Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 12:34

Martial Solal (piano), Dave Liebman (saxophones ténor & soprano)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 29 octobre 2016

Sunnyside SSC 1551 /Socadisc

 

Deuxième volet, chez Sunnyside, des rencontres entre le Maître pianiste et le Maître souffleur. Le premier volume, «Masters in Bordeaux» (chronique ici), avait également été capté en concert, deux mois avant celui de Paris, non à Bordeaux mais à Sauternes ; le détail mérite d'être souligné car le vin, comme la musique, est un monde d'esthètes qui attachent du prix aux nuances... Et si le vignoble commence aux portes de la métropole régionale, la grande ville pratique le négoce quand les communes d'appellation pratiquent l'artisanat d'art. Et c'est de cela justement qu'il s'agit avec cette musique. De grands Artistes qui travaillent comme des Artisans d'Art, refaçonnant l'objet avec chaque fois le supplément d'âme et de créativité qui de l'objet fait une Œuvre. L'aventure avait commencé en décembre 2015 à Paris, au Sunside (chronique ici), avec 4 concerts et 2 captations par France Musique. On espère d'ailleurs écouter un jour un CD de ces premières rencontres. Et le concert presque intégralement restitué par ce disque, au mythique studio 104 dont Martial est un habitué (et qui accueillit naguère Monk, Bill Evans, Dizzy Gillespie, John Lewis, et tant d'autres), aura été la sublime conclusion d'une année de collaboration entre ces deux très grands musiciens (chronique du concert en suivant ce lien). Grâce soit rendue à Arnaud Merlin d'avoir organisé cet événement dans la série des concerts 'Jazz sur le Vif' dont beaucoup (amateurs de jazz, -et de radio-, et musiciens) savent qu'ils me tiennent particulièrement à cœur. N'allez pas croire que cet assaut de sentimentalisme corrompt mon jugement : il dope simplement mon enthousiasme à rendre compte le plus fidèlement possible.

L'ordre du concert a été modifié pour le disque, et quatre titres ont été écartés (manque de place sur un Cd très rempli, et bien sûr choix des artistes et du label). Donc pas le 'tour de chauffe' du début de concert sur Invitation, qui était pourtant déjà bien sur les rails, ni Cosmos, composition de Liebman où, comme à son habitude pour ce thème il jouait d'une petite flûte traditionnelle. Le premier rappel, Lester Leaps In, est également absent, tout comme Just Friends, joué pendant la première partie, et que Martial avait 'passé à la moulinette' au point de désarçonner (mais seulement pour une fraction de seconde) son partenaire.

Assez batifolé dans les souvenirs du concert, venons-en au disque.... Il commence avec l'inoxydable monument du bebop : A Night In Tunisia. Le thème avait été joué au concert à la fin du premier set, mais le mettre en ouverture du disque est une belle idée : c'est comme un condensé de la joute ludique qui unit les deux partenaires. Dave, au ténor, joue le célèbre riff introductif de la composition, et très vite Martial répond par une fracture virulente, incitant son ami saxophoniste à quitter les rails. On y revient exactement sur le temps qui convient, avec l'exposé du thème, et le piano place ses fusées, avec une précision diabolique, ce qui fait que l'on est, d'un seul geste musical, et dedans et dehors. Ici pas d'ostentation pyrotechnique, rien que la vitesse de pensée investie dans le plaisir du jeu. Ma chevelure parcimonieuse et dégarnie en est toute décoiffée ! Vient ensuite Stella By Starlight, à sa place si l'on peut dire car le thème était le deuxième du concert. Le piano démarre sur des bribes du thème, lequel est fragmenté sur des harmonies qui sortent délibérément du cadre. Et pourtant le thème est là, tel que le jazzfan peut l'entendre s'il est réceptif au rêve de Solal. Le soprano expose, dans un phrasé qui prend des libertés, comme l'auraient fait Billie Holiday, ou Sinatra, ou Carmen McRae. Comme toujours c'est dedans-dehors. Quel régal. La surprise surgit à chaque mesure. Je ne vais pas détailler chaque plage, de peur de vous lasser, mais sachez simplement que sur les standards, majoritaires (Night and Day, Satin Doll, Summertime...), comme sur les compositions des deux compères (Small One, que Dave avait enregistré avec Elvin Jones ; In and Out, que Martial avait composé pour son duo avec Johnny Griffin), la surprise, le contre-pied, l'espièglerie et l'inspiration sont constamment au rendez-vous. La pénultième commence par une brève citation de Lester Leaps In, qui précédait immédiatement lors du concert, avant de s'engouffrer dans un What Is This Thing Called Love en métamorphose permanente. Quant à la dernière plage, sur le mystérieux Coming Yesterday de Solal, elle nous embarque encore vers des sentiers que, personnellement, je n'avais jamais explorés lors des nombreuses fois où j'ai entendu Martial jouer ce thème en concert. Bref, ne tournons pas autour du pot : c'était un Grand concert donné par de Grands musiciens, et c'est de la GRANDE musique.... Alors on se précipite !

Xavier Prévost

.

Infos

http://sunnysiderecords.com/release_detail.php?releaseID=1017

 

Partager cet article
Repost0
28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 10:56
Very cool Lee?

