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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 23:26


     L’Académie du Jazz a remis le 9 mars sa plus haute distinction, le Prix Django REINHARDT (attribué au musicien français de l’année), à Gautier GARRIGUE qui devient ainsi le quatrième batteur récompensé par la noble Institution depuis sa fondation en 1954, après Bernard Lubat (1971), Simon Goubert (1996) et Louis Moutin, qui partagea le diplôme en 2005 avec son frère jumeau François, contrebassiste.


     Au Beffroi de Montrouge, le président Jean-Michel PROUST a rappelé, lors d’une cérémonie très musicale (neuf prestations avec les lauréats) que Les 72 membres de l’Académie ont tenu à récompenser le parcours d’un musicien de Jazz, sideman réputé, qui s’est affirmé compositeur avec son premier album en leader « La TRAVERSEE » paru à l’automne 2024 (Pee Wee !).


     Gautier Garrigue (38 ans), catalan formé au conservatoire de Perpignan, ayant fait ses classes auprès d’Henri Texier et Eric Barret, avait déjà été distingué par l’Académie du Jazz en 2024 avec le groupe FLASH PIG, Prix du Meilleur Disque Français pour ‘In the Mood for Love’, arrangement de la bande-son du film du metteur en scène Hong Kar Wai. Actif depuis une quinzaine d’années, le quartet constitué avec Florent Nisse (contrebasse), Adrien Sanchez (saxophone ténor) et Maxime Sanchez (piano) prépare actuellement un sixième album.
 


     La soirée de remise des prix 2025 de l’Académie aura été l’occasion de rendre hommage à l’un des monstres sacrés de la musique, Michel PORTAL récemment disparu, notamment par la projection d’une sélection de photos de son camarade de trente ans Guy Le Querrec.
     Le clarinettiste-bandonéiste-saxophoniste (1935 - 2026) aura été récompensé à quatre reprises par l’Académie : Prix Django Reinhardt en 1967, Prix du Meilleur Disque Français en 1973 (pour ‘Michel Portal Unit à Chateauvallon’), Prix Avant-Garde en 1980 pour ‘Dejarme solo’ et à nouveau Prix du Meilleur Disque Français en 1997 pour ‘Blow Up’ en duo avec Richard Galliano.


     Le palmarès 2025 (neuf prix) met à l’honneur deux pianistes et compositrices françaises, déjà titulaires du Prix Django Reinhardt :
     - Leila OLIVESI, Prix du Meilleur Disque Français pour ‘African Rhapsody’ (Attention Fragile), qui nous invite à un périple planétaire avec son nonet (quatre saxophones !),


      - Sophia DOMANCICH, Grand Prix de l’Académie du Jazz -qui a devancé dans le scrutin final le pianiste Sullivan Fortner (‘Southern Nights’. Artwork)-, avec ‘Wishes’ (Peewee !), à la tête d’un trio franco-américain constitué avec Mark Helias (contrebasse) et Eric McPherson (batterie).

 

     C’est également une voix féminine du jazz, mais instrumentale, qui a été couronnée par le Prix du Jazz Européen : Hanna PAULSBERG, saxophoniste ténor norvégienne qui succède au palmarès à un compatriote, lauréat en 2024, le pianiste Tord Gustavsen.

 

     Distinction toujours très attendue -compte tenu de l’impact auprès du grand public-, le Prix du Jazz Vocal a été attribué à une nouvelle étoile de la scène américaine, Tyreek McDOLE (25 ans) pour « Open Up Your Senses » (Artwork Records). Lauréat du concours Sarah Vaughan en 2023, le baryton crooner avait séduit dans les festivals de l’été passé (Marciac, Nice, Toulon).

 

     L’Académie du jazz veille aussi à détecter les nouveaux talents en décernant son Prix Evidence (la révélation de l’année) au groupe ABYSKISS, formation française de poche se définissant comme « rétrofuturiste », co-dirigée par Camille MAUSSION (saxophoniste et compositrice), et Pierre Tereygeol (guitariste), avec Victor Auffray (euphonium, flugabone, voix) et Illya Amar (vibraphone, marimba, glockenspiel, tambour chamanique) pour son album ‘Big Dipper’ (Saä).

 

     Défendre et illustrer le patrimoine constitue une autre des missions de l’Académie du Jazz. A ce titre le Prix Jazz Héritage (jazz classique) a été attribué au trompettiste Jean-Loup LONGNON, lui aussi Prix Django Reinhardt (1990), pour ‘Istanbounce' (Continuo Jazz) où son big band évoque l’atmosphère cosmopolite de la métropole turque. 

 

     L’histoire est également au cœur du documentaire ‘Soundtrack to a Coup d’Etat’ du réalisateur belge Johan GRIMONPREZ qui a obtenu le Prix du Patrimoine : un retour sur l’assassinat du leader Patrice Lumumba au Congo ex-belge en 1961 propulsé par une bande-son percutante (Abbey Lincoln, Max Roach, Eric Dolphy, Ornette Coleman …).

 


     Enfin, avant le Jazz, il y avait le Blues, et les académiciens ne l’ont jamais oublié tout au long de leur histoire, entamée en 1954 avec Jean Cocteau et André Hodeir, André Francis, Georges Auric ... Dans leur palmarès 2025, Ils ont choisi comme lauréat du Prix Blues et Soul un vétéran, Buddy GUY pour son dernier album ‘Ain’t Done with the blues’ (je n’en ai pas fini avec le blues) publié par RCA le 30 juillet 2025, le jour de son 89 ème anniversaire !

