Palmetto records 2008

Il était écrit que Ted Nash consacrerait un jour un album au compositeur Henri Mancini (1924-1994). Pensez, avec une telle parenté ! Lorsque l’on est minot et que l’on écoute son père, Dick Nash donner du trombone (ou du baryton) dans l’orchestre et son oncle ( au même blase de Ted Nash) souffler dans le biniou dans la même formation, c’est obligé, tout vous ramène au compositeur Hollywoodien. Ça vous marque son bonhomme. Question d’héritage certainement. C’est même à se demander comment il se fait que Ted Nash (le jeune) n’ait pas finalement rendu plus tôt hommage à Dick et Ted Nash (les anciens).
Et l’on ne va pas s’en plaindre aujourd’hui. Car il est vrai que ces dernières années n’ont pas manqué de rendre gloire à un autre compositeur hollywoodien, Lalo Schiffrin capable de remplir le Grand Rex lors de son passage à Paris mais jetant un peu sur l’autre compositeur une ombre imméritée. Pourtant Henri Mancini, tout le monde le connaît par les films pour lesquels il a composé d’inoubliables thèmes (on pense bien sûr à la « Panthère Rose ») mais aussi à tout l’univers de Blake Edwards auquel il contribuera à donner cette couleur des sixties indissociablement liée à la filmographie du génial cinéaste (Peter Sellers y étant aussi pour beaucoup). Mais il restait tout un travail à faire pour mettre en valeur les compositions de Mancini pour ce qu’elles sont à savoir de magnifiques pièces de jazz. Celui qui débuta sa carrière dans l’orchestre de Glenn Miller contribua certainement à l’instar d’autres directeurs de big bands de l’époque (on pense à Quincy Jones) à donner aux grandes formations un tournant nouveau avec quelques pointures californiennes attirées sur la Côte Ouest par l’argent qui coulait à flot des studios de Hollywood. Henri Mancini tournait alors avec des pointures de la dimension d’ Art Pepper (as), Pete et Conte Candoli (tp), Jimmy Rowles (p), Larry Bunker (vb), Shelly Manne (dm) etc…..
Ted Nash (le jeune) remarquable saxophoniste passant avec autant d’aisance du ténor à l’alto (où il excelle) rend ainsi un hommage sincère à ses ancêtres, s’appropriant totalement ces thèmes magnifiques. Parfois en les « pré-datant », leur donnant une couleur bop qu’ils n’avaient pas à l’origine, parfois en leur donnant un sérieux coup de jeune. L’album est émaillé de petites séquences comme des clins d’œil à des scènes mythiques du cinéma hollywoodien. On pense à ce Shot in the Dark dans la veine funk de l’époque ou à ce charmant Baby Éléphant Walk qui nous marqua enfant lorsque nous regardions Hatari. Quelques moments de grâce s’installent comme lorsque Ted Nash joue de la flûte à l’instar de son aïeul et aussi de Mancini lui-même, flûtiste à la base. Même émotion lorsqu’il joue un bien nommé « Something for Nash » que Mancini avait à l’origine composé pour son père, Dick. Avec le même esprit délirant il reprend ce fameux thème de ce fameux film cultissime (pour moi en tous cas), « The Party » où tout se termine en bacchanale dans une piscine à mousse avec un éléphant rose ! (The Party). Mais cet album marque aussi un autre point décisif : celui de la rencontre d’un très grand saxophoniste actuel avec la musique de ses propres origines. En soi une belle profession de foi. Jean-Marc Gelin

