JJ EHA – « Fortune »
2007
EHA (prononcer é-a) est un collectif regroupant six musiciens et quelques invités d’origines européennes, africaines, sud et nord américaines. Tous sont réunis par le guitariste et compositeur Philippe Coignet, pour jouer une musique originale et actuelle, fusion du Jazz, du Funk et de la World Music, très représentative de la scène culturelle du Paris des années 2000. Un mariage particulièrement réussi des sons acoustiques et électriques. Après de nombreux concerts, EHA réalise un premier album à la fin des années 90. Distribué dans une vingtaine de pays, il est diffusé par des radios de nombreux pays, d'Amérique du Nord au Japon en passant par les Caraïbes, l'Europe, l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Océan Indien, l'Indonésie... Cet album est aujourd'hui épuisé. EHA revient aujourd’hui en 2007 sur le label Kwazil avec un nouvel enregistrement, « Fortune », fruit d'un travail de studio très abouti, mêlant maturité, énergie, écriture subtile et spontanéité, pour une musique oscillant entre World et Latin Jazz. Malgré ce coté très écrit de cette Musique au caractéristiques quand même très électriques, dans ce disque domine une étonnante poésie, qui n’est pas sans rappeler les célèbres opus des grands groupes d’hier comme Weather Report ou bien Mahavishnu Orchestra. Les passionnés de ce genre de projets magistraux ne resteront pas insensibles à la qualité de cet enregistrement, dédié au plus large des publics, au-delà de toute connotation jazzy. Malgré tout, si toutefois le kitch de ces œuvres n’est pas si dérangeant, il faut quand même relever un certain coté assez synthétique, qui désespère encore et toujours les amoureux de la Musique acoustique. Eternel débat. Chaque morceau du disque emploie une formule assez peu novatrice dans l’instrumentation, laissant peu de place à la nouveauté dans les arrangements tout comme dans les solos des instrumentistes. Il faut se rappeler du dangereux tournant qu’avait pris Georges Benson à l’époque de son album « Breezin’ », album qui a quand même cartonné et qui a fait passer Benson au stade de star internationale. Dans le cas d’EHA, cette fusion des styles révèle ses limites dans la maturité du jeu des instrumentistes, qui malgré cela nous offrent, après tout, un parfait aperçu de ce qui est faisable dans le style choisi. Il est regrettable aussi de ne pas retrouver une prise de risque dans l’innovation, dans la composition. Comme s’il était encore nécessaire de revenir indéfiniment sur ce style de fusion qui marqua les années 70 et 80. Un bémol aussi sur les qualités d’improvisateur du guitariste électrique, lors des solos de certains morceaux, dénudé de tout sens rythmique et harmonique, perdu dans un flot démonstratif et parfois peu ressemblant avec l’original, seule cible à atteindre. Dommage aussi de ne pas trouver non plus d’innovation dans le timbre de chaque instrument, donnant un point commun avec une quelconque Musique de Variétés. Il faut malgré tout quand même souligner l’incontournable hommage au folklorisme ethnique résidant dans ce disque. Un incomparable voyage au sein des cultures, toutes aussi vastes que diverses. Laissons nous bercer quand même par le côté festif de ce travail colossal réalisé en studio par des musiciens aux qualités, disons plus que redevables. - Tristan Loriaut


