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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 00:11

Traduction française de Yoann Gentric.
Editions Actes Sud, 376 pages.  
Paru le 26 mars.


     Fondée il y a 20 ans par deux entrepreneurs suédois (Daniel Elk et Martin Lorentzon), Spotify s’est imposée comme la première plateforme de streaming musical.  Selon les derniers chiffres connus, 290 millions d’abonnés dans le monde ou environ 1/3 du marché du streaming ou 20 % du marché de la musique enregistrée.


     Quels sont ses méthodes de travail, les clés de sa "réussite", quels "avantages" en tirent les artistes ? Journaliste américaine, Liz Pelly nous livre une enquête de plusieurs années qui décortique le système de fonctionnement du géant du streaming et ses implications dans la vie des artistes et la diffusion de la musique.
 


     Pour Spotify, l’objectif initial était d’utiliser la musique comme « une source de trafic pour ses produits publicitaires », affirme Liz Pelly. Les résultats se sont fait attendre, Spotify n’étant devenu bénéficiaire qu’en 2024.  Pour les auditeurs, la stratégie de markéting conduite par le géant suédois se traduit, souligne l’autrice, par « une uniformisation totale de la musique » secrétée par la multiplication des playlists et le recours aux algorithmes. Quant aux créateurs-compositeurs, interprètes leurs revenus -calculés de manière opaque- se révèlent médiocres sinon ridicules pour une grande majorité d’entre eux. Enfin l’essor de l’intelligence artificielle a accéléré ce mouvement de standardisation de la musique diffusée et de paupérisation des artistes. Chaque jour des dizaines de milliers de titres générés par l’IA sont mis en ligne par ces « artistes-fantômes ».

 

     Conclusion sans concession de Liz Pelly : « La façon dont le streaming a réagencé la musique est déprimante, mais ce n’est que la manifestation d’une industrie qui dessert les artistes et le public depuis des générations ». 

 

     L’alerte lancée par Liz Pelly a-t-elle été entendue ? Depuis la publication de son livre aux Etats-Unis en 2025, Spotify, précise Actes Sud dans son communiqué de presse, a décidé de faire retirer de ses playlists soixante millions de titres produits par l’IA.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

 

 

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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 13:35

 

     Dans ses notes d’introduction, l’auteure Rolande HUGARD-GOURLEY se rappelle ... Pour la sortie du disque ‘’The Jazz Trio’’ (1983), Alain GERBER écrivait un long article intitulé « Jimmy n'a jamais su tricher » :


    « ... la profession de foi de Jimmy tient en peu d'articles : ne jamais tricher ; avoir le courage de « jouer propre », c'est-à-dire de ne jamais sacrifier le « texte » à la mise en scène - ce qui oblige précisément à avoir un « texte », un contenu musical à délivrer ».
 

     Et il ajoutait, sans craindre d'être excessif dans ses propos :

« Ces exigences n'ont l'air de rien. Si chacun les prenait pour des critères, cependant, les trois quarts de la musique que l'on entend aujourd'hui rejoindraient ipso facto leur lieu naturel : le fond des chiottes ».


     Au micro de France Musique, il développait un autre aspect du jeu de Jimmy :

     « Sa manière a toujours été l’élégance même, une grâce liée, comme chez les danseurs, à une grande sureté de geste. Cela suppose par exemple de ne pas jouer deux notes quand une seule peut suffire, voire un silence. Cela implique aussi que ces deux notes soient définitives. Le dépouillement ne se justifie que par une certaine infaillibilité. On voit qu'il ne faut pas avoir froid aux yeux pour improviser à l'économie ! On comprend qu'il faut avoir les nerfs solides pour faire à la fois le pari du lyrisme et celui de la décantation. Il devient si facile de rater son coup. Si on rate une note, elle est alors très ratée ! Ce n'est pas comme si on en rate une parmi deux cents ! Par son attaque incisive, la puissante découpe des phrases, la netteté des articulations, l'autorité de son énonciation, Jimmy prolonge la tradition qui est celle de Charlie Christian ou d'Oscar Moore ! »

 

                               ============

 

     Voilà, tout est dit ... ou presque, qui révèle 6 décennies de musique, partagée par ce parisien d’adoption, ‘Dictionnaire du jazz à lui tout seul’’ (Francis Marmande, Le Monde, 29 mars 2001), sur les scènes et dans les studios du monde entier avec tous ceux à qui le jazz doit quelque chose et/ou qui doivent quelque chose au jazz : Henri Renaud, Bobby Jaspar, Lee Konitz, Clifford Brown, Gigi Gryce, Bud Powell, Bob Brookmeyer, Roy Haynes, Duke Ellington, Buddy Banks, Chubby Jackson, Lester Young, Lou Bennett, Louis Armstrong, René Urtreger, Eddy Louiss, Stan Getz, Johnny Griffin, Sonny Stitt, André Villéger, René Thomas, Mundel Lowe, Marc Johnson, Vic Lewis et tant d’autres ...

 

 

     Pour mettre cette biographie* en forme, Rolande, la fidèle compagne, a puisé dans sa mémoire, dans une riche iconographie et d’abondantes archives sonores et écrites la matière à construire un ‘’Jimmy Gourley, Day by Day, Film by Film’’, dont l’idée originale lui avait été soufflée par l’ami constant, Félix Lemerle.

