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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 23:20

 

linx-avoriaz.JPG

 

Il aime tutoyer les étoiles, David Linx. Cela tombe bien. Le natif du « plat pays » cher à Jacques Brel chantait ce 31 mars à Avoriaz, altitude 1800 mètres. Funambule des notes, David rendait hommage au concasseur de mots, Claude Nougaro. Monté il y a trois ans par André Ceccarelli, ce projet « Le coq et la pendule » (Plus Loin Music) tourne comme un chronomètre suisse. Les deux musiciens sont familiers de l’univers du chanteur occitan. André « Dédé » Ceccarelli, batteur émérite, l’a longtemps accompagné sur scène. David Linx fit sa connaissance un soir qu’il donnait un concert avec Daniel Mille et Daniel Goyone à Toulouse, la ville natale de Nougaro : Claude vint dans sa loge après concert et lui demanda de chanter « Les mots » .Nos deux jazzmen se retrouvèrent pour le tout dernier album de Claude. Sur scène aujourd’hui, ils évitent aisément l’écueil du « copier-coller ». « Nougaro c’était mon ami, pas mon influence » nous confie David Linx. Le plus bel éloge qu’ils puissent faire au poète toulousain c’est ce mariage de la fidélité dans l’esprit, frondeur et lyrique, et de la liberté dans l’expression. Nous sommes bien là sur la planète jazz avec ce quartet composé également de Pierre-Alain Goualch (piano) et Diego Imbert (basse). Au fil des concerts, le groupe a enrichi le répertoire du disque avec des titres appartenant à toutes les périodes de la carrière de Nougaro, « Cécile », « Les mots », « Bidonville ». Ce soir-là pour l’ouverture du festival « Jazz Up » d’Avoriaz (1), David Linx prenait un évident plaisir, se livrant avec générosité au scat qu’il affectionne et domine.  « Une belle chanson, précise-t-il, c’est comme un pur sang, si tu ne la maîtrises pas, alors… » . Que David, grand amateur de prise de risques, se rassure ! L’esprit de Nougaro soufflait bien ce 31 mars à Avoriaz.

Jean-Louis Lemarchand

 

(1). Pour sa cinquième édition (31 mars-6 avril), le festival « Jazz Up » d’Avoriaz accueillait entre autres Sylvain Beuf, Sylvain Luc, Bireli Lagrène, Pura Fé, Mario Canonge, Manuel Rocheman… Le club des partenaires du festival accueille cette année- aux côtés des initiateurs, la commune de Morzine-Avoriaz et le groupe Pierre & Vacances Center Parcs- le conseil général de Haute Savoie et le champagne Barons de Rothschild.

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:35

Duke_Orchestra_2697_cPascal_-Bouclier-hte-def.jpg

© Pascal Bouclier

 

 


Quand Duke Ellington foula pour la première fois le sol parisien, en 1933, il aurait très bien pu jouer sur la scène du Palace qui venait de se refaire une beauté grâce à un architecte dénommé Rabussier. Ce ne fut pas le cas, mais le « Duc » était bien présent ce 12 mars 2012 pour le concert-ou plutôt le spectacle- donné par le Duke Orchestra de Laurent Mignard.

Tout au l ong des deux bonnes heures de cette soirée, on a pu revivre, sans jamais se lasser, l’histoire d’amour du Duke avec la France. Laurent Mignard avait concocté un spectacle complet qui permettait de retrouver quelques-unes des musiques composées par Ellington lors de ses nombreux voyages dans l’hexagone tandis qu’un écran proposait des extraits d’interviews, de répétitions, de concerts du Duke dans les années 50-60. Les fans du Maître pouvaient découvrir des pièces rares –et même pour certaines inédites- telles que la Goutelas suite, la musique composée (avec le fidèle Billy Strayhorn) pour Turcaret de Lesage (1709) à la demande de Jean Vilar, le patron du TNP, ou encore des compositions pour un film finalement jamais sorti sur Degas.

