d'être une et indivisible. Il y là du mystère, de la pensée et des pulsions, et l'on se dit que la pensée et la pulsion peuvent être indissociables. Venant à la suite du magnifique solo publié en 2015 (lire ici la chronique dans Les DNJ), cette nouvelle œuvre, collective et pourtant marquée du sceau de la création individuelle, est assurément l'une des pièces maîtresses de l'univers du violoniste. Indispensable donc, et à partager sans modération avec les mélomanes de toutes obédiences (et surtout avec ceux qui ne revendiquent aucune chapelle) !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le mercredi 1er juin à Berlin dans la cadre de Jazzdor-Berlin programmé par le festival Jazzdor de Strasbourg

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 06:14
 Sarah Vaughan, Live at Rosy’s


Sarah Vaughan, Live at Rosy’s
2CD- Resonance/Socadisc. Sarah Vaughan (voc), Carl Schroeder (piano), Walter Booker (basse), Jimmy Cobb (batterie). New Orleans, 31 mai 1978.

Elle restera pour les fans « la divine ». C’est d’ailleurs le qualificatif employé par Helen Merrill dans le livret qui accompagne ce concert enregistré en club par Sarah Vaughan en 1978 et désormais disponible grâce à ce dénicheur de trésors nommé Zev Feldman (on lui doit des inédits de Sonny Rollins, Horace Silver, Duke Ellington, Art Blakey, Bill Evans).
A 54 ans, Sarah domine son art. La perfection tout simplement : rien ne lui est impossible. Le répertoire est aussi large que son registre vocal : les grands classiques (les Gershwin, Rodgers & Hart, Burke & Van Heusen, Styne & Cahn) et des contemporains de tous horizons (Legrand- Watch What Happens, adaptation par Gimbel de Récit de Cassard dans les Parapluies de Cherbourg- une bossa nova de Gil & Valle-If You Went Away- Preciso Aprender A Ser So en version originale). « La divine » va même jusqu’à donner, à la requête du public et sans s’en offusquer (qui visiblement fait quelque confusion avec une autre diva) « A ticket a tasket », le premier succès d’Ella Fitzgerald à la fin des années 30.
Le Rosy’s de la Nouvelle Orléans a fermé ses portes en 1979, les frais fixes de cet ancien hangar rénové luxueusement par une jeune héritière fan de jazz, Rosalie « Rosy » Wilson, ayant toujours excédé les recettes d’un club qui accueillit Ray Charles, Bob Dylan, Count Basie ou encore Ella Fitzgerald. Sarah s’en est allée douze ans plus tard, victime d’un cancer du poumon.
Quel meilleur souvenir que ce « direct » en club. On ne se lasse pas de ces 90 minutes de bonheur. Sérénité, facilité, grâce, humour, charme. Tout Sassy était ce soir-là au Rosy’s.
Jean-Louis Lemarchand

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:14
AIRELLE BESSON "Radio One"

Airelle Besson (trompette), Isabel Sörling (voix), Benjamin Moussay (piano, piano électrique, synthé basse), Fabrice Moreau (batterie)

