Régis Huby Sextet Bliss
Nevers, théâtre municipal, mercredi 12 novembre.
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Nous voici de retour à Nevers pour la trente-neuvième édition du Djazz Nevers festival de Roger Fontanel. Après une longue route, la récompense est la découverte depuis le pont sur la Loire de la cité ducale adossée à la colline.
Plaisir ensuite de retrouver le merveilleux petit théâtre à l’italienne près du Palais ducal, au coeur de la cité. L’écrin parfait pour accueillir la nouvelle création du violoniste, compositeur, homme orchestre Régis Huby intitulée Bliss après son Ellipse grand format qu’il avait présentée ici en 2018.
Un titre mystérieux un peu difficile à traduire. Régis Huby s’en explique après le concert, il parle de « béatitude », de plénitude, d’ allégresse, de cet émerveillement qui s’empare de vous devant le spectacle de la nature, de la mer (ne pas oublier que le violoniste est breton), d’ un tableau dans lequel vous plongez ( un Rothko, un Klein ou un Pollock). Un sentiment vif en tous les cas qui nécessite une présence active et non pas une sérénité quiète et quelque peu ramollie. A juste titre Franck Bergerot évoque l’inverse d’"un engourdissement contemplatif".
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Figure sur l’album enregistré au Triton il y a quelques mois une citation de Tolstoï qui résume l’affaire : « La source de la béatitude n’est pas hors de nous mais en nous. » Et l’on pense alors à cette dynamique qui porte la vie, une résistance au cynisme actuel, une façon de retrouver l’envie. Ce qui dans l'éthique spinoziste résumerait la béatitude à ce plaisir total qui satisfait l’ensemble de notre être et s’oppose à ce qui lui résiste.
Il est certain que pour servir ce projet qui invite à une certaine introspection, Régis Huby a fait appel à des musiciens amis dont il connaît la valeur et le travail et qui peuvent lui fournir les nuances recherchées. Il a envisagé une formation inhabituelle : non pas un quatuor classique de cordes, lui qui vient de ce monde chambriste qu’il a su faire évoluer dès son quatuor IXI mais un sextet où l’emporteraient les graves : un seul violon ténor, le sien électro-acoustique, un alto (Séverine Morfin), une contrebasse centrale ( Claude Tchamitchian) proche du violoncelle (Clément Petit) . L’idée intéressante est de transformer l’ensemble en sextet, en l’augmentant du trombone de Samuel Blaser et des percussions "trafiquées" de Michele Rabbia. Le casting est de très haut vol. Régis Huby a pensé à chacun de ces virtuoses dont il partage le langage et l'esprit, leur laissant ainsi donner la pleine mesure de leur talent. C'est en effet en pensant à ce cheminement commun qu'il a conçu cette pièce de près d'une heure quinze, gigantesque travail de composition architecturé avec le plus grand soin avec des contrastes dynamiques qui rompent l'horizontalité de la formation. Tous se retrouvent avec un plaisir évident pour servir la musique qu'ils aiment, celle de Régis Huby en l'occurrence, le grand ordonnateur de cette histoire musicale. On peut être saisi par la disposition particulière étudiée pour que tout converge vers les basses, le grave et une certaine frénésie rythmique.
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Le tromboniste seul cuivre de l'ensemble apporte la chaleur, ce "flesh and bone", lui qui peut escalader la gamme, timbrer de diverses façons- il prendra un solo d’une douceur exquise, gouleyante, coulissant de toute sa longueur, de glissandi en growls joyeux. Il faut l’imaginer heureux envoyant sa coulisse vers les cintres, du vif argent, inimitable car n’imitant personne ! N’oublions pas l’apport de la batterie, percussions, électronique de notre Turinois, plus « calme » aujourd’hui, qui jouerait presque « normalement » des balais, des mailloches et des baguettes sans faire trop remonter sa « furia » déconneuse, étonnante.
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Et pourtant quand il fait des gargarismes au micro, ponctue les interventions du trombone ou de la basse de sa scie mécanique actionnée à l’archet ou les interrompt d’un coup de sifflet trublion, d’un doigt rageur sur le clavier trafiqué de son Mac, il rompt l’équilibre de la narration, fait varier les hauteurs, secoue l’orchestre de son délire bruitiste, parfaitement déréglé.
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Un travail soigné, cohérent, édifié sur la recherche des timbres, couleurs et textures qui s'emboîtent selon la forme d'une suite fragmentée en dix petites pièces- si je suis le montage de l'album, qui parlent d'éveil "Awakening", de "Looking Beyond" avant de plonger dans le monde de la couleur. Synesthésie à la Kandisky?
Il y a dans cette oeuvre quelque chose d'insaisissable, de libre et de créatif, quelque chose de contagieux dont les musiciens se sont emparés. Une forme en tension et détente, avec reprises, variations, répétitions (quelque chose de "reichien") tout en soulignant la vitalité, le lyrisme de cette écriture pleine, dense, travaillant sur l'épuisement des motifs rythmiques entre écriture continue et lampées d' improvisation. La seule figure féminine, l'altiste forme la paire de cordes indispensable au registre plus aigu.
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Quant à la direction de Régis Huby que tous regardent, ne s'étant pas encore assez approprié son écriture, elle possède de séquence en séquence ce qu'il faut de tension pour emporter celle des spectateurs. Il a envisagé des regroupements des cordes (qui pratiquent autant les pizz que l'archet) en unissons éclatants, des montées en puissance enivrantes mais aussi des parcours brisés, échappées précieuses, lignes de fuite des solos si différents de chaque instrumentiste, de véritables moments de bravoure.
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Claude Tchamitchian le pilier du groupe, est saisi soudainement d'une sombre mélancolie, profondeur qui surgit dans un solo déchirant et grave. Quant au violoncelliste tout proche il nous gratifiera d'un solo époustouflant qui ne sonne en aucun cas comme celui d'un violoncelle.
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Cette musique se révèle impressionnante à l’écoute mais gageons qu’elle est aussi surprenante pour les musiciens eux mêmes qui doivent selon la loi de l’improvisation, faire surgir ce qui advient hic et nunc! En tous les cas, on souscrit au programme qui déclenche une certaine intranquillité et nous donne l’opportunité de nous arrêter un temps, de nous laisser envahir par le flux, le flot qui se conclut sur la découverte fondamentale de la joie, d’un bonheur mystique ou spirituel plutôt, difficile et rare car "tout ce qui est beau est difficile et rare".
Sophie Chambon
Merci à Maxim François le fidèle photographe du festival pour toutes ses photos !

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