VERY COOL LEE? 

 

Disparu à 92 ans du covid 19 le 15 avril dernier, le saxophoniste alto Lee KONITZ était un vagabond de l’improvisation qui ne s’est jamais fixé sur un style, et a fini par créer le sien; et on sait bien que le style c’est l’homme. Il a traversé pourtant les périodes les plus fécondes du jazz, les plus enthousiasmantes, a joué avec les plus grands musiciens, tous singuliers. Il semblait ailleurs, décalé, toujours en avance d’un pas.

Une notice nécrologique serait par trop fastidieuse avec un étalage de noms illustres, car une si longue carrière ne mérite aucun oubli, des sessions mythiques avec Miles, des disques Verve avec Jimmy Giuffre, des sessions avec le ténor Warne Marsh, ou de ses derniers duos avec le jeune pianiste Dan Tepfer...

Remonter dans ma mémoire, nous vivons actuellement de souvenirs, et l'actualité m'ennuie! Comment dans sa transparence voulue, a-t-il pu m’ échapper?

Il adopte, adapte et améliore, fait évoluer la musique. Tout en réussissant à inventer un discours nouveau et identifiable! S’il n’est pas un génie décisif comme Charlie Parker dont il descend en droite ligne (période et instrument oblige), ni un chef de file comme le pianiste Lennie Tristano, décisif dans son apprentissage, n’a-t-il rien bâti, construisant sur du sable, “lame d’eau fraîche et de fumée” comme le soulignait Réda, fantasque, insaisissable?

Sa langue n’était faite que de standards, son matériau de base, dont il voulait se démarquer par une syntaxe originale. Loin de la mélodie originelle, il ne posait jamais le thème et partait bille en tête. De mes premières écoutes de Lee Konitz à la radio, rien ne demeura vraiment, puisque je ne pouvais en répéter le chant. Son chant, car je n' avais pas compris alors qu’il était chanteur avec son sax! Les variations m’importaient moins alors que la pureté d’une ligne mélodique, immédiatement saisissable. Il attaquait autrement, de côté, déconcertant de par sa fantaisie inimaginable, alors que j’étais avide d’un plaisir immédiat donné par l’écoute attentive d’un jazz classique, depuis ma découverte fortuite sur France musique, de la série Tout Duke de Claude Carrière.

Alors qu’il avait été élevé au son même de ceux que j’écoutais passionnément, Harry James, Benny Goodman, Artie Shaw. Ses études avaient consisté à se faire siennes les leçons des grands, en se repassant les solos d’Armstrong, de Roy Eldridge, de Lester Young!

Lee Konitz me devint accessible, avec la période dite “ cool”où ce Lesterien dans l’âme, saxo post bop, sortit de l’influence écrasante du Bird! Il est vrai que cette période m’a semblé “parfaite”...

C’est la raison pour laquelle, encouragée par cette affection nouvelle, intrépide, je me rendis un soir au Dreher, un club de jazz, aujourd’hui disparu, en sous sol, près du Châtelet, pour entendre un duo improbable, celui de Martial Solal et Lee Konitz : nous étions en 1980 et je vivais alors d’heureux temps d’étudiante à Paris, pas vraiment la vie de bohême mais libre avec comme disent les Anglais “Time on my hands”. Konitz a toujours aimé jouer en duo et il trouva très vite en Solal, le compagnon parfait qui, tout en étant complémentaire, partageait sa règle du jeu: ne jamais se répéter, prendre à contre pied le public et son partenaire qui le lui rendait bien, avec cet humour vif, lucide dans le processus de déconstruction! Un concert assez exceptionnel dont je ne compris pas tout de suite la valeur, par cette libre improvisation, où chacun, apparemment, jouait sa partition, tout à son aise, dans un renouvellement joyeux des thèmes abordés. Ils ne reproduisaient pas, ils inventaient!J’ai mis du temps avant de comprendre sa traversée expérimentale du be bop ou du cool vers une certaine abstraction qui lui appartenait.

Mon dernier souvenir de lui remonte à l’édition 2003 du festival jazz d’Avignon. Il avait répété à la balance, imperturbable, attentif à la beauté du cloître des Carmes, inaccessible.

 

PHOTO DE CLAUDE DINHUT ( 6 août 2003)

 

Le concert avec le sextet de François Théberge, sur le programme de Soliloque, titre paradoxal de ce CD, sorti chez Cristal, fut un exemple réussi de ce “jazz vif” que l’on aime! A l’époque, nous dînions après le concert, non loin des Carmes. Et j’ai toujours aimé ces temps partagés, où la rencontre pouvait aussi s’improviser! Par un hasard étrange, je suis assise à table, tout à côté de lui, peut-être me suis-je installée rapidement pour garder contenance. Il est là, assis, maussade; nous attendons longtemps, un peu trop longtemps et visiblement, il s’ennuie, fatigué, affamé aussi! Très sage, comme tétanisée, je ne dis mot ! Qu’aurais je pu lui dire? Une photo qui me fait encore sourire nous montre tous deux, étrangers à l’autre et au monde!