Pernes-les-Fontaines, 2015

Naïve Jazz NJ 625971 / Naïve

Insaisissable et polymorphe, Airelle Besson surprend constamment par la pluralité et la diversité de ses interventions artistiques. Musicienne complète et avérée, elle ne se satisfait d'aucune position, et part toujours à la conquête de nouveaux horizons, comme autant d'aventures. Après le très beau duo en compagnie de Nelson Veras (« Prélude », chez Naïve) la voici qui convoque à ses côtés une chanteuse saute-frontières qui conduit son parcours artistique dans des contextes très différents ; et deux jazzmen connus à la fois pour leur subtilité, leur connaissance de l'idiome du jazz, mais aussi leur goût des transgressions stylistiques. On est ici dans un univers qui se déploie entre pop sophistiquées et développement modal, mais avec de fortes inflexions idiomatiques vers le jazz. La musique est rêveuse, souvent, mais aussi engagée et vibrante. On pense parfois à ce qui se passait dans le trio Azimuth entre Kenny Wheeler, Norma Winstone et John Taylor, avec ce mélange de fine élaboration musicale et d'expressivité intense. Et beaucoup de liberté aussi. Radio One, le thème-titre, a la simplicité dansante que l'on aimait naguère chez Don Cherry, avec un soubassement rythmique et harmonique plein de rebonds pertinents et parfois aventureux, et une voix diaphane qui invite à l'évasion. Par-delà son caractère fédérateur, cette plage définit le projet : élitaire pour tous ; il y en a pour tous les organes : les pieds pour danser, le cœur pour s'émouvoir, le cerveau pour lire entre les lignes de ce qui serait plus qu'un aimable divertissement. Les plages suivantes révèlent d'autres ambitions : porter au rêve par la sensation, à l'évasion par le trouble. Pour cela encore parfois des rythmes de danses exotiques, mais aussi un jeu sur l'écho, la réverbération, la texture intime de la trompette et de la voix. Le piano, et les autres claviers, ne sont pas en reste : ils participent du mystère, des tensions subtiles, et de cet onirisme ambiant qui constitue l'un des charmes du disque. Le batteur, comme toujours d'une impeccable finesse, donne un supplément de vie à cet univers déjà tendu d'émotions raffinées. Chaudement recommandable donc, aux jazzophiles comme au mélomanes multipolaires.

Xavier Prévost

Le groupe jouera trois soirs de suite, du 26 au 28 mai, au Jazz Club de Dunkerque. Puis le 8 juin à Paris, au Café de la danse. Et après une tournée en Chine, on le retrouvera dans les festivals : le 26 juin à Oloron Sainte-Marie, le 29 juillet à Vannes et le 30 juillet en Avignon

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 19:59
SYLVAIN BEUF / MICHEL PEREZ / DIEGO IMBERT « Triple Entente »

Sylvain Beuf (saxophones ténor & soprano), Michel Perez (guitare), Diego Imbert (contrebasse)

Vannes, avril 2015

Trebim Music TREBMUS 052 / L'autre distribution

Tout commence dans la décontraction d'une ambiance West Coast, mais avec un soupçon de sérénité crispée, façon Lennie Tristano ; cette impression dans l'exposé du thème s'efface dès que Michel Perez part en chorus : il libère la musique, car il est hors de pair pour, sur des harmonies complexes, faire chanter la phrase, et l'instrument. Le titre de l'album ne doit rien à l'alliance franco-britannico-russe de la première guerre mondiale.... C'est ici le prolongement d'un duo, qui associait pour le CD « Double Entente », publié voici trois ans, le guitariste et le contrebassiste Diego Imbert. L'arrivée de Sylvain Beuf nous place d'emblée dans une configuration qui ravit l'amateur : le souvenir une triplette Tristano-Konitz-Billy Bauer, ou encore Tristano-Konitz-Warne Marsh. C'est plus qu'un hasard si, après un démarquage d'un thème bop, on voit surgir Lennie's Pennies, superbe extrapolation de Tristano sur Pennies From Heaven (et l'amie Lennie, et Lee Konitz aussi, en commirent quelques autres sur la même grille....). Tout y passe, dans le domaine des standards de Broadway, voire du Brésil, de All The Things You Are à Tico -Tico en passant par On Green Dolphin Street, chaque fois détournés avec science, raffinement et entrain. Il y a même un transparent Corps et Âmes (sur Body and Soul....) qui nous rappelle que Siegfried Kessler avait aussi intitulé de la sorte en 1982 un très beau thème, et le 33 tours qui l'accueillait. Les saxophones de Sylvain Beuf épousent avec panache les méandres de ces relectures, et Diego Imbert déploie de très belles lignes de basse en toute sérénité, slalomant entre les écueils harmoniques comme un pilote qui guide le vaisseau à bon port. De ces compositions signées par les trois musiciens, il vous reste encore à découvrir celles dont je n'ai pas dévoilés les sources : sublime plaisir de l'amateur, qui ne pourra que vous ravir, tant l'énigme est de haut vol. Cet art du démarcage -ou démarquage- (que je préfère à démarcation qui dit plus la limite-de sinistre mémoire- à franchir que l'action de contrefaire pour sublimer par le talent musical), reste l'un des bonheurs du jazzfan : c'est ce bonheur que je vous souhaite !