 

    

     Se reflète donc ici la trame sur laquelle se tisse jour après jour le quotidien d’un artiste musicien de jazz expatrié, et dont elle constitue un peu l’archétype, avec ses faux-départs, ses obstacles, ses emballements, ses passages à vides et ses sommets, en France, Europe, Etats-Unis, Afrique et partout ailleurs ... Bref, tout ce que l’on n’imaginait pas disposer un jour sur l’un des musiciens les plus discrets°, les plus originaux, les plus élégants et ... les plus injustement oubliés de l’histoire du jazz, disciple de Jimmy Raney : Jimmy Gourley, Un américain à Paris !!

 

   

     En même temps que cet ouvrage, premier et unique à ce jour consacré à la mémoire de Jimmy et qui se lit d’une traite, Frémeaux & Associés édite une anthologie sonore des périodes les plus riches de sa carrière dans un coffret de 3 CDS (1951-1954, 1954-1961 et 1972-2002)** ... l’un n’allant pas sans l’autre !

 

    

     Pour le reste :


- On consultera avec bonheur la discographie complète de Jimmy, rassemblée par Christian Oestreicher (récemment disparu).
 


- Jordi Pujol a édité en 2019 sur le label Fresh Sound Records «The Cool Guitar of Jimmy Gourley · Quartet & Trio Sessions 1953-1961» - FSRCD1101, (compilation complémentaire de la présente édition avec peu de doublons).

 

 

*Rolande HUGARD-GOURLEY, « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris ». Frémeaux & Associés - FAL3270.
ISBN : 978-2-38283-270-7

 

** « Jimmy Gourley, Un Américain à Paris, 1051-2002 »,
Un coffret de 3 CDS Frémeaux et Associés - FA5901
À paraitre le 10 septembre.

 

°Il est assez stupéfiant de constater que Jimmy n’enregistra son premier album en leader que plus de 20 ans (1972) après son arrivée en France (1951), et que cet album ne sera publié que plus de 10 ans plus tard : « Jimmy Gourley & The Paris Heavyweights », après un enregistrement réalisé avec Lou Levy et Stan Getz (sous le pseudo de Dju Berry) : « No More ».

 

NDLR : le format éditorial choisi ne rend pas complètement justice à la qualité des documents photographiques sélectionnés (souvent inédits et qui ne représentent qu’une partie du fonds disponible) ... On rêve d’une édition grand format, en souscription par exemple, à l’instar de ce que Jean-Luc Katchoura avait réalisé avec Michele Hyk-Farlow pour la biographie de Tal Farlow, ''Accord Parfait''  (2014, distribué par Paris Jazz Corner).

 

Francis Capeau.

 

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17 juin 2025 2 17 /06 /juin /2025 17:52

Editions Frémeaux & Associés. 139 pages.
ISBN : 978-2-38283-295-0;
En librairie depuis le  13 juin.

 

     « Spontané, rieur, indocile, intranquille, espiègle, vif, libre ». Tel est Michel Portal, d’après Franck Médioni qui publie les confidences du poly-instrumentiste (clarinettes, bandonéon, saxophone alto entre autres) recueillies pendant dix années.

 

      Tout au long de cette centaine de pages, Michel Portal se raconte à la première personne. Un récit brut et tendre qui tient son lecteur en haleine permanente. Un témoignage fort, une sorte de confession qui nous dévoile une personnalité habitée, exaltée, saisie par le doute.

 

      Plus de huit décennies sont ainsi passées en revue, révélant un portrait intimiste d’un musicien qui ne s’est jamais cantonné dans un genre, le jazz, le contemporain (Boulez, Xénakis), les musiques de films (plus de 50), ou la variété (version poétique avec Barbara).


      Des premières notes données à la clarinette, qui deviendra son instrument de prédilection,  au début des années 40 à Bayonne ( « Je n’ai pas choisi la clarinette, elle s’est comme imposée à moi. Pourquoi la clarinette ? parce que c’est le plus doux »), aux dernières réflexions d’un artiste comblé d’honneurs et jamais rassasié (« on essaie toujours de se renouveler et c’est ça qui nous fait vivre »).

 

       Lire « le SOUFFLE PORTAL » permet d’apporter un élément de réponse à la question taraudant les amateurs de musique depuis l’arrivée du basque natif de Bayonne (le 27 novembre 1935) sur la scène parisienne voici plus de six décennies : Comment peut-il arriver à jouer Mozart et Haydn un jour au Théâtre des Champs-Elysées et improviser de la manière la plus « free jazz » qui soit le lendemain dans un club de la Rue des Lombards ? Réponse de Michel Portal : « Quand je joue Mozart, je suis au plus près du texte. Respect total du texte ! Mais quand je suis dans le jazz, là c’est la revanche, c’est la violence. Je veux exploser ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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22 mai 2025 4 22 /05 /mai /2025 16:46

Editions i. En librairie en mai 2025.
83 pages. ISBN : 978-2-37650-185-5.

 

     Pourquoi avoir choisi un portrait de Don Cherry en couverture ? A notre question, Jean Rochard, l’un des co-auteurs avec Pierre Tenne a répondu : « Il fallait un regard. Pierre était d'accord. Cette photo de Gérard Rouy était idéale par le regard de Don Cherry ; sa position penchée avec sa trompette de poche dans un coin. En plus nous pensions que Don Cherry - qui y est cité - était un personnage correspondant à pas mal de directions de notre petit livre. Il a l'air interrogatif sous le titre, un défi à bousculer ».