Je ne sais si ce portrait brossé à grands traits de mon Lee en saxophoniste lui rend justice mais une vidéo de 1972 montre un autre aspect tout à fait épatant: un Lee binoclard, sans ses verres pour la scène, très à l’aise, goguenard même, tenant son public en haleine pour se livrer à un exercice de style un rien périlleux, avec sûrement la petite satisfaction de celui qui a confiance. Loin de vouloir se laisser écraser par le fantôme de Charlie Parker, il provoque un duo hilarant, décalé, de deux altistes sur le même thème de Tadd Dameron “Hot House”! Comment ne pas être séduite par cette brillante façon, décomplexée d’affirmer sa liberté, sa maîtrise de l’instrument et son indépendance!

Tel était Lee, really...

Deep Lee, Frank Lee, Lone Lee, peut être pas humb Lee mais Tender Lee… aussi.

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 21:26

Carla Bley (piano), Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano), Steve Swallow (guitare basse)

Lugano, mai 2019

ECM 2669 /Universal

 

Certaines connivences confinent à l'extase, comme celle qui unit Carla et Steve. Lui jouait de la contrebasse quand, voici près de 60 ans, il enregistra une première fois la musique de la compositrice-pianiste dans le trio du mari d'icelle, Paul Bley. Très longtemps après, alors qu'il avait abandonné la contrebasse pour la guitare basse, il firent vie commune ; mais la connivence musicale s'était déjà installée de longtemps. Et cela fait des lustres qu'ils communiquent d'une façon presque magique par la musique. Trois suites composées par Carla Bley, trois miracles de formes surgies de la simplicité la plus pure pour s'épanouir dans une douce complexité. La teneur de la majorité des plages est mélancolique. On commence par le blues, au plus près des racines. Les basses introductives du piano, plus que lentes, résonnent comme un appel des origines. Résonnent même un peu trop, car dans ce magnifique auditorium en bois de la radio publique suisse de langue italienne (RSI), ça sonne terriblement bien, et la réverbération ajoutée frôle un court instant la faute de goût. Mais ce sera un très furtif manquement, dans une prise de son superlative. Il n'y a plus qu'à s'abandonner. La rondeur de la basse trace un chemin où s'épanouit le chant des saxophones, et la pianiste, toujours pertinente, n'élude pas les écarts poétiques. Il y aura aussi un duo piano-basse qui dépasse de loin les frontières usuelles de l'empathie.

De plage en plage la magie opère, et soudain va sourdre l'humour indestructible de Carla. Magnifique, de bout en bout. Chant du cygne ? On espère que non, pour elle et eux comme pour nous.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 08:00
UN POCO LOCO   Ornithologie

ORNITHOLOGIE UN POCO LOCO

Fidel FOURNEYRON (tb)

Geoffroy GESSER (cl, ts)

Sébastien BELIAH (cb)

Umlaut/L’autre Distribution

 

http://www.fidelfourneyron.fr/ornithologie/

 

http://www.fidelfourneyron.fr/un-poco-loco-presente-ornithologie-a-latelier-du-plateau/

 

Le tromboniste leader Fidel Fourneyron est actif sur la scène jazz hexagonale et il multiplie les expériences dans divers groupes comme La Fanfare du Carreau, son formidable projet sur la rumba cubaine Que vola? ou Sobre sordos ; mais il aime toujours jouer en trio, et il revient à cette formation essentielle dans son parcours, Un Poco Loco. Et avec Sébastien Beliah à la contrebasse et Geoffroy Gesser à la clarinette et au sax ténor, il place encore et toujours la barre très haut, osant reprendre du Charlie Parker dans ce nouvel album, entièrement dédié aux compositions du Bird et de Dizzy ! Comme quoi, Fidel Fourneyron ne s’éloigne jamais de son tropisme afrocubain, puisque Parker était souvent entouré du génial Gillespie!

Les trois compères s’emploient à détourner la musique de ces musiciens uniques, en premier lieu par une instrumentation originale, sans saxophone alto ni trompette : leur formule instrumentale permet, ce qui est peut-être plus facile, de se détacher des timbres et couleurs originales, tout en restant tout contre. Et très proches dans l’esprit, reprenant le flambeau des boppers, avec lequel le parallèle est immédiat, car imaginer encore autre chose sur la trame des standards, c’est poursuivre les innovations du bop et ainsi rester fidèle à l’esprit du jazz! On est au pays du jazz, on y reste et l’on met son pas dans les pas de ses pères…

Haute tenue et teneur musicale pour ce programme qui se prête aux variations sur 13 pièces courtes, plutôt enlevées qui vont droit à l’essence de cette musique.

Ils ne sont que trois mais ça envoie grave! Fantaisie, imagination, humour sont au pouvoir pour célébrer le plus grand saxophoniste de tous les temps peut-être (avec Coltrane évidemment) par des arrangements malicieux et modernes du collectif. Ils se partagent la tâche et le résultat est vraiment très réussi!

A partir d'une idée de départ audacieuse mais logique, dans la continuité de leur premier album, intitulé justement Un poco loco , le trio avance avec élégance, virtuosité et jubilation même : l'exécution est précise, avec un sens pointilliste du détail même, la mélodie originale aisément reconnaissable, le rythme intense, le groove impressionnant. Ce qui est indispensable quand on s’attaque au «Groovin high» de Dizzy Gillespie!