Cet hommage musical –repris dans « Ellington French Touch », album enregistré lors d’un concert de décembre 2011- s’inscrit parfaitement dans le travail engagé depuis 2003 par Laurent Mignard et de son Duke Orchestra, big band de quinze instrumentistes, pour faire vivre le répertoire du génial et prolifique compositeur et le porter à la connaissance de tous les publics. Objectif atteint ce12 mars au Palace notamment grâce à Aurélie Tropez (alto sax et flute), Nicolas Montier et Fred Couderc (ténor sax), François Biensan (trompette), Bruno Rousselet (basse) et Julie Saury (batterie).

Jean-Louis Lemarchand

            mignard-duke.jpg

 

Ellington French Touch , Duke Orchestra de Laurent Mignard (Juste une trace-Columbia-Sony Music) .

 

 

AGENDA
 
12 mars   Duke  Orchestra Théâtre Le  Palace (75) - 20h30
28 avril    Pocket  Quartet Villerville  (14)
2 mai       Duke  Orchestra Bayonne  (64) 
3 mai       Duke  Orchestra Arcachon  (33)
5 mai       Pocket  Quartet Auvers-sur-Oise  (95)
11 mai     Duke  Orchestra Chevilly-Larue  (94)

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 21:55

 

 jamal-chatelet.jpg©Jacques Beneich

Et puis vint en rappel Poinciana ! Le public du Châtelet, jusqu’alors respectueux et (un brin) réservé laisse éclater sa joie. Ahmad Jamal lui dédie son tube planétaire, qui lui assura le succès en 1958, avec des innovations à surprendre le fan le plus aguerri. Avant de clore ces 100 minutes de concert par un message d’amour aux spectateurs parisiens, Like some one in love.

Souriant, détendu, concentré, Ahmad Jamal a offert un moment de grâce ce 9 février pour la sortie de son dernier album, Blue Moon, le premier sous son nouveau label Jazz Village (Harmonia Mundi). Pas de paroles, sauf pour annoncer ses trois comparses Reginald Veal (basse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena (percussion) et remercier la salle, mais des notes. Ou plutôt ces phrases, ces envolées qui caractérisent à jamais son style, alternance de tonnerre et de ruissellement avec cette culture du silence qui plut tant à Miles.

En permanence, le sémillant octogénaire de Pittsburgh relance ses partenaires d’un index pointé avec détermination. C’est une nouvelle équipe qui se présentait sur la scène parisienne. Herlin Riley retrouvait Ahmad qu’il avait accompagné quelque temps dans les années 80. Il forme un tandem soudé avec Reginald Veal fruit d’une longue collaboration auprès de Wynton Marsalis et Dianne Reeves. Certains regretteront (l’auteur de ses lignes en est) la vigueur de Jammes Cammack, qui tint la basse 27 ans durant dans le trio, ou la créativité d’Idris Muhammad. Reste que le quartet version 2012 donne la part belle à la rythmique avec en vedette, apportant un grain de folie, le percussionniste Manolo Badrena, ancien de Weather Report.

Voilà rassurés –si besoin était-les amateurs de jazz ou selon la terminologie d’Ahmad Jamal, de « la musique classique américaine ». L’architecte des sons est toujours là. Il nous confiait l’été passé, citant Clint Eastwood : « vous devez connaître vos propres limites ». Le fait est qu’il les repousse sans discontinuer.

Jean-Louis Lemarchand

ahmad jamal blue-moon feb2012

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:43

 

C’est l’un des derniers Mohicans (pas seulement à cause de sa célèbre coupe iroquois dans les années 50 ! ) de l’ « âge d’or » du jazz, au coté de quelques autres colossaux pionniers encore en activité qui, par exemple, ont, comme lui, joué et/ou enregistré avec l’Oiseau : Lee Konitz, Roy Haynes, Toots Thielemans, Paul Bley…. Influencé par Parker et Hawkins, troublé par Coltrane et Ayler, Sonny Rollins sera sollicité en 1981 par les Rolling Stones (“Tattoo You”) et jouera en 2010 Sonnymoon for two (“Road Shows vol.2”) en quartet avec… Ornette Coleman, de six mois son aîné !