 

     Le défi à relever par ces deux connaisseurs –Jean Rochard, producteur (label nato) et auteur (Michel Portal. Au fur et à mesures. Ouvrage de photos de Guy Le Querrec. Les Editions de Juillet.2023) et Pierre Tenne, historien de la musique et enseignant- tenait à la feuille de route fixée par l’éditeur (Jean Annestay) : traiter le jazz brièvement (moins de cent pages) en s’appuyant sur 101 citations. Dans la même collection ont été publiés des ouvrages consacrés à l’Islam, le yoga, le soufisme, le jeûne ou le pèlerinage.

 

     « Nous ne voulions surtout pas faire une sorte de "101 meilleures citations" ou les "101 citations des musiciens les plus célèbres" ou je ne sais quel essentiel arbitraire, etc.


     Nous souhaitions que la contrainte de départ devienne une clé d'ouverture, précise Jean Rochard. L’échange nourri entre les auteurs de génération différente mais partageant la même passion s’est traduit par une présentation en une vingtaine de courts chapitres retraçant un grand siècle de jazz en zig-zag sous des titres étonnants et originaux : A Drum is a Woman (le rôle des femmes), Rock the Clock (jazz et rock), Le Rideau Déchiré (le jazz chez les soviets)…


     Sur un ton léger, fuyant le jargon, Rochard et Tenne, citant aussi bien Louis Aragon que Jean-Luc Godard ou Sun Ra, Duke Ellington, Louis Armstrong, Charlie Parker, Michel Portal, Doris Day, Annick Nozati, Francis Poulenc, passent en revue les grands courants (be-bop, free…), les spécificités européennes, la scène française, les relations avec la religion, la politique, la photographie, le cinéma…

 

     Une immersion dans la jazzosphère où l’on sent battre l’esprit et le souffle du jazz qui devrait réjouir les aficionados et séduire les néophytes.

 

Jean-Louis Lemarchand.
 

 

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10 avril 2025 4 10 /04 /avril /2025 15:48

Frémeaux & Associés. 240 pages
En librairie depuis le 28 mars 2025.

     Les lecteurs des DNJ connaissent bien le Laurent CUGNY pianiste, chef d’orchestre (grande formation en particulier), arrangeur, directeur de l’ONJ (1994-1997), plusieurs fois lauréat de l’Académie du Jazz, mais peut-être un peu moins le Laurent Cugny historien du jazz, même si on lui doit « une histoire du jazz en France, du milieu du XIXème siècle à 1929 » (Editions Outre Mesure.2014), devenu un ouvrage de référence.

   

        Professeur (aujourd’hui émérite) à la Faculté de Lettres  de Sorbonne-Université, Laurent Cugny élargit son champ de vision avec « Une Histoire du Jazz, une Musique pour les XX ème et XXI ème siècle » (Frémeaux & Associés). En quelque 200 pages, dans un format de poche, voici retracée une épopée prenant ses racines dans les champs de coton du Sud profond des Etats-Unis et à la Nouvelle-Orléans et nous conduisant jusqu’à ces dernières années à l’ère de la mondialisation et de la dématérialisation.


         Construite sur la base de son enseignement, cette histoire du jazz déclinée de manière chronologique (hormis un chapitre consacré à l’expression vocale), se présente, selon son auteur, comme « une histoire de la musique et des musiciens », n’évoquant que ponctuellement les aspects de l’histoire sociale et culturelle. Il n’empêche. Laurent Cugny enrichit son approche artistique et stylistique de propos personnels sur l’évolution du jazz en s’attaquant à des idées générales et hâtives. Il entend ainsi détruire les mythes selon lesquels l’improvisation ou l’engagement politique et social n’aurait débuté qu’avec le be-bop, ou encore que le hard bop serait uniquement « une réaction de musiciens noirs à un jazz cool affadi joué par des blancs ». Dans ce même ordre d’idée, l’auteur tient à affirmer la place « très présente » des femmes dans le jazz dès ses débuts (par exemple Lil Hardin, pianiste et première épouse de Louis Armstrong) même si elles ont été « largement invisibilisées ».

 

     Où va le jazz ? Laurent Cugny se garde de tout pronostic. Il relève cette diversification du jazz qui se manifeste depuis 1975-1976 (époque de naissance du groupe VSOP d’Herbie Hancock), ère post-moderne, « nébuleuse sans réelle géométrie » (world jazz, fusion, musiques européennes improvisées, influences des musiques traditionnelles…).  A la fin de ce premier quart du XXI ème siècle, « le jazz est plus vivant que jamais. Il se pratique, s’enregistre et s’enseigne ». La dématérialisation a fait des ravages certes conduisant, juge l’interprète-historien du jazz, à « une relative indigence économique » à laquelle toutefois échappe « un petit groupe d’artistes ».  Constat autrement présenté : « le nombre d’albums produits n’a jamais été aussi grand alors que les ventes globales ont considérablement chuté ». Curieux (et explosif) cocktail alliant richesse de l’offre et pauvreté des revenus perçus par les créateurs.

 

     Un ouvrage d’une lecture aisée (sans céder à la facilité), fortement conseillé, et qui renvoie à une large discographie puisée dans l’encyclopédique catalogue patrimonial de son éditeur, Frémeaux & Associés.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

 

 

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29 mars 2025 6 29 /03 /mars /2025 09:41

Editions Grasset. Mars 2025.
Roman. 206 pages.