 

Domine un jeu  fragmenté, sans volonté de lier les mélodies parkeriennes, tout en parvenant toutefois à rendre très lisible cette partition. Un ensemble de questions-réponses, de chant contre-chant où chacun est parfaitement identifiable dans sa ligne mélodique ou rythmique, tout en changeant de place selon le thème, puisqu’ échangeant volontiers et sans effort les rôles dans ce trio sans batterie!

Fourneyron aime les animaux- il l’a prouvé en reconstituant toute une ménagerie dans un album précédent avec un autre trio Animal. Mais au pays des oiseaux, le trio est à parfaitement à sa place. On pourra dire ce que l’on veut, ce sont même de drôles d’oiseaux qui nous font aimer l’ornithologie, en dépit d’Hitchcock!

Après un «Salt peanuts» brillantissime ( la vidéo est un bijou  de précision) sur un arrangement de Geoffroy Gesser au ténor, un medley magnifiquement fondu en «Barbillie’s time» sur «Barbados, Billie’s bounce et Now’s the time» ( un programme casse-gueule!), survient le climax (pour moi) à la mitan du disque, quand ensemble, en un jazz de chambre subtil, déchirant même, ils livrent une version hallucinée, crépusculaire, sur un tempo encore ralenti du (déjà mélancolique)«Everything happens to me» (1). Un unisson des soufflants  splendide dans une composition pourtant déstructurée qui plonge dans un blues outrenoir, où jamais le trombone ne se rapproche tant des pleurs et étranglements de la voix humaine. Tout ça en 4 mn et sans l’émotion des paroles, du chant de Billie ou Frankie. Volontairement, ils prennent à rebours les versions instrumentales, des plus toniques des  SonnyRollins e, Stitt… et se passent du tapis moelleux de cordes ajouté à l'envol du Bird.

Comme le disait un ami très cher, si après avoir entendu ça, vous ne ressentez rien, consultez!

(1)Une version qui mérite de figurer dans les anthologies du jazz ou dans l’émission du dimanche soir de Laurent Valero sur France Musique «Repassez moi le standard» qui se saisit d’un thème et en offre de multiples versions….

 

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 08:01
André JAUME Retour aux sources

ANDRE JAUME

Retour aux sources

Absilone/Socadisc

 

http://label-durance.com/cd-retour-aux-sources-andre-jaume.html

 

Si le jazz conserve sa pertinence en ces temps de “distractions musicales”, c’est grâce à des gens comme André JAUME qui s’y ressourcent continuellement. Le peintre, crtique et historien d'art Jean Buzelin a presque tout dit avec cette phrase qui résume  le parcours rigoureusement intègre, sans renonciation aucune, d’un musicien poly-instrumentiste (clarinette, flûte, saxophone ténor), créateur et enseignant d’une des premières classes de jazz du conservatoire d’Avignon. Il s'est consacré à une musique, le free qu’il a traversé dans son évolution et qui lui a conféré liberté, sens de l’engagement sans renier clarté de l’articulation et du phrasé.

André Jaume a pu être considéré jadis comme un musicien voyageur-les titres de beaucoup de ses compositions ("Borobodur", "Marratxi", "Casamance") marquent une géographie humaine, une errance musicale qui n’a rien de touristique. Depuis qu’il s’est fixé en Corse, André Jaume n’en finit pas de reprendre son périple, à présent imaginaire avec ses instruments. Lui qui a toujours privilégié l’échange dans toutes les combinaisons possibles et le dialogue complice (Raymond Boni, Steve Lacy et surtout son cher Jimmy Giuffre), sort sur le label sudiste ami, Durance, installé dans les Alpes de Haute Provence, un (deuxième) solo intitulé pertinemment Retour aux sources, dédié à son ami, autre soufflant Joe Mc Phee, frère d’armes et de son, défini par l’ampleur de la voix, la fascination du chant, l’expression libre à laquelle il se réfère depuis Nation Time, un de ses premiers albums paru en 1970.

C’est encore à Jean Buzelin que l’on doit, dans ses notes de pochette, une explication circonstanciée sur la conception de ce solo, le deuxième après le fondateur Le Collier de la Colombe, sorti en juin 1971, sur le label PALM de JEF GILSON . Une première alors pour un saxophoniste français qui fut un pionnier dans le développement de cette musique de jazz. Et il serait bon que l’on en garde aujourd'hui une mémoire un peu plus vive.

Voilà un exercice de style au ténor, variant les nuances et atmosphères de son instrument, que ces douze petites pièces de sa composition et un arrangement sur un thème du grand William Breuker, pas vraiment faciles, qui engagent avec nous un dialogue fécond. La position de l’instrumentiste peut s’avérer délicate à garder de façon satisfaisante, avec cette dimension narrative appuyée et aussi émotionnelle. Un récital sans esbroufe, tout un art de compositions vives, libres, subtiles, servant de base à des improvisations souvent fougueuses, colorées, qui nous réconcilie, si besoin était, avec la complexité des sons et rythmes libres. On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante avec ce “Dinky Toy” qui évoque plus un oiseau (per)siffleur que l’on tenterait vainement de suivre sur les cimes de son chant; alors que la douceur de “Song for Estelle” conduit à une rêverie, tout autre.