 

Jean-Louis Lemarchand.

Francis Capeau

Membres de l’Académie du Jazz.

 

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15 février 2026 7 15 /02 /février /2026 20:54

     Son ami le photographe Guy Le Querrec a inventé un mot pour définir Michel Portal, « l’intranquillité ». Décédé le 12 février à l’âge de 90 ans, clarinettiste, saxophoniste, bandonéiste, le natif de Bayonne excellait en toutes musiques.  De Mozart à Ornette Coleman en passant par Boulez, la variété (aux côtés de Barbara entre autres), les musiques de film (plus de 50), il a toujours revendiqué cette diversité, cette liberté d’expression. « Cela fait partie de mes contradictions, nous confiait-il en 2006. J'ai des pulsions dans ma carrière. J’ai toujours rêvé de jouer dans un orchestre avec des musiciens qui auraient joué du Mozart, du Berio, du jazz, du folklore albanais… Les musiques, il faut les brasser. »
 


     Face à ses détracteurs, prompts à évoquer son aspect Frégoli ou Cocteau, Michel Portal, Premier prix au Conservatoire de Paris en 1959 et prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz 1967, ripostait, sans acrimonie : « Pourquoi demande-t-on à un acteur de faire mille rôles et pourquoi ne laisse-t-on pas au musicien sa liberté d’expression. Pourquoi les classer automatiquement dans une catégorie ? ».  Et sur scène, Michel Portal n’avait qu’un seul credo, laisser aller, selon ses pensées du moment. « J'adore arriver sur scène et ne pas savoir ce que je vais jouer, nous précisait-il en 2023. C'est un moment extraordinaire, le seul moment où l'on peut vraiment s'amuser. C’est mon côté anar…Il faut se libérer. Je n’ai pas envie de monter sur scène et de jouer les numéros 1,2,3 du disque qui vient de sortir… ».
 


     Inconditionnel de l'improvisation, Michel Portal avait dans les clubs et les festivals de jazz « horreur de réciter sa leçon ». Et d’ajouter en riant franchement : « Je récite déjà ma leçon dans Mozart. Alors là !  Comme disait Billie Holiday, je récite ma leçon ou je la crache ».
 
     Tout avait commencé à Bayonne pour Michel Portal : « Je n’ai pas choisi la clarinette, elle s’est comme imposée à moi. Pourquoi la clarinette ? parce que c’est le plus doux ». Il s’en souvenait le 9 février 2019 quand la ville décida de baptiser de son nom le théâtre municipal, évoquant son professeur de clarinette à l’école de musique de Bayonne, Monsieur Lespiaucq « très exigeant sur la façon de mettre le bec en bouche, sur le mouvement des lèvres ». Il s’était mis à la clarinette à sept ans après s’être essayé à tous les instruments de l’Harmonie bayonnaise dont son beau-père était l’un des responsables (flûte, cor, basson, trompette).  

 


     Jusqu’aux derniers jours de sa carrière, artiste comblé d’honneurs Michel Portal n’aura jamais été rassasié : « on essaie toujours de se renouveler et c’est ça qui nous fait vivre ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Guy Le Querrec et Jean-Louis Lemarchand.

 

Michel Portal en quelques dates :


1935. 27 novembre. Naissance à Bayonne (64)
1942. Débuts à la clarinette.
1959. 1er prix de clarinette au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
1965. Participe à Free Jazz, album de François Tusques (Mouloudji).
1967. Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz décerné au musicien de l’année.
1972. Création du Michel Portal Unit, dédié à l’improvisation.
1979. Dejarme Solo ! (Dreyfus Jazz).
1981. César de la meilleure musique de film pour Le retour de Martin Guerre (réalisateur, Daniel Vigne).
1999. Fast Mood, duo avec Martial Solal. (BMG).
1999. Rencontre, duos de clarinettes avec Paul Meyer avec des œuvres de Bach, Mozart… (EMI)
2001. Minneapolis, avec la rythmique de Prince. (Universal).
2021. MP 85. (Label Bleu).
2023. Michel Portal. Au fur et à mesures. Ouvrage de photos de Guy Le Querrec avec des textes de Jean Rochard (Les Editions de Juillet).
2026. Décès le 12 février.

 


 

 

 

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 10:53

     Plume généreuse, flamboyante du jazz, Francis Marmande nous a quittés le 25 décembre des suites d’un cancer à l’âge de 80 ans.


       Bayonnais né le 10 janvier 1945, il a consacré son talent littéraire à ses passions –le jazz, la tauromachie, le flamenco- dans le Monde –de 1973, grâce à un dessin signé (c’est lui qui le soulignait) jusqu’à cet automne, avec notamment les nécrologies de Jack DeJohnette et Gérard Badini publiées fin octobre-mais aussi à Jazz Magazine, où il contribua régulièrement aux côtés de Philippe Carles et Frank Ténot.  


      Un extrait significatif de son style (Le Monde du 28 octobre 2025, à propos de Jack DeJohnette : « Allure et visage d’éternel jeune homme, il avait cette souplesse du sprinteur afro-américain dès son entrée en scène ».

 

     On peut retrouver quelques-unes de ses chroniques nécrologiques sous forme de portraits bien vivants dans « La chambre d’amour » (1997, Editions du Scorff. Photographies de Guy Le Querrec).