 

Rollins1---Rouy.jpg

Le 29 octobre (une quinzaine de jours avant son concert parisien à l’Olympia), le public du Colisée de Roubaix fit un triomphe à Sonny Rollins (81 ans), invité conjointement par les deux festivals Tourcoing Jazz et Jazz en Nord. Avec un quintette de tournée qui assure bien : deux percussionnistes véloces et propulsifs (Kobie Watkins, Sammy Figueroa), un guitariste plutôt routinier (Peter Bernstein) qui enfile les choruses quand il le faut, et, au centre, son bassiste le plus fidèle, au tempo impeccable, Bob Cranshaw (de retour à la contrebasse), qui aura bientôt 80 ans. La générosité de Sonny Rollins est intacte, tout comme demeurent splendides sa volumineuse sonorité et joyeux son lyrisme impétueux.

 

Rollins2---Rouy.jpgCertes, la démarche est moins assurée quand il traverse la scène et l’heure n’est plus aux longues introductions, le ténor n’est plus dressé en direction du zénith mais semble aimanté par la terre, à l’image de Coltrane, en pleine exaltation, à la fin de sa (courte) vie. Rollins incarne encore et toujours un certain jazz de combat et de fraternité, alors qu’il n’a (ô combien) plus rien à prouver. Un répertoire habité de pièces au tempo vif, de calypsos (dont l’indétrônable Don’t Stop The Carnival), de ballades (They Say It’s Wonderful…), il termine par Tenor Madness et conclut, en rappel, avec Isn’t She Lovely de Stevie Wonder. Standing ovation au Colisée de Roubaix.

 

Gérard Rouy

 

 


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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 10:20

Pour cette deuxième soirée du festival de la Villette, ce sont deux versions de l’art du piano jazz qui nous étaient offertes. Et lorsque l’on dit « deux versions », il s’agit bien de deux styles carrément, radicalement, fondamentalement opposés qui se succédaient hier soir sur la scène de la Cité de la Musique à Paris.

 la-villette.jpg

En première partie, le pianiste Yaron Herman se livrait seul à l’exercice de l’improvisation totale qu’il affectionne. Reprenant quelques-uns de ses titres enregistrés, surfant sur un All the Things you are, déstructurant Radiohead ou quelques morceaux traditionnels et finissant par un Hallelujah de Leonard Cohen. A l’écoute de cette première partie de 45mn, Yaron Herman montrait une virtuosité impressionnante, un peu débarrassé de ses penchants Jarretien. Un éventail de son savoir-faire impressionnant, voire bluffant voire même un peu trop lorsque le pianiste utilise le bois de son instrument comme caisse rythmique. Le pianiste trentenaire jouait souvet vite, souvent dans le forte et souvent dans le grave de son piano, dévalant le clavier au gré de ses fantaisies d’improvisations, des idées qui lui arrivent aussi rapide que l’éclair évoquant une sorte de tumulte intérieur, multipliant les jeux en block chords et les virtuosités. Au point que , me retournant vers mon voisin je lui demandais à un moment «mais après quoi cours Yaron Herman » ?

photos-2011-2012 0296

 

Question qui depuis longtemps ne hante plus le vieux sage de 77 ans, Abdullah Ibrahim qui offrait dans la deuxième partie tout l’opposé, avec son trio (si rare en France) composé de Belden Bullock à la contrebasse et de George Gray à la batterie. Ici, point de course avec le temps mais au contraire une suspension de celui-ci. Un peu comme le murmure des anges. Il s’entend pour celui qui sait l’écouter, dans une délicatesse du son qui oblige parfois à tendre l’oreille. Le public est à l’unisson de cette concentration. Où il est avant tout question de feeling et de poésie dans ce concert envisagé comme toujours par le pianiste, d’une seule traite, un peu comme celui qu’il nous avait offert il y a quelques années dans cette même salle de la Cité de la Musique. Ici il est en trio. Trois musiciens qui s’écoutent dans une concentration et une maîtrise de leurs gestes qui touche à l’art zen. Le pianiste caresse l’ivoire de son clavier, revient sans arrêt sur Blue Bolero comme le fil rouge de son concert qui divague entre les thèmes de son répertoire choisis au hasard au bout de ses doigts. Son piano semble porté alors par le vent de hauts plateaux. Et c’est un pur moment de grâce et de spiritualité qui met La Villette en lévitation.