Le saxophoniste a saisi la chance de se portraiturer une fois encore, dans une nouvelle aventure musicale et humaine. Qu’il est bon de s’abreuver à cette source fraîche du jazz, éternellement désirante…car ce n’est pas seulement un écho nostalgique à quelque chose qui nous fascina jadis, mais un travail patient de transmission qui prend tout son sens aujourd’hui. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps.

 

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0
15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 12:18
CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO  POETIC POWER

 

POETIC POWER CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO

EMOUVANCE/ABSILONE

Sortie le 14 FEVRIER

Claude TCHAMITCHIAN (cb)

Christophe MONNIOT (as)

Tom RAINEY ( dms) 

www.tchamitchian.fr

Sourde, tenace confiance en l’autre! Partant du jazz sans jamais le quitter, fidèle à cette musique d’imprévus, le contrebassiste continue à creuser son chemin, en sideman dans les meilleurs groupes qui soient mais aussi en leader. Quel magnifique trio, Claude Tchamitchian constitue ici dans ce Poetic Power de son label EMOUVANCE. Il me semble, qu’il me reprenne si je me trompe, qu’il n’a pas souvent joué dans ses propres groupes avec des saxophonistes. Le choix de l’altiste Christophe Monniot est évident, lumineux et espéré! Le musicien a le souffle inventif, la concentration agile et son chant est toujours émouvant, tant il recèle de capacités d’abandon. Un effacement de soi qui aboutit à un réel dépassement, il nous entraîne loin, haut, dans ses paysages intérieurs, sculptés dans sa mémoire et sa capacité exceptionnelle à des écarts maîtrisés! Ecoutons-le dès le premier thème “Katsounine” où propulsé par la rythmique, époustouflante, il embrase notre imaginaire, sans laisser de côté des instants plus tendres et rêveurs! Beauté fluctuante, fragile et dangereuse, intermittente le long de cette errance, en six pièces, longues, amples où tous les trois se livrent à corps perdu, multipliant les détours jusqu’aux fractures: ils peuvent se perdre, mais ils se retrouvent après des envolées plus ou moins joyeuses mais libres toujours, celles que réclament un jazz vif.

Claude Tchamitchian a une écriture sur son expérience qu’il désire moins encombrée par la joliesse de la mélodie, le sentimentalisme des passions que par le cheminement précis, ouvert aux “improvista”, attentif aux rencontres, aux interactions naturelles, comme dans “une promenade en forêt”, selon les notes toujours justes de Stéphane Ollivier. Jamais on ne l’a entendu aussi décisif, déterminant dans le travail de cette rythmique impeccablement réglée : aidé du merveilleux Tom Rainey d’une précision diabolique, il nous rattache, à ces obscures forces terriennes, ce grondement sourd et jaillissant que l’on perçoit en nous, “So close, so far”.

Ancrée dans le monde sensible, ouverte aux visions et sensations, c’est la musique exposante, jamais probante d’un “power trio” qui a aussi le sens de la nuance, de l’épure. Si le titre n’était déjà pris, on pourrait parler de “poetic motion”. Salutaire et salvateur!

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0
8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 09:01
ROMAIN VILLET My Heart Belongs to Oscar

 

 

ROMAIN VILLET

My Heart Belongs to Oscar

Le Dilettante, avril 2019.

76 pages.

http://romainvillet.com/

Pièce pour un trio jazz, piano, basse, batterie, et un pianiste aveugle et disert”. Voilà qui est dit, dès l’introduction de ce petit livre passionnant, sorti chez Le Dilettante, en avril dernier, le second ouvrage de Romain VILLET qui comprend trois textes de longueur et d’intensité différentes.

Quant au titre, il se réfère à la chanson My heart belongs to Daddy, que reprit brillamment Oscar Peterson, immortalisée par Marylin, en 1960, dans le film de George Cukor Let’s make love, programme que suivit à la lettre Yves Montand (le Milliardaire du titre français). En fait, Romain Villet remet les pendules à l’heure, cette chanson est du grand, de l'essentiel Cole Porter, “l’un des plus grands pourvoyeurs de saucissons” de l’histoire de la musique et du jazz. Et Oscar Peterson aimait les standards plus que tout, en faisait sa matière première.

My heart belongs to Oscar est donc le texte (avec didascalies) qui accompagne la performance théâtrale et musicale du trio du jeune pianiste. On apprend tout ou presque du parcours, pour le moins original, de Romain Villet, de son authentique coup de foudre musical pour le géant Canadien, “le grand maharajah” du piano selon Duke, moins compositeur qu’improvisateur. La musique d’Oscar c’est du solide, du charnel, de la joie incarnée”, la certitude du geste, sans jamais la moindre fausse note. Petersen enchante le présent.

Romain Villet est dingue de ce virtuose du bonheur, à la discographie plus que généreuse et à la carrière impeccable. Sur scène, le pianiste se transforme en acteur, en pédagogue pour commenter avec humour ce qui va suivre, en insistant sur les fondamentaux de cette musique que l’on appelle le jazz : le swing et son essence, l’art du trio, l’improvisation.

