Zig-Zag Territoires – Harmonia Mundi

Avant de commencer à parler du premier opus de ce quartet au nom bizarre, il faut savoir que le kumquat est le nom donné aux différentes espèces d'agrumes du genre Fortunella. C'est également le nom donné à leurs fruits. Les kumquats sont des arbres fruitiers de la famille des Rutacées originaire de Chine et de Malaisie. Après cinq années d’explorations musicales et une récompenses au tremplin Jazz d’île de France, les quatre musiciens de Kumquat réunis autour de leur compositions nous offre « Quick & Dirty », rempli de surprises enregistrées en concert à l’Olympic (Paris) le 15 Février 2008 ainsi qu’en studio les mois suivant. Ils sont jeunes, prometteurs et créatifs : Sylvain Choinier à la guitare électrique, Raphaël Quenehen aux saxophones, Clément Lebrun à la basse électrique et Julien Bloit à la batterie. La première surprise sonore fait débuter l’album par un calme avant la tempête dans « In Bed With Igor », comme si la suite était annoncée comme un puits à idées. « In Bed With Igor » qui n’est autre qu’un arrangement de Clément Lebrun autour de trois pièces d’Igor Stravinsky. De troublantes longueurs de notes jonchent parfois la route biscornue que l’on emprunte à l’écoute de ce disque. On peut y trouver une quasi-perpétuelle utilisation de sons et de modes incantatoires. Des bruitages et autres onomatopées sont là aussi pour divertir un public forcément attentif. C’est dans « Le Mouton ou le café ? » que la folie furieuse emporte tout sur son passage, laissant place ensuite à de rageurs ostinatos à la basse. Le disque contient par ailleurs un attrayant film d’animation autour de cette composition mettant en scène le tournoiement d’un manche de machine à café et l’incessant saute-mouton de pelotes de laine réhabilités. Pour en revenir à la réalisation de ce disque surprenant, il faut signaler surtout le fruit d’un travail colossal sur le son et la clarté du message (« Yeah ! »). Le blues est présent, le rock aussi, sans parler de la liberté avec laquelle ces blagueurs-musiciens nous entrainent à travers leur monde fantomatique et indéfinissable. Chaque composition ressemble à un florilège de moments égarés, dérangés par le souci du risque de l’improvisation. En découle des passages interrogatifs mêlés de petites conversations entre instruments pleines de poésie où les idées ne manquent pas. En opposition à ces escapades lunaires, une bonne partie du disque se révèle magistralement écrite avec maîtrise et clairvoyance, faite d’asymétrie rythmique et de contrepoints digressifs. En témoigne l’ostinato de « Ligne 12 » ou bien la transe de « Mezzanine », ce quartet de combattants chamboule toutes les idées reçues et concepts préétablis du monde sonore moderne. A écouter d’urgence, surtout après un congrès du parti socialiste. On attend avec impatience le développement de ce projet à une instrumentation encore plus élargie, peut être au prochain au disque ? Tristan Loriaut