 

     Contrebassiste occasionnel, Francis Marmande a raconté quelques-unes de ses aventures dans un savoureux ouvrage « La housse partie » (Ed. Fourbis. 1997) qui débute par le vol de son instrument un soir de 1995 à Belleville (où il résidait).

 

     Ses goûts étaient encyclopédiques, de Jelly Roll Morton à Sun Ra, comme en témoigne l’anthologie publiée en 2014 par le label Naïve (Jazz Heroes) où il écrivait en préface : « Tous les musiciens de jazz sont des passeurs, passeurs entre ancien et moderne, entre Afrique et Europe, entre sacré et profane, entre maîtrise et folie, entre spiritualité et combats… le jazz ne répète rien ».

 

      Au-delà de ses passions ci-dessus mentionnées, il faut naturellement relever celle de Georges Bataille auquel il consacra sa thèse de lettres en 1985 et deux ouvrages (‘le Pur bonheur’, ’Georges Bataille Politique’) ; Car, aimait-il à dire, « mon vrai métier c’est l’université » : agrégé de lettres modernes,  Francis  Marmande enseigna de nombreuses années à l’Université Paris 7 (aujourd’hui Paris Cités) où il avait invité entre autres Sunny Murray, Archie Shepp, Max Roach, Toni Morrison et bien entendu son « pays » de Bayonne,  son aîné de dix ans, Michel Portal.


     Le jazz ne le quittait jamais. Tel était Francis Marmande, également pilote d’avion et de planeur.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo X. (D.R.)

 

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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 10:47
D’jazz Nevers                (Suite et fin)

D’jazz Nevers (Suite et fin)

D’jazz Nevers suite et fin


La trente-neuvième édition de D’jazz Nevers arrive à sa fin en ce samedi 15 novembre, une journée sans aucun temps mort.

Kamilya Jubran et Sarah Murcia  : des affinités (s)électives.

Yokal, Théâtre municipal, 12h30.

Dernier concert dans le cadre si plaisant du théâtre à la sonorisation toujours impeccable, à proximité des musiciens, à l' heure apéritive.


 

Un compagnonnage de plus de vingt-cinq ans, un rendez-vous régulier entre deux musiciennes qui ont su apprivoiser leurs différences-histoire et culture, traditions musicales . Au fil du temps elles ont constitué un univers original aux confins de la tradition classique arabe, du contemporain et de la musique improvisée et n’ont cessé de dialoguer dans une grande proximité de pensée, croisant mélodique et harmonique, l' horizontal et le vertical .

Sans revendiquer une plus grande place des femmes dans le jazz, elles ont su la prendre avec style et tempérament sur des instruments souvent tenus par des hommes, la contrebasse pour l’Espagnole, l’oud pour la Palestinienne.

Ce qui les rapproche encore c’est le registre commun de leurs instruments respectifs, leurs timbres voisins . Elles se sont heurtées à la difficulté d’apprendre les gammes à transposition limitée de la musique orientale, l’importance des polyrythmies, de couleurs inhabituelles.

Si Kamilya est musicienne avant tout, son chant quasi ininterrompu apporte une dimension supplémentaire à la musique sans séduction facile dont la mélodie n’évolue guère apparemment, hormis des variations subtiles souvent indétectables à nos oreilles occidentales. Dans la tradition classique arabe, poésie et mélodie vont de concert, témoignant d’une manière de vivre, de penser et de sentir : elle explore de sa tessiture ample divers registres entre la plainte, une colère qui sonne juste, l’amour. Les syllabes ont une rythmique fixe dont elle peut étirer la longueur et la découpe, avec une scansion, un vrai défi pour Sarah, pourtant rompue au jazz et aux improvisations.

Les paroles de leur programme Yokal (« On dit ») sont distribuées avant d’entrer dans la salle du théâtre : l’apport des mots choisis dans cette langue poétique, rugueuse, âpre souvent mais sensuelle tend une corde de plus à leur art. Si nous ne pouvons en saisir la teneur immédiate, Kamilya Jubran essaie d’expliquer avec une économie d’effets les poèmes qui sont souvent de sa plume ou issus de la tradition bédouine ( "Suite nomade").  Enjoués ou élégiaques, ces mélopées et mélismes n’ennuient pas : il y est question de traversée, de déserts de sable « Raml », de menaces et de malheurs « Msibé » mais aussi d’élans fragiles avec ces portes ( « Bab ») qui pourraient être un appel d’air et d’espoir ! Un moment grave, aux résonances actuelles, un dialogue intense entre les cordes frottées, pincées, frappées de deux femmes libres qui ont su tisser des liens forts, des correspondances inouïes dans leur musique.
 

Une soirée Pee Wee à La Maison

Emmanuel Bex « Eddy m’a dit » 20h30

Dix ans après sa disparition, il était temps de repenser à Eddy Louiss, roi de l’orgue Hammond B3 quand il s’installait derrière son instrument.

Plus qu’un hommage compassé, l’organiste Emmanuel Bex a voulu une fantaisie gaie, un concert festif à la mémoire de ce musicien merveilleux qui a décidé de son engagement dans la musique :  "Eddy m’a dit des choses tendres, colorées…. il m’a transmis un désir, une envie... que le jazz est universel, baroque, animal... l'idée que l’orgue pouvait en être un vecteur particulier et sensible. C’est à moi aujourd’hui de le retransmettre." 

