Plus loin 2009
C’est parfois embarrassant de devoir chroniquer un disque que l’on n’aime pas d’un artiste que l’on aime beaucoup. Il faut pourtant admettre qu’après une dizaine d’écoutes, je n’adhère toujours pas à ce quatrième album de Pierrick Pedron, alors que j’étais emballé par les trois précédents (avec une préférence pour Classical Faces et ses fabuleuses couleurs impressionnistes). Que les choses soient claires, Pierrick Pedron est un musicien de tout premier plan et un des meilleurs saxophonistes alto actuels. Sa stature est internationale et il a montré lors de son précédent album qu’il pouvait transcender les standards du jazz américain et s’imposer face à des pointures comme Mulgrew Miller ou Lewis Nash. Pierrick mène sa carrière comme il l’entend et il a le courage de se remettre en cause et de proposer toujours quelque chose de différend à chaque album. Il ne ronronne pas, il avance et c’est tant mieux. Sauf qu’avec Omry, le changement de style est radical et la prise de risque maximale. Il revendique à la fois une référence à la musique pop (tendance Pink Floyd 1973-1975) et un hommage à Oum Kalsoum. Au bout du compte on n’a ni l’un, ni l’autre, mais une musique d’ambiance assez plate, froide et superficielle où l’électricité ne déclenche ni la foudre, ni la passion. Ici nous ne trouvons point les envolées lyriques et la sensibilité de Roger Waters et David Gilmour, ni la chaleur humaine et le feeling de la diva égyptienne. Pourquoi tant de froideur et de tristesse dans l’atmosphère et de platitude dans les lignes mélodiques des compositions ? La musique pop ça doit avoir du souffle, de l’envol et être porteur d’émotion. Pierrick n’arrive à atteindre ce but que dans le développement de ses chorus, qui sont fort heureusement toujours aussi magistraux. Du coup ces furieux solos de sax alto tombent un peu comme un cheveu sur la soupe et ne sont pas réellement justifiés dans le contexte mélodique des compositions. Une forte déception globale (à l’exception de Val André et Omry part.4) et un vif agacement à l’écoute de Moogoo, qui est un ridicule plagiat d’un sublime morceau de Carla Bley, intitulé Ida Lupino. Pourquoi ne pas avoir crédité son auteur ? D’autant plus que cette mélodie est très connue des passionnés de jazz à travers les magnifiques versions de Paul Bley, Michel Portal, Susanne Abbuehl et tout récemment Guillaume de Chassy.
Lionel Eskenazi