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Jean-marc Gelin

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 13:44

  13 Août 2011

Mycal : Basya - Ayelet - Sofia - Malika

Bar Kokhba : Joe Baron (b) - Greg Cohen (cb) - Marc Ribot (g) - Marc Feldman (v) - Erik Friedlander (c) - Cyro Baptista (perc)

Masada Sextet : Joe Baron (b) - Greg Cohen (cb) - Dave Douglas (t) - John Zorn (as) - Uri Caine (p) - Cyro Baptista (perc)

 middelheim-1.png

                Excentré au sud d’Anvers, le parc de Middelheim qui abrite des sculptures de grands maîtres, accueille depuis déjà trente ans, le festival Jazz Middelheim. De grands arbres centenaires trônent fièrement derrière une veille bâtisse aux allures de petit pavillon versaillais. Derrière ce bâtiment, un grand chapiteau rose recouvre la scène. Tout autour, des baraques à frites, des stands de bière, de vin, de saucisses et autres fricadelles. L’atmosphère est bonne enfant et le public se réjouit à l’avance de la soirée qui l’attend.

11 années après la sortie du Live in Middelheim, incontournable disque du quartet de Masada, le festival a choisi de programmer cette année une soirée entièrement dédiée à l’œuvre de John Zorn: « Book of Angels » interprété par 4 formations différentes. Début des festivités à 17H30, la soirée promet d’être longue. En ouverture, Uri Caine offre comme mise en bouche 20 minutes de piano solo sous le regard attentif de Zorn, à demi caché derrière la scène. Grand pianiste improvisateur, avec puissance et intensité, il revisite avec brio les compositions de Zorn.

La féminité a eu sa place dans la soirée avec le Quatuor Mycale. Quatre chanteuses (Ayelet Rose Gottlieb, Sofia Rei Koutsovitis, Basya Schecter et Malika Zarra) originaires d’Amérique du Nord, du Sud, d’Afrique et du Moyen Orient interprètent à leur tour a capella le livre des Anges avec des chants en arabe, en yiddish, en français et en espagnol. Entièrement séduit et conquis par ce quatuor, le public est sorti de ces 40 minutes de concert sous le charme de la grâce et de la beauté.

middelheim-2.png

Un entracte de 45 minutes a permis non seulement aux backliners d’installer la scène, mais surtout de laisser le temps aux spectateurs d’étancher leur soif. Rappelons que nous sommes en Belgique, pays où la bonne bière coule à flots. Sans faire une étude poussée sur le consommateur de bière type, la seule vue de la queue des toilettes « hommes » comparée à celles des « femmes », à l’entracte, m’a confortée dans l’idée que la bière, belge ou pas est une boisson d’homme.

Après une présentation au micro de chaque musicien qui compose Bar Kokhba (Marc Ribot et Joey Baron gagnent largement la première place à l’applaudimètre), le sextet à cordes dirigé de main de maître par John Zorn, interprète le chapitre Lucifer du Masada Book. Envolées de violon et de violoncelles, percussions brésiliennes au milieu des ces mélodies aux accents Klezmer, le moment est magique. Je ne pourrai m’empêcher de souligner la magnifique version de Kisofim qui laisse à Marc Ribot tout l’espace pour nous transporter au son de sa Gretsch ... un autre moment de grâce ! Malgré ce festival de notes, un bémol tout de même : le choix de l’ingénieur du son façade qui a mis un peu trop en avant le son de la guitare rendant inévitablement violon et violoncelle trop lointains … dommage connaissant les talents de Mark Feldman et Erik Friedlander ...