Avec sa verve intarissable Bex présente les musiciens qui vont illustrer certains moments forts de la longue carrière d’Eddy Louiss : le premier set en trio avec le guitariste Pierre Perchaud et son fils Tristan Bex à la batterie s’ouvre sur deux compositions formidables

 "Dum Dum" et “Our Kind of Sabi” qui figuraient sur Dynasty, l’album en quartet de Stan Getz avec René Thomas et Bernard Lubat. Bex ajoute un « Blues for Eddy » composé pour l’occasion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand viennent sur scène pour une seconde partie le violoniste Dominique Pifarély qui a commencé par le folk, joué avec Eddy avant de s’engager dans des voies plus contemporaines et Simon Goubert qui fit partie avec Bex d’un trio mémorable avec le tromboniste Glenn Ferris, ce sont les souvenirs d’un autre trio de légende HLP  (Humair, Louiss, Ponty) en 1968  avec la reprise de « That’s all "

 

Comment ne pas citer les notes de pochette d'Alain Gerber? : "Ça jouait chez Pascal Fang, pour sûr, au regretté "Caméléon" de la rue Saint-André-des-Arts, quand le trio HLP y allumait ses feux de Bengale, ses soleils et ses fusées. H le fracassant. L le diabolique. P l'enragé. Ces trois là SE jouaient à fond. Quitte ou double. Qui perd gagne, parfois même. Pour la beauté du geste. Ou pour amuser la galerie, comme Daniel avec son beau solo déjanté de "So What?", car jouer n'interdit pas de... se payer le luxe de l'humour et de la désinvolture. "Le batteur gagne un kilo de sucre" mais c'est nous qui sommes à la fête."

Le nouveau trio Bex Pifarély Goubert reprend encore l'incroyable chanson populaire de 1942 que jouait souvent Eddy « Colchiques dans les prés »  jazzifiée de belle façon avec des trouvailles du violoniste.

On entendra enfin avec tous les musiciens réunis cet étrange « Caraïbes », censé évoquer les Antilles natales d’Eddy qui sonnent comme une balade ou gigue irlandaise et encore « Romance » rejouée dans l’esprit à défaut de rendre l’exacte luminosité de sa musique, cet arc en ciel de couleurs qu'il savait créer.

On aurait pu évoquer le vocaliste des Double Six avec Mimi Perrin, le soutien indispensable de Nougaro (entre 1964 et 1977). Il avait créé entre harmonie et big band  la Multicolor feeling fanfare en 1987 ( La Lichère) dont j’écoute toujours avec émotion le « Come on DH » ( que l’on entend sur le disque de Bex ) .

Oui il avait raison Nougaro quand il proclamait Avec Eddy tout est dit. Louiss a bien servi sa Majesté le Djazz.

 

Hors de l'eau un orgue a surgi
C'est pas Nemo c'est Eddy
À l'horizon l'orgue se hisse
Oh hisse et oh, c'est Louiss ...

Sous le plafond des flots, phosphorescent vitrail,
Dans l'opalin palais d'éponge et de corail,
Il improvise un Te Deum pour son public,
Pour le Titanic ou bien Moby Dick

 

 

Un final éblouissant avec le D Day de Monty Alexander

 

 

Quel enchantement à l'écoute de ce pianiste exceptionnel en trio, la formule la plus classique et pourtant la plus adaptée à cette musique. Il swingue avec une jeune rythmique des plus efficaces (Luke Sellick à la contrebasse et Jason Brown à la batterie) qui contribue à la circulation des énergies. Monty joue très rapproché,  l’oreille tendue vers le contrebassiste, lui même rivé à la main gauche du pianiste, le batteur les serrant de près.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monty Alexander est né le 6 juin 1944 à Kingston en Jamaïque, le jour du débarquement en Normandie, il a traversé comme une évidence l’histoire du piano jazz avec de sacrés modèles Nat King Cole, Oscar Peterson, Art Tatum, Erroll Garner mais aussi Ahmad Jamal. Il n’a pas voulu laisser passer ses quatre-vingt ans sans marquer cet anniversaire, ce jour singulier et signifiant pour lui et pour l’Histoire. Le début de la fin... d’une longue guerre.

Un album mémoriel sans pathos, recréant l’allégresse qui suivit un temps du moins, la libération des alliés, avec ce langage universel, émancipateur, espace d’expression libre. Le jazz, s'il est la musique qui advient là, sous ses doigts enchaînant les idées avec une sidérante fluidité, n’en demeure pas moins mémoire.

On l’écoute avec bonheur dans un programme convaincant,  jamais nostalgique. Il connaît parfaitement son Great American Songbook et attaque le set avec Frank Sinatra passant de « I’ll never smile again » de 1939 à « Smile » de Charlie Chaplin, musique des Temps modernes (1936), rejoue sans dolorisme « Body and Soul » et introduit dans son répertoire ses compositions originales « Why ? » « River of Peace », « Restoration », « D-Day ».

La mélodie à laquelle il revient sans cesse et la pulsation sont au coeur de sa musique. Il n’oublie pas les rythmes chaloupés de sa Caraïbe s’emparant du balancement reggae de Bob Marley « No Woman, No Cry » et distillant avec humour quelques citations de la musique de John Barry, nous entraînant dans le sillage de 007 et de son créateur Ian Fleming dans la Jamaïque de « Dr No », et « Live and let die ».

