Il y a vraiment des albums que l‘on a envie de faire découvrir à la terre entière. Des chocs, des coups de cœur, des révélations qui tel Claudel derrière le pilier de Notre Dame vous donne envie de croire à nouveau si tant est qu’un jour vous ayez pu perdre la foi. On a le choix, soit d’en parler frénétiquement autour de nous soit carrément bien de devenir journaliste de jazz. Car finalement c’est bien un peu ( voire beaucoup) pour cela que nous faisons ce métier. Et Dieu nous est témoin que l’on reçoit pourtant des quantités d’albums à la pelle, et que bien peu sortent du lot comme celui là. Car cette galette là est du genre à s’installer pour longtemps dans vos « favoris » sur votre Ipod !
Mais quoi, ce compositeur argentin qui fait une grande partie du jazz actuel à New York et l’unanimité des musiciens de la jeune génération de la grosse pomme serait pourtant largement méconnu (doux euphémisme) de côté-ci de l’Atlantique ! Incredible !
Injustice absolue qu’il importe de réparer et que répareront assurément tous ceux qui se rueront sur cet album dans lequel ils trouveront tout, absolument tout. On a pu entendre dire par ci par là, et parce que le groupe de Guillermo Klein s’appelle « Los Gachos » que sa musique était teintée d’un arrière fond politique, celui précisément des « gauchos ». Par du tout notre analyse. Entouré de musiciens exceptionnels ( Miguel Zenon, Chris Cheek, Ben Monder, Diego Urcola…) Guillermo Klein livre une musique divinement bien écrite aussi lyrique que tout simplement belle basée sur un discours affichant une personnalité rare. Une réelle originalité du discours dans lequel on trouve aussi bien l’inspiration d’une musique européenne que des influences latines argentines comme les aime Maria Schneider par exemple. Il y a dans cet album une dimension mystique, une affirmation profonde de sa foi (chrétienne en l’occurrence), de sa croyance en l’homme, une dimension humaniste qui prend ses racines dans une tradition culturelle venue d’Amérique latine et que l’on retrouvait d’ailleurs il n’y a pas si longtemps dans le récent album de Miguel Zenon, ici acteur extraordinaire de cette pièce. Et sur ce terrain là, Guillermo Klein développe un discours parfaitement construit du début jusqu’à la fin de l’album, avec ses tramages, ses couleurs et ses juxtapositions instrumentales. Guillermo Klein ose rompre avec certains canons du jazz d’aujourd’hui. Sur certains morceaux il chante (sans lourdeur) l’introduction des thèmes comme pour affirmer le discours avec une esthétique et une grâce aérienne en imposant une mélodie rapidement transcendée par la structure harmonique mise en place. Les cuivres ou la guitare de Ben Monder contribuent à la montée des crescendi irrésistibles comme une sorte d’élévation de l’âme. Sur le plan rythmique, Guillermo Klein réalise des prouesses incroyables, découpant le tempo en subdivisions et déstructurant la base rythmique à l’envie (rarement entendu ce type de schéma !). Il y a aussi parfois de la joie et l’esprit festifs des bandas sud américains là encore prétexte à d’autres dépassements. Tout est beau, sublimement beau come cette prière finale de Messiaen qui vient clôturer l’album sur une longue tenue de note. Sans aucun pathos (jamais au grand jamais mièvre ni larmoyant), Guillermo Klein donne alors à sa musique une profondeur et une résonance très forte. Sublime ! Jean-Marc Gelin