Enfin, la soirée sous le chapiteau de Middelheim s’achève par le très attendu Masada Sextet. Après la première apparition du Sextet en 2008 sous le chapiteau de Marciac, le concert se devait d’être au moins aussi réussi. Leur temps de jeu était plus court et 3 ans après, le répertoire est rôdé. Les morceaux s’enchaînent, plus de courte pause où le saxophoniste cherche dans ses partitions. Les « standards » du Quartet sont présents, Beeroth (ou le morceau de Joe Baron), Kedushah (ou le morceau de Greg Cohen), mais aussi les morceaux du disque Stolas sorti en 2009. Les échanges entre le génial Dave Douglas et le saxophoniste sont plus rares, mais lorsqu’ils ont eu lieu, c’est la magie de Masada qui a opéré. J’attribue sans hésiter une mention spéciale à Uri Caine qui a su prend sa place dans cette formation et apporter son génie afin de valoriser et de donner encore plus de relief aux compositions de Zorn.

Pas de répit pour les happy few, puisque John Zorn enchainait sa soirée avec un concert d’orgue inédit dans l’église protestante ‘De Olijfberg’ d’Anvers. La configuration est surprenante : c’est le cœur de l’église qui a été pris d’assaut par les spectateurs les plus passionnés. En haut, surgit le musicien, caché sous la capuche de son éternel sweat shirt. Pendant 40 minutes, il se donne à l’orgue en passant par des mélodies douces comme on en trouve dans ses Filmworks puis se laisse aller à une musique plus tapageuse digne de Naked City, Moonshild ou Hemophiliac. Si le concept ne manquait pas d’originalité et était une expérience à vivre pour ses fans, il n’en demeure pas moins que, sur le plan musical, sa première prestation dans le parc était plus convaincante et pourtant, la rumeur laissait entendre … qu’il ne jouerait plus.

Julie-Anna Dallay Schwartzenberg

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 09:42

Jeudi 21 Avril 2011 - Cecil TAYLOR à la Cité de la Musique

 

Hier soir, la Cité de la Musique accueillait le pianiste Cecil Taylor, une des figures de proue du Free Jazz et Amiri Baraka, poète, auteur et activiste ayant participé au mouvement nationaliste noir des années 60.

Ce soir là, la salle n’est pas remplie. On connaît la Cité de la Musique pour sa ponctualité, pourtant à 20H22 le concert n’a pas encore commencé.

Le public s’impatiente quand à 20h25 entre en scène Amiri Baraka. Il lance un « bonsoir » retenu puis enchaîne avec un « Go out of Libya ! ». En un pamphlet de 40 minutes, le poète raconte tour à tour les dérives du monde occidental, la gouvernance de Georges W Bush, la politique de Netanyahou, l’oppression des peuples, le complexe de supériorité des peuples colonisateurs, et toutes les dérives de l’humanité.

C’est la même colère qu’Amiri Baraka exprime depuis les années soixante. Puis, suivent quelques poèmes où l’artiste crie cette éternelle révolte avant de quitter la scène nous laissant sa propre réflexion.

Après 15 minutes de pause, Cecil Taylor arrive enfin, tout de blanc vêtu, se pressant sur son piano où il joue une note avec l’intensité qui va donner le ton au reste du concert. Tout à coup l’espace est occupé par les notes vibrantes du piano. Le musicien nous entraîne dans son univers, en variant sans cesse le ton avec une force et une énergie débordante. Après ¾ d’heure de jeu, il fait mine de partir puis se ravise et se lance dans un nouveau morceau pour notre plus grand plaisir … et recommence le même scénario trois fois …

De cette rencontre, cependant, on s’attendait à un échange entre ces deux grandes figures de la culture Afro-Américaine des sixties ce qui ne s’est pas produit.

