Hat Hut 2008
Certains se souviennent certainement de ce jeune homme très « assuré » qui se trouvait aux côtés d’Antony Braxton un soir au Trabendo en 2005. Ceux qui y étaient se souviendront d’une part de cette musique improvisée répondant à des codes très précis et très écrits mais aussi de la technique assez exceptionnelle de cet improvisateur à la forte personnalité musicale et dont la collaboration avec le maître de l’AACM remonte à plus de dix ans. Son sextet, Spider Monkey Strings, avec « Other Stories (Three Suites) » a par ailleurs été couronné « album de l’année » par nos confrères de All About Jazz qui ne tarissent pas d’éloge pour ce trompettiste de la nouvelle génération dont tout le monde semble affirmer qu’il est un des grands compositeurs de demain à l’image des Braxton justement ou des Cecil Taylor. Ce n’est pas peu dire !!!
Il faut bien reconnaître que sans être totalement nouvelle, l’expérience musicale que propose Taylor Ho Bynum est assez créative pour titiller notre intellect et émoustiller notre écoute. Totalement hors formats habituels, cette musique est une musique à l’improvisation très écrite, très codifiée en dehors de tous cadres harmoniques, rythmiques ou mélodiques. Musique qui se joue des formes pour les déstructurer, hors de tous tempos et de tous points de repère. L’installation d’un thème ne dure jamais longtemps, le rythme se ralentit, tout se décale petit à petit, la guitare ne suit plus la batterie (ou l’inverse) jusqu’à ce que l’un des deux disparaisse, les solistes passent sans complexe de la phrase mélodique à l’atonalité et tout est fait pour jeter l’auditeur sur une piste et la brouiller aussitôt. Il y a alors, en apparence quelque chose de très sauvage en ce qu’il s’agit d’une expérience collective semblant incapable de se plier à quelques règles « sociétales ». En apparence puisque, on l’a dit, en réalité tout le système est largement écrit et surtout codifié. Il en est ainsi des systèmes algebraic X et Y, idiomes institués par Braxton et qui viennent « structurer » la série en 3 parties des whYeXplicities.
Cette série fut joué la première fois sur une scène où le public était assis au milieu, les musiciens jouant en tournant autour d’eux, mettant en évidence la notion d’espace et de géométrisation de la musique chère à Braxton.
Cette musique assurément déroutante constitue une réelle expérience musicale et se doit de stimuler, de provoquer notre intelligence qui ne manquera pas dans un premier temps d’être totalement perdue. Loin des clichés de la musique contemporaine, Taylor Ho Bynum reste ancré dans le jazz, dépasse le free et offre une musique « orchestrale » à concevoir comme une suite de mouvements musicalement très riche et très conceptuels. Pari risqué, audacieux d’un musicien aux antipodes de toutes contraintes commerciales. The shape of jazz to come ? Jean-Marc Gelin

