JJJ Mauro Negri : « Liquid Places »
Abeat Records 2007

Ceux qui ont les oreilles grandes ouvertes ont eut certainement déjà l’occasion, sans le savoir de les laisser traîner un jour du côté du clarinettiste italien Mauro Negri. Car s’il est encore relativement peu connu du public de jazz de ce côté-ci des Alpes, les musiciens eux sont déjà habitués depuis pas mal de temps à la belle fluidité de son jeu. Qu’on l’entende avec le Vienna Art Orchestra de Matthias Ruegg (la formation prestigieuse qu’il vient pourtant de quitter récemment), aux côtés de Enrico Rava (où il forme avec le tromboniste Gianlucca Petrella une association de haute volée) ou encore dans le quartet de Aldo Romano, Mauro Negri à plus de 40 ans s’impose de plus en plus comme l’un des tous grands de l’instrument et certainement désormais une référence de plus en plus incontournable. Car il y a chez lui comme une filiation du côté de Jimmy Giuffre avec la même propension à naviguer du plus classique du jazz aux espaces les plus inventifs. Après « Line Up » qui avait laissé un peu la critique sur sa faim, le présent album qui n’est pas encore distribué en France devrait séduire plus largement. Toutes les compositions y sont signées de Mauro Negri qui affiche là une belle diversité des paysages et des expressions. Avec une variété passionnante, l’album ne perd jamais en cohérence en ce qu’il privilégie toujours la puissance et l’énergie du son ainsi qu’un véritable dialogue avec un pianiste plus que jamais intégré au dispositif rythmique, idéal dans l‘approche démantibulée et la percussion rythmique même s’il est vrai, nettement plus pataud lorsqu’il s’agit d’inspiration mélodique.
Du coup cet album va alors du plus sage et magnifiquement classique au plus déstructuré, au presque free d’un jeu d’improvisation très ouvert. Avec beaucoup d’économie, Mauro Negri utilise quelques effets comme pour souligner une intension, surligner une phrase. Rien de plus adapté dans cet hommage à sa ville natale et dans son ode à « l’eau » que la superbe fluidité de son jeu aussi frais qu’une plongée dans l’eau d’une rivière ombragée.
Avec un sens de l’arrangement et surtout des compositions particulièrement riches (Liquid places), Mauro Negri affiche une maîtrise impressionnante du son et du lyrisme et dépoussière l’instrument dont on sent qu’il peut l’amener où il veut, le dompter à volonté sans pour autant jamais renier l’apport de cet héritage essentiel qui va de Bechet à Bigard, à Sclavis mais aussi Dolphy ou Portal.
Sur le cours (d’eau) tranquille mais jamais rectiligne que trace Mauro Negri on aime à se perdre et à se laisser prendre de découvertes en découvertes. Au fil de l’eau. Jean-Marc Gelin