Aucun signe d’usure ou d’affaiblissement chez ce  musicien, artiste et professionnel comme savent l’être les Américains. Tout à sa musique, disponible, à la demande du public il multiplie les rappels, droit et élégant dans son costume de scène. L’adhésion de tous fut immédiate, quel que soit l'âge. Roger Fontanel n’a pas raté le final de son 39ème D’jazz Nevers. Toute l’équipe de bénévoles toujours sur le  pont se réjouit...et nous attendons le feu d’artifice de l’édition anniversaire des quarante ans.

Sophie Chambon

 

Merci à Maxime François pour ses photos et à la dévouée attachée de presse MC Nouy.

 

 

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4 mai 2025 7 04 /05 /mai /2025 21:05

     Le Prix René URTREGER de l’ECUJE (Espace culturel et universitaire juif d’Europe) destiné aux jeunes talents français du jazz de moins de 30 ans a été attribué pour son édition 2025 au groupe de la violoniste Lisa MURCIA. Le quintet formé de Lisa Murcia (violon), Simon Lannoy (violoncelle), Matthieu Truffinet (piano), Léna Aubert (contrebasse) et Ewen Grall  (batterie) sera programmé lors de la saison 2025-2026 de Jazz à l'ECUJE ainsi qu’au festival de son partenaire JAZZ DANS LES VIGNES (Vaucluse).

     Le jury, composé d'Alice Leclercq, Octavie de Tournemire, Alex Dutilh, Frédéric Charbaut, Lionel Eskenazi et Olivier Hutman a rendu son verdict le 29 avril à Paris à l’issue des prestations des six formations sélectionnées : Asura, Charlotte Isenmann Quintet, l’Autour, Lurium, Plümf et Lisa Murcia.  

     D’après le règlement du concours, les groupes doivent être domiciliés en France, d’une moyenne d’âge inférieure à 30 ans, comprendre entre deux et six musiciens et ne pas avoir réalisé d’enregistrement ayant donné lieu à une distribution physique.


     Lisa Murcia, diplômée du CRR (Conservatoire à rayonnement régional) de Paris en Jazz & Musiques improvisées et du CRR de Cergy en violon classique s’est également produit ces dernières années dans différentes formations : EHBAM (quartet de Jazz, musiques méditerranéennes, compositions), SAMAK Duo (brésil, manouche, musiques d’Europe de l’est), QUIETAMO (flamenco, musique brésilienne et manouche).

     Les précédents lauréats du Prix René URTREGER -du nom du pianiste réputé- ont été en 2024, NINANDA, formation vocale et instrumentale animée par deux jeunes musiciennes Nina GAT (piano, chant) et Ananda BRANDÃO (batterie, chant) et constituée également de Maxime Boyer (guitare) et  Mathieu Scala (contrebasse) et en 2023 pour sa première édition le groupe CONGE SPATIAL formé de Pierre Lapprand (saxophones et effets) et Etienne Manchon (piano, Fender Rhodes et effets).

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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13 mars 2025 4 13 /03 /mars /2025 18:34


Robinson KHOURY

Prix Django REINHARDT


       La plus prestigieuse récompense de l’Académie du Jazz, le prix Django Reinhardt, décerné à l’artiste de l’année, a été remise lundi 10 mars pour l’édition 2024 au tromboniste Robinson Khoury, lors d’une cérémonie-concert qui s’est déroulée au Beffroi de Montrouge (92).
       Recevant son trophée (doté d’une allocation par la Fondation BNP-Paribas) des mains du président de l’association d’érudits indépendants, Jean-Michel Proust, le jeune jazzman s’est déclaré honoré de devenir ainsi le second tromboniste –après François Guin en 1969- de l’histoire de l’Académie, fondée en 1955, à décrocher ce prix.
       Natif de Vienne (Isère), Robinson, qui fêtera ses 30 ans en avril, doit sa « passion de la musique » à ses parents, tous deux enseignants au conservatoire (piano pour le père et chant pour la mère).
       Le collège des académiciens a tenu à saluer la personnalité d’un jazzman qui s’est affirmée en 2024 en faisant « chanter son instrument » : sortie d’un album (le troisième sous son nom) MŸA (Komos Records/Big Wax-Believe) dans lequel se retrouvent la musique de ses origines libanaises, Jean-Sébastien Bach et l’électronique ; résidence (2024-2026) au festival Jazz sous les Pommiers à Coutances (Manche).


 


       La soirée, dédiée à la mémoire de Martial SOLAL, président d’honneur de l’Académie disparu en décembre dernier (et … compositeur par ailleurs de « Balade du 10 mars ». Soul Note 1999), a mis en lumière deux pianistes venus jouer quelques minutes après la réception de leur trophée : le norvégien Tord GUSTAVSEN (un « contemplatif » selon le producteur de France Musique Arnaud Merlin), Prix du Musicien Européen et l’américain Sullivan FORTNER (déroutant), Grand Prix de l’Académie du Jazz pour ‘Solo Game’ chez Artwork Records, co-lauréat avec la chanteuse Meshell NDEGEOCELLO (‘No more water’ : the gospel of James Baldwin, publié par Blue Note).

 


       Le jazz français d’aujourd’hui a vu sa diversité récompensée par deux autres prix majeurs. Pour le Prix Vocal, le chanteur André MINVIELLE, le béarnais de Nay, « concasseur de mots », a coiffé d’une courte encolure, selon le vocabulaire des champs de courses, la populaire chanteuse Youn Sun Nah, au troisième tour de scrutin pour un album consacré à Charles Trenet (‘Trenet en passant’ avec Guillaume de Chassy, piano, et Géraldine Laurent, saxophone alto) co-produit par sa propre maison au vocable surprenant, 'La complexe articole de déterritorialisation'.  