     Cent ans après son décès (le 1er juillet 2025), Erik Satie n’a pas fini de séduire et intriguer ne serait-ce que dans la jazzosphère.  


     Ces derniers mois, sont ainsi sortis dans les bacs des disquaires GYMNOSTROPHY, rencontre de Satie et Monk, signée du Possible(s) quartet (IMR/Inouïe Distribution), chroniquée dans ces colonnes par Sophie Chambon, La MARCHE du CHIEN NOIR (Label Bleu) version big band donnée par le Red Star Orchestra, sans oublier publié en 2023 IKIRU PLAYS SATIE (Collectif Surnatiral/L’autre distribution) où Fabrice THEUILLON (saxophone ténor) échange avec Yvan ROBILLIARD (piano) sur une douzaine de compositions, y compris les célébrissimes Gnossiennes et Gymnopédies.

 

     L’écrivain belge Patrick ROEGIERS (‘Le cousin de Fragonard’, ‘l’autre Simenon’, ‘Eloge du génie’…) livre une explication : « Satie était de son temps, en avance sur son temps et hors du temps. Sa musique était intemporelle, atemporelle ».


      De son vivant, Erik Satie (qui avait troqué le c de son prénom de naissance pour un k rappelant l’origine anglaise de sa mère) connut le succès assez jeune (22 ans) avec les 'Gymnopédies' en 1888 et le scandale à 51 ans avec 'Parade' (18 mai 1917), spectacle-ballet donné au Châtelet par les ballets russes de DIAGHILEV, sur un livret de Jean COCTEAU et des costumes et décors de PICASSO. « Musicien bruitiste », lança un critique.  

 

      Économe de ses notes, « Satie composait la musique du silence, la musique sortait du silence et retournait dans le silence » résume Patrick Roegiers.
 

     Cette sobriété assurée irritait Pierre BOULEZ (allergique par ailleurs au jazz) qui qualifiait le compositeur de ‘Trois morceaux en forme de poire de « talent mineur, indigent techniquement ».  
 

     Tel n’était pas l’avis de compositeurs majeurs du XX ème siècle, qui voyaient en Satie un précurseur de la musique répétitive, minimaliste. A commencer par John CAGE qui interpréta en première mondiale en 1963 ‘Vexations’, partition inédite de 1893 conçue pour la peintre montmartroise Suzanne VALADON, compagne fugace de l’excentrique Satie.
 

 

     Vêtu en toute saison d’un pantalon noir trop court, d’un paletot élimé, coiffé d’un melon, muni d’un parapluie, le normand d’Honfleur (né le 16 mai 1866 à 9 heures du matin) arborant barbichette et lorgnons parcourait tout Paris à pied avant de rejoindre son « placard » d’Arcueil, en banlieue sud, où personne n’avait droit d’entrée. Etre sensible, non dépourvu d’humour, peu sujet aux compromis mondains, Satie confia à Darius MILHAUD : « j’ai eu une belle vie, solitaire et triste, vraiment triste ». Mais, c’est un trait peu connu de sa personnalité, l’ermite d’Arcueil adorait les enfants de la commune banlieusarde auxquels il donnait des cours de solfège quand il n’organisait pas des goûters.

 

     Admiratif de son héros, Patrick Roegiers, nous accompagne (brillamment) auprès d’un Erik Satie intime dans une biographie sans ordre chronologique, romancée et imaginée.
 

     Au fil des pages, se retrouvent ainsi côte à côte des artistes (terme qu’exécrait Satie : « nous n’avons pas besoin de nous dire artistes laissant cette dénomination reluisante aux coiffeurs et aux pédicures ») ne s’étant jamais rencontrés, les amis de Satie (Ravel, Cendrars,  Picabia, Brancusi…) et ses fans futurs (Cage, Bob Wilson, David Hockney, Pina Bausch) ... Tous unis dans une affection pour un compositeur refusant tout carcan et définissant la musique comme « un silence qui parle ».

 

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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21 février 2025 5 21 /02 /février /2025 15:13
Alain GERBER     Le destin inattendu de la tapette à mouche

 

 

Alain Gerber  Le destin inattendu de la tapette à mouches 

Célébration des balayeurs célestes du jazz avec Shelly Manne en point de comparaison.

 

Frémeaux & Associés

Le destin inattendu de la tapette à mouches - Alain Gerber

 

Le premier chapitre Comment la passion des brosses vint aux garçons trace une suite à son autobiographie Deux bouts de bois… Une autobiographie de la batterie de jazz où se dessinait un (auto)portrait singulier de l’écrivain en batteur de jazz, entre objectivité et sensibilité propre. On apprenait qu’Alain Gerber pratiquait l’instrument emblématique du jazz, la batterie, complexe dans son assemblage plus ou moins sophistiqué selon les batteurs (grosse caisse, caisses claires, cymbales, baguettes et ... balais). Il se disait alors plutôt un fervent partisan des baguettes et il décrivait sa caverne d’Ali Baba “La Baguetterie” rue Victor Massé à Paris.

Son fétichisme va plus loin, il s’attaque à présent à un autre accessoire indispensable, les balais ou brushes en anglais, et commence apparemment par un éloge des brosses qu’il a pu essayer, obtenant par son balayage plutôt mécanique des avancées «réelles mais infinitésimales». Sensible à la beauté du geste, il distingue cependant geste et toucher et nous fait bien comprendre que c’est l’impact du geste qui compte.