En s'attardant sur le fait (qui lui fut reproché d'ailleurs) que Peterson n'invente rien, use de "trucs de jouage", ne fait que  retravailler éternellement les standards, Romain Villet va aussi à l’encontre d’éventuelles critiques : pourquoi reprendre Oscar Peterson, en faire l’objet de son spectacle? C'est ne pas comprendre que le seul engagement qui tienne, c’est celui du concert. Et ne rien saisir à l'histoire de Romain Villet, découlant d’une admiration passionnée, d’une obsession justifiée pour cet immense pianiste. Il ne se soucie guère de futur depuis qu’il se réserve pour la musique de l’instant. Ce miracle, sa vocation pour le piano et le jazz, il doit tout cela à Oscar et aussi ... à sa femme qui lui a fait écouter du jazz. Une révélation philosophique en un sens, qui a imprimé un sens tout autre à la vie du jeune homme,  lui a fait suivre une voie qui bifurque.

Entre deux sets porte ensuite sur la conversation, au bar, avec un interlocuteur tenace, un opposant chatouilleux, avec lequel le pianiste dialogue à fleurets mouchetés, revenant sur la fabrique de cette musique, paysage mental, état d’esprit? Et aussi sur ce que demande comme agilité d'esprit, l'improvisation, cette façon d'"habiter une structure au présent." (Barthes).

Le dernier texte développe enfin mais autrement sa conception du jazz, recensant de multiples interrogations qui démarrent toutes par Pourquoi le jazz?

Voilà pour le discours que sous-tendent trois formes d’écriture.  La forme, elle, est enjouée, rapide et ciselée, ludique avant tout. Les textes sont courts, libre explosion de mots, de jeux d’écriture qui fusent dans tous les sens, un festival d’esprit! On plaint le pauvre interlocuteur, qui, en face de Romain Villet n’en mènerait pas large, tant ses retours frappent fort et juste.

Cette écriture solaire, intense et fiévreuse ne nous donne plus qu’une envie, celle d’écouter le pianiste et son trio dans "What is this thing called love? " et "Hot house" qui ont la même grille d'accords, "There's no greater love", "People" et aussi dans ce singulier "You look good to me" que peu de musiciens osèrent reprendre après Oscar Peterson !

http://romainvillet.com/my-heart-belongs-to-oscar-a-la-tete-des-trains-77-le-29-fevrier/

Let’s face the music and dance!

 

Sophie Chambon

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2019 5 15 /11 /novembre /2019 08:03
REMI CHARMASSON/ALAIN SOLER “Mr. A.J.”

REMI CHARMASSON/ALAIN SOLER

Mr. A.J.”

LABEL DURANCE-ABSILONE

www.label-durance.com

SORTIE CD 15 NOVEMBRE 2019

 

Voilà un album hommage particulièrement émouvant, de deux musiciens sudistes, ancrés dans leur département et région), Rémi Charmasson ( Gard) et Alain Soler ( Alpes de Haute Provence)  qui ont profité des enseignements d’un grand saxophoniste voyageur, plus toujours reconnu à sa juste valeur aujourdhui, André JAUME ( marseillais d'origine). Il fut l’une des figures emblématiques du jazz d’avant-garde des années soixante dix, original dans le meilleur sens du terme. Discret mais tenace, avançant selon son esthétique,“jouant sa musique et celle des autres à sa sauce”, comme le remarque avec pertinence Alain Soler, le saxophoniste a ouvert la voie aux plus jeunes, en faisant des pas de côté décisifs”. D’ailleurs, les deux musiciens de l’album, excellents guitaristes, ont aussi beaucoup voyagé, l’ont accompagné dans de nombreuses tournées et enregistrements dans le monde entier. (Chine, Vietnam, Afrique, Amérique…) et ont retenu ses leçons.

Le répertoire reprend des thèmes de Jaume comme “Beguin”, “Heavy’s”, “Marratxi”, souvent sortis sur le label CELP, quatre thèmes du dieu Django ( guitare oblige et on ne s’en plaindra pas), une composition du musicien préféré d’André Jaume, Jimmy Giuffre “River Chant” qu’il a accompagné et suivi de près, dans ses années free...et dont il sait évoquer la mémoire avec passion ; une reprise du “Girl” des Beatles. On le voit, un répertoire fait de choix décidés selon des convictions, des goûts réels, un éclectisme de bon aloi. Car ces compositions ont un potentiel immense, plein de nuances, se révélant un excellent terrain de jeu pour ces orfèvres de la six cordes, pincées, frottées, brosséesqui ont aussi proposé des compositions de leur cru. La première et forte sensation à l’écoute de cette musique qui s’écoute d’un trait, déroulant un groove envoûtant, persistant, est l’absolue cohérence du chant intérieur, épuré, essentiel qui anime le duo. En fait, si André Jaume est un soufflant polyinstrumentiste doué, il n’était pas question de transposer pour guitaristes même si les amoureux de l’instrument seront comblés. C’est un disque complet, pour musiciens selon l’expression consacrée mais aussi, plus simplement pour ceux qui aiment la musique, toutes les “bonnes” musiques du jazz à la pop et au rock. 

