JJJJJean-Paul Celea, François Couturier, Daniel Humair : « Trypic »
Bee Jazz 2007
Avec une pochette réalisée d’après un monotype de Daniel Humair, le label Beejazz sort Tryptic, un album qui réunit des maîtres du jazz, trois de nos musiciens actuels, qui comptent parmi les plus expérimentés. Onze compositions, dont quatre versions « jazzifiées » de classiques très connus, une improvisation collective « Instant », mais aussi des thèmes de vieux complices «Good mood » de Joachim Kühn, « Inki » de Harald Pepl ou encore le « Canticle with response » de John Surman. Un trio qui combine sens du lyrisme, goût et rigueur de l’échange, appétit de nouvelles aventures. Une recherche qui découle du désir de musique qu’ils ont tous, chevillé au corps. Ils continuent à faire durer leur plaisir (et le nôtre), à affiner cette identité jazz, leur passion. Car s’ils se plaisent à « interpréter » Beethoven, Mahler ou Britten, ces trois là jouent surtout leur histoire. Ces citations ou reprises ne peuvent masquer en effet les parfums de leur propre musique, parfaitement agencée, souvent émouvante, emportée parfois, toujours rebondissante.
Jean-Paul Celea est un contrebassiste sûr et souple, vibrant et ardent, aux nuances multiples. François Couturier soutient l’écoute, la relance même, en exposant au piano les thèmes classiques, comme l’adagietto de la cinquième symphonie de Mahler, [ qui parcourt « Mort à Venise »], mais il a par ailleurs, toute la fluidité, la fougue d‘un jazz vif et libre. Daniel Humair s’en donne à cœur joie sur «Ludwig »(en fait, l’allegretto de la 7 ème symphonie de Beethoven), puissant sans être assourdissant ; d’ailleurs étourdissant par sa capacité à être sur tous les fronts, avec sa frappe sèche et précise, son élocution claire .
Le son est exceptionnel ( La Buissonne), capté comme au plus près, l’interaction entre les instruments est impressionnante : on retiendra aussi la beauté retenue du paradoxal « Good mood » qui s’accorde à la couleur d’ensemble, à la tonalité sombre de l’album, ou ce « Dramadrome » que DH connaît bien (issu de son Babyboom), joué ici de façon plus discontinue.
Voilà un chant qui vient de loin, du plus intime, sans se priver, dans son énonciation même, des formes de la modernité. Aucune satisfaction passéiste avec ces hommes là qui s’engagent totalement à chaque fois, le métier en aucun cas ne tuant la spontanéité. Et l’on ne peut que féliciter Beejazz d’avoir réuni ces artisans fabuleux pour un premier tableau musical, dont on espère déjà une suite.
Sophie Chambon