On retiendra de ce concert un Cecil Taylor en grande forme, généreux, créatif et définitivement virtuose.

Ce soir là, le public, composé de jeunes et de moins jeunes, aura partagé une partie de l’Histoire du Jazz.

 

Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:42

 

A retrouver sur Live Web ARTE, ce concert donné par Jacques Schwarz Bart dans le cadre de Banlieues Bleues.

Le saxophoniste guadeloupéen poursuit ici son travail de tissage minutieux des fils et des trames du gwo Ka et des musiques haitiennes.

Concert fort, intense résonnant d'une terrible et belle humanité et magnifiquement filmé (avec entre autres aux manettes Lionel Eskenazi notre collègue et chroniqueur des DNJ)

 

 

 

 

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 07:29

sons-d-hiver.jpgHier soir, Théâtre Jean Vilar, Vitry Sur Seine.

 

wadadaleosmith.jpg

Décidemment le festival SON D’HIVER est, avec Banlieues Bleues l’une des scènes les plus passionnantes parmi les festivals «  alternatifs ». Où il est possible de voir et d’entendre des musiciens trop rares en France, en dehors de toute actualité promotionnelle et qu’il serait impossible d’entendre ailleurs.

Hier soir, Théâtre Jean Vilar Vitry, 1ère partie de Steve Coleman, le duo légéndaire  du trompettiste Wadada Leo Smith avec le batteur-percussioniste-bruitiste-poète Günter « Baby » Sommer. Moment exceptionnel, art furtif et éphémère de l’improvisation où les deux artistes façonnent chacun à leur manière l’espace musical. Tous les deux, presque autistes dans leur posture mais en réalité dans une incroyable écoute-interaction avec l’autre. Smith presque prostré dans une attitude (altitude) Milesienne joue l’épure, la résonance et le fil du son aux accroches protéiformes. L’autre Sommer s’y fait prolixe, sorte de déesse Shiva aux milles bras, virevoltant, caressant frôlant, roulant, battant tout, l’air et les tambours, les marteaux et les balais de paille. L’un est le relief de l’autre et réciproquement. Et cette musique à la limite conceptuelle tant y règne l’improvisation s’y fait absolument passionnante, captivante d’un bout à l’autre.

Par chance ce moment fut capté par Arte Live Web et sera bientôt en ligne sur le site.

Ceux qui n’étaient pas là avaient peut être un peu tort. La rediffussion de ce moment de grâce est assurément immanquable !

 

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Wadada_Leo_Smith___Gunther__Baby__Sommer/

 

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 17:09

 

 