Puis très vite il se livre à une sélection pointue des grands batteurs qu’il a découvert tout jeune, remontant le cours de sa vie et s’adossant à sa pratique obstinée de l’instrument. C'est l'objet de ce Nils Bertil Dahlander (Bert Dale) et Sheldon (Shelly) Manne. Le premier est alors inconnu au bataillon-je revendique aussi cette expression dans mon cas, le second fait l’objet d’une passion, plus que d’un culte, car Alain Gerber ne se considère jamais comme groupie. Et nous aurons droit dans une troisième partie My Man Manne à un portrait aussi précis que touchant de ce musicien  extra-ordinaire, arrivé avant d’être parti, qu’il n’a hélas jamais rencontré. Découvert dans les disques Contemporary dont Shelly Manne était un peu le batteur maison-que Gerber collectionnait aussi pour la beauté de ces objets en carton, Shelly Manne, The Three & The Two est la première pièce de West Coast Jazz de sa discothèque, bientôt suivi d’Un Poco Loco et de bien d’autres titres scrupuleusement relevés avec des notes de bas de page exhaustives.

Cette étude affûtée-en fait il lui est impossible de résister à un enregistrement auquel Manne a participé, lui permet d’évoquer son art de l’accompagnement d’une sensuelle onctuosité, ses compagnonnages fructueux de Russ Freeman à André Previn, sa prestance, sa "pensée mélodique" y compris lors de ses impros en solitaire, "over the bar". Mais Alain Gerber en profite pour décrire d’autres figures des studios, des figures tutélaires Joe Jones, Kenny Clarke aux exhibitionnistes Gene Krupa, Buddy Rich.

Sans vouloir se presser, il poursuit son analyse  de l’art des batteurs qui comptent ou ont compté avec une certaine consistance dans Et pendant ce temps là… un véritable festival de brosses, pas un inventaire, plutôt un catalogue amoureux où les coups de balais sont des coups de génie avec Mel Lewis, Chico Hamilton, Max Roach, Vernell Fournier, Denzil Best … chacun et c’est l’intérêt, cité dans un de ses grands enregistrements.Il va plus loin encore en donnant une liste plus que copieuse de ces disques d’importance, une passionnante Anthologie sonore virtuelle en soixante titres Jazz Brushes 1933-1963.

Alain Gerber a mis de l’ordre dans l’écriture méticuleuse d’un écrivain spécialiste de l’art de la digression. S’il est sans illusions sur ses véritables capacités de batteur, il se "rattrape" par une réelle expertise du jazz et sa connaissance phénoménale de tous les musiciens jusqu’aux plus méconnus ainsi que des seconds couteaux .

Son livre s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au jazz et en particulier aux batteurs. Il rend hommage à Daniel Humair qui lui montra dans les années soixante-dix comment faire des "ronds" intelligents et surtout des huit écrasés, étirés d’un bord à l'autre sur léquateur de la caisse claire. Il s’enquiert toujours auprès de spécialistes de l'instrument, son ami George Paczynski, auteur d’une monumentale histoire de la batterie de jazz en trois tomes chez Outre Mesure sans oublier le jeune batteur Guillaume Nouaux auteur d’une récente histoire de la batterie chez Frémeaux & Associés. Et en ce qui concerne cette formidable période, il nous rappelle l'importance d'Alain Tercinet qui fit découvrir le jazz cool, partuclièrement celui de la West Coast. 

Lire Alain Gerber réveille pour tout amateur des émotions que l’on croyait enfouies, passées à l‘état de souvenirs. Il suggère en véritable mentor des pistes à suivre pour continuer à se forger des mémorables expériences. On retrouve avec bonheur son éloquence parfois emphatique, un sens imparable du tempo (normal pour un batteur), ce goût réel des mots et des phrases qui sonnent, sa recherche du mot perdu et des phrases paradoxales qui restent longtemps à l’oreille. Grâce à ses conseils discographiques, on sera peut être à même d'entendre plus de choses qu'un live ne nous en ferait voir.

 

Sophie Chambon

 

 

 

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12 novembre 2024 2 12 /11 /novembre /2024 22:34

222 musiciens du XXème siècle par 222 écrivains.
Editions Fayard. 768 pages.
En librairie depuis le 30 octobre.
ISBN : 978-2-213-72755-4

 

Les titres peuvent être trompeurs. « Les mots de la musique » ne constituent nullement un dictionnaire destiné aux élèves des conservatoires ou amateurs en quête de connaissances. L’ouvrage réalisé sous la direction de Franck Médioni (auteur de nombreuses biographies, ancien producteur à Radio France), constitue, aux dires d’icelui, « une anthologie littéraire, une déambulation libre, une mosaïque bigarrée aux écritures multiples ». Précisément, ils sont 222 contributeurs (interprètes, journalistes, romanciers…) qui ont choisi d’évoquer, selon leurs propres mots (on y revient) un musicien (ou une musicienne) du XX ème siècle.

 

Parcourir ce vaste volume (plus de 750 pages) nous donne l’occasion de retrouver les figures marquantes, connues ou non (c’est là un des plaisirs du lecteur, la découverte), dans tous les domaines de la musique : classique, contemporaine, rock, pop, chanson française et bien sûr le jazz y compris le blues largement représenté avec plus de 70 récits et portraits. Au fil de cette déambulation, on croise ainsi pour « l’équipe de France » de la note bleue Michel Portal, Martial Solal, Bernard Lubat, Michel Petrucciani, Jean-François Jenny-Clark, Joëlle Léandre, Marc Ducret, Daniel Humair, Jac Berrocal, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli….

