Blue Note Jazz 2008
Gonzalo Rubalcaba (p), Yosvany Terry (as, ss, ts), Mike Rodriguez (tp), Matt Brewer (cb), Marcus Gilmore (dm)
Ceux qui attendaient avec impatience le nouvel album de Gonzalo Rubalcaba peuvent se réjouir. Ceux en revanche qui attendaient le disque du pianiste cubain peuvent passer leur chemin tant Rubalcaba livre ici un album aux antipodes des clichés qui lui collent à la peau. Car ce dont il s’agit ici n’a rien, mais alors rien à voir du tout avec une formation latino mais en revanche tout à voir avec un quintet de jazz pur jus comme on en fabrique à New York depuis quelques décennies. Gonzalo Rubalcaba mise tout sur l’écriture de ses collistiers, Yosnavy Terry en tête ou Matt Brewer qui signe une très belle composition (Aspiring to normalcy). Une vraie écriture de saxophoniste basée sur l’atonalité, ou de contrebassiste basée sur la présence rythmique et les doublements subtils de tempis au risque d’en oublier un peu la ligne mélodique (sauf dans Peace de Horace Silver ou dans le sublime Preludio Corto de Alejandro Garcia Caturia qui clôture magnifiquement l’album). On y assiste alors à quelques beaux moments comme la découverte d’un saxophoniste épatant, Yosvany Terry capable dans le même morceau de passer du ténor (où il est d’ailleurs un peu fade) à l’alto où il est étincelant possédant une réelle force d’expression, une sorte d’intensité fugace. Il faut l’écouter sur This is it où son entente avec la rythmique, Rubalcaba inclus, y est fusionnelle. Cette rythmique portée à bout de bras par Matt Brewer, le contrebassiste qui ne cesse de s’imposer sur toutes les scènes du monde et que l’on a pu entendre l’année dernière sur l’album de Yaron Herman. Et puis bien sûr à tout seigneur tout honneur, Gonzalo Rubalcaba qui a 45 ans prend des allures de maître d’école et semble distribuer les rôles en imposant sa marque faite autant de sensibilité que de densité (Peace) au toucher nerveux et percussif sans jamais tomber, comme on l’a dit dans les clichés qui lui sont attachés. On aura du mal cependant à crier ici au génie. L’album est honnête mais peut être pas assez ambitieux, parfois intéressant sur le plan compositionnel mais qui laisse le plus souvent de marbre. On attendait bien plus de ce pianiste que l’on avait pris l’habitude d’adorer et qui manque un peu ici à nous captiver. Jean-Marc Gelin