Cet hommage démontre avec brio que la passion du jazz se prête à toutes les fantaisies, se moque des frontières de styles, d’instruments, car on apprend et partage tant d’aventures sonores avec des “frères de son”. Et assurément, Rémi Charmasson et Alain Soler le sont. Ce portrait recomposé n’est ni complaisant ni nostalgique. André Jaume qui s’est retiré en Corse et va fêter en 2020, ses quatre vingt ans, sera fier de l’élégance, l’énergie, la joie profonde et l’intelligence de ce duo parfaitement accordé, libre et audacieux.

Pas besoin de plus grands discours : "let’s play the music"….ou encore mieux "let’s face the music and danse".

 

Sophie Chambon

 

 

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 08:02
EMMANUELLE DEBUR/PHILIPPE MEZIAT HISTOIRE/ histoires DU JAZZ DANS LE SUD OUEST

EMMANUELLE DEBUR/PHILIPPE MEZIAT

HISTOIRE/ histoires du JAZZ DANS LE SUD OUEST

De la Nouvelle Orléans à la Nouvelle Aquitaine (1859-2019 )

EDITIONS CONFLUENCES, Bordeaux.

Formidable ouvrage de 192 pages, véritable somme sur l’histoire du jazz en Nouvelle Aquitaine, jamais chapitré de façon docte et professorale, ce livre aborde le monde musical du jazz en région, sous tous ses aspects : culture, histoire, géographie physique et administrative, économie d’un secteur vue selon le filtre des acteurs privés et publics, des structures, de la scène, des festivals, de l’enregistrement.

Le jazz avant le jazz, désastre et music hall (1914-1945), de la scène à la cire ( 1945-1960), création et patrimoine (1960-1980), du bebop au hip hop (1980- 2019), la place de la Nouvelle Aquitaine aujourd’hui, découpent la chronologie riche mais compliquée d’une région qui tient son rôle dans l'évolution de cette musique. Bordeaux est vite inscrite dans le discours critique du jazz, un terreau de choix qui vit naître l’un des premiers Hot Clubs régionaux, alors que Pau vire au blues, et que Limoges devient un bastion du jazz hot. Dans les années soixante dix, la ville devient capitale, sous l’impulsion de Roger Lafosse, à la pointe de la réflexion sur la place de l’art et de la culture dans la société, qui crée un événement unique, SIGMA qui mit en contact le public avec l’esprit du temps au risque de le surprendre, de la brusquer. 

L’originalité de ce beau livre est due au double regard, celui de la journaliste de Sud Ouest, Emmanuelle Debur qui fait oeuvre d’historienne avec la rigueur d’une enquête sur les hauts faits, les périodes sombres mais actives de l’occupation, les querelles fratricides entre raisins verts et figues moisies de Charles Delaunay et Hugues Panassié, la guerre des jazz(s), les “chapelles” trop nombreuses encore aujourd’hui, l’essor des festivals. Le raisonnement est clair, les exemples concrets, nombreux et illustrés de passionnants témoignages (anecdotes, illustrations trop méconnues comme les pochettes de Pierre Merlin, photos rares, originales, magnifiques comme celle d’Ellery Eskelin par Bruce Milpied).

C’est aussi trente ans de la vie d’une musique en région, une mise en désir musical d’un territoire plutôt large qui couvre les départements de Gironde, Pyrénées Atlantiques, Gers ( le cas exemplaire de Marciac), va de Bayonne à Andernos sur le Bassin, Bordeaux évidemment, l'arrière-pays montagneux, le Piémont pyrénéen, le Béarn, le pays Basque et Itxassou, Luz St Sauveur dans les Pyrénées centrales. Sans oublier Souillac (46) limitrophe, avec Sim Copans qui s’attacha à illustrer au mieux ce que le jazz contient d’innovation mais aussi de conservation.

Racontée autrement, par un personnage parfois difficile à cerner, courant d’une identité à l’autre : enseignant, philosophe, journaliste, acteur, photographe à ses heures, programmateur, collectionneur fou. Ceci n’est pas négligeable, y-a-t-il en musique un équivalent à ces cinéphiles (de la génération de Bertrand Tavernier) qui ont subordonné leur vie à une passion dévorante, exclusive qui leur permit néanmoins de découvrir la vie différemment, sans routine? Ce n’est jamais triste, car le principe de plaisir se propage tout au long de ses pages, de son expérience. La part autobiographique de l’ouvrage, de ses mémoires en jazz, est détaillée avec franchise, constituant l’autre face de ce document précieux. Histoire et histoires, soit deux volets complémentaires, d’une couleur légèrement différente qui partagent le livre et que l’on peut livre indifféremment. Sans oublier des annexes soignées, une chronologie originale, la bibliographie d’un amateur plus qu’éclairé!