 

Ces 222 chroniques, de Marguerite Monnot aux Rolling Stones, de Steve Reich à Ravi Shankar -prennent des formes diverses : des études sous forme de coups de cœur ( Erik Satie sous la plume de Pascale Roze, prix Goncourt 1996 pour Chasseur zéro), des témoignages (Nadia Boulanger vue par Tiphaine Samoyault, la fille des conservateurs du Château de Fontainebleau, où enseignait la sœur de Lili, la compositrice de Pie Jesu), des souvenirs de tournée (savoureuses évocations de Johnny Griffin par le saxophoniste Olivier Témime, de Stéphane Grappelli par le contrebassiste Jean-Philippe Viret, de Jean-Louis Chautemps par son confrère François Jeanneau…).

 

Accéder à ces textes qui passent en revue de manière tout à fait subjective la foisonnante histoire musicale du XX éme siècle se mérite. Le livre adopte une présentation alphabétique des auteurs et retient des titres pas toujours explicites (exemple, l’article de Philippe Claudel dédié au groupe anglais The Stranglers et titré simplement ‘No more heroes’). Le lecteur doit donc se référer aux deux sommaires en fin d’ouvrage (par auteurs et musiciens). On eut apprécié également quelques éléments biographiques sur chacun (e) des auteur(e)s. Reste que la lecture sans guide ni repères, au petit bonheur la chance, peut avoir ses charmes.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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5 novembre 2024 2 05 /11 /novembre /2024 08:08
Franck Bergerot    André HODEIR & James JOYCE      UN  ELOGE DE LA DERIVE

FRANCK BERGEROT

André HODEIR & James JOYCE

Un éloge de la dérive

 

 

 

accueil | ONJ

Disponible le 25 octobre

Ouvrage accompagné du lien de téléchargement du concert«Anna Livia Plurabelle • L’ONJ joue André Hodeir» donné le 6 mars 2021 à la Maison de la Radio et de la Musique

 

Finnegans Wake : Anna Livia Plurabelle - YouTube Music

 

Un travail d’une envergure impressionnante, exhaustif sans être fastidieux, facile à lire même sur un sujet pourtant intimidant André Hodeir et James Joyce, un éloge de la dérive. Soit une oeuvre Anna Livia Plurabelle à la réputation difficile, une “jazz cantata” tirée de Finnegans Wake que Joyce mit dix sept ans à écrire.

Je me souviens...C’était en 2 017 à Avignon quand Frank Bergerot évoqua devant nous la suite d’Hodeir Anna Livia Plurabelle qui le fascinait depuis sa jeunesse et dans laquelle il replongeait avec passion à la lecture d’ André Hodeir le jazz et son double, un pavé de 772 pages de Pierre Fargeton (préfacé par Martial Solal). Franck Bergerot prit alors conscience de ce qu'il y avait de visionnaire dans la volonté d’Hodeir d'écrire le jazz comme on improvise, sans le faire comme les musiciens free de l’époque qui imaginaient le futur du jazz autrement, sans partition. Hodeir introduisait cette drôle d’idée d'improvisation simulée, des solistes tout particulièrement. 

Je ne connaissais pas cette pièce musicale mais le rapprochement avec James Joyce retint mon attention. Auteur pour le moins difficile dont j’avais vainement tenté Ulysses sans grand succès ( parcourant le dernier chapitre jusqu’au “oui” final du monologue de Molly) mais eu plus de chance avec Dubliners/The Dead beaucoup plus accessible, surtout après avoir vu le film crépusculaire de John Huston,  d'une grande fidélité dans les dialogues, son dernier opus où sa fille Anjelica tenait le premier rôle.

 

 

Hodeir a écrit deux "jazz cantatas" à partir de Finnegans Wake   Bitter Ending (fin du dernier chapitre) et Anna Livia Plurabelle (huitième chapitre) qui met en scène deux lavandières et une femme-rivière Anna Liffey (qui traverse Dublin jusqu’à la mer). Cette rivière musicale connaît beaucoup de changements de tempos et d’orchestrations, sans marquer une fin précise entre les sections mais avec des enchaînements, soit une oeuvre véritablement ouverte, nourrie musicalement des textes de Joyce.

 

Recréée en 1966, cet extraordinaire flux, échange de deux lavandières de part et d’autre du fleuve dont les rives s’éloignent (voix de soprano et de contralto, respectivement Monique Aldebert et Nicole Croisille) dans la première version avec un livret bilingue. C’est à John Lewis que l’on doit l’édition vinyle US de 1970, rééditée chez Epic en 1971 pour CBS France par le pianiste Henri Renaud. En 1992 Patrice Caratini s’attaqua à l’oeuvre dans la seule version anglaise et tout naturellement quand l’ONJ de Fred Maurin décida en 2021 de reprendre la jazz cantata pour le centenaire de la naissance d’André Hodeir, au studio 104 de la maison de Radio France dans l’émission Jazz sur le vif du producteur Arnaud Merlin, il fit appel à Patrice Caratini, contrebassiste et chef d’orchestre (y compris de l’ONJ). Franck Bergerot était évidemment présent ce soir de mars 2021. Une raison de plus pour justifier l’existence de ce singulier orchestre national qui s’engagea vaillamment dans cette super production de 25 artistes dont deux vocalistes, reprenant le chantier de cette oeuvre maîtresse en pleine pandémie. Les éditions ONJ records prolongèrent le travail musical en publiant la somme de Frank Bergerot (ouvrage accompagné du lien de téléchargement de l’enregistrement du concert conçu comme un seul mouvement ininterrompu).