Le joli Théâtre municipal de Nevers est en phase de rénovation active, pour plusieurs années. Habitué depuis plusieurs années à irriguer la ville dans différents espaces comme le Pac des Ouches, l’Auditorium Jean Jaurès, le Café Charbon, le festival a dû déplacer à la Maison de la Culture les « grands concerts » qui se tenaient habituellement au théâtre, en tentant de tenir compte de la jauge beaucoup plus importante de cette dernière. Et le public a une fois encore témoigné de sa fidélité. Une constatation, d’abord : le jazz aujourd’hui ne cesse de rendre des hommages à des anciens, de surcroît venus le plus souvent du monde du « rock ». Ce qui est le signe, me semble-t-il, d’une certaine dégénérescence de la création musicale et d’une grave crise du « jazz ». Ainsi l’O.n.j. de Daniel Yvinec témoigne de son admiration pour l’univers de Robert Wyatt, le Z’tett de Bernard Stuber pour celui de Zappa, le trio de Jef Lee Johnson est dans l’ombre de Dylan, Marc Démereau lance une ode à Gato Barbieri et Das Kapital s’empare du répertoire d’Hanns Eisler. Mais dans ce cas, convenons-en, la démarche est radicalement différente. Ce trio réunissant Daniel Erdmann, Hasse Poulssen et Edward Perraud est un groupe d’impro qui soutient ici la gageure de jouer des chansons, tout en conservant son identité propre. Eisler était un compositeur allemand (1898-1962), élève de Schönberg, soucieux de marier les musiques populaire et savante, qui a écrit avec Bertold Brecht dans les cruciales années 30-40 de nombreux chants de lutte, comme Einheitsfrontlied (que Charlie Haden a intégré au programme de son premier Liberation Music Orchestra). La profonde originalité de leur projet est de réussir à jeter un pont entre ce répertoire particulier de chansons politiques aux parfums de cabaret berlinois à leurs volcaniques saillies improvisées. Hotelzimmer en calypso, l’intensité dramatique de la ballade Die Moorsoldaten et Solidaritätslied sur rythme de marche furieuse sont quelques unes des perles des interprétations de ce répertoire « habité » et lyrique, qui trouve d’étranges résonances aujourd’hui. « Puissent ces morceaux vous donner le courage de combattre notre société injuste », lança Edward Perraud au public en fin de concert. Pour sa part, le trio de Marc Ducretavec Bruno Chevillon et Éric Echampard compte l’air de rien quinze années au compteur. On parle généralement, dans le cas d’une telle longévité, de sagesse et de sérénité. Ce qui n’est nullement le cas pour ces mousquetaires sans cesse engagés dans un corps à corps très physique au sein de ce laboratoire d’expérimentation en constante évolution. De ces échanges brillants, tout le monde en sort groggy, le public et les musiciens. Leur trio demeure un ovni dans la jazzosphère hexagonale. A l’opposé, la démarche foncièrement écologique du père et du fils Gibert, Alain (tb) et Clément (bcl) au sein de Kif Kif, est une sorte de merveilleux repas familial à la campagne, autour d’un canon de rouge, où l’on parle d’Auvergne et de bourrée, de Pannonica, de Fauré, de Maurice Merle et de la Descendance de l’homme. Une musique faite à la main où l’on reconnaît la patte d’un arrangeur délicat.

Difficile d’être entièrement satisfait par le trio de métissage post-moderne constitué de l’accordéoniste Luciano Biondini, du violoncelliste Ernst Reijseger et du tubiste (serpentiste et bassiste) Michel Godard. D’abord, Reijseger n’a pas un très beau son (c’est sans doute la faute à l’ampli) et il en fait trop dans l’animation de salle, au détriment de la musique pure. Et puis Godard n’en fait pas assez (me semble-t-il), donnant l’impression d’avoir du mal à trouver sa place, avec ses trois instruments, ce soir-là. Reste le lyrisme de l’accordéoniste italien et son attirance atavique pour la mélodie et les musiques méditerranéennes. Depuis ses nombreuses apparitions au coté de Denis Colin et de beaucoup d’autres, au sein de NOHC et Wormholes, j’étais curieux d’entendre Didier Petit dans un concert solo « préparé » au violoncelle, c’est-à-dire non (totalement) improvisé, largement pavé de mélodies, de « ritounecelle » et autres « interludes rituels », réunis en suites. C’est évidemment le violoncelle qui est au cœur de ce programme « Don’t Explain » — désacralisé et « désaristocratisé », frotté, pincé et percuté, presque érotisé — mis en scène dans des mélodies d’un impétueux lyrisme et, si je suis moins fan de l’utilisation de la voix, l’ensemble a l’allure d’un voyage intérieur où l’auditeur se laisse guider, concluant par une version particulièrement émue de la chanson de Billie. Médéric Collignon avait une sciatique et ne pouvait être présent pour le spectacle « L’instrument à pression » de David Lescot, autour de la trompette comme on l’aura deviné. Il a fallu que ses complices Jacques Bonnaffé(jeu, tp), Odja Llorca (chant, jeu) bonnafeet Lescot (tp, jeu) inventent quelque chose, autre chose, au pied levé. Ils décidèrent d’inviter Bernard Lubat, étonnant de pertinence et de discrétion au piano, et d’improviser, reprenant ici et là des éléments du spectacle et laissant l’immense Bonnaffé prendre possession de la scène et s’occuper de l’opération de sauvetage. Du grand art. Qu’écrire sur le trio Arco, mis sur pied par Claude Tchamitchian (b) avec Guillaume Roy (alto) et Vincent Courtois(cello) ? Cette association d’instrumentistes hors pair, en situation totalement acoustique, frôle les cimes dans leurs entrelacs fragiles et passionnés de textures abstraites et de grooves, dans la plus grande concentration et une envoûtante qualité de son.L

courtois

 

