Le Chant du Monde – Harmonia Mundi
Ce mois-ci parait le dernier opus en date de Simon Goubert. Pour ceux qui ne le savent pas encore, Simon Goubert est un batteur de jazz français de 48 ans originaire de Rennes. Cet élève et compagnon de route de Christian Vander au sein de Magma signe son premier album, « Haïti », en tant que leader en 1991. Après « Couleurs de peaux » paru en 1993, "L'Encierro" en 1995 et « Le Phare des Pierres Noires » en 1998, c’est en 1999 que Simon Goubert est aussi remarqué pour ces travaux de compositions dans le trio BFG avec Emmanuel Bex et Glenn Ferris, et intègre la même année le quintet Pentacle avec la pianiste Sophia Domancich. Le double album "Désormais" est enregistré en 2001 avec Boris Blanchet, Sophia Domancich et Michel Zenino, marquant le début d’une collaboration étroite entre les musiciens de ce quartet remarquable. En omettant volontairement de citer bien d’autres projets et aventures musicales diverses, il faut quand même souligner que Simon Goubert reçoit en 1996 le Prix Django Reinhardt qui désigne le meilleur musicien français de jazz de l’année. Il est le premier batteur à avoir été couronné par ce prix. Après une carrière de musicien indépendant entamée de succès, ce dernier disque paru en 2008, « Background », met en scène de nouveau le quartet actuel du batteur, avec en guise d’association de timbres inattendus deux musiciens de la nouvelle génération en la personne de Emmanuel Codjia à la guitare et Pierrick Pédron au sax alto et soprano. Le batteur, également claviériste, peut donc s’appuyer sur un socle solide pour présenter cette Musique d’aujourd’hui d’une évidente majesté qui doit tant au passé, se projetant ainsi vers le futur. Il faut ici saluer la nouvelle démarche d’authenticité de ce créateur incontestable. Sans que cela soit uniforme, l’exigence du musicien se manifeste tout au long de ses compositions et de l’ensemble de ses interventions. Le déroulement du disque appelle à la méditation, au recueillement, mais aussi à la reconnaissance des pères fondateurs de la Musique libre, comme si souvent sur un disque de Simon Goubert. Si l’on connaît bien tous les membres de ce sextet au travers d’autres formations, il faut tout de même attirer l’attention sur Manu Codjia, trop discret à mon goût sur les 3 premières plages du disque, qui mérite bien plus qu’un succès d’estime, à noter sa formidable interprétation survoltée du standard « Hackensack » aux cotés du fidèle Michel Zenino. A signaler aussi l’hommage à Elton Dean (« Mister Dean »), saxophoniste britannique et l’un des fondateurs de « Soft Machine », aujourd’hui disparu, avec lequel Simon Goubert avait formé le groupe « Soft Bounds ». Parmi ce riche vivier de musiciens qui regroupe les batteurs français les plus incontournables, Simon Goubert tient une place évidente, avec entre autres à ses côtés André Ceccarelli, Franck Aghulon, Louis Moutin, Benjamin Henocq… Ce qui se joue de mieux dans le domaine de la percussion contemporaine. Tristan Loriaut