Xavier Prévost

Le trio se produira le vendredi 20 mai 2016 à Paris au Sunset

Une avant-goût sur Youtube avec une vidéo du trio réalisée en 2012 au festival de Porquerolles par Frank Cassenti

https://www.youtube.com/watch?v=eEakSNVaMms

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 18:08
BILL EVANS « Some Other Time , The Lost Session From The Black Forest »

Bill Evans (piano), Eddie Gomez (contrebasse), Jack DeJohnette (batterie)

Villingen (Allemagne), 20 juin 1968

Resonance Records HCD-2019 / Socadisc

Une exhumation de taille : un double CD avec une séance inédite en Forêt Noire, chez Hans Georg Brunner-Schwer, avec le concours de Joachim-Ernst Berendt. Le premier, industriel de l'électronique (SABA), créateur du label MPS et grand amateur de piano, a enregistré Oscar Peterson, Martial Solal, George Shearing, Friedrich Gulda, Monty Alexander, Joachim Kühn, Hank Jones, Tommy Flanagan.... dans sa villa aménagée en studio. Le second, critique et homme de radio, a produit bien des séances pour ce label. Bill Evans, avec le même trio, s'était produit cinq jours plus tôt en Suisse (concert publié par Verve sous le titre « Bill Evans At The Montreux Jazz Festival »). On le retrouve ici avec un répertoire différent (un seul thème, Walkin' Up, figurait déjà sur l'album de Montreux). Le ton est vif, presque tendu : la plupart des thèmes, même ceux qui sont originellement sur tempo lent, sont joués de manière anguleuse, avec rythme plutôt rapide, et accentuation marquée. Dans cette approche très percussive, certains ont cru déceler une « nouveau » Bill Evans : c'est oublier qu'il fut dans les années 50 un disciple de Lennie Tristano, dont l'influence transparaît dans le phrasé percutant du fameux All About Rosie de George Russell (1957). Il faut dire aussi que MPS avait pour spécialité de capter le piano avec de nombreux micros placés très près des cordes, et que cela accentue le côté percussif de l'instrument. De surcroît, le double parti-pris de laisser la batterie un peu en retrait (ce qui se confirmera avec le batteur qui suivra dans la carrière de Bill Evans, Marty Morrell), et de privilégier délibérément dans le mixage le piano et la contrebasse, rend plus évidente la percussivité du piano. Le premier CD restitue les titres sélectionnés par H.G Brunner-Schwer et J.E. Berendt pour un 33 tours qui ne fut jamais publié, probablement parce qu'à l'époque Bill Evans était sous contrat avec Verve. Le second offre tout ce qui n'avait pas été retenu, mais méritait manifestement de l'être. Un copieux livret relate en partie l'histoire du label MPS, et celle de cet enregistrement, avec également un survol analytique des styles du pianiste. On y trouve aussi les précieux témoignages du contrebassiste et du batteur. L'ensemble offre des plages en solo, en duo et en trio, qui toutes reflètent le considérable talent de Bill Evans. Et si l'on regrette que la batterie soit très sous-entendue on peut, pour se consoler, se reporter au disque « Bill Evans At The Montreux Jazz Festival » qui rend pleinement justice à Jack DeJohnette. Bill flamboie, Eddie lui tient la dragée haute, et malgré la discrétion de Jack ce double CD (qui existe également en double vinyle) est hautement recommandable aux amateurs de Bill Evans.... et à tous ceux qui aiment le jazz !