Le concert avec captation vidéo du samedi 6 mars 2021 fut donné devant une vingtaine de personnes, techniciens compris et... la Ministre de la Culture, mais fort heureusement on put le suivre plus tard grâce à la retransmission de Radio France dans le Jazz Club d’Yvan Amar en respectant sa durée,  d'environ une heure. L’enthousiasme partagé à l’écoute de cette “oeuvre avec voix en stéréophonie”, performance unique brillamment rendue malgré la difficulté de la partition par un orchestre inspiré et deux chanteuses qui ne l’étaient pas moins, Ellinoa (mezzo soprano) et Chloe Cailleton (contralto).

Alors commence un véritable “work in progress” et l’expression n’est pas galvaudée dans le cas de ce récit historique, essai musicologique, enquête journalistique, un défi pour son auteur qui accumula  analyses, lectures et traductions diverses, ayant aussi accès aux archives de la veuve d’André Hodeir. Bergerot a réuni ainsi André Hodeir qui réinventa le statut de compositeur de jazz avec l’Irlandais génial qui faisait du “jazz verbal”. Sensible à l’esthétique des blocs sonores de Monk qu’il rapproche des derniers essais de Joyce dans le glissement de la langue, Hodeir écrit une variation continue, sans retour possible, se débarrassant des mots, usant entre autre d’onomatopées. La musique pour être vraiment libre avait besoin d’une langue inventée que lui fournit le Finnegans Wake d’un écrivan, illisible auteur d’une oeuvre sonore et musicale, d’un roman musique.

C’est l’un des mérites de ce livre de proposer plusieurs angles d'attaque : on peut en faire une lecture décomplexée, attaquer par la musique (Jazz on Joyce d’Hodeir) ou la littérature (Jazz Verbal de Joyce) mais il n’est pas inintéressant de commencer par l’article rédigé sur jazzmagazine.com par F.Bergerot, le 20 Août 2017, trois ans avant qu’à l’annonce de la recréation d’Anna Livia Plurabelle par l’ONJ, il ne décide de se mettre au travail, attaquant un chantier pharaonique. Il n’en reste pas moins que le prologue/ avertissement de 25 pages constitue une synthèse fort pédagogique aux rubriques découpées et titrées avec pertinence.  On retrouvera enfin, détaillé très précisément le déroulement du concert, les 26 différentes parties réparties en 13 fichiers distincts, une partition à l’écoute du texte qui suit les interventions de chaque musicien dans un commentaire enthousiaste digne des reporters sportifs de la grande époque !

Comme André Hodeir et James Joyce, Franck Bergerot ne laisse rien au hasard et son travail fouillé, méticuleux consiste à montrer en quoi Hodeir tentait de décloisonner les champs harmoniques, mélodiques, rythmiques, formels, timbraux selon sa formule lumineuse “agrandir le jazz pour ne pas avoir à en sortir”. Soulignons encore l’excellence des annexes, livret et notes de pochette d’André Hodeir selon les éditions, sources bibliographiques, phonographiques et radiophoniques (sans oublier un spécial James Joyce en musique) jusqu’à l’illustration bienvenue de Michel Caron, des fragments de vitrail en dalles de verre qui reprennent justement le motif de dérive et de dislocation du titre. Voilà de quoi animer la vision métaphorique qui habita l’auteur pendant l'écriture de son éloge.

Tout amateur de jazz et de littérature trouvera assurément son compte dans cet ouvrage soigné, même sans être lecteur de musique. Le grand intérêt tient de la démarche de Franck Bergerot qui a cherché dans ce véritable “labour of love” à rendre tous les registres possibles, combinant analyse musicale (explicitant le processus d' harmoniques) et dimension littéraire, et encore histoire du jazz. Soit un tour de force que cette polyrythmie d’informations musicales, jazzistiques, phonétiques et linguistiques. Car si l’écriture de Joyce sonne, il n' aura fallu pas moins de trois traductions pour s’en approcher dont un collectif dirigé par Philippe Soupault sous le contrôle de Joyce, génial polyglotte en 1930; un exemple parmi tant d’autres Finnegans Wake (initialement titré Work in Progress eh oui!) ne compte pas moins de 17 langues. La vraie langue de Joyce serait donc la traduction et ses seuls lecteurs ses traducteurs!

Raison de plus pour plonger dans le cours tumultueux de cette "jazz cantata" recréée par Patrice Caratini et l’ONJ de Fred Maurin.