Ce qui nous retient dans les pages intimistes de ce journal en jazz, est l’itinéraire d’un esprit ouvert, curieux, d’une intelligence analytique, toujours en mouvement. Philippe Méziat, dans des fragments émouvants, retrace l’ample récit d’une vie consacrée au jazz depuis la découverte émerveillée (par l’intermédiaire de frères plus âgés) jusqu’ à la mise en place pendant huit ans d’un festival, le BJF. Soixante ans d’amour indéfectible pour une musique et un style qui ont conditionné une “attitude” de vie, trente ans de “professionnalisation” depuis 1989. Au fil des pages, on se familiarise avec les structures culturelles, la vie d’un grand journal régional SUD OUEST qui en fit un envoyé spécial, très spécial même puisque cet enseignant en philosophie devint journaliste. Les années défilent, c’est la vie même qui va, qui respire en ses pages et insuffle son rythme et ses climats changeants avec de grands joies, les concerts et happenings de Sigma, les collaborations fructueuses avec les acteurs du monde du jazz,  “mundillo” si fermé et complexe, des festivals AFIJMA à Musiques de Nuit... Il y eut les rencontres marquantes dues souvent au “hasard objectif”, le compagnonnage avec les frères en jazz, aujourdhui disparus, JP Moussaron et Xavier Mathyssens, confrères à Jazzmagazine, la découverte émerveillée de la photographie avec Le Querrec ou GLQ de Magnum, les musiciens qu’il a pu approcher de près, Abbey Lincoln, Lionel Hampton, Ellery Eskellin, Uri Caine, Benat Achary…sans oublier les incontournables Bernard Lubat, Michel Portal qui ont gardé leurs attaches girondines ou bayonnaises.

Moins  malhabile même s’il est perpétuellement convaincu de l’être, Philippe Méziat n’en demeure pas moins un observateur attentif,  vigilant mais débordé parfois par les événements, critique envers les institutions dont il a pu, non seulement observer souvent les partis pris inconsidérés, mais aussi vivre cruellement, de l’intérieur, l’abandon.

Il y a des "écrivants" qui rendent compte, écrivent, même très bien ce qui advient. Et ceux qui ne peuvent s’empêcher de penser/panser leur maux, de réfléchir et de se demander comment ça marche.

Coup d’essai, synthèse nécessaire, coup de maître. Indispensable pour ceux qui aiment le jazz ou s’y intéressent,  le jazz, cette musique savante, fondation musicale, la seule du XXème. (JP Moussaron)

 

 

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 12:36
PABLO CUECO  POUR LA ROUTE

 

PABLO CUECO

POUR LA ROUTE

Photographies de Milomir KOVACEVIC

Dessins Rocco

Editions Qupé

Première édition 2018

www.qupe.eu

 

https://www.qupe.eu/livres/pour-la-route/

Un petit livre que l’on déguste avec gourmandise ou qui se lit d’un trait, c'est selon, racontant l’histoire d’un quartier parisien, le 3ème, par la découverte de ses bistrots, de leurs propriétaires et clients. Une bistro-fiction au sens littéral plus qu’une auto-fiction, même si ce genre est à la mode, puisque l’auteur reconnaît ne pas avoir son permis de conduire...

Dans l’histoire de ce qui constitue une exception française, le bar, le bistrot, le troquet, le rade, on distingue le “classique”, la longue série des Brèves de comptoir de J.M Gourio qui relevait tout un ensemble de citations poétiques, absurdes, drôles, voire philosophiques, entendues au comptoir.

Le musicien Pablo Cueco qui pratique jazz, contemporain et musique traditionnelle au zarb, est aussi compositeur, écrivain de fictions, scénarios, dessinateur. Un artiste complet qui sait aussi prendre le temps et observer sa ville, mieux, son quartier. C’est lui qui parle, écrit et nous fait partager ses observations sur son 3ème, circonscrit au périmètre du quartier des Enfants-Rouges. Et il sait se livrer à une étude quasi exhaustive de tous les débits de boisson car il faut noter que, si on parle de nourriture (pas vraiment de gastronomie) dans ce petit livre savoureux, il est surtout question de liquides de diverses couleurs, tirés de plantes ou non, que l’on absorbe , souvent sans modération, à tout moment du jour et de la nuit, certains bars faisant la jonction, lieux mystérieux de la rencontre entre “ceux qui finissaient” et “ceux qui commençaient."  

Pablo Cueco connaît son quartier sur le bout de ces rues, trottoirs, bars qui paraissent fort nombreux : il doit y travailler aussi, donner ses rendez vous car il passe beaucoup de temps à observer les habitués, à décrire les comportements. D'où un ensemble de petits textes incisifs et très drôles, alternant avec quatorze "petits portraits" croqués sur le vif, reflétant une sociologie de comptoir, la radiographie d’un certain Paris actuel et en ce sens, le livre est aussi politique. Sans oublier les photos de comptoir, clichés d’atmosphère souvent poétiques de Milomir Kovacevic et les dessins, graphiques de circonstance de Rocco.

Pour la Route est à sa façon un guide touristique original pour découvrir un des cents villages parisiens. Ne manque qu'un plan justement avec l’emplacement de ces lieux à voir, à boire, la liste impressionnante des remerciements  étant en effet, adressés à tous les bistrots du quartier “sans qui le livre n’aurait pas pu boire le jour.” 

Soulignons enfin la découverte d’une jeune maison d’édition Qupé, dédiée aux Beaux-arts en général, et à l’écriture.

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0