Xavier Prévost

Pour comparer : « Bill Evans At The Montreux Jazz Festival »sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=DfDYlyQAntk

Présentation du CD sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=I8Di1Y_znmY

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 23:10
JEAN-MARC FOLTZ - STEPHAN OLIVA « Gershwin »

Jean-Marc Foltz (clarinette, clarinette basse), Stephan Oliva (piano)

Pernes-les-Fontaines, décembre 2015

Vision Fugitive VF 313012 / Harmonia Mundi

On est souvent avec eux du côté d'une musique qui privilégie l'extrême nuance, la mise en suspens, le silence ou le bruissement imperceptible d'un monde en (re)naissance : une sorte de jazz de chambre si l'on veut. Ce qui n'écarte nul éclat, nulle intensité expressive. Le choix est fait ici de s'en remettre pour le répertoire aux frères Gershwin : George bien sûr, mais aussi Ira qui était, seul, signataire d'un texte pour un thème ( I Can't Get Started ) dont la musique est signée Vernon Duke. Mais c'est bien plus qu'une thématique, un concept ou un fil conducteur. C'est une plongée dans l'âme d'une époque, soulignée par un livret iconographique qui fait revivre Gershwin en son temps. Dans l'âme assurément : pas question de mimer les contours de thèmes familier, mais au contraire d'interroger leurs tréfonds et leurs mystères. Car nous sommes bien ici en présence de jazzmen, et le propre du jazz est de transfigurer, de dévoyer, de gauchir ou de sublimer (et parfois tout cela d'un seul geste).

Les musiciens conçoivent aussi quelques courtes séquences de leur cru, pour introduire un thème, installer un climat.... Ainsi fait Stephan Oliva, dès la première plage, en esquissant quelques secondes durant une voie d'accès à l'inoxydable The Man I Love : comme un prélude au renouveau dans l'inconnu. La clarinette étire le thème dans un absolu recueillement, le piano détaille les harmonies en y mettant ce qu'il faut d'altérations pour créer une tension. Ensuite Fascinating Rhythm révèle sa vitalité syncopée, entre clarinette basse et piano, mais les deux musiciens se jouent des accents attendus, et nous emportent vers l'ailleurs : c'est bon signe. It's Wonderful, usuellement donné en version joyeusement dansante, est ici étiré, version plus que lente, comme une introduction idéale au sublime My Man's Gone Now , quintessence de toutes les nostalgies. Une première évocation du thème de la Rhapsody in Blue suit un prélude qui, une fois encore, nous à montré la voie des harmonies célestes.... Et tout se poursuit dans l'intense beauté d'un déroulement cohérent, où pourtant chaque transition garde sa part de mystère. Le ressassé Summertime est donné dans une apparente littéralité par la Jean-Marc Foltz, mais les harmonies distillées par Stephan Oliva le parent de charmes inédits, et la clarinette s'évade à son tour. Et ainsi de suite jusqu'au conclusif I Love(s) You Porgy, qui nous fait aimer ce disque, magnifique, de bout en bout.

Xavier Prévost

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Le CD paraîtra le 27 mai. Cependant le duo jouera pour sa sortie à Paris le mardi 17 mai 2016 à Paris, au Sunside. Et le lendemain, 18 mai, il est à l'affiche de « Jazz in Arles »

Le festival arlésien a commencé dès le 11 mai, à la Médiathèque, avec le duo Schwab-Soro. Il se poursuit à partir du 17 mai avec un nouveau trio qui associe Louis Sclavis, Dominique Pifarély et Vincent Courtois. Le lieu, la Chapelle du Méjan, est toujours l'endroit idéal pour goûter ces musiques intenses choisies avec talent par Jean-Paul Ricard. Le piano y est toujours d'une qualité exceptionnelle : confirmation dès le 18 mai avec Kris Davis, en solo, et en prélude de Jean-Marc Foltz/Stephan Oliva le même soir. Puis ce sera « Instant Sharings », quartette de Bruno Angelini le 19, et le quartette de Géraldine Laurent le 20 : programme de haut vol, comme l'on voit, qui privilégie les artistes les plus engagés dans l'exigence musicale, mais aussi dans le partage. Conclusion le 21 mai en apothéose avec un trio qui rassemble Vincent Peirani, Émile Parisien et Michel Portal. Des comptes rendus de quelques-unes de ces soirées provençales sont à venir dans ces colonnes.

JEAN-MARC FOLTZ - STEPHAN OLIVA « Gershwin »
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