 

 

Sophie Chambon

 

 

Anna Livia Plurabelle 

L’ONJ joue André Hodeir

 

 

Maison de la Radio et de la Musique
Studio 104 – 6 mars 2021 – 
Jazz sur le Vif

Ellinoa mezzo-soprano  Chloé Cailleton contralto

 

Patrice Caratini direction

 

Orchestre National  de Jazz   Direction artistique Frédéric Maurin

 

Catherine Delaunay clarinette
Julien Soro sax alto et soprano
Rémi Sciuto sax alto et sopranino, clarinette, flûte
Clément Caratini sax alto et soprano, clarinette
Fabien Debellefontaine sax ténor, alto et soprano, clarinette
Matthieu Donarier sax ténor et soprano, clarinette
Christine Roch sax ténor, clarinette 
Sophie Alour sax ténor et soprano, clarinette
Thomas Savy sax baryton, clarinette
Frédéric Couderc sax basse et ténor, clarinette
Claude Egea trompette
Fabien Norbert trompette
Sylvain Bardiau trompette, bugle
Denis Leloup trombone
Bastien Ballaz trombone
Daniel Zimmermann trombone
Stéphan Caracci vibraphone
Aubérie Dimpre vibraphone
Julie Saury batterie
Benjamin Garson guitare électrique
Robin Antunes violon
Raphaël Schwab contrebasse


 

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13 septembre 2024 5 13 /09 /septembre /2024 11:34
ALAIN GERBER   L'Histoire du be bop

 

Alain Gerber  
L'histoire du be bop 

 

Livrets The Quintessence sous la direction d’Alain Gerber et Patrick Frémeaux

Notices discographiques par Alain Tercinet *

Editions Frémeaux & Associés

Jazz (fremeaux.com)

 

Le label patrimonial Frémeaux & Associés nous fait découvrir à chaque parution des enregistrements rarement regroupés tout à fait dignes d’intérêt.

Pour traiter de l’irruption du style musical bebop qui révolutionna l’histoire de la musique aux Etats-Unis, les célèbres éditions maintes fois primées  proposent de reprendre les livrets d’un joyau de leurs productions The Quintessence. Dirigée par Alain Gerber cette collection retrace inlassablement depuis trente ans l’histoire du jazz en coffrets copieux aux textes de présentation exceptionnels. Chaque anthologie présente en effet un livret très précis où figurent les renseignements discographiques complets des différentes séances choisies et un écrit biographique sur les musiciens qui ont initié le mouvement et participé à son évolution.

Le texte vif, original et toujours documenté sur cette révolution musicale à New York dans les années 40 qui traça une ligne de partage entre jazz classique (la Swing era des big bands, une musique de danse et d’entertainment) et jazz moderne est dû à l’instigateur de la collection.

On retrouve la prose délicieuse de Gerber et son analyse des plus fines, historien et écrivain de jazz de référence dont les émissions sur France Musique et France Culture ont formé la culture jazz de nombreux auditeurs.

Alain Tercinet était la référence incollable sur l’histoire de ces enegistrements dont il nous livrait tous les détails avec gourmandise et érudition. Comme dans une vraie association, des complicités se créèrent entre ces deux plumes qui faisaient de chaque livret un plaisir rare de lecture que l’écoute des enregistrements vient renforcer. Entre respect d’une chronologie impeccablement étudiée et espace poétique.

Leurs choix éminemment subjectifs ont rassemblé les titres les plus représentatifs du talent et du style uniques de chacun des musiciens choisis. De partial mais jamais partiel pourrait-on qualifier leur travail.

Alors qu’Alain Tercinet rend compte de la complexité de cette révolution mélodique, harmonique, rythmique, le scénario d’Alain Gerber immerge dans la vie des boppers. Tous deux font revivre au fil des pages, les figures majeures, la puissance de tel ou tel jazzman que l’on reconnaît à des accessoires ou détails : à tout seigneur, on commence avec Miles The man we loved qui a droit à deux chapitres, l’oiseau de feu Charlie Parker le talonne, Dizzy Gilllespie, génie de proximité, Bud et Monk l’homme de nulle part, les pianistes phare du bop suivent, Kenny Clarke l’anti-batteur de choc qui ouvrit la voie à toute une génération, sans oublier Max Roach le Bertolt Brecht de la batterie de jazz. Une seule femme certes, mais c’est la "divine" Sassy, l’inoubliable Sarah Vaughan.

Plaisir intense et nostalgique que de plonger dans la vision du Harlem de l’époque, la vibrante évocation de la 52ème rue, des clubs le Minton’s Play house, l’Onyx (naissance du bop) avec Dizzy dont le titre de l’autobiographie jouera avec le rebond To be or not to bop.

Si “Groovin high”, “Salt peanuts”sont les chevaux de bataille du bebop, si Bird et Dizzy sont liés à jamais musicalement, le bebop est oeuvre collective. Les auteurs s’attardent bien volontiers sur les singuliers chefs de file, mais citent aussi les seconds couteaux.

 

Avec cette histoire du bebop, au coeur de la vie violente de ces musiciens en proie au racisme et à une farouche ségrégation, on assiste aux débuts d’une musique libérée, expérimentée lors de jazz sessions redoutables précisément décrites. Ce livre indispensable sur une musique décrétée pour “musiciens” conviendra aux amateurs éclairés mais constituera une vraie découverte pour les non initiés. Le lyrisme érudit de l’un et la précision impeccable de l’autre épousent parfaitement le sujet, un vrai travail d’équipe et évidemment a labour of love.

 

 

* Figure aussi dans ce livre le tromboniste Jay Jay Johnson, dernier coffret The Quintessence paru en 2024 où Alain Gerber donne son sentiment sur le musicien "en-deçà et au-delà du bebop" alors que Jean Paul Ricard reprend le rôle du regretté Alain Tercinet (disparu en 2017) dans lequel il ne dépare pas, s’attachant au factuel et à la chronologie en donnant une biographie détaillée du musicien.

 

 

Sophie Chambon

 

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