 


        Quant au trophée récompensant le Disque du Jazz Français, il a été attribué à la dernière production d’un quartet évoluant depuis une quinzaine d’années, FLASH PIG, formé des frères SANCHEZ, Maxime (piano) et Adrien (saxophone ténor), Florent NISSE (contrebasse) et Gautier GARRIGUE (batterie) pour leur arrangement de la bande originale du chef d’œuvre du cinéaste de Hong-Kong Wong Kar Wai, sorti en 2000, ‘In the Mood for Love’ (The Mood for Love. Astérie/L’Autre Distribution).

 


       La mission de l’Académie et de ses quelque 71 membres est également (et essentiellement) de couvrir l’ensemble du spectre du jazz de ses origines à nos jours. Le palmarès 2024 l’illustre à merveille dans des choix qui font fi des frontières, nationalités et toute autre critère discriminant. Le Prix Héritage, destiné à récompenser une approche actuelle de l’expression classique du jazz (l’avant be-bop), a été accordé au batteur norvégien vivant au Danemark Snorre KIRK (‘What A Day’. Stunt Records) ; le Prix duPatrimoine au site internet (https://www.nicole-eddie-barclay.com/) consacré à Nicole et Eddie BARCLAY (couple majeur dans la diffusion du jazz, spécialement américain, en France au lendemain de la Libération) par Daniel RICHARD, infatigable historien du jazz et ancien patron d’Universal Jazz.

 

 

       Le Prix Blues, Soul & Gospel au chanteur américain Marcus KING (‘Mood Swings’ - Republic).

 

       Dernier prix en date dans l’histoire de l’Académie, le Prix Evidence devant distinguer un enregistrement d’un jeune talent, est venu couronner la chanteuse française Charlotte PLANCHOU (‘Le carillon’ -Quais Son Records) devançant au tour final deux espoirs tricolores (la chanteuse Sophye Soliveau et le vibraphoniste Alexis Valet) et le fougueux saxophoniste US de Chicago Imanuel Wilkins.


       En résumé, neuf prix qui révèlent l’œcuménisme de l’Académie du Jazz, par des résultats obtenus à l’issue de débats souvent épiques et parfois de faibles différences de voix. On est loin cependant, relevaient certains anciens lundi soir à Montrouge, de la profusion dominante lors de la présidence de Maurice Cullaz, une générosité qui avait porté le palmarès en 1985 au chiffre de 20 prix !

 


Jean-Louis Lemarchand (membre de l’Académie du Jazz).

 


Le palmarès complet avec les sélectionnés dans chacune des catégories est consultable sur le site de l’Académie du Jazz

 

 

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13 décembre 2024 5 13 /12 /décembre /2024 10:31

 


     « Je ne voulais ressembler à personne. » Martial Solal, qui est décédé le 12 décembre dans l’après-midi à l’hôpital de Versailles à l’âge de 97 ans, avait fait cette confidence dans « Mon siècle de jazz *», son autobiographie publiée l’été dernier (Frémeaux & Associés).


     Un défi relevé avec brio tout au long d’une carrière de sept décennies entamée dans l’orchestre de danse du casino à Alger (sa ville de naissance le 27 août 1927) et achevée publiquement par un concert à la salle Gaveau le 23 janvier 2019 : des centaines de compositions (pour petites formations, big bands de jazz, orchestres symphoniques), des milliers de concerts dans le monde, des dizaines de disques, trente musiques de films (dont « A Bout de Souffle » de Jean-Luc Godard qui lui assura la gloire dans le monde du cinéma) , et même un tube à l’époque du « yé-yé », « Twist à Saint-Tropez » sous le pseudonyme de Jo Jaguar.


     Sa musique n’a cessé de dérouter. Trop brillante pour les uns, trop sévère pour les autres. Autodidacte, recalé au conservatoire, Martial Solal aura toujours surpris. « Je crois que je ne suis à l’aise que dans les situations compliquées ». Le pianiste s’en sortait par une technique qui, disait-il, lui « permettait de tout faire, y compris tous les excès ». L’improvisation c’était son domaine. « Martial Solal, une vie à l’improviste** », titrait justement un roman graphique de Vincent Sorel paru cet automne (Editions du Layeur).


     Dans les standards les plus connus, il trouvait en permanence le moyen de surprendre son auditeur. En 2018, le pianiste avait accepté le jeu proposé par le producteur Jean-Marie Salhani en improvisant 19 pièces assez courtes inspirées par un nom ou quelques mots inscrits sur 52 petits carrés de papier contenus dans un chapeau. (Martial Solal. Histoires improvisées, paroles et musiques. JMS). On y retrouve le Solal singulier et pluriel, l’encyclopédiste curieux, brillant, pétri d’humour et de swing. « Ses acrobaties ahurissantes sont uniques dans le jazz », salue un confrère pianiste et son contemporain René Urtreger.


     Le compositeur de « Suite en ré bémol pour quartette de jazz » et de « l’allée Thiers et le poteau laid » aura toujours conservé une forme de dérision et de modestie. « Je ne m’attribue aucun mérite, le hasard, encore le hasard, et toujours le hasard, associé à mon utopie », confiait-il en conclusion de son autobiographie.


