Jean-Pierre Filiu
Collection : Mille et une Nuits –collec.
Essais 14,00 € , 216p.

Magistrale ! La biographie de Jimi Hendrix en à peine 200 pages qui se lisent ou plutôt se dévorent sans le moindre ennui est, sous la plume de Jean-Pierre Filiu un exercice superbe. Autant mettre les choses au clair : Jean-Pierre Filiu avoue d’emblée son amour total pour son sujet. Pas question d’avoir un recul critique, pas question de chercher dans la vie du « gaucher magnifique » les coins et les recoins, les aspérités du genre « sex, drogue & rock’nroll ». L’auteur a trop d’amour pour Hendrix pour entrer dans ce jeu là. Il paraît même que sans l’intervention énergique de sa femme ses deux enfants se seraient à coup sûr appelés « Jimi » et « Hendrix ». C’est dire combien les folles envolées délirantes du guitariste ont ponctuées l’adolescence de l’écrivain. Total sympathie donc avec son sujet et c’est tant mieux. Car si Filiu assume totalement, cela ne l’empêche en aucun cas de livrer une biographie remarquablement construite.
S’il suit logiquement la chronologie, contrainte obligatoire pour tout exercice de ce genre, Filiu choisi néanmoins pour chaque chapitre un angle d’attaque original. On évite pas les premiers chapitres ayant trait à l’enfance ( mort très tôt de la mère , un père qui aurait tellement voulu être artiste que lorsque Jimi a acheté sa première guitare, il s’est procuré un sax pour pouvoir faire le beuf dans son appartement avec son fils….). Mais les autres chapitres sont abordés sous des angles d’attaque plus originaux : - Les dents de Jimi », façon de traiter les influences du guitariste et les racines du blues chez lui. Où l’on apprend qu’il n’était absolument pas le premier à avoir joué avec les dents et qu’il s’agissait d’une pratique très répandues chez certains bluesmen du Delta. / - « Jimi Guitare » où Jean-Pierre Filiu tourne autour du son « Hendrix » et n’élude pas toutes les élucubrations des psychologues de bazar sur la prétendue relation onaniste de Hendrix avec sa guitare, que celle-ci s’appelle comme au début d’une Danelectro ou bien de la célèbre Stratocaster dont il aura brûlé un nombre conséquent lorsqu’elles ne furent pas fracassées sur scène. Peut être pas onaniste mais de là à dormir avec sa guitare dans le lit entre lui et sa conquête d’un soir…. / - « Jimi le Parachutiste » . Les idées toutes faites sur le prétendu antimilitarisme de Hendrix que Jean-Pierre Filiu démonte point par point pour démontrer l’attachement viscéral du guitariste à la bannière étoilée. L’hymne américain source d’un grand malentendu. Jimi Hendrix ici sous le jour d’ un « alter-américain »
Émaillé de quelques pépites ( savez vous que Hendrix avait joué du clavecin sur un morceau, ou alors que Stevie Wonder tenait la batterie sur un autre enregistré pour la BBC ?), cet ouvrage ne se lâche pas dès lors que l’on a pris le parti d’entrer sans effraction dans la vie stratosphérique du père d’Electric Layland. Vie artistique stratosphérique s’il en est puisqu’elle n’aura duré que 4 années sublimes. Carrière artistique qui ne démarre réellement qu’avec la rencontre avec Chas Chandler (l’ancien bassiste des « Animals » reconverti en producteur qui sur les conseils de Linda Keith (la petite amie de Keith Richards) était allé entendre Hendrix au Café Wha à New York lancer une furieuse interprétation de « Hey Joe » de Dylan. C’était en 1966. Tout démarre ensuite à Londres, vilel finalement bien plus ouvertes au rock. Et c’est 4 ans et 527 concerts plus tard que, dans cette même ville, le 18 septembre 1970, Hendrix mourrait pleine nuit dans son sommeil.
Pendant 200 pages, Jean Pierre Filiu nous aura fait revivre avec un esprit décalé et un poil d’humour la vie de ce gaucher magnifique dans un livre admirable de fluidité et de simplicité. A lire absolument en écoutant les élucubrations déchaînées de l’enfant du Vaudou.
Un livre d’amour autant qu’un manifeste.
Jean-Marc Gelin

