Enregistrement live du concert du Metroplitan festival Hall de Tokyo – oct.2002 ECM 2006 Ceux qui ont entendu Radiance n’ont rien vu ! Car, c’est une tautologie, il y a dans l’exercice du piano solo, la mise en scène de l’insondable solitude du pianiste. Évidemment. Pour marquer son retour à la scène en solo, ECM a fait appel à une équipe de réalisation japonaise. Celle là même qui est habituée à suivre le pianiste. Celle là même qui signe une réalisation incroyable de sobriété pour ce premier DVD réalisé pour le label et qui nous montre le pianiste seul sur cette immense scène dont l’espace est habité (dans les deux sens du terme) par le face à face du musicien avec son piano. Car finalement parce qu’il vit et respire avec son piano et dans cette mesure là justement, le pianiste en fin de compte est tout sauf seul. 4 ou 5 caméras fixes saisissent Keith Jarrett. Certains plans hauts le survolent de dos pris au centre d’un cercle de lumière dessiné sur le parquet de cette belle salle. Moment de parfaite zénitude. Et dans ces plans de « mouvement immobile » des caméras, parce que le réalisateur parvient à capter à l’image la part de plaisir/souffrance, à capturer l’extase qui passe sur le visage de Jarrett on pense immanquablement à un acte d’amour charnel, un corps à corps du pianiste avec son instrument qu’il maltraite ou caresse. Un acte sexuel explicite. De sa présence à cet instant, le public s’excuserait presque. On l’entend parfois ne pas applaudir à la fin du morceau. Juste son silencieux recueillement inhabituel à nos oreilles de public expansif. La magie de l’improvisation. Elle est là palpable, visible à l’image. Le mystère du commencement ou de la fin d’un morceau comme lorsque l’on voit le pianiste retenir ses mains au dessus du clavier parce que lui seul sait qu’il n’y a plus rien à ajouter. Que tout a été dit. Comme si le clavier devenait brûlant. Qu’une note supplémentaire serait superflue. Et toute la beauté de ce DVD est de nous permettre d’approcher au plus près sans nous le révéler pour autant la part de mystère non révélé de la création instantanée. Saisissant Jean Marc Gelin
KEITH JARRETT : TOKYO SOLO