     En 2022, recevant le Grand Prix de l’Académie du Jazz pour « COMING YESTERDAY -Live at Salle Gaveau 2019 »  (Challenge/DistrArt Musique), le pianiste, prix Django Reinhardt de la même académie en 1955, avait adressé ce message : « Cette récompense me touche. Elle est la preuve que j’ai fait correctement mon travail, un travail difficile, un métier de passion mais aussi de compétition, d’embûches, de critiques ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

*MARTIAL SOLAL, MON SIÈCLE DE JAZZ
Éditions FRÉMEAUX & ASSOCIÉS (2024)
ISBN : 978-2-84468-985-6.
Paru en août 2024.

 

**Vincent SOREL, MARTIAL SOLAL, UNE VIE A L'IMPROVISTE.
Éditions du Layeur. 2024.
ISBN : 978-2-38378-065-6.
Paru le 10 octobre 2024.

 

*°Autres ouvrages :

 

Ma Vie Sur Un Tabouret : Autobiographie.
Martial Solal et Franck Médioni, Actes Sud, (2008).
ISBN :   978-2-7427-7618-4

 

Martial Solal, Compositeur De L'Instant. Entretiens.
Martial Solal et Xavier Prévost, Éditions Michel de Maule (2006).
ISBN : 978-2-8762-3170-2

 

©photo-dessin Maurice Henry et X. (D.R.)

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14 novembre 2024 4 14 /11 /novembre /2024 09:43

     Un des maîtres de la batterie, Roy Haynes, qui joua avec les plus grands (Charlie Parker, Louis Armstrong, Lester Young, Miles Davis, Eric Dolphy, John Coltrane…) et dont le style tout en finesse suscite une admiration unanime chez les musiciens et amateurs de jazz, est décédé le 12 novembre dans l’État de New-York, à l’âge de 99 ans.
 


     « Le père de la batterie moderne », selon le guitariste Pat Metheny, excellant dans l’expression minimale, aux balais ou à la cymbale charleston, dernier acteur de la grande épopée du be-bop, Roy Haynes n’aura eu qu’un seul regret dans sa vie, ne pas avoir intégré l’orchestre de Duke Ellington. « Duke voulait que je rejoigne son orchestre, nous confia-t-il en 2009. L’ambiance qui régnait dans le groupe ne me convenait pas. Mais l’idée que Duke Ellington souhaitait m’engager, voyez-vous, c’était la plus grande marque de respect au monde qui m’était adressée ».
 


     Le batteur Jack DeJohnette définit ainsi le style de Roy Haynes : « une alliance rare de l’école de la rue, d’une haute sophistication et de soul ».   Lui remettant les insignes de commandeur des Arts et Lettres en mars 2009 à Paris, la ministre de la culture Christine Albanel relevait « le swing inimitable, le jeu crépitant, sophistiqué et élégant ». Elégant derrière ses futs comme à la ville : ne fut-il pas classé par le magazine Esquire en 1960 parmi les hommes les mieux habillés des Etats-Unis aux côtés de Miles Davis ?

     Pendant plus de 80 ans (le natif de Roxbury, Massachusetts le 13 mars 1925, fils d’un organiste, donna ses premiers concerts à 17 ans), Roy Haynes n’aura cessé d’innover, influençant des générations de batteurs et donna le goût de la batterie à ses descendants (son fils Craig et son petit-fils Marcus Gilmore). Et dans le même temps, il aura toujours donné sa chance à de jeunes talents au sein de son propre groupe. Une double contribution à l’histoire du jazz qui lui valut en 2011 de recevoir un « Grammy Award Life Achievement ».
 


     Laissons le dernier mot au saxophoniste Stan Getz son contemporain (1927-1991) : « Roy atteint les sommets de la finesse, du goût et du toucher. Il a l’oreille la plus développée de ce côté-ci du paradis ».

 


Jean-Louis Lemarchand.

 


N.B. : La carrière de Roy Haynes est passée en revue dans un coffret de trois cd et un DVD publiés en 2008 par Dreyfus Jazz «  A life in Time : The Roy Haynes story ».

Il propose des enregistrements avec Miles Davis, Charlie Parker, Stan Getz, John Coltrane, Chick Corea entre autres et sous son propre nom en tant que leader.

Il comprend un livret signé par Ashley Kahn, historien du jazz et un DVD de 40 minutes avec interviews de Roy Haynes et concerts exclusifs.

 

On pourra lire avec intérêt dans l’histoire du Be-Bop d’Alain Gerber (Frémeaux & Associés. 2024) le chapitre consacré à Roy Haynes « l’homme de la parole heureuse ».


©photo Jb Millot, J.-L. Lemarchand et X. (D.R.)

 

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4 novembre 2024 1 04 /11 /novembre /2024 16:28


     Précoce, prolifique, protéiforme. Tel était Quincy Jones, compositeur - arrangeur - producteur - interprète, disparu le 3 novembre à Los Angeles à 91 ans.
      Son nom restera associé à des œuvres marquantes de l’histoire de la musique afro-américaine sans frontières, signées Ray Charles, Franck Sinatra, Michael Jackson, Miles Davis.

 


     Dès l’âge de 16 ans, Quincy Delight Jr Jones, né à Chicago le 14 mars 1932, livre ses premières compositions. Rejoignant en 1951, le grand orchestre de Lionel Hampton, le jeune trompettiste va découvrir l’Europe et spécialement la France où il revient en 1957 pour suivre l’enseignement de Nadia Boulanger, qui comptera également parmi ses élèves un autre polyvalent des notes, Michel Legrand. « J’ai toujours ressenti une connivence presque cosmique avec la France », confiait-il en 1990 à Télérama, peu après avoir reçu des mains de Jacques Chirac la cravate de commandeur de la Légion d’honneur.