Le sommet incontestable du festival aura été pour moi le concert du quartet Sylvie Courvoisier/Mark Feldman, pourtant prétendument difficile, intello ou anti-jazz pour certains, autour des compositions aux structures ouvertes des deux leaders. On avait déjà pu les entendre avec bonheur en duo sur des scènes françaises, mais leur choix de s’entourer ici de Thomas Morgan (b) et de Gerry Hemingway (dm) contribuait à élever encore davantage l’entreprise. Le contrebassiste, un inconnu pour moi, n’affiche pas une éloquence folle mais choisit précisément ses notes, avec un son très boisé et peu amplifié, et un tempo suggéré en communion totale avec le batteur, lui aussi délicat et d’une belle discrétion (un solo magnifique). courvoisierfeldman.jpgCette manière de laisser deviner le tempo (dans la tradition d’un Paul Motian), sans le marquer arithmétiquement, est l’apanage des jazz(wo)men qui ont su tirer les héritages du free et de l’improvisation libre. Et la grande force du quartette est justement de concilier la richesse d’une certaine musique savante occidentale (Feldman tout à fait passionnant d’inspiration et de légèreté au violon ce soir-là) et les libertés rythmiques, l’ouverture à tous les possibles, de l’improvisation. Il était alors difficile, selon moi, d’entendre le trio du pianiste Yaron Hermanleur succéder sur la scène, pas tellement le pianiste lui-même du reste, mais plutôt ses deux rythmiciens dont on ne retint que la rigidité. Quant au Quatuor Manfred, qui intervenait de temps en temps derrière le trio, ainsi que l’invité de dernière heure, le trompettiste Ambrose Akinmusire, ils ne m’ont pas semblé essentiels dans cette histoire. On ne peut pas ne pas évoquer le trio du contrebassiste Arild Andersen(lui-même hyper amplifié avec racks d’effets à ses cotés, la parfaite antithèse de Thomas Morgan) avec le saxophoniste Tommy Smith (au son de ténor, quelque part entre Michael Brecker et Jan Garbarek, totalement désuet), seul le percussionniste Paolo Vinaccia s’en sort honorablementtommy smith. La dernière soirée était assurée par un grand orchestre français et un quintet de jazz américain. Le Surnatural Orchestra (dix-neuf musiciens) affiche ouvertement un plaisir de jouer et une gourmandise de s’amuser qui constituent déjà un atout. Alternant avec fougue compositions très précisément structurées, séquences de conduction (ou sound painting), plages entièrement dévolues à l’improvisation libre, son instrumentation singulière (deux flûtes, deux soubassophones, un clavier avec effets s’ajoutent à la structure du big band traditionnel) permet d’introduire non sans humour certaines combinaisons sonores insolites et de présenter un répertoire original et hétérogène tout à fait réjouissant. Présenté comme le « jeune lion » de la trompette de jazz, Roy Hargrove enflamma avec son quintet néo hard bop le public de la Maison de la culture, ravi de la conclusion de cette 24e édition du festival. Sans ouvrir une nouvelle fois le débat de la légitimité créative de la reprise de cette forme ancienne (le hard bop) en plein 21e siècle, je me contenterai de louer les qualités du saxophoniste Justin Robinson, ballotté dans son envie de jouer par les coups d’œil incisifs de son leader. Vivement les 25e rencontres D’Jazz de Nevershaegrove.

 

Gérard Rouy

 

 

 

 

 


 
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