     Directeur artistique du label Barclay dans les années 60, il allait œuvrer dans les studios parisiens avec notamment Jacques Brel ou Henri Salvador. A Paris, le musicien put mesurer sa popularité lors d’un concert-hommage organisé le 27 juin 2019 à l’Accor-Arena où Quincy (Mr Q pour les gens du spectacle) assis sur un canapé sur scène vit-et entendit-son œuvre titanesque interprétée par un grand orchestre dirigé par Jules Buckley et quelques stars (Selah Sue, Richard Bona, Marcus Miller…).

 

     Entre les cours de composition de Nadia Boulanger et l’hommage du public parisien, plus de 60 ans d’une carrière foisonnante. A ses débuts, « This is how I feel about jazz* » (ABC Paramount) enregistré en 1957 en big band (Art Farmer, Phil Woods, Clark Terry…), “The genius of Ray Charles**” (Atlantic) en 1959, toujours avec grand orchestre (y compris une section de cordes).

 

*https://www.youtube.com/watch?v=W9wiizRzyLk&list=PLBJenJIJrq0zehq8tKd8teZiOSjk2bBG2


**https://www.youtube.com/watch?v=wraJLUuaHG8


     Arrive alors sa période hollywoodienne, où Quincy va travailler pour les studios, et imprimer sa patte aux musiques pour la télévision et le cinéma (plus de 30 films dont « In The Heat of the Night » de Norman Jewison en 1967).

     Opéré du cerveau après une rupture d’anévrisme en août 1974, il ralentit à peine le rythme. Création de sa maison de disques, Qwest Records en 1975, et –ce qui allait lui donner une renommée planétaire- découverte d’un jeune chanteur-danseur Michael Jackson qui se traduira par trois albums, Off the Wall, Thriller (1982, 8 Grammy Awards) et Bad.

 

     Producteur à succès, chef d’entreprise -il accéda en 1964 à la vice-présidence du label Mercury, premier noir à détenir un poste à si haute responsabilité dans l’industrie du disque- Quincy Jones n’aura jamais oublié le jazz. En 1991, il devait réaliser un vieux rêve, rejouer la musique de Gil Evans avec Miles Davis (4 albums gravés à la fin des années 50, Miles Ahead, Porgy & Bess, Sketches of Spain, Quiet Nights). L’évènement se déroule sur la scène à Montreux le 8 juillet. Miles n’a plus que quelques semaines à vivre (il décède le 28 septembre à Los Angeles) mais, se souvenait Quincy Jones, « Miles fit le plus large sourire que j’ai jamais vu de ma vie ». Tel était aussi Quincy Jones, un virtuose au grand cœur.

 

Jean-Louis Lemarchand.
 

©Damon Winter /The New York Times & X. (R.D).

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26 octobre 2024 6 26 /10 /octobre /2024 10:41

   Le photographe Guy Le Querrec, bien connu pour son travail sur le jazz (et pas seulement), membre de la prestigieuse agence Magnum depuis 1977, a reçu le 24 octobre à Redon (Ille et Vilaine) où il réside la croix d’Officier des Arts et des Lettres « pour la constance et la qualité de sa contribution au rayonnement de la création artistique française ».  

 

     François Lacharme, président honoraire de l’Académie du Jazz, qui lui a remis les insignes de l’ordre, a salué l’étonnante capacité de Guy Le Querrec à pratiquer « la culture de l’effacement » dans la pratique de son art, pour se trouver dans les meilleures conditions afin de « saisir l’instant solennel » chez les musicien(ne)s de jazz, par nature « rétifs et difficiles à capturer ». En réponse, le photographe a simplement indiqué qu’il souhaitait « se mettre au rythme » des autres et que dans son travail avec son fidèle Leica, il cherchait à « s’escamoter » pour « ajuster le déclic » au bon moment.  


     Présent à la cérémonie, le maire de Redon, Pascal Duchêne, professeur de philosophie, est resté dans le même registre en évoquant le concept grec du Kairos, l’art de « réaliser le bon acte au bon instant ».

    

      La vingtaine d’amis venus à Redon à cette occasion, représentant les mondes de la photographie, du jazz, de l’édition, a pu constater que le « héros du jour », parisien aux racines bretonnes, n’avait rien perdu de sa faconde ni de sa truculence.

 

     Lauréat du Grand prix de la ville de Paris (1998), Guy Le Querrec a traité au cours de sa carrière de différents sujets de société (la famille, les vacances…), couvert l’actualité politique (la Révolution des œillets au Portugal en 1974, la Chine, les Etats-Unis), illustré la vie quotidienne en Afrique, sans oublier la Bretagne de ses ancêtres et, ce qui lui apporta la notoriété, le monde du jazz. Son tout dernier ouvrage, paru en 2023, (« Michel Portal, au fur et à mesures ». Textes de Jean Rochard. Editions de Juillet) retrace un demi-siècle de compagnonnage avec le poly-instrumentiste. Un saxophoniste de ses proches a ainsi défini Guy Le Querrec : « il n’est pas un photographe de jazz, il est un photographe jazz ».

 

 

Jean-Louis Lemarchand, à Redon.

 

©photo Sergine Laloux et J.-L. Lemarchand

 

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